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Chapitre 85 : Un nouveau jour avec une nouvelle reine ~Partie 1~

Cela ressemblait à toutes les autres aubes dans la cité, les appels de saluts matinaux dans les rues faisant légèrement écho dans l'air. Le chant des coqs au soleil, et l'une des plus petites cloches du château annonçant le début de la journée.

Gwen remua légèrement, écoutant ces sons qui étaient tellement plus distants qu'elle en avait l'habitude, sauf la cloche qui semblait beaucoup plus proche. L'endroit où elle était allongée semblait trop doux aussi, comme si elle reposait sur un nuage, et l'air était parfumé de l'odeur de fleurs à la place de la poussière et de l'humidité.

Elle ouvrit les yeux, se retrouvant à regarder les rideaux de lit de son somptueux lit à baldaquin dans ses appartements. Peu importe qu'elle ait dormi dans des lits qui ressemblaient beaucoup à celui-ci, ici et à Escetia, pendant la plus grande partie de ces derniers mois. C'était une chose à laquelle elle ne s'était toujours pas habituée quand il était temps de se réveiller, et elle se sentait toujours un peu désorientée pendant un moment alors qu'elle se demandait pourquoi elle n'était pas dans son cottage dans la ville basse.

Gwen s'assit et se frotta les yeux pour en chasser le sommeil, avant d'observer Katryn mettre de l'eau dans les plantes installées près des fenêtres. Là se trouvait la source de l'odeur de fleurs, chaque plante bourgeonnant avec plus de fleurs que la normale surtout alors qu'elles poussaient à l'intérieur. Ces plantes s'étaient d'une certaine façon fanées lors de la semaine de négligence où Morgane avait pris le contrôle, mais deux jours de soins par la semi-dryade les avaient ravivées.

Katryn entendit sa maîtresse bouger, se tournant pour lui sourire. Avec la réservation dont elle pouvait faire preuve en public, en privé avec Gwen elle devenait bien plus ouverte maintenant. Des difficultés comme celles qu'elles avaient traversées avaient vraiment renforcé leur amitié.

"Bonjour. J'ai eu un message du roi. Il souhaite que vous déjeuniez avec lui dans la Salle du Conseil dans un peu moins d'une heure."

Gwen glissa ses pieds hors du lit, s'approchant de son placard et sortant l'une de ses nouvelles robes. Arthur en avait commandé trois en plus de la robe qu'elle avait porté pour son mariage et son couronnement, et il ne semblait que justice d'en porter une puisque c'était son premier jour entier en tant que reine.

Une pensée intimidante.

Elle alla derrière le paravent avec la robe bleu roi, après avoir rassemblé le reste des affaires nécessaires qui allaient sous de telles choses. Elle ôta alors sa robe de nuit et commença à les enfiler.

"Il veut probablement me donner des conseils. Être sa fiancée ne nécessitait pas d'autres responsabilités ou tâches que rester loin des ennuis. Mais en tant que reine en ce temps de désordre, il va avoir besoin de moi pour l'aider à garder le royaume unifié."

Katryn s'approcha, prévoyant parfaitement pour arriver juste au moment où elle devait lacer le derrière de la robe. Elle le fit alors qu'elle répondait, calme et sûre.

"Soyez simplement vous-même, et tout se passera bien. C'est parce que vous êtes qui vous êtes, qu'il vous aime et qu'il vous a épousée. Il vous respecte pour votre sagesse, vous admire pour votre force et votre résolution, et sait que vous êtes simplement née pour faire cela."

Elle sourit alors que Gwen se tournait pour lui faire face.

"Si Arthur est né destiné à unifier Albion et à être son grand roi, alors je pense que vous êtes née pour être sa reine. Vous avez aidé à lui apprendre à respecter les gens du peuple, et en retour ce respect est la raison pour laquelle ils l'aiment tellement en tant que dirigeant. S'il a beaucoup appris de Merlin, il a aussi beaucoup appris de vous."

Gwen retourna ce sourire, de la gratitude emplissant ses yeux alors qu'elle attrapait les mains de sa servante.

"Merci."

