Colinou : Arthur et Merlin ? Sages ? Non. Non non non. Ces deux ensembles ne doivent jamais être utilisés dans la même phrase, sous peine de fin du monde ! Voyons !
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Chapitre 71 : La princesse de Nemeth ~Partie 3~
Echanger sa robe pour des vêtements de voyage n'était pas possible, pas plus qu'obtenir une quelconque quantité d'affaires. Gwen sortit dans les jardins derrière la maison et attendit comme indiqué, pendant que Katryn prenait un 'pique-nique' des cuisines. Quand la servante arriva enfin, même alors qu'à peine vingt minutes avaient passé depuis le départ de Fyren, elle était emplie d'urgence alors qu'elle menait Gwen à un coin particulier de cet endroit.
Ici se trouvait un chêne, se tenant haut et fier avec une seule balançoire pendant de l'une de ses branches. Il dominait le bosquet d'arbres autour de lui, créant un refuge protégé où les enfants de la maison avaient joué durant de nombreuses générations. Katryn marcha droit jusqu'à cet arbre, et posa une main sur son écorce après avoir tendu à Gwen le panier de nourriture.
"Je nous emmènerai aussi loin que je le peux, mais je sais que je ne peux pas atteindre la cité elle-même. Nous n'aurons pas d'autre choix que passer au moins une nuit dehors."
Derrière elle, Gwen était solennelle, mais toujours déterminée.
"J'ai l'habitude de dormir dehors."
Katryn soupira, regardant par-dessus son épaule et offrant sa main libre.
"Alors prenez ma main, et ne soyez pas effrayée. Ce sera étrange, mais je peux vous assurer que c'est sûr."
Gwen plaça avec confiance sa main dans celle de Katryn, la tenant fermement et hochant la tête. La semi-dryade ferma alors les yeux et fit à nouveau face à l'arbre, avant que le monde entier semble devenir un mélange de marron et de vert.
Katryn s'écroula au sol, gisant parmi un tapis de feuilles tombées et tremblant d'épuisement. Gwen laissa tomber le panier et s'agenouilla d'inquiétude à côté d'elle, avant qu'elle n'enregistre qu'elles n'étaient plus dans les jardins… Elles étaient au milieu d'une forêt.
"Où sommes-nous ?"
Katryn ouvrit les yeux, grimaçant alors qu'elle s'asseyait faiblement sous le nouveau chêne qui se tenait au-dessus d'elles.
"Dans la Forêt d'Ascetir, à l'est de Camelot. Les dryades ont le pouvoir de 'marcher dans la forêt' d'un chêne à un autre, c'est comme ça qu'elles se rendent visite quand autrement elles ne peuvent pas rester éloignées de leurs arbres. Je possède aussi cette capacité, mais c'est fatiguant pour moi, surtout quand je porte quelqu'un d'autre avec moi."
Gwen l'aida à se lever, ou essaya. Katryn avait à peine la force de marcher.
"Tu vas bien ?"
La semi-dryade secoua la tête avec réticence.
"Je suis désolée. Vous devriez me laisser et aller jusqu'à Camelot sans moi. Je suis en sécurité ici dans les bois. Je peux me cacher s'il le faut, jusqu'à ce que j'aie suffisamment récupéré pour suivre."
Ses mots furent stoppés par Gwen qui passait son bras par-dessus son épaule et la mettait sur ses pieds. Elle commença à les faire avancer toutes les deux, s'arrêtant seulement assez longtemps pour faire passer le panier dans la main libre de Katryn.
"Je ne laisse jamais mes amis derrière si je peux l'empêcher. Nous irons ensemble, et je ne prendrai pas non pour réponse."
Et ainsi commencèrent-elles toutes les deux le lent voyage vers l'ouest, transportant leur message important.
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"Alors tu es finalement prêt, Merlin ? Je commençais à me demander ce qui te prenait tant de temps."
Arthur regarda, amusé, alors que Merlin entrait dans le terrain d'entraînement dans l'armure qu'il avait porté pour le match d'exhibition dans lequel il avait combattu, gratifiant son roi d'un long regard quand il arriva devant la princesse et lui.
"Et vous oubliez que je n'ai pas d'armure dédiée qui m'appartient à part ma cotte de mailles. Quand j'ai besoin des autres pièces, je dois chercher parmi les pièces libres quelque chose qui me va."
Il tira sur son haubert et sa coiffe, avant de regarder aux alentours.
"Alors qui est-ce que je combats ?"
La Princesse Mithian désigna un des Chevaliers de Nemeth qui l'avait accompagnée.
