Chapitre 84 : L'Épée dans la Pierre ~Partie 10~
Le moment approchait, la cinquième heure était presque sur eux. Tout autour de la cité, plusieurs groupes de forces d'attaque attendaient près des points d'entrées désignés, attendant tous que la cloche résonne.
Les mains d'Arthur s'attardaient sur la poignée d'Excalibur pendant qu'il se tenait au bord de la forêt, profondément concentré alors qu'il repensait encore et encore au plan de bataille. Il fut presque surpris quand Tristan et Iseult l'approchèrent, et fit demi-tour pour leur faire face avec un hochement de tête, s'attendant à ce qu'ils soient sur le point de partir.
_ Je suppose que c'est ici que nos chemins se séparent. Je suis désolé pour les ennuis que je vous ai causés.
Les deux amants se regardèrent avant que Tristan ne prenne la parole.
_ Arthur. Toute ma vie, j'ai essayé de me protéger des guerres d'autrui. Et méprisé le pouvoir et la fortune que les Rois se procurent avec la vie de leurs malheureux sujets. Mais vous vous êtes montré différent.
Iseult acquiesça.
_ Vous nous avez montré que vous luttiez au nom de la justice. Et c'est pour cette raison que nous souhaiterions nous battre à vos côtés.
Arthur les dévisagea tous deux avec surprise, avant de commencer à sourire avec gratitude.
_ Je serais très honoré de vous avoir à mes côtés. Nous lutterons en étant unis et égaux.
Une cloche lointaine commença à sonner, et il fit demi-tour pendant que les guerriers rassemblés se mettaient debout. Puis il leva son épée.
_ C'est l'heure.
Tout le monde se mit en marche, Tristan et Iseult lui emboîtant le pas avec détermination, accompagné de Merlin, Gwen, Léon et Perceval. En quelques minutes, les forces combinées de Camelot et Escetia sortirent des tunnels et envahirent la ville basse, en prenant presque immédiatement le contrôle avant de s'occuper des sentinelles au-dessus des portes. La ville haute fut prise avec autant de facilité, les civils toujours présents les observant avec des yeux écarquillés par l'espoir alors même qu'ils se réfugiaient dans les maisons et les boutiques pour libérer le chemin. Et lorsque les cloches d'alarmes se mirent enfin à sonner, il était trop tard.
Les portes furent envahies par une horde de Southrons, interdisant tout passage, mais pas avant qu'une centaine de libérateurs n'aient pu pénétrer à l'intérieur des murs de la citadelle. Arthur et son petit groupe se dirigeaient droit vers la Chambre du Conseil, pendant que Fyren avait été envoyé vers les donjons pour libérer chaque chevalier ou citoyen qui y serait détenu.
Léon avait pris un escadron pour nettoyer les couloirs des Southrons, pendant que Perceval ouvrait le chemin vers les donjons. Il y avait plus d'une douzaine de chevaliers retenus là, dont deux qu'ils étaient particulièrement heureux de revoir.
Gauvain, meurtri et couvert de bleus suite aux combats d'"entraînements" qu'il avait menés pour récupérer de la nourriture pour Gaius, lui-même et Elyan, s'appuya contre les barreaux de leur cellule et leur sourit.
_ Alors Messieurs ? Qu'est-ce qui vous a pris aussi longtemps ?
Perceval s'approcha de la cellule, l'homme qui avait assommé le garde lui jetant les clés. Il ouvrit la porte, et passa délibérément devant Gauvain pour aller saluer Elyan.
_ Comment allez-vous ?
Le frère de Gwen hocha la tête, serrant le bras de son confrère chevalier, et sourit.
_ J'ai passé une semaine enfermé avec Gauvain.
Son sourire s'évanouit pendant qu'il rejoignait le lit où Gaius était allongé. Le vieil homme semblait faible et fragile.
_ Nous devons le ramener dans ses appartements. Nous avons eu très peu de nourriture, ici. Rien d'autre que du pain moisi.
