Quand le soleil se leva, Sam avait déjà placé ses sacs dans la voiture. Il avait profité qu'Andy était sous la douche pour faire ses bagages. Il ne pouvait pas supporter l'idée de revenir plus tard et de ranger ses effets personnels devant les yeux rougis d'Andy.

Il était resté le plus loin possible d'elle tout le reste de la journée et de la nuit. Il avait même demandé à Bobby de lui descendre son repas afin ne pas le faire lui-même. Après quoi, il évita Bobby autant qu'Andy.

Il avait passé la nuit sur le canapé, restreignant ses pensées, mais c'était en vain. Quoi qu'il fasse, il ne pouvait que penser à elle.

Quand tous les autres furent levés, il fit un signe de tête vers les escaliers alors que Bobby passait près de lui.

« On ramasse tout ! »

C'était leur signal. Le signal qui indiquait que le temps était venu pour eux de partir.

Il ne voulait pas partir sans dire au revoir à la policière avec qui il avait passé tant de temps.

Il entra dans la chambre et la trouva au creux du lit, emmitouflée dans les couvertures, prétendant dormir.

Il s'assit au pied du lit, sachant pertinemment qu'elle était éveillée, et ce même si elle n'avait pas bronché.

Trois secondes assis, et il se releva aussitôt.

Il sortit son téléphone cellulaire de sa poche, et le déposa sur la table de nuit.

« N'appelle pas avant 14h. Je sais que tu n'as aucune raison valable de me faire confiance, mais s'il te plait, fais-le. »

Il s'éloigna de quelques pas avant de s'immobiliser de nouveau. Il prit un respire et se tourna pour lui faire face.

« À la prochaine McNally ».

Andy avait passé la nuit à se convaincre qu'elle vivait bien tout ça, mais chacune de ses pensées se dirigeaient dans une seule et unique direction.

Elle n'était pas prête.

Elle n'avait aucune idée comment elle avait pu se rendre là, mais elle y était. Définitivement.

Elle avait au creux du ventre cet inexplicable sentiment.

Elle resta couchée, assumant qu'ils devaient tous être partis. Elle ne voyait pas l'intérêt de se lever. Elle resta donc là, à regarder le globe à neige que Sam lui avait offert. Elle ressentait déjà une impression de vide dans sa vie.

Quand elle ne put en endurer davantage, elle repoussa les couvertures d'un seul mouvement et se leva précipitamment.

La jeune femme monta ensuite à l'étage et fit couler un café sans saveur.

Elle redescendit peu de temps plus tard pour se doucher. Elle sentait le besoin de s'occuper du mieux qu'elle pouvait. Elle aperçut le téléphone de Sam, celui qu'il avait laissé sur la table de nuit. Elle l'utilisait à l'occasion pour regarder l'heure. 14h arrivait à pas de tortue.

Elle ignorait pourquoi, mais elle se plia à la demande de Sam. Elle attendrait jusqu'à ce moment, et seulement là, elle téléphonerait pour que quelqu'un vienne la chercher.

Plus l'heure approchait, plus elle était indécise sur la personne à contacter.

Traci? Dov? Chris? Elle n'était certainement assez proche de Reine-De-Glace-Peck, mais cette dernière faisait quand même partie de la liste de choix. Son père par contre, n'en faisait pas partie. Andy le ferait certainement paniquer, et elle n'était pas prête à l'entendre décrocher le téléphone complètement ivre.

Soudainement, Andy tendit l'oreille. Il y avait d'étranges bruits.

Elle croyait avoir des hallucinations étant donné l'infime nombre d'heures de sommeil qu'elle avait eu la nuit précédente.

Jamais elle n'avait entendu d'autres bruits au sous-sol que ceux faits dans la chambre.

Elle se leva rapidement, alors que le son se fit entendre de nouveau. Elle pourrait certainement reconnaitre ce son familier entre miles.

C'était des coups de feu.

Elle ouvrit légèrement la porte de la chambre, et elle entendit de nouveau un coup résonner. La panique s'empara d'elle, un lourd silence pesait désormais dans tous les environs.

Se faufilant dans la cage d'escalier, la policière entendit des pas à l'étage. En fait, beaucoup de pas traversait de long en large la pièce au-dessus de sa tête.