Elles bougèrent ensemble à la coiffeuse et au miroir près du paravent, Gwen s'asseyant pour que Katryn puisse brosser et arranger ses cheveux. Quand elle en vint à choisir ses bijoux, Gwen considéra l'amulette qui pendait à sa chaîne de laiton autour de son cou.

Parmi la sélection de cadeaux très chers et compliqués qu'elle avait reçu en tant que cadeaux de mariage, un collier se détachait. Il était fait de bronze, comme l'amulette, mais son fermoir était relié à la simple chaîne qui formait une assiette étroite du même métal. Un segment plat qui avait un rang de minuscules runes gravées dessus.

Elle sourit, devinant d'où il venait et à quoi il était destiné, et échangea la chaîne en laiton par celle en bronze et choisit une paire de boucles d'oreille qui le compléteraient. Son amulette de la Table Ronde pendant maintenant bien en vue, au lieu d'être cachée dans le devant de sa robe comme elle l'avait fait si longtemps avant.

Enfin prête à manger avec son mari, elle se leva de la chaise et sortit de ses appartements avec Katryn derrière elle. Ici enfin les choses redevinrent un peu surréelles, car même pendant qu'elle avait été la fiancée d'Arthur, elle n'avait reçu que des hochements de têtes occasionnels et des salutations de respect alors qu'elle marchait dans le château. Mais maintenant, chaque personne qu'elle dépassait la saluait ou la reconnaissait d'une certaine façon, même les courtisans qui avaient ouvertement fait part de leurs inquiétudes quant au choix de femme du roi.

Elle arriva à la Salle du Conseil quelques minutes avant le temps indiqué, passant les portes quand elles furent ouvertes pour elle et s'arrêtant à l'intérieur, surprise.

Les deux trônes vides qui occupaient cette salle avaient été installés à une petite table ronde, avec trois chaises ordinaires en plus, elles aussi arrangées autour.

Arthur sourit de son siège lorsqu'il vit sa réaction, et se leva pour l'amener à son trône à sa droite.

"J'ai demandé au frère de Liam, Alan, de la faire pour moi. Tu l'aimes ?"

Gwen ne put s'empêcher de la fixer alors qu'elle s'asseyait, faisant courir sa main sur la surface richement colorée et polie.

"Quand as-tu ?"

Merlin s'approcha de la table à côté, où suffisamment de nourriture pour un petit-déjeuner pour plusieurs personnes avait été installée.

"Je l'ai commandé en son nom il y a un mois. Les réunions de son Conseil Privé seront tenues ici à partir de maintenant, et il ne voulait pas que nous soyons coincés à la table rectangulaire habituelle."

Il sourit.

"Elle est également de taille parfaite pour dîner avec un petit nombre d'invités, qui comprennent de préférence sa signification et ne penseront pas qu'une table ronde est étrange."

Arthur s'assit à nouveau, opinant pour confirmer les mots du magicien.

"J'ai choisi une nouvelle chambre dans le château pour devenir la Salle du Conseil, une suffisamment large pour avoir une table ronde beaucoup plus grande à l'intérieur sans des choses comme les colonnes ici qui gênent. J'utiliserai toujours cette chambre pour les audiences et pour saluer les visiteurs, mais je veux finir par transférer toutes les réunions importantes du conseil et les négociations de traités dans l'autre. Cependant, il faudra un moment avant que je puisse faire ça, puisque la chambre que j'ai choisie doit toujours être nettoyée et convertie dans ce but."

Gwen sourit.

"On dirait que ça va être bien."

Ses yeux se baissèrent, alors qu'elle remarquait qu'Arthur portait ouvertement son amulette sur une chaîne de bronze très familière.

"Attends, comment as-tu eu ça ?"

Arthur regarda un Merlin plutôt suffisant.

"Apparemment, il les a commandées à Fyren, qui en a fait requête à un forgeron de métal qui se spécialise dans les objets faits pour la magie. Il en a une pour chacune des amulettes, mais jusqu'à présent, Merlin n'a donné les chaînes qu'à toi et moi. Les enchantements dessus ne permettent qu'au porteur de voir les symboles briller, ce qui signifie que nous pouvons les porter ouvertement sans avoir à craindre que d'autres remarquent qu'elles sont magiques. Comme nous sommes mari et femme, porter des bijoux identiques ne sera pas vu comme étant étrange. Il est encore trop tôt cependant pour que le reste de la Fraternité les porte ouvertement."

