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Chapitre 75: L'Épée dans la Pierre ~ Partie 1 ~

La pièce était éclairée à la chandelle, le ciel à l'extérieur sombre et les courtisans à travers le château se dirigeaient vers la salle à manger principale pour le festin de ce soir. Mais l'invité d'honneur n'était pas encore tout à fait prêt, et ses deux serviteurs s'occupaient des dernières préparations à ce sujet. Sauf qu'il y avait un problème, en rapport avec la ceinture que le roi avait demandée.

Merlin tenait la courte ceinture formelle, conçue pour être juste assez longue avec peut-être trois ou quatre pouces de longueur en plus. À côté se trouvait la ceinture que Bel et lui avaient eu l'intention de faire porter à Arthur, étant donné qu'ils l'avaient modifiée quelques semaines plus tôt.

Il baissa la voix, murmurant tandis qu'il tenait les deux ceintures devant ses yeux pour montrer la différence entre le dernier trou sur la courte, et le trou dont ils savaient qu'il servait actuellement sur la longue.

« Il ne va jamais pouvoir mettre ça, pas en l'état. Distrais-le un moment pendant que je règle ça. »

Bel observa Merlin tirer une dague fine de l'étagère d'armes dans le coin, et le magicien entreprit d'aligner les deux ceintures côte à côte, et commença à découper un nouveau trou dans la plus courte. Merlin aurait pu utiliser la magie pour le faire, mais la dernière fois qu'il avait essayé, il avait accidentellement coupé en deux la ceinture en question. Il était plus sûr de le faire de la façon ordinaire.

Derrière le paravent, Arthur commençait à s'impatienter, tandis qu'il continuait de fixer ses cheveux avec un peigne.

« Qu'est-ce qui prend tant de temps ? »

La voix de Merlin l'atteignit, tandis que Bel approchait du paravent.

« C'est la fête de Beltane le roi doit avoir une allure 'royale'. »

Arthur fronça les sourcils à ces mots, roulant des yeux.

« Ce n'est pas en restant dans cette tenue que j'y parviendrai, n'est-ce pas ?

- Faites preuve d'un petit peu de patience. Pensez à quelque chose d'agréable !

- Ah oui, toi exposé au pilori ? »

Merlin avait l'air concentré sur quelque chose.

« Attendez... une seconde... »

Arthur se retourna pour sortir de l'écran avec sa cotte de mailles non ceinturée pour protéger sa modestie en l'absence actuelle de pantalon, un léger haussement de sourcils faisant s'écarter Bel de son chemin sans un mot.

« Une. »

Il eut un aperçu de Merlin en train de cacher quelque chose derrière son dos en se retournant vers lui.

« Que caches-tu derrière toi ? »

Merlin haussa les épaules d'un air innocent.

« Rien. »

Il sortit sa main gauche, puis la cacha de nouveau avant de sortir la droite.

« Ma main. Mon autre main. »

Il leva les deux à la fois.

« Mes deux mains ? »

ça aurait pu marcher, sauf qu'Arthur avait guetté l'éclair doré révélateur dans les yeux du magicien. Il se dirigea vers Merlin et passa le bras derrière lui, saisissant ceinture et dague qui flottaient dans l'air.

Il fronça ensuite les sourcils en voyant les débuts d'une nouvelle addition à cette ceinture.

« Pourquoi fais-tu un autre trou dans ma ceinture ? »

Merlin essayait de ne pas sourire, sa lutte manifeste pour ne pas le faire provoquant une réaction similaire chez Bel tandis que le druide se cachait derrière le paravent. Il avait appris à apprécier l'humour de ces scènes, même s'il demeurait un homme discret, et Merlin n'allait pas le décevoir de ce point de vue-là.

« Je voulais… la retoucher... pour que vous soyez plus à l'aise, Arthur. »

Arthur fronça les sourcils, peu amusé par la façon dont le magicien avait agité les sourcils à chaque mot insisté, ni par le sourire de plus en plus large qu'arborait Merlin.

« Je suis trop gros, d'après toi ? »

Merlin secoua la tête, lui prenant la ceinture.

« Non ! Il manque un trou à cette ceinture pour atteindre la perfection. »

Arthur la saisit, et entreprit d'essayer de l'enfiler.

« Ridicule ! »

Merlin croisa les bras et adopta une expression plus sérieuse, observant Arthur essayer et essayer de serrer la ceinture assez loin autour de sa taille pour passer la boucle dans l'actuel dernier trou. Puis il recommença à sourire, l'air satisfait que les événements lui aient donné raison.

« Ne soyez pas aussi dur avec vous-même. Un peu de graisse vient avec le travail. Avec toutes les fêtes et les banquets et les cérémonies... »

Arthur le fixait maintenant avec une expression incrédule et légèrement horrifiée, avant de se forcer à reprendre son sang-froid et de lui tendre la ceinture.