"Arthur et moi avons pensé que ça pourrait être plus intéressant si vous affrontiez un de mes hommes. Non pas que j'accuserais un seul des hommes d'Arthur d'y aller doucement avec vous, Merlin."
Le chevalier en question s'approcha, épée et bouclier prêts, et Merlin laissa échapper un long soupir de résignation.
"Très bien, finissons-en."
Il mit son heaume emprunté et baissa la visière, se dirigeant vers son adversaire pendant qu'Arthur criait derrière lui.
"Garde ça rapide et propre, Merlin. Ne joue pas avec ton adversaire comme tu l'as fait dans ton premier match amical dans l'arène."
Merlin acquiesça, se mettant en place alors même que Mithian le regardait avec inquiétude.
"Ne devrait-il pas avoir un bouclier ?"
Arthur haussa simplement les épaules, ne détournant pas les yeux des combattants.
"Les boucliers ne font que le ralentir. J'espère que votre homme est rapide, autrement il n'a aucune chance de porter un coup."
Mithian cligna des yeux et le regarda.
"Vous plaisantez sûrement ?"
Arthur montra de la main le lieu du combat, souriant.
"Regardez simplement… J'ai entraîné Merlin moi-même. Seul un fou le sous-estime avec une lame, et tous mes hommes le savent. Ils ont vu Merlin combattre dans l'arène, et savent qu'il a gagné son droit de porter une lame."
Le duel commença, tous les chevaliers de Camelot proches se poussant et faisant des paris murmurés sur la victoire de Merlin. Merlin gagna, après à peine une minute… minute pendant laquelle il esquiva, apparemment sans efforts, chaque coup qui lui était destiné, avant de débarrasser son adversaire de son bouclier, puis de son épée, et de les écarter.
Il leva sa visière après sa victoire, tous les observateurs applaudissant et quelques chevaliers s'approchant pour lui donner une tape sur l'épaule.
"J'espère que cela vous convient, Sire ?"
Arthur rit alors qu'il applaudissait.
"En effet, Merlin. Et maintenant file. Tu as tes autres tâches à t'occuper pour demain."
Avec cette déclaration cryptée, Merlin s'en alla pour se débarrasser de son armure et Mithian se retrouva escortée jusqu'à ses appartements, pour qu'Arthur puisse aller s'occuper de ses propres tâches pendant un moment.
Elle s'en allait juste pour une promenade autour du château quand elle aperçut Merlin qui marchait d'un pas lourd dans un couloir clairement moins utilisé avec une boîte de parchemins, et le suivit par curiosité. Il était si étrange pour un serviteur, et une part d'elle voulait vraiment en découvrir plus.
Elle regarda alors qu'il entrait dans la première chambre de ce couloir, attendant une minute avant d'aller jusqu'à la porte fermée, frapper légèrement, et entrer.
Merlin se tenait à un bureau couvert de papiers, le dos tourné, il ne vit donc pas qui était entré. A la place, il supposa que c'était l'une de la poignée de personnes qui le chercherait ici, un conseiller.
"Si c'est à propos de la réunion de demain, je vous ai déjà tous dit qu'Arthur n'assistera pas au conseil pour discuter du renoncement à la plupart des terres de Gedref. Il sait que tous les conseillers sont énervés, mais il n'est pas dans les meilleurs intérêts de se battre pour des terres si éloignée de cette cité, quand aucun des peuples du royaume n'y vit. Ce ne sont pas des terres de valeur particulière pour nous à cause de cette distance, et pourtant pour le peuple de Nemeth, elles représentent une région cultivable considérable près de leur capitale. Je présiderai la réunion de demain à la place de Sa Majesté, et vous aurez les mêmes réponses de moi que ce serait le cas avec lui. Alors si vous pouviez simplement me laisser m'occuper de ces autres…"
Il se tourna et vit qui était réellement là, sa tirade mourant sur ses lèvres.
"... affaires."
Mithian le regardait étrangement, l'impact de ses mots s'insinuant en elle et se reflétaient dans son expression incrédule.
"Vous présidez à une réunion du conseil demain en tant que représentant d'Arthur ? Mais vous n'êtes…"
Merlin grimaça.
"Qu'un serviteur…"
Il soupira.
"Eh bien, je suppose que ce n'est plus utile de vous le cacher maintenant. Je suis le serviteur d'Arthur, encore, mais seulement parce qu'étant cela, les gens me sous-estiment. C'est un avantage pour lui."
La princesse s'approcha, commençant maintenant à froncer les sourcils alors qu'elle contournait le bureau.
"Alors qu'êtes-vous vraiment ? Si vous n'êtes pas vraiment son serviteur ?"