Merlin posa les dernières assiettes de nourriture sur la table, avant de jeter un œil pour s'assurer que les portes de la salle étaient fermées et de faire voler sa main en direction du stock d'assiettes, de bols et de couverts qui restaient sur la table à côté. Ces objets s'élevèrent dans les airs et se disposèrent aux cinq places assises, et enfin Merlin s'assit à la droite d'Arthur alors qu'il faisait signe à Katryn de prendre le siège placé à la gauche de Gwen. Il était clair maintenant que les deux serviteurs déjeuneraient aussi à ce rassemblement.

C'est alors que les portes s'ouvrirent à nouveau, et le dernier invité entra.

Geoffrey de Monmouth inclina la tête alors qu'il approchait, s'arrêtant pour s'incliner devant son roi et sa reine avant de prendre le siège final à la droite de Merlin.

"Bonjour, Sire, Ma Dame."

Ils commencèrent tous à se servir dans la nourriture, alors qu'Arthur désignait l'archiviste et expliquait sa présence.

"Gwen, j'assigne Geoffrey en tant que ton mentor et ton guide dans la cour. Jusqu'à ce que tu sois fermement installée, et que le conseil soit habitué à ta nouvelle position et à toi. Le conseil entier le respecte grandement, et avec son aide il ne devrait y avoir que peu de problèmes pour qu'ils t'acceptent."

Il rit.

"Après tout, ils ont accepté Merlin avec son aide. Une fois qu'ils ont dépassé leur choc."

Merlin renifla en riant à cela, même Geoffrey souriant.

"Ouais, mais ils aiment toujours argumenter avec moi dans les réunions dès qu'ils en ont la chance."

Geoffrey regarda Gwen.

"Bien que vous n'ayez pas besoin de vous inquiéter pour cela, Ma Dame. Je m'assurerai qu'ils vous donnent aussi peu de problèmes que possible. Et vous pouvez être certaine que je serai un mentor ferme mais compréhensif pour vous, comme je l'étais pour la reine Ygerne quand Uther l'a épousée."

Gwen le regarda, surprise.

"Vous avez été mentor pour la mère d'Arthur ?"

Alors que Geoffrey acquiesçait, Arthur plaça sa main sur celle de Gwen.

"C'est pour ça que je lui ai demandé de garder un œil sur toi dans la cour. Il a le respect et l'expérience pour le faire bien. Il sera aussi ton tuteur, pendant que tu t'accroches aux côtés politiques du fait d'être reine. Aussi, Merlin a ton itinéraire pour aujourd'hui, et sera avec toi pendant la matinée."

Gwen regarda l'archiviste, hochant la tête de gratitude pendant que Merlin souriait pour montrer son propre soutien à côté de lui.

La conversation bougea sur des sujets plus tranquilles après cela, jusqu'à ce que la nourriture soit finie et que chacun aille faire ses tâches variées.

Merlin guida Gwen et Katryn vers l'entrée du château, pendant que derrière eux, Bel était arrivé dans la Salle du Conseil avec deux autres serviteurs pour nettoyer les restes du petit déjeuner et la table ronde. Le magicien agita un morceau de papier qu'il tenait, expliquant la première chose dessus.

"Ce matin tu fais un tour dans la ville basse, pour rassurer le peuple et le laisser avec un bon aperçu de toi maintenant que tu es reine. Ne t'inquiète pas, pour la plupart c'est juste des rencontres et des salutations. La reconstruction a vraiment bien commencé maintenant puisque ça ne fait quelques jours que nous avons repris la cité, mais les gens veulent quand même être rassurés. Alors pendant qu'Arthur coordonne les réparations, tu rassures le peuple."

Il lui sourit.

"Et personnellement, je ne pense pas que son visage est près d'être suffisamment joli pour faire ça."

Il fallut quelques instants aux mots pour s'insinuer, avant que Gwen éclate de rire en réprimande.

"Merlin !"

