Chapitre 81 : L'Épée dans la Pierre ~Partie 7~

Il n'y avait eu aucun signe de leur approche, et aucun d'eux n'avait envisagé leur venue. Mais si la confiance qu'ils avaient en la route des Druides pour leur procurer une échappée sécurisée avait été bien placée, ce qui ne l'avait pas été était leur certitude qu'Agravain ne penserait pas qu'ils aient pu rejoindre le village d'origine de Merlin.

Après tout, le nom de ce village était un fait bien connu de la cour de Camelot.

Ce fut après un bref adieu à sa mère que Merlin et les autres s'enfuirent, s'assurant qu'Agravain les verrait, l'attirant lui et ses forces loin du village vulnérable. Le sorcier les emmena dans la direction de la Crête d'Ascetir, jusqu'aux saillies rocheuses qui les précédaient, comme les contreforts précèdent les montagnes, et abritaient un labyrinthe de tunnels et de grottes dans lequel il avait joué quand il était un petit garçon, il y a bien longtemps.

Il s'arrêta de courir lorsque l'entrée des tunnels apparut dans la pénombre, se tournant pour regarder en arrière, là où on pouvait voir des torches venir vers eux.

« Continuez. Je m'occupe d'eux. » Il sourit d'une manière sinistre et mauvaise. « Ils ont choisi le mauvais endroit pour nous courir après, parce que nous sommes horriblement proches de la corniche de Kilgharrah… O drakon, fthengomai au se kalon su katerkheo deuro! »

Tristan tourna de grands yeux vers le sorcier devant les accents grondants, presque rugissants, qui étaient sortis de la gorge de Merlin.

« Qu'est ce que c'était que ça ? »

Arthur l'attrapa par l'épaule, le forçant à se remettre en route vers les grottes.

« Il a juste appelé un très gros ami à lui, et nos poursuivants sont sur le point de finir en cendres. »

Merlin se hâta derrière ses amis, déjà capable de sentir la réponse immédiate et très proche du dragon. Kilgharrah surplomba les Southrons à peine une minute après l'appel, et Agravain leva les yeux vers lui avec horreur avant de hurler à ses hommes.

« À couvert ! »

Les Southrons étaient déjà dans la clairière juste avant les tunnels, coincés entre le mur de pierre et le dragon plongeant vers eux. Le souffle de flammes qui sortit de sa gueule les engloutit presque jusqu'au dernier, seul Agravain et la poignée d'hommes les plus proches de lui réussir à atteindre la sécurité des tunnels.

Plus loin dans ces passages, Merlin jeta un de ses filaments de magie autour d'Arthur avant d'invoquer deux orbes lumineux. Il en jeta une au roi et leur montra le chemin.

« Contentez-vous de la tenir et ma magie la maintiendra. Continuez à avancer, nous devons sortir de l'autre côté afin de pouvoir retrouver Kalem et les autres. »

L'écho derrière eux renvoya de multiples bruits, et Arthur fronça les sourcils.

« Je pensais que Kilgharrah s'en serait occupé. »

Merlin soupira.

« Sans vouloir vous offensez, Arthur, mais vous vous souvenez sans doute qu'il est un peu trop gros pour rentrer ici. Ceux qui ont réussi à entrer ici sont mon problème. Je vais retourner en arrière et m'en occuper. Suivez juste le tunnel le long de ce chemin, et à l'embranchement à trois cents pas d'ici vous devrez prendre à gauche. »

Le sorcier souffla sa lumière pour ne pas être facilement repéré, posant sa main contre la paroi pour pouvoir se diriger une fois qu'il serait sorti du halo de celle qu'Arthur tenait.

Le roi l'appela calmement, avant de se retourner et de continuer son chemin.

« Fais attention à ne rien faire de stupide. »

Merlin sourit un peu pour lui même à cela, avant de feindre que son épaule était toujours blessée juste avant d'atteindre le point où Agravain et ses derniers hommes avançaient, éclairés par des torches faites à la va-vite. Certains de ces hommes n'avaient plus de capes, indiquant clairement ce qui avait été utilisé pour les fabriquer.

