Chapitre 83: L'Épée dans la Pierre ~Partie 9~
Le camp était une fourmilière d'activité, hommes et femmes se préparaient à se mettre en marche avec la prochaine aube. Au milieu de tout cela marchaient les quatre hommes de la Confrérie qui étaient présents, suivant Arthur pendant qu'il détaillait ses plans.
« Le pont-levis et les Portes du Nord seront bien gardés, tout comme le tunnel qui mène à l'intérieur du château. Il est probable que Morgane ait trouvé le nouveau tunnel que nous avons creusé et l'ai fait fortement gardé, ce qui signifie que notre meilleure chance est d'entrer dans le parc du château par les deux petites portes secondaires de la partie haute. »
Léon fronça légèrement les sourcils, inquiet.
« Même si nous pouvons entrer, elle a toujours son armée. »
Arthur le regarda.
« Et nous ne sommes pas seuls. Nous avons une petite centaine d'hommes, et les forces de Fyren. »
Perceval haussa un sourcil.
« Ils sont toujours plus nombreux que nous.
– Oui, mais seulement de deux contre un. Et après son petit coup d'hier, je ne doute pas qu'il laissera ceux de ses chevaliers qui sont également sorciers jouer de leurs « compétences »... »
Iseult s'approcha d'eux, de l'endroit où elle et Tristan les avaient regardé passer, et les avaient écoutés.
« Vous pensez vraiment que votre peuple va se battre ? Vous leur demandez de se battre aux côtés de sorciers d'un pays voisin, alors que Camelot bannit toujours la magie. »
Léon la regarda avec un sourire.
« Oh, ils se battront pour Arthur. »
À côté de lui, son roi soupira.
« Ce n'est pas pour moi qu'ils doivent se battre. Mais pour Camelot. »
Léon secoua la tête.
« Non, Arthur. C'est vous que le peuple aime, et pour vous qu'ils donneront leur vie. »
Il jeta un coup d'œil à Perceval et Merlin.
« Je sais que je chevaucherais jusque dans la gueule de l'enfer pour vous. »
Perceval acquiesça, comme le fit Merlin avec un sourire.
« Comme je le ferai.
– Et moi de même. »
Arthur considéra ses hommes avec fierté, pendant qu'à côté d'eux Tristan regardait avec une compréhension nouvelle le jeune roi. Arthur souriait pendant qu'il tirait sa nouvelle épée.
« À la gueule de l'enfer, alors ! »
Tous quatre s'éloignèrent, Merlin emboîtant le pas à Arthur et le poussant du coude.
« Alors, vous allez lui donner un nom ? »
Son ami cligna des yeux de surprise.
« Donner un nom à quoi ? »
Merlin baissa les yeux, désignant l'épée.
« Toutes les armes légendaires ou célèbres sont nommées par leur porteur, et puisque je vous l'ai finalement correctement remise, l'épée de Kilgharrah a besoin d'un nom. »
Arthur la dressa devant lui, examinant la lame d'acier argenté et d'or, semblant réfléchir pendant un long moment jusqu'à ce que le nom lui vienne de l'intérieur.
« ... Excalibur... D'une certaine manière, ce nom sonne juste bien. »
Merlin lui donna une tape sur l'épaule.
« Alors Excalibur ce sera. Je sais que vous en ferez bon usage. »
Le jour passa rapidement, la nuit arrivant en rampant pendant que tout le monde s'installait pour une dernière nuit de repos. Gwen rejoignait sa propre place avec les guérisseurs de Fyren lorsqu'elle passa à côté d'Iseult, juste au moment où Tristan arrivait et lui tendait un bouquet de fleurs.
Iseult lui sourit.
« Et pourquoi ce bouquet ? »
Tristan ne répondit pas, mais lui sourit de tout l'amour qu'il avait pour elle avant de continuer son chemin. Gwen vit l'échange, et son regard se tourna vers Arthur, non loin de là. Iseult le vit et la rejoignit.