Merlin retourna son regard sur la boîte de parchemins, continuant à les déballer.
"Je suis Premier Conseiller dans son Conseil Privé. Il a révélé cela au conseil principal il y a quelques semaines, et m'a fait présider à de nombreuses réunions depuis pour qu'ils s'habituent à moi… Avant, ils pensaient que j'étais un idiot, mais ils ont une autre opinion maintenant… C'est moi qui ai dit à Arthur de renoncer à ces terres pour votre royaume."
Mithian le fixa, perplexe.
"C'était vous ? Et il a écouté ?"
Le ton de Merlin devint plat, comme il ne voyait plus aucune raison de jouer l'image de la stupidité puisqu'elle l'avait suivi jusqu'ici.
"Je pense qu'il le ferait, après toutes les recherches que j'ai fait pour lui. Une fois que j'ai trouvé la preuve que ces terres avaient été prises de forces pendant une guerre, et avaient à l'origine appartenu à Nemeth, il savait que les rendre à votre père serait un acte considérable de bonne volonté. Le seul désir d'Arthur est la paix, et la sécurité de son royaume. S'il peut faire cela sans recourir à la violence, il le fera. De plus, vous venez juste d'entendre ma tirade. Ces terres n'ont aucune réelle importance pour Camelot. C'est juste un endroit sur une carte, trop loin pour une seule de nos installations principales ou pour que des routes d'échanges vaillent le coup de se battre. D'un autre côté, cela signifie plus d'espace à cultiver, et plus de nourriture, pour votre peuple. J'ai entendu dire que vous aviez eu des hivers difficiles ces quelques dernières années."
Merlin bougea derrière son bureau et s'assit, commençant à travailler sur sa boîte de parchemins. Mithian ne partit pas, même quand il était clair qu'il était suffisamment occupé pour ne pas chercher à converser plus avec elle. A la place, elle le regarda, puis vint se tenir par-dessus son épaule pour lire quelques-unes des réponses qu'il écrivait. Aucune n'avait un rapport avec la Conspiration ou la magie, donc il ignora sa présence et fit simplement avec.
Après un moment à voir ses solutions fermes mais justes à de nombreuses affaires, Mithian finit par parler à nouveau.
"Vous semblez très bon à cela. D'où venez-vous ?"
Merlin continua d'écrire sa réponse actuelle, mais répondit tout de même.
"Je viens d'un petit village fermier, appelé Ealdor. C'est juste au-delà de la frontière avec Escetia. Ma mère travaillait en tant que servante durant le règne du roi Herwen, avant la conquête du royaume par Cenred, donc elle a pu m'enseigner à lire quand j'étais jeune. Cela m'a maintenu en bonne position lorsqu'elle m'a envoyé à son bon ami, Gaius. Il a continué mon éducation, se concentrant sur des sujets comme la médecine. J'ai poursuivis mon apprentissage dans les politiques et les affaires de la cour de ma propre initiative, durant les années de service en tant que serviteur d'Arthur."
Mithian sembla d'une certaine façon impressionnée.
"Alors depuis quand Arthur vous considère-t-il comme un conseiller ?
– Environ quatre ans."
Merlin la regarda.
"Depuis le moment où il a découvert que je n'étais pas l'idiot pour lequel tout le monde me prenait. Nous étions déjà amis, non pas qu'il l'aurait admis, depuis un certain temps avant cela. Il savait qu'il pouvait toujours me faire confiance pour être entièrement honnête avec lui, et il avait besoin de ça. Trop de gens qu'il connaissait diraient n'importe quoi pour le garder content, suggéreraient n'importe quoi qu'ils penseraient qu'il aurait envie d'entendre, même si ce n'était pas le mieux pour lui.
– Contrairement à vous, qui lui diriez ouvertement si vous pensiez qu'il faisait une erreur ?"
Merlin sourit à cela.
"C'est exact."
Son sourire s'évanouit, son expression devenant plus sérieuse.
"C'est pour cela que je vais être franchement honnête avec vous… Je peux voir que vous aimez Arthur, mais n'attendez rien de plus que de l'amitié venant de lui, parce que vous ne l'obtiendrez pas."
La princesse le regarda, semblant un peu offensée.
"Je ne peux pas dire que je vois ce que vous essayez d'impliquer."
Merlin soupira.
"Un traité important, avec un puissant royaume qui a déjà une alliance avec Escetia et Caerleon. Et pourtant au lieu de venir ici lui-même, votre père vous envoie, à un moment après lequel Arthur a été forcé d'annuler son mariage à cause d'un scandale malicieux dirigé contre sa fiancée."