Andy ferma les yeux pour être en mesure de distinguer les différents sont qui circulaient autour d'elle. Elle reconnut le son distinctif des radios de police qui faisait état de la progression des agents à l'intérieur de la maison.

Il y avait des policiers dans la maison.

Andy ne put s'empêcher de gravir les escaliers. Étonnamment, elle fit son ascension calmement, une marche à la fois. La pièce était en pleine effervescence. Figée, elle ne put que suivre des yeux les dizaines de personnes qui se déplaçaient autour d'elle.

Puis, Andy remarqua un bout de toile au sol, derrière le canapé. C'était une de ces toiles qu'ils utilisaient pour couvrir un corps inerte.

Sans même le réaliser, Andy se dirigea vers cette toile jaune, ses jambes vacillant sous son poids alors qu'elles la propulsaient à l'autre bout de la pièce. C'était comme si le temps s'était arrêté, tout autour d'elle semblait tourner au ralenti.

Elle entendit, au loin, quelqu'un appeler son nom et une paire de mains s'empara d'elle afin de la retenir et la maintenir en place. Elle ne pouvait pas entendre les paroles de la personne à qui appartenaient les mains en question. Elle ne pouvait qu'entendre le son de son propre cœur résonner.

Mise à part le tambour qu'elle avait dans les oreilles, elle n'entendit qu'un autre son : le nom de Sam qui sortait de sa bouche à répétition alors qu'elle l'hurlait.

La première et seule pensée qui hantait son esprit, c'était Sam. Son imagination faisait rouler des dizaines de scénarios dans sa tête, chacun impliquant le corps inconscient de Sam, couché sous une couverture biomédicale.

Comment allait-elle réagir en voyant le regard de cet homme vide de toute étincelle ?

Andy eut vaguement conscience que Bobby criait et se débattait à quelques mètres d'elle. Elle venait de se faire plaquer au sol, et le policier qui la maintenait en place semblait avoir beaucoup de difficultés à lui passer les menottes.

Un mouvement sur sa gauche attira l'attention d'Andy. Alors qu'elle se tourna, toujours aussi ébahie, elle vu Sam, à genoux, les mains derrière le dos. Il était clairement menotté.

Il avait la tête baissée, alors il était impossible pour Andy de voir son visage. Par contre, le soulagement de le voir là, vivant, était si accablant qu'elle en eut le souffle coupé.

Il n'avait jamais relevé la tête, même quand elle avait hurlé son nom de désespoir. Il avait plutôt gardé le regard au sol, honteux.

Bobby lui envoya un sourire attendrissant quand elle passa devant elle, escortée par un policier. La jeune femme fut ensuite installée sur la banquette arrière d'une voiture lettrée « Servir et protéger ».

Le devant de la maison était couvert de lumières bleues et rouges. Une vague d'uniforme bleus et de rubans jaunes contrastait avec la blancheur de la neige.

Après quelques minutes, Andy fut escortée à son tour, à l'arrière d'une des voitures. À ce moment seulement, elle laissa échapper une seule et unique larme. Même si elle rentrait à la maison, elle ressentait de la tristesse.

Les policiers gardèrent Andy en cellule. Ils devaient s'assurer de son identité avant de la libérer. Elle était en cellule avec quatre autres femmes, visiblement des prostituées. Andy eut même de la difficulté à réprimer un ricanement devant le fragrant manque de goût de leur tenue vestimentaire.

Quelques minutes plus tard, Bobby entra dans la même cellule qu'elle. Elle semblait déchirée entre le bonheur et le désarroi. Elle ne dit rien à personne, se dirigea vers le fond de la petite pièce et s'assit directement sur le sol. Andy fit de même, dans le coin opposé, elle était soudainement fatiguée, épuisée.

Elle était là depuis un certain temps quand elle entendu quelqu'un l'appelé par son prénom. Elle connaissait cette voie.

Elle se redressa, et trouva Traci de l'autre côté des barreaux. Jerry et Luke étaient derrière elle. L'un des agents de police ouvrit la porte, et à la seconde où elle put se faufiler dans l'entrebâillement, Andy se précipita dans les bras de sa meilleure amie.

Se sentant désormais à l'abri dans l'étreinte de son amie, les larmes se mirent à couler librement sur les joues de la jeune femme.