Gauvain se remit sur ses pieds.
_ Hé, je me suis fait battre comme un chien pour obtenir ça. C'était mieux que rien. Essayez de lutter contre dix hommes avec une épée en bois, et on va voir comment vous vous en sortez.
Il chancela et reçu le soutien d'un autre chevalier, tandis Elyan et Perceval soulevaient Gaius avec précaution.
Plus haut dans le palais, Morgane avait été tirée d'un sommeil agité dans sa chambre, se relevant de son lit lorsque Hélios fit irruption dans la pièce.
_ Nous avons de la compagnie semble-t-il.
Un éclair de terreur passa dans le regard de Morgane.
_ Emrys ?
Il secoua la tête.
_ Arthur. Il est à la tête d'une force mixte, composée de ses propres hommes et d'hommes d'Escetia. Les rapports indiquent que le Roi Fyrendir est également ici.
La peur disparut de ses yeux, et elle commença à sourire.
_ Mon frère bien-aimé. Souhaitons-lui la bienvenue.
Tous deux quittèrent la pièce, inconscients de la poupée de paille qui pendait sous le lit où elle s'était couchée, inconscients de ce qu'elle lui avait fait.
Plus bas, Perceval et les autres s'étaient dirigés vers les niveaux supérieurs, faisant une bonne partie du chemin, avant d'arriver dans un couloir bloqué par une foule de Southrons. Qui étaient à leur tour bloqués par trois Chevaliers de Camelot et deux Chevaliers d'Aering.
Fyren jaugea la situation d'un coup d'œil et se jeta dans la mêlée pour permettre à un de ses hommes de se reprendre.
_ Kieren, je veux qu'ils soient repoussés d'un seul coup. Joli et soigné.
Le chevalier hésita étant donné leur compagnie actuelle, avant d'acquiescer, et de se placer dans une position large. Puis Fyren parla aux hommes qui l'entouraient.
_ Quand je vous le dirai, jetez-vous au sol.
Les chevaliers de Camelot eurent l'air perplexes mais continuèrent à se battre, devenant presque rigides de choc lorsque les mots de magie commencèrent à être prononcés par le Chevalier d'Aering.
Kieren entrelaça ses mains comme une prière, entonnant ses paroles comme un roulement de tambour.
_ Ic aflieme tha deoflas!
_ Maintenant !
Le cri de Fyren les envoya tous au sol, précédant une onde de choc qui passa au-dessus de leurs têtes pour venir violemment rejeter les Southrons sur toute la longueur du couloir. Lorsqu'ils s'arrêtèrent enfin, en tas désordonnés, ils ne respiraient plus.
Fyren se releva, un sec hochement de tête indiquant à Perceval et Elyan de continuer et d'amener Gaius jusqu'aux escaliers au bout du hall. À partir de là, il y avait juste une poignée de volées de marches jusqu'aux appartements du médecin. Puis il s'adressa à ses deux chevaliers.
_ Accompagnez-les et assurez-vous que rien n'entre dans cette pièce.
Kieren et son acolyte partirent en hâte, avant que Fyren ne remarque les regards que lui lançaient les trois chevaliers de Camelot toujours au sol.
_ Mes guérisseurs ne sont pas les seuls sorciers que j'emploie. Plusieurs des chevaliers de ma garde personnelle sont également des praticiens accomplis. C'est ainsi que j'ai récupéré mon royaume avec autant de facilités après la mort de Cenred.
Il s'éloigna.
_ Maintenant, allez, nous avons encore des Southrons à combattre.
Les trois chevaliers se regardèrent, indécis quant à ce qu'il convenait de faire, avant de le suivre avec hésitation. Camelot était tout ce qui importait pour le moment, aussi déroutant que le Roi d'Escetia puisse se révéler.