Il la regarda, solennel.
"Guenièvre était victime d'un enchantement, un fait qui a été confirmé par toute une gamme de preuves. Je ne sais pas quelle rumeur a atteint Nemeth à ce propos, mais elle n'a pas été envoyée au loin de disgrâce. Je l'ai éloignée pour sa sécurité, pour qu'elle ne puisse pas être visée de nouveau pendant qu'Arthur attendait que les choses se calment… Et maintenant, allez-vous êtes 'franchement honnête' avec moi ?"
Mithian se détourna de lui, s'installant dans une chaise proche, l'expression distante. Après quelques instants, elle soupira.
"Mon père espérait qu'Arthur me remarquerait, une femme de naissance noble et de haut rang, et déciderait que j'étais un meilleur choix. J'admets que je ne m'attendais pas à aimer Arthur, mais c'est le cas. C'est un homme gentil et attentionné, et un très bon roi… Guenièvre est une femme très chanceuse."
L'expression de Merlin disait sa sympathie pour la situation de la princesse. Il savait que son père serait probablement déçu d'elle si elle revenait alors qu'Arthur n'avait montré aucun intérêt.
"Eh bien, vous aurez la chance de la rencontrer. J'ai décidé de la rappeler, à temps pour que vous la rencontriez avant que vous repartiez pour Nemeth… Et j'ai aussi une suggestion."
Mithian le regarda, curieuse.
"A quel propos ?"
Merlin sourit.
"Si votre père veut vous marier d'une manière qui vous vaut une bonne connexion avec Camelot, alors je recommande qu'il considère le roi Fyrendir d'Escetia… Fyren est un très bon ami, et il ressemble beaucoup à Arthur. Si vous aimez Arthur, vous l'aimerez, et les deux royaumes sont liés par plus qu'un simple document signé. Arthur et lui partagent les mêmes morales et croyances à propos de beaucoup de choses, et sont promis à une amitié qui ne se brisera pas tant qu'ils vivent. Je pense que vous seriez heureuse avec lui."
Elle se leva, pensive, et hocha la tête avant de se diriger vers la porte. Elle s'arrêta lorsqu'elle l'atteignit, le regardant là où il était assis derrière son bureau.
"Merci, et je devrais garder votre suggestion en tête. Je vous remercie d'avoir répondu à mes questions. Je peux voir pourquoi Arthur vous apprécie tellement. Vous êtes de bons amis."
Merlin la regarda alors qu'elle sortait et fermait la porte, laissant échapper un long soupir avant de retourner à ses papiers. Au moins, cette petite situation était réglée, d'une manière qui garderait le roi de Nemeth satisfait.
Il sourit pour lui-même. De plus, compte tenu de ce qu'il avait vu de Mithian, il savait que Fyren l'aimerait très probablement aussi.
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Les couloirs du château étaient en effervescence le lendemain matin, avec des nobles de tous rangs et de toutes sortes qui se dirigeaient vers la cour centrale avec des arcs et des arbalètes. Certains marchaient avec des laisses, clairement en chemin pour aller chercher leurs chiens de chasse, et puis il y avait Merlin, qui semblait loin d'être impressionné par la chose entière. Après tout, il allait passer la matinée à taper un bâton sur le sol et à crier, avant de passer environ trois heures au milieu de l'après-midi à résister à l'envie de taper sur les conseillers avec un bâton et à essayer de ne pas leur crier dessus pour leur stupidité têtue.
Il soupira, lançant l'arbalète d'Arthur par-dessus son épaule alors qu'il se dirigeait vers la cour. Il approchait les escaliers principaux qui menaient au niveau du sol quand une voix maintenant familière appela derrière lui.
"Vous n'aimez pas la chasse ?"
Il se tourna, voyant la Princesse Mithian en robe pour monter s'approcher dans le couloir. Il s'arrêta, semblant toujours plutôt dépassé.
"Ce n'est pas un sport que d'opposer des chiens, des lances et des arbalètes à un adversaire qui n'a rien."
Elle arriva à côté de lui, interprétant cette déclaration.
"Ce serait un non. Vous devez détester y aller alors."
Ils recommencèrent à marcher, Merlin haussant les épaules.
"Si c'était de la chasse pour un réel besoin, ça ne me dérangerait pas. J'allais tendre des pièges régulièrement avant de venir à Camelot, mais c'était pour manger, par nécessité. Cela, c'est juste des nobles qui tuent des animaux pour qu'ils puissent se vanter après sur qui a eu la meilleure proie ou le meilleur tir."