Jerry signa l'autorisation de libération, alors que Traci l'accompagna vers la sortie. Elle avait encore un bras autour des épaules d'Andy, en guise de réconfort.

La disposition de ce poste de police était similaire à celui où Andy travaillait, la quinzième division. Le regard de la jeune femme croisa celui de Sam, à travers les barreaux de la cellule des hommes.

En moins d'une seconde, Sam rebaissa la tête.

Traci pressa la main d'Andy, la guidant de nouveau vers la sortie. Ne pouvant s'en empêcher, elle jeta un dernier regard vers son ravisseur. Elle le perdu de vu quand la porte se referma sur les quatre compagnons.

Peu importe ce qu'elle ressentait, ça ne changerait rien.

C'était terminé, et elle rentrait à la maison.

Traci passa des heures avec elle, une fois chez Andy. Elle refusait catégoriquement de laisser la jeune rescapée seule. Elle faisait de son mieux pour qu'Andy lui raconte ce qui s'était passé.

Mais Andy resta muette, elle ne faisait que repasser en boucles les événements dans sa tête, complètement silencieuse.

Son père arrêta lui rendre visite ce soir-là, mais il ne resta pas longtemps, étant donné qu'il avait une rencontre de prévue. Il avait vraiment essayé ardemment de rester sobre après l'enlèvement de sa fille.

L'enlèvement.

Elle ne s'était pas fait enlevée, elle les avait suivi de plein gré.

« Andy, parle-moi. »

La voix de Traci semblait s'être brisée de chagrin quand elle l'avait supplié de s'ouvrir à elle.

« Je vais bien. Je te le promets. »

« T'es certaine? Tu sembles si distante. »

« Je pensais, c'est tout. »

« Tu pensais à ? »

« Tout. »

Traci abandonna son interrogatoire, se leva pour préparer deux tasses de chocolat chaud. Elle y déposa quelques guimauves. Elles reprirent place sur le canapé du salon. Cette fois, Traci n'avait aucune intention de capituler.

« T'as l'air bien… »

« Ils se sont bien occupé de moi. »

Traci observa sa collègue avec curiosité.

« Mais ? »

« J'ai tout gâché. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Ça ne faisait aucun sens.

« Je… »

Après quelques secondes d'hésitation, Traci insista.

« Tu …? »

Le croire, le sentir, c'était tellement différent que de le dire. Quand Andy ouvrit la bouche pour répondre à la question, sa voix semblait s'être volatilisée. L'admettre était une toute autre paire de manches. Se l'avouer à elle-même n'avait pas été une tâche facile, mais l'admettre à quelqu'un d'autre était une pure torture.

« Je… »

« Andy ! »

Traci souffrait littéralement de voir son amie si perdue, si hésitante, si incertaine.

« Je crois être tombée en amour. »


En espérant que vous appréciez! Voici un avant goût du prochain chapitre ...

« Ce n'est pas supposé être si difficile. »

La voix de Bobby était si dévasté par la tristesse que le cœur de Sam se fendit en deux.

Il savait exactement ce qu'elle voulait dire. Il savait exactement ce que c'était d'avoir quelque chose l'instant d'un respire et que cette chose disparaisse le respire suivant.

Quoiqu'il n'ait jamais vraiment « eu » Andy, pas techniquement…

« Est-ce que c'est normal que ça fasse si mal ? » Elle pleurait, tellement que son corps était pris de soubresauts.

Elle aimait réellement Damian, même s'il était du type « sans-cœur ». En fait, elle faisait de lui quelqu'un de plus équilibré.

« J'sais pas. » Dit Sam, la serrant un peu plus fort. Les larmes de Bobby lui coulaient directement sur l'épaule, mais il ne s'en préoccupa pas. Elle avait nettement plus besoin de réconfort que lui d'un gilet sec.

« Tu récents la même chose, n'est-ce pas ? » marmonna-t-elle quand elle sentit Sam hocher la tête.

« Je ne comprends pas pourquoi tu l'as laissé partir. »

« Parce que… c'était la bonne chose à faire. »

Il s'était lui-même questionné sur la véracité de cette affirmation.

« Sam, je sais que ce l'était. Mais ce que tu récents, c'est puissant et indéniable. Et elle également, j'ai vu la même chose que toi tu sais. Sa réaction quand elle a cru que tu étais sous cette couverture, ça ne trompe pas. »