« Je ne crois pas qu'on m'ait réellement expliqué ce qu'il y a entre vous deux. Il vous a appelée sa fiancée, lorsque vous prétendiez être des gens du peuple, et je ne suis plus sûre maintenant que ce soit vrai. »
Gwen soupira, se tournant vers elle.
« C'est vrai. Nous aurions dû nous marier il y a quelque temps déjà, avant le dernier hiver, mais Morgane m'a envoûtée pour essayer de m'humilier et de rendre le mariage impossible. Il y avait assez de preuves pour montrer que j'étais innocente, mais nous devons quand même attendre que les choses se calment. »
Iseult plaça avec sympathie une main sur l'épaule de Gwen.
« Et vous attendez toujours. Ne perdez jamais espoir, je suis sûre que vous deux aurez votre chance une fois que tout ceci sera terminé. L'amour est plus fort que tout. Croyez-moi. »
De l'autre côté, une autre conversation se déroulait, Merlin approchant Arthur qui faisait les cent pas en prévision de l'attaque du lendemain.
« Vous allez bien ? »
Arthur s'arrêta, haussant légèrement les épaules.
« Aussi bien que possible. Les Southrons sont des hommes comme toi et moi, et nous pouvons les combattre. C'est Morgane qui m'inquiète. Même si je ne doute pas que tu puisses battre sa magie dans un combat, je m'inquiète de ceux qui pourraient être blessés pendant qu'il a lieu. Et je m'inquiète également que tu puisses être vu, et moi forcé d'admettre à mon peuple que je lui ai menti alors que je viens juste de récupérer leur pleine confiance. »
Merlin fronça les sourcils devant cette tirade, avant de commencer à sourire.
« Je n'ai jamais fini l'histoire de Gaius.
– Merlin, s'il te plaît. »
Le sorcier le fit taire d'un geste.
« Contentez-vous d'écouter, pendant que je donne à notre destin une nouvelle version de son histoire, une que toutes les personnes de Camelot peuvent savoir sans connaître la pression de la prophétie. »
Arthur se tut, hochant la tête avec un léger sourire.
« Vas-y. Je sais que tu vas le faire de toute façon. »
Le sourire de Merlin s'élargit légèrement.
« Lorsque l'épée fut enfoncée dans la pierre, l'ancien roi prédit qu'un jour elle serait libérée… à un moment où Camelot en aurait particulièrement besoin. L'homme qui la libérerait, unirait le pays d'Albion, et régnerait sur le plus grand royaume que le monde ait jamais connu… Vous êtes cet homme, Arthur, et ce n'est ni un mensonge ni le fruit de mon imagination. Et je suis sûr que votre ancêtre, Bruta, serait honoré de savoir que son nom a été lié à une personne aussi légendaire. »
Arthur haussa un sourcil.
« Tu inventes tout cela pour me flatter, n'est-ce pas ? »
Merlin renifla.
« Pourquoi est-ce que je ferais ça ? Votre tête est déjà aussi grosse que votre tour de taille. J'y crois en revanche, et je crois en vous. Avec toutes les histoires et prophéties faites sur nous, sur moi, c'est agréable de fabriquer la mienne sur vous seulement. Une à laquelle je sais que vos gens peuvent réellement croire. Une qui ne parle pas de magie, ou des ténèbres auxquelles nous faisons face, mais seulement de l'espoir lumineux que nous nous efforçons d'atteindre, comme une lumière qui éclaire la voie. »
Il fit demi-tour à ces mots et s'éloigna, laissant un Arthur extrêmement pensif et reconnaissant derrière lui. Mais le roi ne savait pas que Merlin n'allait pas se reposer, mais quittait plutôt le camp, se dirigeant vers une clairière un peu éloignée, où il convoqua Kilgharrah et attendit.
Lorsque le dragon arriva, Merlin inclina la tête avec respect.
« Merci pour tantôt, pour nous avoir sauvés.