Ils atteignirent les marches du château, deux des gardes sympathisants de la magie les attendant là. Ces deux hommes se mirent en position de chaque côté de leur groupe, et l'un d'entre eux tendit à Merlin l'épée que le magicien avait laissée avec eux. Cela seul disait qu'il était non seulement le guide de Gwen ce matin, mais aussi un membre de son escorte dans sa position de Garde d'Honneur d'Arthur.

Ils allèrent d'abord dans la ville, Gwen saluant chaleureusement les gens qu'ils dépassaient. Elle connaissait la plupart des visages, mais pouvait aussi voir que certains des plus familiers étaient manquants. Une fois que ce fut fait, ils allèrent dans la ville basse où les choses semblaient beaucoup plus dépressives en termes de dégâts aux installations. C'est alors que Gwen s'avança vraiment vers les gens, en dépit du fait que cela rendait les gardes nerveux. Les plus vieux, les blessés, les orphelins ; là où ils étaient sombres auparavant, leurs visages s'illuminaient en réponse à sa gentillesse. Elle avait été une roturière, ils savaient qu'elle les comprenait comme un né non-noble le pouvait, et avec le souci clair qu'elle se faisait pour eux les gens commençaient déjà à l'aimer pour cela.

Merlin regarda tout cela avec fierté, sachant que c'était cela que Morgane avait craint que Gwen devienne. Une reine bien plus grande qu'elle ne pouvait jamais espérer l'être. Une qui tiendrait la même loyauté venant des gens du peuple qu'Arthur.

Ils revinrent au château à la cloche de midi, et Gwen alla manger avec les femmes de la cour. Merlin alla alors aux appartements d'Arthur, où Bel avait amené de la nourriture pour eux deux pour qu'ils puissent avoir leur propre réunion lors du repas de midi pour discuter des actes de Gwen durant son premier jour en tant que reine.

"Elle était entièrement naturelle, Arthur. Les seuls gens qui n'étaient pas extrêmement heureux de la voir étaient une poignée de courtisans qui étaient dans la partie chère du marché, et ils finiront par oublier sa naissance roturière."

Arthur laissa échapper un soupir de soulagement, ayant soigneusement organisé les tâches du premier jour de Gwen en tant que monarque. Il avait envisagé de la faire assister à la Réunion du Conseil de cet après-midi, mais Merlin s'y était fermement opposé. Gwen manquait encore d'expérience dans ce domaine, et les affaires qui allaient être discutées étaient trop délicates pour risquer qu'elle y prenne part.

Aussi passerait-elle l'après-midi à apprendre à connaître les membres féminins de la cour, de la perspective d'une noble plutôt que de la servante qu'elle avait été si longtemps auparavant. Le reste de la journée était similairement planifié, chaque situation étant une qu'elle avait déjà vue d'une capacité différente. Aussi y aurait-il suffisamment de familiarité pour qu'elle soit confiante pour s'en occuper, une face importante à montrer pendant qu'elle s'établissait.

Pensant toujours à cela, Arthur posa sa fourchette dans son assiette maintenant vide, regardant par-dessus la table où Merlin finissait juste le reste de nourriture dans la sienne.

"Je sais que je vais continuer à m'inquiéter pour elle pendant un moment encore, mais je sais que je peux vous faire confiance à toi et à Geoffrey pour lui donner le soutien dont elle a besoin. Les politiques de la cour peuvent être une zone qui ne pardonne pas."

Merlin souleva un sourcil.

"Et elle joue côte-à-côte avec deux hommes qui tiennent la plupart des pièces. Elle vous a vous, et j'ai un certain nombre de connaissances dans le personnel qui seraient contentes de me rapporter des rumeurs. Vous n'avez pas à vous inquiéter qu'une noble jalouse commence un combat de chats. Et vous n'avez pas à vous inquiéter qu'un quelconque courtisan masculin cause un scandale. Je répandrai le message parmi mes connaissances que je récompenserai quiconque aidera à prévenir une réelle tentative pour salir la réputation de Gwen ou compromettre sa position. Être en bonne faveur avec le premier serviteur du roi n'est jamais une mauvaise chose pour des serviteurs de positions moins prestigieuses.