« D'accord Merlin, fais ce qui s'impose. Et surtout n'en parle à personne, tu entends ? »

Merlin récupéra la dague là où Arthur l'avait jetée sur la table, et se remit à découper le nouveau trou dans la ceinture.

« Faites-moi confiance. Vous savez que je suis très doué pour garder les secrets... quand ma peine est récompensée. »

Arthur le regarda, bouche bée.

« Alors ça, c'est du chantage ! »

Merlin l'ignora, lui rendant la ceinture désormais ajustée tandis que Bel prenait en charge le roi et le ramenait derrière le paravent. Il partit ensuite prendre sa place dans les rangs du service pour le banquet. Attendant son tour d'entrer, une demi-heure plus tard quand le repas commencerait, il saisit 'par hasard' un plateau portant l'un des mets favoris du roi.

Arthur le vit arriver avec enchantement, en piqua un morceau avec enthousiasme et le déposa sur son assiette.

« Ah ! Mon plat préféré. Le chapon farci aux herbes… »

Merlin gloussa, baissant la voix de façon à ce que seules les personnes les plus proches puissent entendre.

« Tout doux, ou on va encore être obligé d'agrandir votre ceinture... »

Deux sièges plus loin sur la table, Perceval faillit recracher sa gorgée de vin. Pendant ce temps, Arthur afficha un sourire forcé avant d'empoigner l'avant de la chemise de Merlin.

« Merlin, tu mentionnes ça une fois de plus et cette ceinture sera présentée à tes fesses. Compris ? »

Le magicien était sur le point de répliquer, quand son sourire disparut et il eut un mouvement de recul horrifié.

« Merlin ? »

Le magicien plongea la main dans sa poche, en sortit une petite statuette d'argile en forme de cloche et la laissa tomber au sol. Puis il la piétina, la réduisant en miettes de sa botte.

Les cloches d'alarme se mirent à résonner, tout le monde à table devenant silencieux tandis qu'Arthur se mettait debout.

« Tout le monde en alerte. Trouvez ce qui se passe ! »

Les courtisans déguerpirent rapidement de la pièce, et Merlin attendit qu'ils soient assez loin avant de rapporter ce qu'il avait senti.

« Quelqu'un vient de faire exploser tous mes sorts dans le tunnel de siège nord, celui qui mène à la ville basse. Les alarmes détectent beaucoup de gens en train de passer... Morgane et Hélios, ils sont là. »

Arthur se tourna vers Léon, désignant la porte.

« Prenez un groupe de chevaliers et de gardes vers la ville basse. Retenez-les aussi longtemps que possible ! »

Il regarda ensuite Elyan, Gauvain, et Perceval.

« Préparez la citadelle ! »

Tout le monde sortit en courant, et Arthur se tourna vers Merlin.

« Peux-tu les ralentir ? »

Merlin secoua la tête.

« J'ai déjà fait tout ce que je peux avec les vieux tunnels. J'ai mis le plus gros effort dans les nouveaux pour qu'un maximum de gens puissent s'échapper. »

Il se dirigea vers la fenêtre, une profonde inquiétude inscrite sur son visage.

« Je peux sentir des gens presser contre les protections dans les autres tunnels, ils ne tiendront pas longtemps même si les tunnels de la citadelle seront les derniers à tomber... Et c'est seulement si Morgane ne se montre pas devant l'un d'eux pour répéter ce qu'elle a fait au tunnel de la ville basse. »

Arthur ne put que se tenir là tandis que son Sorcier de la Cour disait cela, comprenant l'échec que Merlin devait ressentir en ce moment. Les tunnels compromis, c'était quelque chose qu'ils n'avaient jamais envisagé auparavant, avec les plans si bien protégés. Si seulement il avait eu plus de prévoyance, il aurait pu les protéger longtemps auparavant... au lieu des protections hâtives et quelque peu improvisées qu'il avait dû mettre en place par faute de temps.

Le roi posa une main sur l'épaule du magicien, le poussant vers la porte.

« Va aider Gaius et Liam à installer l'infirmerie. Dis-leur de la placer dans la plus grande des salles menant au nouveau tunnel. »

Merlin commença enfin à bouger avec empressement, se sauvant de la pièce tandis qu'Arthur se dirigeait vers les portes du château.

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« C'est trop long... Votre homme était censé les distraire, et les tunnels étaient censés être vides. »

Hélios se tenait à l'épaule de Morgane, juste à l'entrée du tunnel qui menait au cœur de la citadelle. Il était agité, mais elle était imperturbable, ses mains traçant des arcs dans les airs tandis qu'elle préparait son sort.