Plus près de la Chambre du Conseil, Arthur, Merlin, Gwen et les deux anciens contrebandiers atteignaient le dernier couloir qui y menait. Le sorcier leur donnait des nouvelles sur la progression des autres groupes, grâce au sort qu'il avait déclenché avant leur première fuite. Aucune personne résidant normalement à Camelot, et personne non plus parmi les forces d'Escetia, qu'il avait appris à connaître pendant les deux derniers jours, ne déclenchaient les alarmes qui parsemaient chaque couloir. Ainsi, à chaque fois qu'un passage était nettoyé des Southrons, les alarmes se taisaient, comme une vague de silence se répandant à travers la citadelle.
_ Nous avons pris la majeure partie du château, et les Southrons ne sont qu'un quart désormais. Certains d'entre eux ont commencé à fuir la cité.
Arthur sourit sombrement.
_ Alors nous avons presque gagné. La dernière partie est Morgane.
Ils tournèrent dans le dernier couloir, et puisque personne dans le groupe n'ignorait le secret de Merlin, Arthur se contenta de désigner les cinq Southrons qui les chargeaient.
_ Merlin.
Le sorcier sourit narquoisement puis haussa les épaules.
_ En fait, vous pouvez le faire.
Arthur sentit les liens de magie s'enrouler autour de ses épaules, riant presque du culot de Merlin avant de lever une main vers les attaquants. Cinq Southrons volèrent à travers les airs au geste du roi, avant qu'il ne marche sur les portes et ne les ouvre d'un coup de pied.
Morgane se prélassait sur le trône avec une suprême indifférence, Hélios debout à côté d'elle pendant qu'elle regardait Arthur entrer.
_ Bienvenue mon cher frère. Cela faisait beaucoup trop longtemps. Excusez-moi si l'accueil s'est révélé un peu froid, on ne peut faire confiance à personne de nos jours.
Arthur s'approcha lentement d'elle, rengainant son épée alors qu'elle se relevait pour venir vers lui. Il lui jeta un regard attristé.
_ Que s'est-il passé Morgane ? Nous étions amis non ?
Elle aussi eut une expression de tristesse et de léger regret.
_ C'est ce que je croyais.
Son expression commença à se durcir, et son ton à se charger d'amertume.
_ Mais hélas, nous nous sommes trompés tous les deux.
Arthur resta grave.
_ Vous ne pouvez pas me reprocher les fautes d'Uther.
– Il est trop tard pour cela. Il n'y a pas le moindre doute sur ce que vous éprouvez envers les miens et envers moi.
Il ne bougeait toujours pas, refusant toujours de se laisser aller à la colère qu'il avait ressentie contre elle jusqu'à cet instant.
_ Et je pense que j'ai également exprimé clairement mes intentions sur le sujet de la magie. Si seulement vous aviez été un peu plus patiente, si seulement vous m'aviez fait confiance, les choses auraient pu être différentes. Je vous ai donné plusieurs chances, Morgane. Plusieurs, mais d'une certaine manière vous êtes comme notre père… Vous êtes bien trop facilement aveuglée par la haine et la peur. Et c'est pourquoi nous ne nous comprendrons jamais réellement, parce que contrairement à lui vous n'accepterez jamais de savoir que vous vous êtes aveuglée.
Morgane le dévisagea en fronçant les sourcils.
_ Que voulez-vous dire ? Êtes-vous en train de me dire qu'Uther l'a reconnu ?
Arthur acquiesça.
_ Il a admis que même après avoir appris par vous que Merlin avait des pouvoirs, il avait délibérément détourné le regard et l'avait laissé en vie. Il a repoussé sa haine dans ce seul cas, parce qu'il savait combien Merlin était important pour ma sécurité et mon futur. Il a admis, sur son lit de mort, qu'il était fier de moi, même si j'avais choisi de soutenir la magie. Qu'il serait toujours fier de moi lorsque je rendrais le pays à la magie, que c'était à moi de faire ce choix. Il s'est racheté, Morgane. Même s'il ne pourra jamais réparer totalement ses péchés, il a quand même essayé. C'est plus que ce qui peut être dit de vous. Vous avez déjà abandonné.