Le noble indiqua une nouvelle direction à ses hommes lorsqu'il aperçut le sorcier, rendu confiant par le handicap apparent de Merlin. L'attaque du dragon pouvait être due à la chance, ou au fait qu'il ait gardé un œil sur la zone, ou alors il pouvait supposer que les pouvoirs d'un Seigneur des Dragons n'étaient pas quelque chose qui pouvait être lié par un sort.

Merlin tourna plusieurs fois, prenant d'obscurs passages secondaires jusqu'à ce qu'il réalise qu'il avait fait une erreur et couru dans une impasse.

Agravain et ses hommes stoppèrent derrière lui, l'oncle du roi paraissant toujours confiant.

« Tu m'as surpris en ayant un dragon à proximité, mais il ne peut pas t'aider ici. La flèche de Morgane t'a pris ta magie, Merlin, je suggère donc que tu abandonnes et que tu me dises où est Arthur. »

Merlin se tourna vers lui, semblant presque un peu triste.

« Faites attention.

– De quoi parles-tu ? Tu n'es pas une menace pour moi ainsi. Maintenant, où est Arthur ? Si tu ne me le dis pas, je serais obligé de te tuer. »

Merlin abaissa la main qui agrippait son épaule, se redressant et abandonnant toute tentative de feindre une blessure. Puis il secoua la tête.

« Je ne pense pas. S'il vous plaît, Agravain, partez tant que vous avez encore une chance. Ne me forcez pas à vous tuer. »

Agravain sourit, commençant à se rapprocher de lui.

« Je ne vais pas tomber dans ton bluff, gamin. » Merlin releva un peu le menton, ses yeux virant à l'or avant que le noble et ses hommes ne soient projetés en arrière. Les Southrons furent écrasés contre les murs, mais Agravin fut épargné, et déposé au sol avec uniquement le souffle coupé. Il commença à se relever, le fixant avec choc. « Ta magie ? Elle est censée être bloquée. »

Merlin resta sombre.

« Nombreux sont les alliés que je peux appeler. L'un d'eux m'a libéré de la malédiction de Morgane, après son arrivée sur une voile de toile et de bois, et il n'est que l'une des nombreuses personnes qui répondront à mon appel à la mention de mon nom. »

Agravain continuait de le fixer, semblant perplexe avant que ses yeux ne s'éclairent sous la compréhension et la suspicion.

« Alors c'est toi. Tu es Emrys ! »

Merlin ne le quittait pas des yeux, conscient maintenant qu'Agravain avait scellé son sort. Trop de choses dépendaient de ce secret, et le noble avait déjà utilisé toutes les chances qui lui avaient été faites de se détourner du chemin qu'il avait pris.

« C'est le nom que me donnent les Druides. Morgane a su qui j'étais, avant que je lui en vole lesouvenir. Maintenant elle voit Emrys comme un vieil homme dont le visage hante ses cauchemars et ses visions… Et c'est ainsi que cela doit rester. »

Agravain attrapa sa dague, se jetant sur Merlin qui tendit les deux mains devant lui. La lame fut stoppée dans sa course à quelques centimètres de sa gorge, et Agravain vola en arrière comme une poupée de chiffon, et tomba mollement au sol. Ses yeux fixaient les lumières des torches tombées au sol, vides et sans vie, et Merlin se pencha pour les fermer, avant de l'enjamber et de reprendre son chemin. Agravain avait choisi sa voie, et refusé d'en changer. Il aurait pu s'en éloigner lorsqu'il avait reçu son premier avertissement, mais ne l'avait pas fait. Sa fin était de son propre fait.

Merlin était très calme lorsqu'il rejoignit les autres, Gwen le regardant avec inquiétude en apercevant son expression.

« Que s'est-il passé ? »

Le sorcier la dépassa, Arthur la laissant à la tête de leur petit groupe, avant que sa réponse ne lui parvienne.

« Agravain est mort. Je l'ai tué. Il n'y a plus personne pour nous suivre, maintenant. »

Iseult le regarda avec choc.