– La destinée d'Albion était en péril, jeune sorcier. Aider fut un plaisir. »
Merlin leva les yeux vers lui, prenant une profonde inspiration et lui faisant signe de se baisser pour qu'il puisse monter.
« Je suis désolé de vous éloigner d'Aithusa à nouveau, mais j'ai besoin que vous m'ameniez à Camelot, et que vous me rameniez. Il y a une course que je dois faire, en préparation pour la bataille à venir. »
Il était maintenant installé à l'avant des épaules de Kilgharrah, qui déploya ses ailes vers le ciel pendant qu'il répondait.
« Ne t'inquiète pas pour notre petit ami. Maintenant qu'il vole, il passe souvent plusieurs jours loin du nid, apprenant le monde au travers de ses explorations. Il est maintenant assez grand pour qu'il y ait peu de choses qui puissent le menacer, et rien qu'il ne puisse fuir en s'envolant. Il est parti en exploration pour le moment, et ce depuis quelque temps avant que tu ne m'appelles à Ealdor. Tu n'as pas à t'inquiéter, c'est la voie des dragons. »
Merlin s'aplatit sur les écailles du dragon, se protégeant du vent causé par leur course.
« Et bien, c'est bon à savoir. Au moins, vous avez un peu de paix et de calme maintenant. »
Ils continuèrent vers la cité, Kilgharrah atterrissant dans la clairière habituelle avant de se retirer dans l'ombre des arbres pour attendre. Merlin s'éloigna en hâte, se dirigeant vers le plus proche tunnel qui menait à la ville basse. Ce fut facile de l'ouvrir une fois que la patrouille fut passée, et encore plus simple de se glisser de là aux autres tunnels de la cité qui menaient dans la citadelle elle-même. Si une armée aurait eu bien des difficultés à passer tous les gardes sur leur route, c'était un jeu d'enfant pour un sorcier solitaire parfaitement rompu à cet exercice.
Il attendit jusqu'à ce qu'il soit proche des escaliers des plus bas étages, avant de tromper le temps et de se vieillir jusqu'à quatre-vingts ans. Une autre incantation transforma ses vêtements en la longue robe généralement portée par 'Emrys', et il s'arrêta dans une alcôve pour s'occuper de la poignée de paille qu'il avait prise aux écuries entre deux tunnels. Puis il se remit en route vers les niveaux supérieurs.
Plus haut dans ces parties du château, Morgane et Hélios marchaient. Un éclaireur avait trouvé ce qui restait des forces d'Agravain, ainsi que le cadavre du noble. Les choses n'allaient pas comme elle le voulait, et elle avait besoin d'alliés, et vite.
« Nous devons envoyer un émissaire au royaume de Lot, offrant une récompense s'il nous assiste pour battre Arthur et le capturer. Il n'est pas un ami de Camelot, même si son petit royaume est entouré par deux des alliés d'Arthur. Il gouverne peut-être l'un des Royaumes Inférieurs, mais il a beaucoup à gagner en obtenant mes faveurs. »
Elle tourna à un angle, juste à temps pour voir le sorcier âgé passer à l'autre bout du hall. Son souffle se bloqua dans sa gorge alors qu'il la repérait à son tour, et se mettait à courir. Ses yeux s'agrandirent de terreur.
« C'est lui ! C'est Emrys ! Il est ici !
– Gardes ! »
Hélios et ses hommes les plus proches se mirent à courir après le vieil homme. En quelques minutes, les cloches d'alarmes sonnaient, et 'Emrys' se glissait simplement d'une alcôve enchantée à une autre, se rendant invisible d'un seul mot entre deux. Ce qui l'avait aidé à jouer un jeu particulièrement vindicatif avec Trickler il y a bien longtemps rendait son passage vers l'aile des nobles pathétiquement simple même avec le château en alerte.
Merlin rejoignit les appartements de Morgane, assomma paresseusement l'infortuné garde qui l'avait vu, et s'y glissa, se dirigeant rapidement vers son lit. Puis il sortit de ses robes la petite poupée de paille qu'il avait faite, et la tint à deux mains.