La rage avait remplacé ce qui restait de tristesse en elle, pendant qu'elle commençait à reculer en fusillant son frère du regard.
_ Je vais prendre plaisir à vous tuer Arthur Pendragon. Pas même Emrys ne saurait vous sauver.
Elle leva une main vers lui, pendant que Merlin observait les choses de la porte d'un air totalement désintéressé.
_ Hleap on baec !
Rien ne se passa, pas même une étincelle d'or dans ses yeux pendant qu'elle fronçait les sourcils avec confusion et essayait à nouveau. Merlin, qui gardait les yeux fixés sur elle pour renforcer le sort qu'il lui avait jeté, sourit.
_ Vous êtes certaine qu'Emrys ne peut pas le protéger ? Pour information, je sais qu'Emrys s'est glissé dans le château la nuit dernière, après que je lui aie dit que nous allions attaquer aujourd'hui. Je suppose qu'il a décidé de nous donner un coup de main.
Pendant que la peur s'installait dans le cœur de Morgane, la peur d'Emrys et la peur des sous-entendus de Merlin sur sa connaissance et ses liens avec le sorcier de ses cauchemars, Arthur la regardait simplement avec un air de pitié.
_ Vous avez perdu en puissance chère amie.
Morgane fit demi-tour et courut vers la sortie arrière de la salle. Arthur la désigna d'un geste.
_ Attrapez-la !
Merlin et Gwen répondirent à l'appel, pendant que le roi faisait face à Hélios qui approchait, et que Tristan et Iseult se tournaient vers la horde de Southrons qui chargeait vers eux.
Merlin courait vers Morgane, Gwen sur ses talons. Certain que les couloirs étaient vides de Southrons, il courait derrière la seule chose qui déclenchait ses alarmes dans ce secteur. Ils trouvèrent un passage empli de Chevaliers de Camelot blessés, puis une faible trace de sang. Morgane était blessée, mais encore en état de se battre, il devait juste espérer qu'elle ne réalise pas que sa magie n'était bridée que si elle était dans son champ de vision. Espérer que sa terreur envers Emrys l'empêcherait de simplement y penser.
Ils la rattrapèrent non loin de l'aile de la noblesse, Gwen levant l'épée qu'elle avait empruntée pour bloquer le coup dirigé vers Merlin.
L'ancienne servante fut néanmoins repoussée par les assauts suivants, Merlin se trouvant forcé de s'écarter de son chemin avant de pouvoir préparer un sort.
Dans la Chambre du Conseil, les Southrons entraient toujours par les portes principales, trop nombreux pour que Tristan et Iseult puissent les retenir. Arthur réalisa qu'ils étaient perdus s'il ne faisait rien, et il avait toujours le filament de magie de Merlin enroulé de manière presque protectrice autour de lui comme une légère chaleur. Mais en même temps, il était conscient que les sorts d'attaque de l'ampleur nécessaire risquaient de toucher aussi bien ses alliés que ses ennemis.
Et puis il réalisa qu'il y avait une chose à laquelle il était très bon.
Il repoussa Hélios loin de lui pour gagner de l'espace, avant de faire demi-tour et de se précipiter vers les portes, criant vers Tristan et Iseult.
_ Écartez-vous !
Ils obéirent, se jetant hors du chemin pendant qu'il se figeait dans une position défensive, avant d'amener son bras gauche devant lui comme s'il tenait un bouclier. Puis il jeta l'intégralité du pouvoir qu'il pouvait tirer de la magie de Merlin dans cette posture.
Les Southrons furent rejetés en arrière, puis empêchés d'approcher à nouveau, par une barrière quasiment visible qu'Arthur avait conjurée en travers de l'intégralité de la pièce. Il la garda en place, ne bougeant pas de sa position, chaque once de sa concentration gardant le bouclier intact contre les chocs des attaquants.
Mais cela le laissait aussi complètement sans défense contre Hélios.