« Tu les as tous tués ?

– … Entre ceci, et l'appel à Kilgharrah, j'ai tué plus de deux cents hommes cette nuit. Et je devrais en tuer d'autres avant que ceci ne soit fini. »

Merlin continua à marcher, ouvrant la route avec une nouvelle orbe de lumière pendant qu'Arthur fermait la marche avec l'autre. Lorsqu'ils émergèrent enfin des tunnels, le sorcier les conduisit jusqu'au Chemin des Druides et aux guerriers du Clan de la Tempête. Puis il s'éloigna jusqu'à à un endroit juste à l'extérieur du camp, et resta là en silence, sa tête penchée comme s'il priait.

Tristan et Iseult le regardaient avec incertitude, pendant que Kalem les rejoignait et prenait la parole.

« Avec une grande puissance viennent de lourds fardeaux, particulièrement pour lui. Il n'a jamais désiré la mort ou le meurtre, mais à cause de sa destinée, son chemin est déjà jonché de centaines de cadavres tués de sa main. Et il y en aura encore plus, avant que son destin ne soit complet, et ce pays unifié. »

Iseult regarda Merlin avec sympathie, inclinant la tête alors que des mots murmurés dans la Vieille Langue venaient vers eux, à peine assez fort pour être entendus.

« Qu'est-ce qu'il dit ? »

Kalem baissa la tête, fermant les yeux.

« C'est une prière, pour ceux dont il vient de prendre les vies. Leur pardonnant les erreurs qu'ils ont commises, et leur demandant de lui pardonner en retour. Il donne le repos à leurs âmes de la seule manière qu'il puisse le faire, avec une prière à l'Ancienne Magie, lui demandant de les accueillir dans la paix de l'au-delà. »

Elle jeta un coup d'œil au prêtre debout à ses côtés.

« Et est-ce que ça va marcher ? »

Kalem releva la tête, solennel.

« Il est l'avatar de l'Ancienne Magie, une incarnation vivante de sa volonté. Il est né pour rendre la magie à ce pays, et s'il lui demande d'accueillir ces hommes dans la paix, alors il en sera ainsi." Il se tourna, se dirigeant vers le camp. "Et je trouve cela réconfortant de savoir qu'aussi puissant qu'il soit, il ne laisse jamais ce pouvoir changer son cœur ou lui faire oublier ses croyances ou sa morale. Il reste lui-même, et ne se permet pas d'oublier ses regrets pour ceux dont il a été forcé de prendre les vies. "

Un appel de trompette résonna, brisant le calme et faisant se tourner toutes les têtes vers l'Est. Des chevaux chargeaient à travers les bois le long du Chemin des Druides, les chevaliers clairement capables de le voir. L'homme qui les menait haussa la voix vers le sorcier dès qu'il le vit.

« Seigneur Merlin ! Vous vous êtes encore fourrés dans les ennuis, à ce que je vois. Où est Arthur ? »

Merlin était sorti de sa veille, se hâtant vers les chevaliers qui s'arrêtèrent.

« Il est juste de l'autre côté du camp. » Son expression se durcit. « Morgane a pris Camelot une nouvelle fois. Et maintenant, nous allons le reprendre. Je suis content que vous soyez là, Fyren. »

Tous deux s'enfoncèrent dans le camp, Tristan et Iseult laissés derrière, surpris du respect que le sorcier avait instantanément obtenu. Ce fut Tristan qui parla.

« Est-ce qu'il est qui je pense ? »

Kalem hocha la tête.

« Le Roi Fyrendir Gryphdawn d'Escetia, et ceux qui chevauchent avec lui sont sa garde personnelle, les Chevaliers d'Aering. Et derrière lui, il y aura une grande partie de l'armée de son royaume. Il est temps d'aller trouver ces Chevaliers et les gens de Camelot qui se sont échappés et ont choisi d'attendre qu'Arthur revienne et les rallie. Une fois que tout sera prêt, la lutte pour Camelot commencera. »