ORE NO IMOUTO GA KONNA NI KAWAI WAKE GA NAI

VOLUME FINAL

chapitre 1.8


Le soleil venait de se lever. Je me leva avec difficulté de mon lit pour ouvrir les volets et aérer brièvement la pièce malgré la fraîcheur.

C'était le premier de l'an.

Laissez moi vous rappeler la situation : j'étais tombé volontairement malade pour avoir une excuse pour ne pas aller fêter le nouvel an avec mes parents chez Manami que j'avais giflé il y a deux semaines. Ça avait tellement bien marché que je m'étais évanoui dans les escaliers et que je m'étais retrouvé couvert de bleus. Heureusement, le docteur avait dit que je ne m'étais rien cassé. Par ailleurs, j'avais manqué une occasion unique de passer un peu de temps avec Ayase avant-hier, j'avais dit à ma sœur que j'étais amoureux d'elle pour savoir si elle n'était pas amoureuse de moi et je m'étais fait rembarré comme un idiot.

S'il y avait un prix international du loser de l'année, j'aurais sûrement été parmi les finalistes.

Enfin, au moins, mon plan avait marché. Je savais que ma sœur n'était pas amoureuse de moi et je n'étais pas allé fêter le nouvel an chez Manami.

Mais tout ça pour ça ?

Au final, je ne savais plus vraiment quoi faire à présent. J'avais sans doute manqué ma chance en faisant faux bond à Ayase, j'étais brouillé avec Manami et probablement avec Kirino maintenant. D'ailleurs elle n'était pas venue me voir dans ma chambre depuis hier.

Comme il commençait à faire froid, je ferma stoïquement la fenêtre et je me dirigea en boîtant un peu vers la salle de bain. En en repartant, je vis Kirino qui sortit de sa chambre. J'avais tenté de lui parler en lui souhaitant la bonne année mais elle fit comme si je n'existais pas et entra à son tour dans la salle de bain. Elle ne m'avait même pas insulté.

Dépité, je retourna dans ma chambre plutôt que d'aller prendre le petit déjeuner dans le salon. Finalement, tout ça n'aurait pas eu lieu si j'avais décidé d'accompagner mes parents chez Manami.

« Merde ! Pourquoi je suis aussi faible ? » me dis je pour moi-même en tapant du poing contre le mur de toutes mes forces.

Ce premier de l'an s'écoula sans événement majeur. J'étais resté presque toute la journée au lit dans ma chambre pour récupérer. J'en étais juste descendu à midi pour le déjeuner. Papa était resté au lit, il avait trop bu hier soir. Kirino s'était encore comportée comme si je n'étais pas là. Maman avait bien senti qu'il y avait un malaise entre ma sœur et moi mais s'était contenté de faire comme si de rien n'était pour essayer de maintenir une ambiance cordiale.

C'est vrai, c'était le nouvel an après tout. Alors pourquoi ça devait se passer aussi mal ?

Le soir venu, nous étions finalement tous réuni pour partager le repas du soir. L'attitude de Kirino envers moi n'avait pas changé. Quant à moi, même si j'étais encore un peu malade, mon mal être était largement perceptible.

« Kyosuke. Est-ce que tout va bien ? » me demanda d'un coup mon père en se servant de l'eau.

« Euh … Je … » répondis je un peu surpris avec une voix tremblante. « Ça … Ça peut aller papa … » fis je résigné par ma situation.

« Alors, tu t'es déclaré à la fille dont tu m'avais parlé ? » enchaîna t'il le plus naturellement du monde.

J'avais craché le peu de riz que je m'étais forcé à avaler. Maman et Kirino avaient été un peu surprises elles aussi.

« Oh. Kyo … Kyosuke ! Tu es amoureux d'une fille ?! Vraiment ? » avait réagi maman avant que je n'ai eu le temps de reprendre mon souffle.

« P … Papa ! » réussis je à articuler péniblement en étant tout rouge. « Ne mentionne pas ce genre de chose à table devant tout le monde ! » protestais je.

« Alors ? Tu l'as fait ? » continua simplement papa en se resservant un peu de salade.

Si je l'avais fait ? Comment pourrais je lui dire ça sérieusement ? Lorsqu'il m'avait demandé si j'avais une petite amie en vue, je lui avais dit oui en pensant à Ayase. Elle était belle, intelligente, presque mon âge et elle était amoureuse de moi. Que pouvais je demander de plus ? Comment j'aurais pu dire à papa que j'avais préféré ignorer cette fille pour me déclarer à … ma sœur ! Même si c'était pour savoir si ce n'était pas elle qui était amoureuse de moi.