Le chef des Southrons approcha par-derrière et leva son épée, prêt à l'abattre, quand quelqu'un le poignarda par-derrière. Iseult. Mais avant qu'elle n'ait pu célébrer sa victoire contre lui, il utilisa son dernier souffle pour tourner sa lame et la frapper.
Son hoquet fit s'écarquiller les yeux de Tristan, alors qu'Hélios tombait et qu'elle se tournait vers lui, une lueur d'excuse dans les yeux. Puis, elle tomba à genoux pendant que son amour se précipitait vers elle. Et pendant tout ce temps, Arthur ne pouvait rien faire d'autre que continuer à maintenir la barrière en place.
_ Ic clipie tu, Merlin.
Son anneau chauffa légèrement en réponse à son ordre, pendant qu'à l'autre bout du château Merlin écarquillait les yeux et tirait Gwen de côté.
_ On n'a pas le temps pour ça.
Il frappa Morgane par-derrière, avec une telle hâte qu'il fit également tomber une partie du plafond. Puis il attrapa à nouveau Gwen, et la traîna derrière lui en direction de la Chambre du Conseil. Lorsqu'ils y arrivèrent, le couloir d'accès était rempli de Southrons qu'il dispersa rapidement. Il marqua une pause, surpris devant l'étrange barrière à l'intérieur de la salle, avant qu'un Arthur maintenant haletant ne s'autorise à la laisser tomber.
_ Iseult… Elle est blessée.
Merlin se précipita vers l'endroit où Tristan la tenait serrée contre lui, regardant atterré la mare de sang autour d'eux. Tous les sorts de soin qu'il connaissait traversèrent son esprit alors qu'il les rejoignait, mais furent bannis dès que ses doigts touchèrent l'épaule de la jeune femme et qu'il sentit quelle quantité de vie résidait encore en elle.
Arthur vit son expression, une lueur de déni dans les yeux.
_ Merlin, s'il te plaît, dis que...
Le sorcier se tourna vers lui.
_ Elle est partie trop loin, et il n'y a pas assez de temps. Même si j'utilisais le Miroir de Vie et de Mort, je ne pourrais pas finir le rituel avant qu'elle ne décède. Les dommages sont trop grands.
Le roi fit un pas vers lui.
_ Mais tu as ramené Gaius d'entre les morts.
_ Son corps était intact.
Il y avait des larmes dans les yeux de Merlin maintenant, des larmes de regret. La blessure est trop profonde, Arthur.
_ Tout ce que ça ferait serait de tuer quelqu'un, uniquement pour qu'elle meure à nouveau quelques minutes après.
Iseult était secouée de sanglot, s'agrippant à Tristan.
_ Je suis désolée… Nos rêves…
Tristan lui caressa les cheveux, la réconfortant.
_ Chut, Iseult, chut.
Elle sanglota.
_ J'aimerais…
_ Moi aussi.
Sa prise se resserra, pendant que sa vie s'éteignait.
_ Serre-moi fort.
Elle eut un dernier sanglot avant que la vie ne quitte ses yeux, et ils se fermèrent pendant qu'elle se détendait. Tristan ne dit plus rien, se contentant de l'embrasser lorsqu'il réalisa qu'elle était partie, avant de commencer à pleurer dans ses cheveux.
Gwen vint vers Arthur, cherchant du réconfort pendant qu'elle pleurait cette perte, et Merlin se tenait face à tout cela, se sentant complètement impuissant. Même avec toute la magie du monde, il avait appris de la manière forte, il y a bien longtemps de cela, qu'il était juste un homme et qu'il ne pouvait pas sauver tout le monde. Peu importe à quel point il essayait.
Il quitta la salle et sortit du château, cherchant un membre de son clan et l'envoyant chercher Liam. Il y avait des blessés à soigner, des choses à nettoyer. Même avec l'aide des guérisseurs de Fyren, il y avait encore beaucoup à faire.