La princesse ne pouvait contredire cela, reconnaissant le point.
"Eh bien si c'est d'une quelconque consolation, les animaux tués aujourd'hui seront mangés. Ils ne seront pas perdus, peu importe la raison pour laquelle ils sont chassés."
Elle le regarda.
"Et je vais vous dire, je promets que tout ce que j'attrape, moi, aujourd'hui sera donné aux familles qui en ont le plus besoin dans la cité. Ça pourrait même pousser certains autres chasseurs à faire la même chose de honte."
Merlin lui donna un petit sourire à cela, un peu plus joyeux d'une certaine façon.
"Faites cela, et peut-être que j'aurai une meilleure opinion de la chasse aujourd'hui."
Ils atteignirent les escaliers et les descendirent, rejoignant la grosse partie de chasse qui se formait dehors. Pendant ce temps, dans les bois, une chasse d'une forme différente prenait place… Une qui était sur le point de rattraper les deux femmes qui luttaient.
Gwen continua à soutenir Katryn, leur rythme joint douloureusement lent. La servante avait essayé plusieurs fois de faire en sorte qu'elle la laisse derrière, mais Gwen avait refusé à chaque fois. Mais les choses avaient pris un tournant sombre, elles pouvaient entendre les cris d'hommes cherchant quelqu'un. Un aperçu rapide d'une femme qui sprintait dans la forêt, clairement celle poursuivie, leur donna une idée quant à ce qui se passait. Et alors que le temps s'écoulait et que les heures passaient, il devint rapidement clair que quiconque la poursuivait se rapprochait dangereusement des deux autres femmes.
Gwen continuait de regarder par-dessus son épaule, anxieuse alors même qu'elle essayait de pousser Katryn à accélérer le pas. La semi-dryade avait passé la nuit dernière les mains enterrées dans la terre, mais le peu de force qu'elle avait regagné avait rapidement été épuisé dans les efforts depuis.
Katryn le savait aussi, respirant lourdement alors qu'elle se laissait tomber à genoux.
"Laissez-moi, je me cacherai. J'ai suffisamment de force pour disparaître dans les plantes des bois, mais si vous me gardez avec vous vous allez vous faire attraper. Vous devez courir, et vous ne pouvez pas faire ça tant que je suis avec vous."
Gwen hésita, déchirée entre rester et partir jusqu'à ce que le hennissement perçant d'un cheval la fasse sursauter de frayeur. Elle regarda sa servante, posant sa main sur son épaule.
"Je reviendrai pour toi, avec de l'aide de Camelot. Reste en sécurité jusqu'à ce que je revienne."
Elle se tourna et courut, Katryn la regardant partir avant de ramper dans un trou proche parmi les racines d'un arbre. La servante ferma alors les yeux, et pour tout le monde, il sembla que l'éparpillement de fleurs sauvages, de feuilles mortes et de racines elles-mêmes devinrent une part d'elle et elle fut perdue de vue.
Pendant ce temps, Gwen continua à courir, essayant d'être silencieuse, pourtant sa robe indécente s'accrochait constamment dans des buissons et des branches tombées. Le délai et le bruit ne lui firent aucun bien, quand le cheval qu'elle avait entendu escalada la crête derrière elle et que son cavalier l'aperçut.
Morgane la fixa, à peine capable de croire à tant de bonne chance, avant de charger derrière elle avec un sourire triomphant. Elle avait pourchassé un espion, mais était à la place tombée sur quelqu'un qu'elle voulait blesser bien plus.
Elle chevaucha plus loin et lui coupa la route, attendant jusqu'à ce que la femme effrayée trébuche et s'arrête.
"Guenièvre. Quelle joie de te revoir."
Gwen recula d'un pas, essayant toujours de reprendre sa respiration.
"Laissez-moi tranquille. Vous avez déjà fait assez de mal."
Morgane pencha la tête.
"Tu te méprends sur moi. N'étions-nous pas amies autrefois ? Je ne te veux aucun mal."
Gwen secoua la tête, se tournant pour continuer à courir en la dépassant.
"Vous avez tort si vous croyez que je vous referai jamais confiance."
Elle parcourut à peine quelques mètres avant que Morgane la frappe avec la magie, son cri faisant écho parmi les arbres avant d'être projetée dans l'un d'entre eux.
Gwen tomba au sol, inconsciente, alors que Morgane descendait de cheval et venait se tenir au-dessus d'elle. Elle sembla la contempler pendant à moment, jusqu'à ce que les aboiements de chiens et que les cris de rabatteurs à l'ouest indiquent que le festival de chasse s'approchait, des cris à l'est indiquant que les hommes d'Helios battaient en retraite pour ne pas être vus.
