ORE NO IMOUTO GA KONNA NI KAWAI WAKE GA NAI
VOLUME FINAL
chapitre 2.4
Ces marches paraissaient interminables.
Nous étions vers la fin du mois de janvier. C'était un dimanche. J'avais fini mes devoirs, je venais de ranger à fond ma chambre et j'étais sorti faire une promenade comme je l'avais dit à maman.
J'avais enfin réussi à me réconcilier avec ma sœur. Je ne m'étais jamais entendu aussi bien avec elle depuis l'école primaire. On avait même fait une petite partie de Siscalypse avant que je parte mais cette petite peste m'avait encore battu. Bien que j'avais à présent mon propre ordinateur, il fallait dire que je m'en servais peu pour m'entraîner aux jeux de ma sœur. Je préférais l'utiliser pour mon éducation à ma future vie d'adulte.
A présent, il y avait encore un problème que je devais régler. Un problème de taille dans lequel j'étais empêtré depuis un mois maintenant. Mais Kuroneko m'avait donné un atout décisif pour le régler. Du coup, je m'étais enfin décidé à le résoudre.
Il s'agissait bien sur de la fameuse requête de Manami qui m'avait demandé de trouver une petite amie avant la fin de l'année scolaire. Sinon, elle m'avait menacé de convaincre tout le monde que moi et Kirino avions une relation impure. Et je l'avais frappé par impulsion au moment où elle m'avait annoncé ça. Même si je m'étais excusé depuis.
Mais maintenant, je devais mettre un terme à tout ceci.
Alors que je gravissais les dernières marches du grand escalier qui menait au manoir de Manami et de sa famille, quelqu'un vint vers moi. C'était son frère, Iwao.
« Eh ! Salut Kyosuke-kun ! Ça faisait longtemps ! Tu viens voir Manami ? »
« Salut ! Oui, elle est là ? » demandais je en souriant
Iwao m'adressa un sourire narquois et me répondit presque en chuchotant.
« Oui elle est devant la cour. Mes vieux sont allés cueillir des champignons et le magasin est fermé cet après midi. Vous allez pouvoir être seul. Hé hé »
« Ce … Ce n'est pas que ce tu crois ! » réagissais je en rougissant un peu bien que c'était la vérité
« Mais oui. Amusez vous bien ! » conclua Iwao en dévalant les marches après m'avoir donné une petite tape sur le dos.
Je le regarda quelques secondes descendre les marches en courant avant de reprendre mon chemin. J'eus un petit sourire de satisfaction. Même si ce n'étais pas la situation auquelle Iwao pensait, c'était mieux pour moi d'être effectivement seul avec Manami pour lui dire ce que j'avais à dire.
En me dirigeant vers l'entrée, je la vis un peu plus loin qui s'occupait de nettoyer les vitres. Avant de l'aborder, j'avais comme pour me rassurer vérifié que j'avais bien apporté la fameuse photo que Kuroneko m'avait confiée.
Elle était bien là, au fond de ma poche.
Je ne pouvais donc pas échouer.
« Manami ! » l'appelais je pour attirer son attention.
« Oh ? Kyo-chan ! » me répondit elle en souriant. « Comment vas-tu ? »
« Bien merci » répliquais je en souriant également avant d'adopter un air un peu plus sérieux. « On peut parler à l'intérieur ? »
Les traits de Manami laissèrent alors clairement transparaître une petite déception comme si elle savait déjà à mon regard de quoi je voulais lui parler. Elle acquiesça néanmoins et me proposa d'aller l'attendre dans le salon. Elle m'avais rejoint dix minutes après une fois qu'elle eut finit de se laver les mains puis elle s'asseya par terre en face de moi. Un petit silence régna pendant quelques secondes où j'avais hésité à dire ce pourquoi j'étais venu. Mais après avoir inspiré profondément, je finis par briser la glace.
« Manami ! Je veux que nous nous réconciliions ! Mettons fin à cette histoire de petite amie ! » avais je dit avec assurance en la regardant droit dans les yeux.
« K … Kyo-chan … » répliqua Manami gênée. « Je t'ai déjà dit que je ne pouvais pas … » conclua t'elle en baissant son regard.
« Tu n'as donc pas confiance en moi ? » renchéris je en me plaquant la main sur la poitrine. « Tu ne me crois pas si je te dis que Kirino et moi sommes des frères et sœurs tout ce qu'il y a de plus ordinaires ? » avais je poursuivis sans laisser le temps à Manami de répliquer.