Il était debout sur l'un des parapets, ruminant de sombres pensées, depuis plusieurs heures déjà, lorsque Katryn vint le rejoindre. Elle était restée avec les guérisseurs pendant toute la durée des combats, prêtant ses pouvoirs de dryade pour améliorer la force des potions et des remèdes qui étaient concoctés. Désormais, revenue aux côtés de Gwen, elle était venue le chercher à la demande de sa maîtresse.
_ Le roi a ordonné que les Southrons soient brûlés au bord de la forêt, et que les morts de Camelot soient incinérés avec respect juste à l'extérieur des remparts… Mais Iseult va être enterrée dans les jardins du château, comme une marque de respect pour avoir sauvé sa vie au prix de la sienne.
Merlin se retourna lentement pour la regarder, une ombre dans les yeux.
_ Comment va Tristan ?
Katryn baissa les yeux vers ses mains qui jouaient avec une petite bourse.
_ Il a le cœur brisé… Il n'a pas dit un mot depuis sa mort, même s'il a été douché et changé. Iseult va être enterrée dans une heure. J'ai proposé un endroit près du mur extérieur, à l'arrière du château, où le soleil pourra briller sur elle toute la journée. La tombe est déjà en train d'être creusée.
Merlin soupira, se dirigeant vers la porte pour retourner au château.
_ Allons-y alors.
Le sorcier fut aussi silencieux que Tristan durant la brève cérémonie qui suivit. Silencieux pendant qu'Arthur exprimait son respect et sa gratitude envers Iseult, et statuait que son lieu de repos serait toujours tenu en haute estime. Elle qui n'était pas de Camelot, mais avait donné sa vie pour la cité.
Puis Gwen parla de la gentillesse d'Iseult et de sa nature aidante. De la manière dont, même si elles ne se connaissaient que depuis quelques jours, elle la considérait tout de même comme une de ses plus proches amies. Et puis, Katryn ajouta quelque chose de son propre chef une fois la dernière pelletée de terre replacée sur la tombe.
La semi-dryade s'avança sur la terre retournée et s'agenouilla, tirant un gland de la bourse qui n'avait pas quitté ses mains depuis la nuit précédente. Puis elle fit un petit trou dans le sol, et le planta avant de le recouvrir.
_ Vous avez protégé ce à quoi je tiens, et vous l'avez fait de manière désintéressée. Puisse cet enfant du chêne de ma mère veiller sur votre esprit alors qu'il veille sur ce royaume. Puisse l'arbre qui aurait pu être le mien être le protecteur de votre lieu de repos.
Entre ses mains, le sol s'ouvrit, et une fine tige s'éleva jusqu'à atteindre un pied de haut, donnant une poignée de branches et de feuilles avant de revenir à un rythme de croissance normal.
Katryn s'écarta du jeune chêne et inclina la tête, avant de se tourner vers Tristan, posant un instant la main sur son épaule avant de s'éloigner. Les autres s'en allèrent aussi en silence, Arthur partant en dernier pour aller donner un nouvel ordre. Qu'un quatuor de pierres soit placé autour de l'arbre, et qu'une plaque soit faite, indiquant qui reposait ici. Et faisant de l'amour immortel d'Iseult pour Tristan un lien que même la mort ne pouvait briser.
Mais même si la perte de son compagnon pesait sur son cœur, Arthur était également conscient d'autre chose. Il avait attendu assez longtemps pour être avec Gwen. Il était temps pour Camelot d'avoir enfin sa Reine.
~(-)~
Deux jours plus tard, les cloches de la ville sonnaient joyeusement au-dessus des rues et des bâtiments démolis et brûlés par les flammes. Il n'y aurait pas de fêtes, pas de grandes réjouissances, pas pour le moment, mais les gens n'en avaient pas besoin. Savoir qu'Arthur les avait sauvés, et qu'il allait se marier, leur apportait tout l'espoir et la joie dont ils avaient besoin. La ville en vibrait presque, portant les augures de jours meilleurs à venir.