« Euh … »

Non, pas moyen. Quelque soit le bout par lequel je le prenais, il était impossible de lui présenter la situation correctement.

« Tu t'es pris un râteau. C'est ça ? » avait enchaîné papa devant mon silence gêné.

Je déglutis avec difficulté en entendant mon père comme pour lui dire que oui, c'était ça. Kirino avait légèrement tremblé en entendant ça également.

Si seulement papa pouvait se douter … S'il pouvait savoir que celle qui avait repoussé son fils était … sa propre fille.

J'espère qu'il ne le saura jamais.

Ne pouvant plus supporter d'être aux côtés de Kirino après cette conversation extrêmement gênante avec mon père, je me leva de table en m'excusant et j'alla porter mon assiette à l'évier. Mais alors que je m'apprêtais à quitter la pièce pour retourner dans ma chambre, une grande voix me pétrifia sur place.

« Kyosuke ! »

C'était mon père qui m'avait appelé en criant très fermement.

Complètement surpris, je m'étais retourné lentement vers lui en me demandant pourquoi il m'avait parlé si brutalement. Lorsque je croisa son regard, il était dur. C'était le même que lorsqu'il regardait un criminel.

Serait ce … Est-ce que papa aurait appris hier ce qu'il s'était passé entre moi et Manami ? Si c'était le cas …

« Pourquoi agis tu de façon aussi pitoyable ? » me lâcha t'il alors sans adoucir ses traits.

« Hein ? » répondis je interloqué.

« Tu t'arranges pour tomber malade le jour du réveillon, tu n'as même pas téléphoné à la famille de Manami pour t'excuser, tu nous as causé du soucis en tombant des escaliers … » lista alors sans concession mon père.

Je n'avais même pas osé essayer de répondre. Mon père avait totalement raison. Je ne pu que rester là à essayer de soutenir son regard.

« Et maintenant, tu te laisses complètement abattre juste parce qu'une fille t'a rejeté ! » ajouta t'il.

Je sentis mon cœur se ravager à cette phrase.

« Jusqu'à quel point vas tu te laisser aller ?! » conclua t'il en tapant fermement sur la table.

« Je … Je … » tentais je enfin d'articuler en prenant la parole.

« Tu crois que lorsque j'ai rencontré Koshino, elle m'a dit oui la première fois ? » sortit d'un coup papa à la stupeur générale.

« Oh chéri … Tu … » rougissa un peu maman

« La première fois que je lui ai fait ma déclaration, j'étais au lycée comme toi. » poursuivit papa en essayant de cacher une petite gêne. « Mais elle m'avait dit qu'elle aimait déjà quelqu'un d'autre. Et effectivement, quelques semaines après, elle sortait avec un garçon. » conclua papa en reprenant sa respiration.

Ça alors. C'était la première fois que papa se mettait à nu comme ça devant nous. Il faut dire qu'il tenait à sa fierté. Bien sûr il nous avait déjà parlé une fois ou deux de sa rencontre avec maman mais j'étais encore tout petit à cette époque.

« Son petit ami ressemblait un peu au gars bizarre que Kirino avait amené pour faire semblant d'être son petit copain d'ailleurs » repris papa légèrement agacé.

« Chéri ! » intervint d'un coup maman. « Tu m'avais promis de ne plus remettre ça sur le tapis ! »

« Oui oui » grommela papa en se servant un petit verre de vin.

Je comprends maintenant pourquoi papa avait autant détesté Mikagami lorsqu'il l'avait rencontré.

« Et donc, lorsque j'ai rencontré ta mère de nouveau, c'était dans un bar trois ans plus tard. Je préparais des examens pour rentrer dans la police à cette époque. Je ne l'ai pas reconnu de suite. C'est quand j'ai remarqué que deux hommes l'ennuyaient que je suis intervenu et que je me suis souvenu » avait raconté papa en prenant un ton un peu nostalgique.

J'étais vraiment surpris. J'avais complètement oublié cette histoire. C'est vrai. C'est pour ça que j'avais tellement commencé à admirer papa quand j'étais enfant. Pas seulement parce qu'il était policier. Mais aussi parce qu'il savait se battre pour ceux qu'il aimait. Ce n'était pas un lâche. Pas comme moi.

« Quand j'ai reconnu ta mère, je n'ai pas hésité une seule seconde. J'ai cogné l'homme qui l'ennuyait le plus et j'ai ébouillanté l'autre ! » repris papa en mimant les gestes qu'il avait fait pour secourir maman.