« Je … Bien sûr que je te fais confiance Kyo-chan ! » protesta alors Manami. « Mais … »
« Mais quoi ? » avais je ajouté sans lui laisser le temps de manifester son hésitation.
« Je … Je ne peux pas m'empêcher d'avoir un doute ! » s'écria soudainement Manami. « Je le sens … Je … Je ne peux pas m'empêcher de le sentir ! »
« M … Manami … » fis je un peu surpris. « Je … »
Manami se leva pour ranger les verres en vrac sur la table comme si elle avait besoin de s'occuper pour combattre son anxiété. Je m'étais levé à mon tour pour ne pas la gêner.
« Kyo-chan … Tu … Pourquoi ne veux tu pas te trouver une petite amie ? » m'adressa t'elle après un petit silence en me tournant le dos pour ranger les verres dans le placard.
« Ce … Ce n'est pas aussi simple ! » avais je protesté. « Et puis … Je suis beaucoup occupé avec mes révisions » essayais je de me justifier.
Manami ne me répondit pas. Elle ne se retourna même pas vers moi. A court d'argument et au bord du gouffre, ma main se dirigea en tremblant vers la poche où j'avais rangé la photo qui si je le voulais pouvait tout arranger. Je la sortis de ma chemise alors que Manami me tournait toujours le dos et je la regarda encore un peu en laissant échapper des gouttes de sueur.
Quelques secondes s'écoulèrent.
« Manami ! » l'avais je appelé d'un coup en criant.
« Hein ? » s'étais elle retourné sous le coup de la surprise.
Une fois qu'elle fut face à moi, je la pris soudainement par les épaules et je fixa mon regard au sien.
« Manami. Je n'ai jamais eu le moindre geste déplacé envers Kirino. Jamais ! Et je n'en ai jamais eu l'intention non plus. C'est vrai qu'elle compte beaucoup pour moi, qu'on peut paraître parfois plus proche que des frères et sœurs normaux le seraient et que même si on dit qu'on se déteste on sait aussi qu'on s'apprécie beaucoup ! » avais je déclaré fermement à Manami sans lâcher ses épaules.
« Et s'il devait arriver du mal à Kirino, je ne me pardonnerai jamais ! » avais je poursuivis. « Voilà pourquoi … Si tu as 'intention de faire courir le bruit que Kirino et moi pourrions avoir fait quelque chose de mal … » continuais je en marquant une petite pause pour reprendre mon souffle.
« Alors je prendrai les devants en disant que c'est moi qui était amoureux d'elle depuis tout ce temps ! »
« Hein ?! » réagissa Manami choquée.
J'ôta mes mains de ses épaules pour ne pas lui faire mal mais j'avais maintenu la pression sur elle en la regardant toujours dans les yeux.
« Je vais dire à tout le monde … A mes camarades, à mes amis, à mes parents, à Kirino … que j'étais amoureux d'elle depuis le début et que je me suis déclaré sincèrement à elle et qu'elle m'a repoussé. Je prendrai tout sur moi ! » avais je conclu sur un ton plus calme mais toujours ferme.
« Kyo-chan ! Tu … Tu ne peux pas faire ça ! » répondit Manami aux bords des larmes. « Ce sont des mensonges ! »
« Et c'est un mensonge aussi de dire qu'il y a quoi que ce soit entre Kirino et moi » m'étais je contenté de réagir.
« Kyo-chan ! Je t'en prie ne fait … »
Je ne la laissa pas finir sa phrase.
« Et je vais commencer dès maintenant ! » avais je repris. « Je dirai au premier que je croiserai que je suis amoureux fou de ma sœur ! »
J'avais pris une position déterminée, poings serrés, pour montrer que je ne plaisantais pas.
« Kyo-chan ne fais pas ça ! » cria Manami en essayant de m'enlacer par derrière pour ne pas que j'essaye de sortir du salon.
« Alors promets le moi ! » lui adressais je fermement en tournant le plus possible ma tête pour essayer de la regarder tandis qu'elle m'enlaçait de toute ses forces par derrière.
« Te … Te faire une promesse ? » demanda Manami surprise en desserrant un peu son étreinte.
« Promets moi que tu ne lanceras jamais de rumeurs sur Kirino et moi » lui précisais je en me dégageant et en lui faisant à nouveau face.