Morgane sourit avec mépris.
"Tu veux revoir ton très cher Arthur, tu vas le revoir. Nu bebeod ic the thaet thu laetest thine flaecsclice gelicnysse. Wyrth deor!"
De la lumière blanche se répandit sur Gwen, Morgane se tournant et s'éloignant. Les chasseurs se rapprochaient, Merlin marchant d'un pas lourd, assez dégoûté, à côté des chevaux d'Arthur et de Mithian.
"On devrait peut-être rentrer. Chasser perd son intérêt s'il n'y a rien à chasser, non ?"
Arthur lui jeta un oeil, le regardant avec amusement.
"Et si on te donnait cinq minutes d'avance, Merlin ?
– Un daim !"
Le cri vint d'une courte distance devant, les rabatteurs criant pour effrayer la pauvre créature et la pousser vers leur roi. Mais il fut perdu de vue dans le sous-bois, Merlin allant consciencieusement dans ce qui ressemblait de plus en plus à un buisson de ronces avant de s'arrêter à la vue devant lui.
C'était le daim, mais au lieu de fuir, il se tint simplement là et le regarda. Aucun des deux ne bougea, Merlin incapable de détourner les yeux alors que les sons de sanglots faisaient intrusion au bord de son esprit… Alors même qu'à ses yeux l'image du visage du daim devint celui de Gwen.
Un cri plus proche fit sursauter et s'éloigner le daim, passant à côté de l'étang d'un ruisseau. Sa réflexion n'était pas celle d'un animal, la réflexion était Gwen dans une robe déchirée et en lambeaux, courant désespérément.
Merlin fixa, essayant de nier ce qu'il avait vu même si ses sens lui disaient que c'était vrai. Gwen était supposée être à Escetia, aux soins de Fyren, et pourtant d'une certaine façon elle était là et elle était en danger grave.
Avant qu'il ait eu la chance d'agir, Arthur et Mithian lui passèrent devant vers la Gwen ensorcelée, un des hommes proches criant au roi.
"Sire, il est à vous !"
Merlin regarda d'horreur alors qu'Arthur visait, déviant frénétiquement le tir de son ami lorsqu'il appuya sur la détente.
Arthur regarda son arbalète comme si quelque chose n'allait pas avec elle, pendant que Mithian visait elle-même.
"Je vous croyais plus adroit."
Elle fit feu avant que Merlin ait pu la stopper, puis talonna sa jument pour la lancer après le daim qui fuyait toujours.
"Un souverain d'or qu'elle est touchée !"
Merlin savait ce qui était dans la tête de la princesse, sa promesse plus tôt de donner ce qu'elle attrapait à ceux qui en avaient besoin dans la cité. Mais ce n'était pas un animal à chasser pour de la nourriture, c'était son amie et Arthur ne le savait même pas.
Il regarda rapidement aux alentours pour s'assurer que personne ne regardait avant d'accélérer son temps jusqu'à ce que tout soit pratiquement immobile. Il courut alors aux côtés de Gwen, passant son bras autour de son cou et d'une certaine façon l'incluant dans son instant suspendu.
Elle avait été touchée à la jambe, mais boita avec détermination à côté de lui alors qu'il la menait à un endroit de sous-bois épais à une assez grande distance. Puis le temps revint, Merlin essayant de ne pas vomir en conséquence quand tout sembla faire une embardée comme c'était toujours le cas quand il accélérait trop longtemps le temps. Il frissonna et tomba à genoux, se recomposant avant de pointer le daim qu'il avait sauvé.
"Ic geedstalle thu."
Un doux argenté doré entoura le daim, avant de s'évanouir pour révéler Gwen agenouillée au sol, des larmes coulant sur son visage à la fois de peur et de douleur.
"Merlin. Je suis désolée, je n'aurais pas dû venir. Si j'étais juste restée au domaine tout cela ne serait jamais arrivé."
Merlin bougea jusqu'à elle, retirant fermement le carreau en dépit de son cri de douleur, et parlant après avoir jeté un sort pour guérir la blessure.
"Qu'est-ce que tu fais là, Gwen ? Tu ne peux pas me dire que Fyren l'a autorisé."
Il désigna la frontière.
"J'ai envoyé un message juste hier disant que tu pouvais revenir en toute sécurité ! Il fait probablement une crise cardiaque !"
Elle baissa la tête de honte.
"Je voulais venir vous avertir, être avec vous tous. Une des espionnes de la Sorcière de la Cour de Fyren, Iunia, a rapporté qu'elle avait vu Morgane donner le plan des souterrains de siège de Camelot au Seigneur de Guerre Southron, Helios. Agravain les lui a donnés."