« N'est-ce pas évident ? Agravain s'est montré un peu négligent, s'est fait prendre, et le sorcier de compagnie d'Arthur s'est occupé de placer ces petites barricades magiques dans les tunnels en résultat. Mais petites, c'est tout ce qu'elles sont, elles ne peuvent rien contre moi. Et avec vos hommes désormais à l'intérieur de la ville basse en train d'y mettre le feu, toute la préparation du monde ne suffira pas à mon cher frère pour tenir cette cité longtemps. »

Elle cessa de parler pour prononcer une incantation, son pouvoir irradiant d'elle pour descendre en cascade dans le tunnel, déchirant les barrières sur son passage. Quelques-unes réussirent à tenir, mais elle les écarta presque d'une simple claque tandis qu'elle progressait désormais avec Hélios et ses hommes sur ses talons.

Ils ressortirent à une petite distance du donjon, sur le point d'avancer plus loin quand le cri d'une voix familière atteignit leurs oreilles.

Morgane se retourna vers le donjon, jusqu'à s'arrêter devant la cellule qui retenait Agravain.

Il s'inclina devant elle.

« Ma Dame. »

Elle le regarda avec quelque déception, sale et négligé qu'il était suite à son incarcération.

« Ainsi, votre silence de ces dernières semaines est vraiment parce que vous avez été pris. Vous me décevez. »

Il s'agrippa aux barreaux.

« Alors permettez-moi de me racheter. »

Ses yeux brûlèrent d'or, et un geste de la main arracha de ses gonds la porte de la cellule. Elle lui tendit alors une épée.

« Espérons que vous ferez mieux cette fois. »

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Les symboles sur l'amulette brillèrent d'une couleur dorée, tandis que Merlin courait à travers les couloirs du château qui se voilaient maintenant de fumée. Sa voix se porta vers toute la Fraternité avec son sombre message.

« Le tunnel principal de la citadelle a été percé ! Les Southrons se déversent dans les étages inférieurs ! On évacue ! Faites sortir tout le monde par le nouveau tunnel ! Je vais déclencher ma dernière surprise pour Morgane. »

Il fit irruption dans l'infirmerie, s'arrêtant brusquement quand il vit Arthur déjà là et en train de se faire soigner. Il avait manifestement très mal.

« Que s'est-il passé ? »

Gaius regarda vers son pupille, stressé par le nombre de blessés qu'il avait déjà dû traiter en si peu de temps.

« Il a pris une masse dans les côtes, et au moins deux sont cassées. Il a besoin d'être traité avant de pouvoir être déplacé. »

Merlin courut vers lui, Arthur le regardant avec désespoir.

« On ne peut pas encore renoncer... On a à peine commencé à se battre.

- Oui, et les hommes dont je viens de rapporter l'arrivée au château avaient 'à peine commencé à se battre' quand l'un d'eux vous a touché. La citadelle est perdue... Nous devons nous retirer dans la Forteresse d'Ascétir, jusqu'à ce que Fyren puisse mener ses hommes pour nous aider à reprendre Camelot. »

Arthur glapit quand Merlin suivit ces mots d'une brusque incantation, le craquement des côtes en train de se replacer trahissant sa raison. Il grimaça ensuite en se levant, conscient que Merlin avait placé un sort de guérison lente sur lui au lieu de guérir complètement les côtes. Il s'assurait que son roi n'avait aucune excuse pour essayer de continuer à se battre.

Le danger de leur situation fut encore souligné quand le symbole d'Elyan sur les amulettes vira au rouge, indiquant qu'il avait été assommé, et Gauvain et Perceval firent irruption dans la pièce. Ils avaient Gwen et Katryn avec eux.

« L'ennemi est presque sur nous. Je vais rester ici et les retenir. Perceval, vous aidez Merlin avec Arthur. »

Le roi ne put argumenter tandis que le plus large des chevaliers de la Fraternité le traînait pratiquement par la porte de derrière vers l'entrée du tunnel, Gauvain se retournant pour faire face à la porte principale tandis que Gaius emballait un sac de médicaments et le plaçait dans les bras de son apprenti.

« Pars avec eux. Je vais rester. »

Liam commença à secouer la tête, tandis que Gwen et sa servante se dirigeaient vers la sécurité.

« Vous ne pouvez pas ! Morgane va vous tuer !

- Mais il y a tout autant de chances qu'elle ne le fasse pas. »

Gaius regarda autour de lui les hommes blessés allongés sur les tables.

« On a besoin de moi ici. Je m'occuperai de ces hommes aussi longtemps que j'en serai capable. C'est mon devoir en tant que Médecin de la Cour. Maintenant va ! »

L'apprenti médecin quitta la pièce en courant après Merlin et les autres, Gaius le regardant partir avant que Gauvain ne vienne se tenir à côté de lui.

« Vous réalisez que vous et moi allons presque certainement mourir ici, n'est-ce pas ? »

Le médecin hocha la tête.

« Oui, mais si nous pouvons fournir une distraction suffisante pour leur laisser le temps d'atteindre le tunnel, je mourrai satisfait... Morgane ne brisera jamais les sorts sur celui-là. »

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Quelques modifications, comme vous le voyez, la plus importante étant qu'ils ne vont pas à Ealdor mais dans la Forteresse.