Merlin observait avec fierté Gwen, richement vêtue de violet et d'or, marcher jusqu'au centre du Grand Hall. Elle souriait toujours largement après la cérémonie de mariage privée qu'ils avaient tenu dans un autre des halls proches. Gwen avait pleuré lorsqu'il avait chanté sa chanson si spéciale, les mots s'attardant dans son esprit. Courts et simples, mais chargés de sens.
« L'aurore est venue, sur les ailes blanches de l'éternité.
La lumière brille pure sur le chemin.
Votre chemin s'entremêle, mes amis…
… Endeleaslic. »
Il soupira, repensant à ce dernier mot. Sans fin, éternel, illimité… Infini et sans fin. L'amour que Gwen et d'Arthur se portaient l'un à l'autre durerait à jamais, et il était certain qu'il serait une légende en lui-même.
Gwen avait maintenant atteint l'estrade, s'agenouillant sur le coussin qui l'attendait. Ce fut alors que Merlin s'avança, portant le coussin qui portait la Couronne de la Reine, sa fierté bien visible dans ses yeux, lorsqu'Arthur la prit et se tourna vers elle.
_ Par les lois sacrées dont je suis investi, je te couronne, Guenièvre, Reine de Camelot.
Il tendit les mains vers elle, la tirant sur ses pieds avant qu'ils ne s'embrassent. Puis ils se tournèrent pour se tenir devant leurs trônes, unis devant la cour et le peuple de Camelot.
_ Longue vie à la Reine !
Merlin reprit le chant, accompagnant chaque autre personne dans la pièce.
_ Longue vie à la Reine ! Longue vie à la Reine !
Le hall résonna de cette clameur, bientôt reprise dans l'enceinte de la cité lorsque les échos indiquèrent aux gens que la cérémonie était achevée. Et pourtant, à une certaine distance, il y avait une personne qui n'aurait pas bien accueilli la nouvelle…
Morgane trébuchait à travers les bois, perdue, seule et blessée. Entre deux halètements d'épuisement, elle gémissait parfois de confusion. Elle s'était échappée lorsque Merlin l'avait laissé assommée là où il l'avait envoyée voler, mais tout ce qu'il lui restait était sa vie. Si sa magie lui était revenue, elle ne le savait pas encore car elle n'avait pas essayé, son esprit hanté par des pensées à propos d'Emrys, du destin qu'il faisait peser sur elle et de son impuissance actuelle. Elle était aussi loin d'être la Reine de Camelot que cela était possible, et elle était tombée de ce trône encore plus vite que la première fois qu'elle l'avait pris.
Et cette fois, elle n'avait pas Morgause pour la réconforter, pour lui donner un but. Elle n'avait personne...
Morgane continua, se forçant à mettre un pied devant l'autre, jusqu'à ce qu'enfin elle ne puisse aller plus loin. Elle s'effondra sur le sol, sans la volonté pour continuer, et sombra au bord de l'inconscience.
Elle resta là, immobile et inconsciente d'être observée d'en haut. Inconsciente des grands yeux bleus qui la fixaient avec curiosité. Le propriétaire de ces yeux se laissa descendre, atterrissant dans un battement d'ailes de cuir blanc, avant de pencher la tête en gazouillant.
Aithusa la regardait avec une complète innocence, ignorant son identité, ignorant tout ce qu'elle avait fait et tous ceux qu'elle avait blessés. Il voyait simplement une femme douée de magie, blessée et solitaire. Une femme qui avait besoin d'aide, et comme tous les enfants, c'était dans sa nature de vouloir la réconforter.
Il lui souffla dessus, la magie imprégnant son souffle. Le pouvoir s'infiltra dans son corps affaibli, et commença à réparer les dommages qui lui avaient été causés.
Morgane ouvrit les yeux et le regarda avec surprise pendant qu'il gazouillait à nouveau, l'air plutôt content de lui. Et puis il reprit son envol, s'éloignant pendant qu'elle le regardait partir presque en état de transe, complètement inconscient des futures conséquences de son acte...