« Ontend eallne thaes drycraeftnes hire awlje. »
La poupée s'enflamma, des murmures fantomatiques vacillant au bord de la conscience. Le feu la roussit mais ne la consuma pas, et Merlin s'agenouilla pour l'attacher sous le lit une fois que les flammes se furent éteintes. Puis il sortir, grimaçant avec satisfaction. Il était temps pour Morgane de goûter ses propres remèdes.
Merlin revint vers le garde qu'il avait assommé, le fourrant dans un débarras avant de le débarrasser de ses habits et de sa cape à capuche. Puis le sorcier rendit leur état normal à ses propres vêtements, et enfila son déguisement par dessus avant de changer à nouveau son âge.
Hélios ne fit pas attention au 'Southron' d'âge moyen et à la barbe noire qui le dépassa en hâte dix minutes plus tard, cherchant apparemment l'intrus. Merlin aurait pu rire de la facilité avec laquelle il sortit de la cité comme il y était entré, jetant son déguisement dans les bois avant de rejoindre Kilgharrah.
Le dragon sortit de la cachette lorsqu'il arriva, avant de s'arrêter avec surprise.
« Je ne t'ai jamais vu prendre cet âge avant. As-tu modifié ton sort de vieillissement ? »
Merlin se pinça la barbe, gloussant.
« Non, c' en est un nouveau, et bien plus simple à utiliser. Je l'ai découvert grâce à Morgane, quand elle m'a privé de ma magie avec un maléfice, et j'ai compris comment le pratiquer à volonté une fois que le sort a été retiré. Regardez. »
Il sourit et croisa les bras sur la poitrine, nul mot ne passant ses lèvres, et seul le scintillement doré de ces yeux annonçant son retour à son âge normal.
« Qu'est ce que vous en pensez ? J'ai découvert que je pouvais utiliser mon pouvoir pour contrôler le temps, pour faire croire à mon corps qu'il est plus vieux qu'il ne l'est réellement. »
Le dragon le fixait du regard, complètement ahuri, avant de s'éclaircir la gorge.
« Très impressionnant, Merlin. Tes capacités continuent à se montrer on ne peut plus dignes des prophéties sur ta grandeur future. »
Merlin commença à froncer les sourcils.
« Et ce qu'est ce que c'est supposé signifier ? Vous êtes cryptique à nouveau. »
Kilgharrah resta silencieux quelques instants.
« Je veux juste dire que tu as maîtrisé quelque chose qui rend la signification de deux de tes nombreux noms prophétiques très adéquats. »
Les bras se croisèrent avec une irritation croissante.
« Vous êtes toujours cryptique, et vous éludez la question. »
Le dragon s'arrêta à nouveau et soupira, son ton légèrement suppliant.
« N'insiste pas, Merlin, car je crains que tu ne sois pas prêt à savoir. Très certainement, il est mieux que tu le découvres par toi-même, car tu le comprendras mieux de cette façon. Lorsque tu finiras par apprendre la signification des noms dont j'ai parlé, tu seras sans doute davantage préparé. Pour le moment, tu as à t'occuper des choses plus importantes qu'un simple aspect de tes pouvoirs toujours grandissants. Je préférerais ne pas assister à une répétition du comportement que tu as eu avec ton pouvoir de Vie et de Mort. »
Merlin tressaillit à cela, et il abandonna, grimpant sur les épaules du dragon.
« Bien, je ne demanderai plus. Je ne veux pas revivre ça non plus. »
Ils s'envolèrent dans le ciel nocturne, retournant vers la Foret d'Ascétir. Et le jour suivant, après avoir marché depuis l'aube et s'être reposés pendant une heure, Merlin, Arthur, et les forces combinées de Camelot, d'Escetia, et des Druides de la Tempête patientaient en vue des murs de la cité, alors que les cloches de la citadelle sonnaient la quatrième heure de l'après-midi. Lorsqu'elles sonneraient la cinquième, l'attaque commencerait.