Merlin s'immobilisa, fronçant les sourcils.
"C'est impossible. Il n'a pas accès aux voûtes, et le seul moment récemment où elles ont été ouvertes sans personne dans la chambre était quand je… parlais aux gardes des coffres-forts dans le couloir avec des colonnes."
Il commença à jurer.
"Bon sang ! J'ai dit à Arthur que ces colonnes devaient être bloquées ! Bien que je sois autant à blâmer pour ne pas avoir gardé un œil dessus. Agravain a dû être désespéré pour m'avoir suivi de si près."
Il se leva, offrant sa main à Gwen.
"Viens, je dois te ramener à la cité. Je vais te garder hors de vue jusqu'à ce que suffisamment de temps soit passé pour que ton arrivée soit plausible. Fyren a probablement déjà envoyé un message pour les plans, donc je n'ai pas besoin de dire à Arthur que je l'ai découvert de toi. On aura suffisamment de problèmes comme ça, sans qu'il soit énervé parce que tu t'es toi-même mise en danger."
Il la tira sur ses pieds, mais Gwen refusa de bouger, désignant à la place l'est à travers les arbres.
"Nous devons aller chercher Katryn, ma servante. C'est elle qui m'a fait sortir du domaine quand je le lui ai demandé, mais elle s'est épuisée et peut à peine marcher. Je ne peux pas la laisser ici, pas quand Morgane est là."
Merlin soupira.
"J'aurais dû deviner que c'est Morgane qui t'avait ensorcelée. Te changer en daim, au beau milieu d'une chasse, c'est juste le genre de choses malsaines que j'attends d'elle."
Il soupira, sortant son amulette et illuminant le dragon dessus.
"Arthur, j'en ai assez de courir les bois. Je retourne au château pour me préparer pour la réunion de cet après-midi. Appréciez le reste de votre chasse."
Il laissa l'amulette s'assombrir à nouveau, et hocha la tête pour elle.
"Montre-moi le chemin."
Gwen le fit, boitant toujours légèrement comme le sort de Merlin n'avait pas encore complètement atténué la blessure qu'elle avait reçue. Les sons de la chasse s'évanouirent bientôt alors qu'elle partait au nord, pendant que tous deux continuaient vers l'est jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent à un endroit qu'elle reconnaissait.
Gwen regarda aux alentours, cherchant, et appela doucement.
"Katryn ? Katryn, tu es là ?"
Il y eut un silence pendant plusieurs instants, avant que le raffût de feuilles mortes bougées s'élève non loin. Un visage se mit sur ses pieds en utilisant l'arbre contre lequel elle s'était cachée, et ses yeux rencontrèrent ceux de sa maîtresse.
"Ma Dame ? Vous allez bien ?"
Gwen se précipita aux côtés de Katryn, la serrant étroitement dans ses bras de soulagement. Elle se tourna ensuite vers le magicien qui la suivait, et le présenta.
"Katryn, voici Merlin. Il va nous faire entrer dans le château sans remue-ménage, et nous ferons profil pas pendant plusieurs jours."
Elle baissa légèrement la tête.
"J'ai peur qu'il ne soit pas très content de moi, mais tu n'es pas à blâmer. J'ai choisi de faire ça, et tout ce que tu as fait, c'est offrir ton aide. Donc ce n'est pas de ta faute."
La servante sembla un peu confuse, mais aussi inquiète.
"Le bracelet est devenu froid pendant que vous n'étiez pas là. Qu'est-il arrivé ?"
Gwen resta silencieuse, Merlin étant celui qui répondit assez platement de désapprobation.
"Elle s'est mise dans le chemin de Morgane, qui l'a changée en daim. Puis elle s'est fait tirer dessus, heureusement seulement dans la jambe, mais ça aurait pu être bien pire."
Gwen semblait profondément honteuse d'elle-même maintenant, alors qu'elle tournait sa concentration sur sa servante.
"Comment tu te sens ? Tu penses que tu peux aller jusqu'au château ?"
Katryn se stabilisa, l'expression déterminée alors qu'elle essayait de faire un pas en avant, seulement pour que ses genoux cèdent. Elle essaya à nouveau alors que Gwen l'aidait à se remettre debout, seulement pour que ses yeux s'élargissent de surprise quand sa maîtresse fut gentiment poussée sur le côté et qu'elle se retrouva soulevée.