– Et pour ça nous devons êtes reconnaissants que tu aies des yeux dans les deux côtés, la Cour et les Serviteurs, des politiques du château."

Arthur se leva, brossant quelques poils de sa chemise.

"Nous devrions y aller. La réunion commence dans peu de temps, et elle va être tendue."

Merlin se leva aussi, grimaçant à ce qu'il savait à venir.

"Ouais, avec Fyren là et son opinion sur la magie connue, on va devoir jouer cela prudemment. C'est suffisamment mauvais que vous ayez laissé des sorciers connus parmi ses forces se promener ici pendant les deux derniers jours sans faire aucune annonce les concernant. Les gens ne paniquent pas, mais ils ne sont pas à l'aise non plus. Ils sont confus."

Arthur le regarda, solennel.

"Faisons quelque chose pour cela alors."

Ils marchèrent côte-à-côte jusqu'à la Salle du Conseil, entrant comme un front uni même si aucun des conseillers n'était encore arrivé. La table ronde de ce matin avait été remplacé par la longue table habituelle, et le trône de Gwen avait été déplacé jusqu'au mur arrière puisqu'elle n'assistait pas à cette réunion.

Ils prirent leurs sièges, Merlin se déplaçant ostensiblement d'un siège sur la droite pour permettre à Fyren de s'asseoir là quand il arriva. En tant que roi en visite, c'était une marque de respect pour lui, et cela signifiait aussi que le Premier Conseiller pouvait agir en tant que barrière entre lui et les conseillers de ce côté de la table.

Cela s'avéra un mouvement sage quand ces divers hommes notables commencèrent à entrer, tous deux regardant le roi Escietian avec un mélange de peur et de suspicion.

Fyren les ignora ostensiblement, restant silencieux alors qu'Arthur commençait enfin la réunion.

"Je sais que vous vous demandez tous pourquoi je permets à cet homme de s'asseoir à côté de moi, plutôt que de les renvoyer lui et ses forces à Escetia ou les arrêter tous… Pour faire simple et clair, je considérerais cela assez déshonorable à faire en lumière de l'assistance qu'ils nous ont donnée. L'un d'entre vous souhaite-t-il poser des questions ?"

Merlin hocha lentement la tête pour lui-même d'approbation. Un bon commencement, ferme et concis. Court aussi. Cela ne laissait pas beaucoup de temps aux conseillers pour réfléchir à des questions excessivement longues et/ou des objections.

L'un d'entre eux parla après quelques instants, fixant presque Fyren.

"Je ne vois toujours pas pourquoi vous autoriseriez ce sympathisant de la magie à être là. Qu'a-t-il fait pour prouver qu'il ne cherchera pas notre destruction à tous ?

– J'ai aidé à récupérer votre royaume des mains de Morgane, pour commencer."

Fyren tourna la tête pour regarder platement celui qui avait parlé par-dessus la table.

"Ma position sur la magie était, jusqu'à maintenant, connue premièrement par mon armée et ceux qui font partie de mon cercle d'associés le plus proche. Parmi mon peuple, grâce à mes considérations sympathiques envers les Druides, il y a des rumeurs mais ce n'est pas officiel, bien que cela le sera quand je retournerai chez moi. Je n'en fais pas un secret, mais je ne m'en vante pas non plus… Pas plus que je n'ai permis à ma vue de la magie, et la loi de Camelot contre elle, de m'empêcher de faire mon offre d'alliance à un homme que je savais être un roi juste et honorable."

Il hocha la tête de respect pour Arthur à la dernière partie, le roi de Camelot prenant cela comme son signal pour continuer.

"Il m'a révélé sa position pendant que nous rassemblions notre force combinée dans la Forêt d'Ascetir. Ses guérisseurs ont sauvé un grand nombre de vies avec leurs talents, des vies et des hommes qui auraient autrement été perdus ou laissés estropiés sans cette intervention magique. Même maintenant ces guérisseurs travaillent dans l'infirmerie du château, soignant les blessés restants. Il s'en est tenu sans sourciller aux termes de notre alliance, et c'est pourquoi j'ai demandé cette réunion pour vous annoncer à tous ma décision sur cette affaire."

