ORE NO IMOUTO GA KONNA NI KAWAI WAKE GA NAI
VOLUME FINAL
chapitre 1.2
16h00. L'école était enfin finie pour aujourd'hui. Le prof de japonais m'avait vraiment saoulé avec ses poètes de l'ère Meiji. Et tous ces poèmes parlaient d'amour comme par hasard. Enfin, je me réjouissais à l'idée de pouvoir à présent me vider un peu l'esprit en allant au club informatique. Mais alors que j'arrivais devant la porte, Kuroneko attendait à côté son sac à la main. On s'est dit bonjour et je lui ai demandé pourquoi elle était dehors.
« Ah ? Tu as oublié ? Le président présente à une entreprise le nouveau jeu qu'on a développé. Lui et les autres ne pourront pas venir »
Bordel ! J'avais complètement zappé !
« Ah oui c'est vrai ! » répondis je un peu stupidement avant de me reprendre. « Mais toi, pourquoi tu n'es pas avec eux ? Tu as pourtant largement participé à la création de ce jeu. »
Kuroneko me fixait avec son regard neutre habituel.
« Parce que je savais que tu oublierais et que je voulais rentrer avec toi » dît elle avec sa franchise habituelle.
« Ah … Je comprends » enchaînais je un peu gêné.
Je me suis donc retrouvé sur le chemin de la maison en compagnie de Kuroneko. C'était plutôt banal. Cela nous arrivait très souvent de rentrer ensemble depuis qu'on avait rejoint le club informatique. Mais cette fois, plus que mon amie, elle était aussi à présent mon ex. Et je ne pus m'empêcher d'être un peu gêné en sa présence, surtout avec tout ce qui me tourmentait en ce moment.
« Est-ce que tu m'aimes encore ? »
Il y aurait eu des milliards de façons de briser le petit silence gêné qui s'était installé entre nous. Parler du prof qui nous faisait le plus chier en ce moment par exemple, ou le nombre de devoirs pharaoniques qu'on nous avait encore donné pour demain. Mais non, ma kouhai avait choisi la phrase qui allait me mettre encore plus mal à l'aise !
« Alors ? » insista Kuroneko vu que je m'étais contenté de sursauter en balbutiant quelques mots gênés.
« Euh … Je … Je ne sais plus … » finis je par lâcher, prouvant encore une fois mon inutilité.
« Ah ? Bon. »
Et un nouveau silence s'installa. Mon cœur battait à cent à l'heure, j'avais encore quelques minutes de marche à faire avec Kuroneko et je redoutais qu'elle me pose encore une question gênante. Néanmoins, alors qu'on allait se séparer pour rentrer chacun chez soi, ce fût moi qui brisa finalement le silence.
« Kuroneko … » avais je baragouiné en essayant de faire preuve d'un peu d'assurance.
« Oui ? »
« P… Pourquoi tu m'aimes autant ? »
C'était probablement une question des plus stupides. Mais j'avais besoin de savoir. Ma relation avec Kuroneko s'était achevée sans même que l'on ait eu l'occasion de s'embrasser. Je voulais savoir ce qu'une fille aussi géniale qu'elle pouvait trouver à un gars inutile comme moi.
« Hum … » dît elle en me regardant.
« Parce que tu as un beau cul »
J'avais été obligé d'évacuer dans l'immédiat un grand bol d'air chaud de ma bouche pour ne pas finir carbonisé tellement je m'étais mis à rougir. Voyant que Kuroneko regardait à présent avec insistance mon derrière, je me mis instinctivement face à elle en jetant un regard discret et stupide à mes fesses.
« Euh … Je … » grommelais je en peinant à trouver mes mots.
Kuroneko se mit à sourire et à rougir légèrement puis enchaîna en mettant ses mains sur son menton.
« Quoi ? On ne te l'avait jamais dit ? »
« B … Bien sûr que non ! » arrivais je enfin à articuler non sans continuer à rougir encore comme si je me baignais dans une source chaude.
« Eh bien tu le sais maintenant » conclua Kuroneko en reprenant un visage impassible.
Bordel. Cette fille n'avait vraiment peur de rien ! Tout le contraire de moi en fait, qui m'enfuyait dès que je devais faire face à mes sentiments.
« Eh bien … Merci » rajoutais je stupidement en fuyant le regard de ma kouhai
Kuroneko s'apprêtait à emprunter le chemin qui allait nous séparer quand elle s'arrêta et me parla de dos sans se retourner.
« L'amour est un sentiment qui ne se commande pas. Sinon je ne pense pas que ta sœur aurait choisi de volontairement tomber amoureuse de toi. »
Je déglutis avec difficulté en entendant cette phrase. Je m'apprêtais à lui répondre pour protester avec force mais rien de concret à répliquer ne me vint à l'esprit. Ma bouche s'ouvrit mais je ne pus en faire sortir le moindre mot pour m'opposer à ce que Kuroneko venait d'annoncer.
« Mais je n'ai pas dit mon dernier mot pour autant. » enchaîna Kuroneko comme pour répondre au fait que j'avais acquiescé ses paroles en n'y trouvant rien à redire.
« Je l'ai promis à ta sœur. Je me battrai jusqu'au bout. » ajouta t'elle en se retournant furtivement.
« Hein ? »
Sur ces mots, elle reprit son chemin sans se retourner et sans même dire au revoir. J'aurais pu la rattraper pour essayer de clarifier les choses mais à quoi bon ? Kuroneko semblait y voir plus clair que moi dans mon propre cœur. Et peut être même … dans celui de ma petite soeur.
Tout en la regardant disparaître de son côté, j'empruntais à mon tour le chemin pour rentrer chez moi. Je n'étais en général pas pressé de rentrer, ne sachant jamais ce qui m'attendait avec Kirino. Son collège était en effet plus proche que mon lycée et elle rentrait presque toujours avant moi. Enfin, c'était sa dernière année là bas. Après, elle ira à mon lycée. Dommage d'ailleurs que je n'y sois plus l'an prochain, j'aurais donné très cher pour la voir être obligée de m'appeler « senpai ». Même si connaissant Kirino, elle aurait trouvé un moyen d'y échapper.
En rentrant, je ne vis pas Kirino dans le salon. Elle devait être dans sa chambre. Je grignotais deux ou trois petits trucs puis je me rendis à la salle de bain faire un peu de toilette. En me regardant dans le miroir, j'eus un petit sourire.
C'est vrai que mes fesses n'étaient pas si mal que ça.
« Qu'est ce qui t'arrive ? Tu t'es chié dessus ? »
Argh ! J'avais laissé la porte ouverte ! Et évidemment, il fallait que ce soit Kirino qui arrive au moment où je me tâtais les fesses comme un idiot devant le miroir. Je la regarda gêné en rougissant un peu.
« Que … B … Bien sûr que non ! Je … Je … » dîs je en essayant de me justifier bêtement.
« Essaie de laisser la salle de bain propre. » ajouta simplement Kirino d'un ton à peine ferme avant de retourner dans sa chambre.
J'avais été surpris que Kirino ne profite pas d'une telle occasion pour me ridiculiser comme à son habitude. Un malaise s'était vraiment installé entre nous. Mais c'était un peu compréhensible après ce qui s'était passé chez Manami.
Comment pouvait on faire pour rattraper les trois ans que Kirino avait passé à haïr une personne que je n'avais jamais vraiment été ?