« Puis la police est arrivée et à emmener ces deux voyous. Et c'est là que j'ai à nouveau fait ma déclaration à Koshino. » conclua papa en rougissant très légèrement. « Et elle m'a dit oui. »

Le récit de papa m'avait fait prendre encore plus conscience de la distance qui me séparait de lui. Allais je rester un lâche pour toujours ?

« Voilà pourquoi tu ne dois jamais abandonner, Kyosuke ! » cria à nouveau papa en s'adressant à moi.

« Hein ? »

« Si une fille te dit non, eh bien concentre tes efforts pour devenir plus fort quand tu la reverras ! » me répondit mon père fermement.

J'avais senti comme un tourbillon dans ma poitrine. Comme si quelque chose s'éveillait en moi.

« Bats toi ! » repris mon père en hurlant. « Et si tu te fais rejeter, bats toi ! Si tu tombes malade, bats toi pour guérir ! Si tu es en plein doute, bats toi ! » s'était époumoné mon père.

« Et si ça ne suffit pas, bats toi plus fort ! Encore et encore ! » ajouta t'il.

« P … Papa … » avais je murmuré

« Arrête de croire que tu es faible ! »

« Je … »

« Et fais ce qu'il faut pour devenir fort ! » hurla papa en tapant à nouveau du poing sur la table comme pour finir de me convaincre.

J'étais resté quelques secondes figé par le discours de mon père à mon égard.

« C'est ça agir comme un homme ! » ajouta t'il après avoir bu son verre de vin.

Il avait raison. Entièrement raison. Est-ce que j'allais me lamenter sur mon propre sort éternellement ?

Immédiatement, bien que je n'avais presque rien mangé de la journée, j'avais soudainement eu un regain d'énergie. Les paroles de mon père m'avaient redonné un peu du courage que j'avais complètement perdu ces dernières semaines.

« M .. Merci papa ! » finis je par lui répondre en serrant les poings comme pour lui montrer ma détermination retrouvée. « Tu peux compter sur moi ! » complétais je en criant avant de finalement prendre le chemin de ma chambre.

Je me sentais vraiment mieux. C'était la première fois depuis longtemps que papa ne m'avait pas parlé avec autant de sérieux. J'avais retrouvé toute ma motivation ou presque. La première chose que je fis une fois dans ma chambre, c'était de sortir mon sac pour faire mes devoirs. Pas question de revenir en cours sans les avoir fait !

J'étais content. La journée allait pouvoir se terminer bien mieux qu'elle n'avait commencé.

Néanmoins, il s'était passé quelque chose d'autre ce soir là. Mais je n'y étais pas pour y assister. Ce n'est que bien plus tard que je l'ai su, lorsque Kirino me l'a raconté.

Alors que je venais à peine de les quitter, Kirino s'était elle aussi levée de table et a débarrassé son assiette.

« Tout va bien Kirino ? » demanda maman. « « Tu as l'air d'avoir les yeux humides. »

« Ah … Ne t'inquiète pas maman. J'ai juste attrapé une petite poussière » avait répondu immédiatement ma sœur en souriant pour rassurer maman

Puis elle avait salué papa et maman et elle était montée à l'étage.

En passant devant ma porte, elle s'était arrêtée. Elle était restée devant quelques minutes, sans oser frapper. Elle avait fini par donner deux ou trois petits coups mais apparemment, je n'avais rien entendu. J'étais probablement déjà trop plongé dans mes devoirs.

Kirino avait hésité un peu à frapper à nouveau pour de vrai.

Mais elle ne le fit pas.

Elle s'était frottée un peu les yeux puis elle était finalement retournée dans sa chambre. En rentrant, elle s'installa sur son bureau, alluma son portable et lança un de ses eroges préferés, SisXsis. C'était le fameux eroge avec les sœurs Miyabi et Rinko sur lesquelles elle vouait un véritable culte.

Elle attendit que le jeu se lance puis chargea une des sauvegardes qu'elle avait faite pour se retrouver à une scène précise. Kirino cliqua sur un des deux choix qui s'offrait à elle : « aller jusqu'au bout avec Rinko », puis elle regarda la scène qui s'ensuivit.

« Désolée aniki … Tu as été blessé par ma faute. Nos parents ont tout vu. Il faut que l'on se quitte. »

« Ne dis pas ça. On peut encore être ensemble ! »

« Non, ils vont nous séparer très loin et on est trop jeunes pour s'y opposer. Et puis, je ne veux pas faire de peine à maman.

« Adieu aniki. Je t'aimerai toujours »

Lorsque le générique de fin se mit à défiler, Kirino laissa enfin s'échapper les larmes qu'elle avait retenu jusque là.