Merlin se tourna et se dirigea vers Camelot, ignorant la façon dont Katryn semblait lutter pour comprendre que faire de cette situation. Elle était étonnamment légère, et pas du tout difficile à porter pour lui. La partie intéressante serait les glisser dans le château… Même s'il savait déjà où il allait les mettre.
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Gwen leva les yeux de là où elle était assise lorsqu'il entra la matinée suivante, l'ayant cachée dans l'une des chambres d'hôtes inutilisées proches de son étude. Katryn gisait sur le lit, endormie et toujours épuisée, et Gwen semblait s'attendre à être disputée à nouveau.
Merlin posa le plateau de nourriture qu'il avait amené, suffisamment pour elles deux. Son expression était sérieuse.
"L'espion de Fyren m'attendait au bord de la cité après que je t'aie laissé là. Il a confirmé ton message, et il a fait passer un message via Iunia pour lui dire que tu es là et en sécurité. Il doit arriver à midi demain, donc je te ferai sortir à nouveau avec un cheval pour toi et ta servante, pour qu'on croie que tu as chevauché jusqu'ici avec lui. Arthur n'est pas dans le meilleur état d'esprit en ce moment, pas après que je lui aie donné le message de l'espion."
Gwen se mordit la lèvre, sombre.
"C'est mauvais, n'est-ce pas ? Avec Helios qui sait où sont les tunnels, défendre la cité sera impossible s'il attaque."
Merlin laissa échapper un long soupir, posant sa main sur son épaule. La plupart de sa colère contre sa stupidité s'était évanouie, et à la place, il était simplement heureux qu'elle soit sortie de cette épreuve vivante et seulement un peu endolorie.
"Il m'a demandé de les bloquer de l'extérieur avec autant de sorts que je le peux, mais je ne mentirai pas, ça ne fera que gagner du temps. Arthur a ordonné qu'un nouveau tunnel soit creusé ; pas particulièrement long ou large, mais il ne sera pas connu d'Helios. Je concentrerai la plupart de mes efforts sur celui-ci, pour s'assurer qu'il reste libre pour qu'on l'utilise si nous en avons besoin."
Il renifla, presque d'autodérision.
"Il a aussi ordonné que ces satanées colonnes dans le couloir près des voutes soient bloquées. C'est un peu comme fermer la porte des écuries une fois que les chevaux ont déjà été volés, mais au moins c'est quelque chose… J'ai vérifié les plans des tunnels. Il y avait une trace de la magie de Morgane qui s'y attardait. Agravain a dû avoir une feuille vierge enchantée pour copier ce qui était placé dessus, dans l'espoir que nous ne saurions jamais qu'ils ont été compromis."
Gwen fronça les sourcils.
"Où est-il maintenant ?"
Merlin se détourna, faisant les cent pas.
"Il a été enfermé dans les cachots, et n'en sera plus sorti. Personne en dehors de la Fraternité et de nos gardes spéciaux ne sait qu'il est là-bas."
Il s'arrêta et la regarda.
"Nous avons choisi d'essayer de l'utiliser contre Morgane. Nous avons parié sur ce que nous savions être le plus petit danger, mais c'est peut-être nous qui devrons en payer le prix. Nous devrons juste attendre et voir ce que le futur a en réserve pour nous, et faire face à toutes les difficultés qu'il y aura, tête la première."
Il se dirigea vers la porte, s'arrêtant quand Gwen l'appela.
"Merlin."
Elle attendit jusqu'à ce qu'il se soit tourné, avant d'hocher la tête pour lui.
"Merci, pour ne pas avoir dit à Arthur ce que j'ai fait. J'ai fait une erreur, et ça m'a presque coûté la vie."
Elle regarda alors le lit, où sa servante dormait.
"Et Katryn est blessée à cause de ça aussi."
A la porte, Merlin soupira et commença à l'ouvrir.
"Tout ce qui importe est que tu apprennes de cela, Gwen, et que tu ne répètes jamais cette erreur. Maintenant repose-toi, parce que tu dois 'arriver' demain et t'assurer de sourire pour Arthur."
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Le lendemain après-midi fut presque une fanfare de célébration quand Gwen chevaucha dans la cité aux côtés de Fyren, une Katryn toujours faible chevauchant derrière elle. Et alors qu'il regardait les retrouvailles, et une certaine rencontre entre le Roi d'Escetia et la Princesse de Nemeth, en dépit des inquiétudes pour le futur Merlin ne put s'empêcher de voir cette lueur d'espoir.
Il y avait de la lumière ici, de la lumière qui pouvait briller dans l'obscurité et ne jamais s'en aller. Et quand cette obscurité viendrait ils la traverseraient ensemble.
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