Un autre conseiller éleva sa requête dans le calme qui suivit, semblant presque incertain.

"Et ce serait, Sire ?

– Que mon alliance avec le roi Fyrendir tient toujours, et que j'ai jugé intéressant de donner une chance à la magie. J'observerai Escetia en tant qu'exemple durant les prochains mois, avant de prendre une décision finale."

Il se rassit dans son siège, ne regardant aucun d'entre eux.

"Aussi, comme certains d'entre vous peuvent s'en souvenir, avant qu'elle ne soit bannie, Gaius renforçait ses talents de médecin avec de la magie de guérison simple. Une pratique qu'il a cessé lors du changement de loi, pour cela en plus de ses services loyaux mon père s'est montré clément et lui a permis de continuer en tant que Médecin de la Cour. Je me réserve aussi le droit de faire des exceptions à cette loi, et ayant consulté Gaius, il a accédé à l'une de mes requêtes concernant cette question."

Merlin cligna des yeux, pris par surprise, n'ayant pas été consulté pour cela. La réunion avec Gaius avait seulement pu avoir lieu ce matin quand il était dehors à escorter Gwen. Arthur l'avait délibérément mis hors du chemin.

"Vous voulez dire que…"

Arthur, une pointe d'amusement dans les yeux pour avoir une longueur d'avance sur son Premier Conseiller, acquiesça.

"Oui, Gaius reprendra son usage des arts de guérisons, sous autorisation spéciale de moi-même. Alors que nous observerons Escetia, je veux aussi un exemple plus proche duquel je pourrai évaluer comment certains usages de la magie peuvent bénéficier au peuple."

Il regarda à nouveau le reste du conseil.

"Il a déjà admis que durant les vingt-sept dernières années de bannissement, il a vu de nombreuses personnes mourir qui auraient pu être sauvées avec cela. Il regrette grandement ce fait, même s'il n'a jamais été tenté d'utiliser la magie en dépit de la détresse de savoir qu'il aurait pu les sauver. Telle est la force de sa loyauté envers Camelot et ses lois, et je ne connais aucun autre individu de confiance et de longs services qui pourrait faire cela pour moi."

Une faible et seule objection se leva à ce raisonnement indéniable.

"Mais, Sire, est-ce sage ?"

Arthur, sachant qu'il avait attiré leur attention maintenant, sachant qu'il avait planté avec succès les graines des possibilités parmi eux, épingla ce seul homme avec un regard ferme. Et Merlin avait été inquiet de jouer ça bien. Le magicien ne savait pas que son roi avait planifié tout ce qu'il avait dit, dans une rencontre de cette sorte exacte, depuis qu'il était monté au trône.

"Le bannissement de toute magie, et la chasse et exécution implacables de tous ceux qui sont surpris ou suspectés de l'utiliser, a singulièrement créé presque toutes les menaces sérieuses auxquelles ce royaume a fait face dans les années depuis la Purge. Alors que je ne lèverai pas l'interdiction cette fois, je ne nierai pas que le faire pourrait être dans les meilleurs intérêts du royaume à long terme.

– Vous ne pouvez pas être sérieux !"

Il y eut un instant de tumulte à cette annonce, en dépit du préalable. Arthur les laissa crier et objecter à qui mieux mieux, jusqu'à ce qu'après avoir mentalement compté jusqu'à dix sa voix coupe nettement leur clameur.

"Silence !"

Les protestations furent étouffées à la sévérité de son ton, et le roi continua à un volume plus calme.

"Il y a quelque chose que vous devez tous savoir… Je savais que Morgane était une devineresse, mais je l'ai ignoré parce que je savais que c'était quelque chose qu'elle n'avait pas par choix. J'avais aussi conscience que Gaius lui cachait ce fait, et le gardait supprimé avec des potions somnifères du mieux qu'il pouvait. Pour sa sécurité, parce que c'était une chose avec laquelle elle était née, et elle n'avait pas le choix. Un pouvoir de rêves prophétiques qui n'était pas une menace pour ce royaume, et si elle n'avait pas su que c'était une forme de magie elle n'aurait jamais cherché à en apprendre plus… Mais malheureusement Morgause l'a atteinte, et lui a offert une échappatoire aux visions qui hantaient son sommeil."

Geoffrey hocha la tête à cela, choisissant maintenant d'offrir son soutien muet. Il avait parlé à Gaius de Morgane en plusieurs occasions depuis qu'Arthur était devenu roi.

"Être une devineresse, aussi bénigne et éphémère ce talent soit-il, était toujours vu comme suffisamment proche de la magie pour être exécutée. Quand Morgane a appris ce qu'elle était, elle a dû être terrifiée. Elle savait mieux que quiconque, ce qu'Uther aurait fait s'il l'avait découvert. La chose triste est que nous savons maintenant qu'elle est sa fille. Il aurait presque certainement été clément envers elle et ignoré ses talents de devineresse s'il en avait eu connaissance."

Arthur regarda son conseil solennellement, sachant qu'avec l'indignation attendue maintenant réglée, cette première bataille de volontés contre eux tous était presque terminée.

"Mais elle était toujours énervée en sachant que d'autres comme elle mouraient, étaient tués, et cela lui a pourri le cœur. Si la magie avait été légale, les pouvoir de Morgane auraient été vus comme un atout quand ils ont émergés. Ils auraient été chéris et valorisés. Elle serait restée loyale envers nous… A la place, sa magie ne lui a amené que la peur de mourir, et cette peur est devenue de la haine envers Camelot. Nous avons fait d'elle ce qu'elle est, avec notre loi contre la magie, et c'est la plus grande menace à laquelle nous faisons actuellement face. Ce fait, cette culpabilité, reste solidement sur nos épaules. Je ne continuerai pas aveuglément sur cette voie, sans considérer les autres options. Pas quand le roi Fyrendir m'a déjà montré que peut-être la magie peut être utilisée pour le bien de tous… Aussi garderai-je un esprit ouvert, comme un roi sage le doit."

Merlin regardait maintenant Arthur avec une admiration à peine dissimulée, forcé d'admettre que pas même lui n'aurait pu sortir un coup verbal aussi parfait que celui-ci. Le conseil avait été rendu profondément bouche bée et totalement incapable de formuler une objection viable. Et un mot contre cette proposition n'aurait semblé que mesquin.

Et le conseil le savait clairement, se regardant les uns les autres avant qu'enfin l'un d'entre eux dise ce qu'ils pensaient tous.

"Il semblerait que vous ayez déjà pris votre décision, Sire."

Arthur les regarda tous calmement, évaluant leurs expressions avant de choisir de dire la vérité mais toujours cryptée.

"Peut-être que ma décision est prise depuis longtemps, mais j'ai patiemment attendu le bon moment pour y faire quelque chose… Trop tard pour stopper la chute dans les ténèbres de Morgane, mais peut-être suffisamment tôt pour empêcher d'autres comme elle."

Il se mit sur ses pieds.

"Sentez-vous libre de continuer à discuter de cela, mais je dois aller annoncer l'exception de Gaius de la loi au peuple. Il y a encore beaucoup de blessés à soigner, et chaque talent disponible l'aidera à le faire."

Le roi sortit de la pièce sans un autre mot, la fermeture des portes devenant le signal qui fit bouger tous les yeux de lui aux trois associés proches restants à la tête de la table. Merlin, Geoffrey, et le roi Fyrendir.

"Sire Geoffrey, est-il possible que… que le roi ait eu cette intention depuis tout ce temps ? Ait eut l'intention de lever l'interdiction ?"

Geoffrey se leva en réponse à cette requête incertaine, faisant face à celui qui l'avait demandée avec le calme de nombreuses décennies à servir dans ce conseil.

"Ce n'est pas à moi de le dire, mais j'ai eu conscience de ses doutes concernant la loi contre la magie depuis qu'il est devenu roi l'été dernier. Je sais qu'ils remontent à plus loin que cela, mais seuls ses conseillers les plus proches sauraient exactement à quand."

Ils regardèrent alors tous Merlin, qui rendit juste le regard et se leva aussi. Puis à Fyren, qui sourit et rejoignit la paire alors qu'ils sortaient sans un mot. Que le Conseil cogite à propos de cela, la réflexion pourrait en fait leur faire du bien.

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