Manami hésita à me répondre. C'est alors que j'entendis quelqu'un qui venait de rentrer dans la maison et qui se dirigeait vers le salon. Après une brève hésitation, j'avais résorbé mes dernières craintes et je m'étais mis face à la porte.
« Alors je vais commencer à le dire à tout le monde maintenant ! » lança je déterminé à aller jusqu'au bout cette fois.
« K … Kyo-chan ! » laissa échapper Manami en larme mais sans formuler la promesse que je lui avais demandé.
La poignet de la porte du salon s'abaissa. J'eus une dernière pensée pour ma vie d'aujourd'hui que j'allais fatalement laisser derrière moi. Toute ma fierté, tout mon honneur, tout allait disparaître. Mais j'y étais prêt. Je devais le faire.
La porte était presque ouverte. J'avais déjà pris mon intonation.
« Eh ! Figurez vous que je suis amour … »
« Je te le promets ! »
Manami venait de crier ces paroles de toutes ses forces. Elle m'avait complètement coupé.
Celle qui venait d'entrer était la grand mère de Manami. Elle fut un peu surprise de la scène à laquelle elle venait d'assister.
« Il s'est passé quelque chose ? » demanda t'elle calmement en voyant Manami en larmes.
« Euh … Je … » avais je tenté de répondre un peu gêné par la situation.
« N … Non maman … Snif … Tout va bien » articula Manami en essayant de sécher ses larmes.
La grand mère de Manami me regarda avec un air un peu suspicieux. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Quand on entre dans une pièce où sont seuls un garçon et une fille et qu'on trouve la fille en train de pleurer, on pouvait difficilement paraître innocent. Pourtant, la grand mère de Manami finit par m'adresser un léger sourire en se dirigeant vers la cuisine.
« C'est une histoire d'amour hein ? » répliqua t'elle devant ma gêne.
« Euh … Ce n'est pas … » tentais je de justifier sans néanmoins savoir quoi dire.
« Vous les jeunes de nos jours, vous refoulez tellement vos sentiments » avait elle continué à dire sans afficher la moindre animosité à mon égard. « C'est normal que ce soit difficile de les assumer ensuite » conclua t'elle simplement en tendant un mouchoir à sa fille avant de la prendre dans ses bras.
J'avais regardé cette scène d'un air un peu ému. Même si la grand mère de Manami s'était sûrement imaginé des choses fausses, ses paroles étaient pleines de sagesse. Elle ne m'avait même pas demandé de partir et m'avait proposé de rester pour le dîner. Mais j'avais très poliment décliné son invitation. Je ne souhaitais pas que Manami soit encore plus gênée par ma faute.
Une fois à l'extérieur, tout en commençant à descendre cet interminable escalier que j'avais monté une heure plus tôt, je croisa à nouveau Iwao. Il m'avait demandé si tout s'était bien passé en souriant comme un idiot.
« Oui, tout s'est bien passé » répondis je simplement un léger sourire aux lèvres. « Même beaucoup mieux que je ne l'avais espéré » ajoutais je.
« Oooh ! » fit il bêtement en me montrant du doigt. « Alors tu … Toi et Manami ! »
« Idiot ! » répliquais je simplement. « Nous sommes juste amis. De très bon amis » concluais je en reprenant ma descente des escaliers.
« Oui oui c'est ça ! » m'adressa sarcastiquement Iwao avant de reprendre son chemin lui aussi.
C'était pourtant vrai. Tout s'était passé à merveille. Beaucoup plus que ce que je ne l'avais imaginé.
Beaucoup plus.
Car oui, dans mon esprit, je n'avais jamais eu l'intention de convaincre Manami avec mes mots. J'avais toujours eu l'intention de me servir de cette photo que j'avais amené dans la poche de ma chemise.
En la prenant dans mes mains et en posant mon regard dessus, j'avais éprouvé un sentiment de fierté.
Je n'avais en effet pas choisi la solution la plus facile. J'avais au contraire pris des risques. Beaucoup de risques même. Que ce serait il passé si Manami ne m'avait pas fait au dernier moment la promesse de ne jamais lancer de fausses rumeur sur Kirino ? Je préférais ne pas trop y penser mais je serais sûrement déjà en train de faire mes bagages pour émigrer dans un autre pays.
Soudainement, j'eus comme une sorte de flash. Un souvenir de ce qui s'était passé dans mon enfance et que ce que je venais de vivre aujourd'hui m'avait fait me rappeler.
C'était il y a cinq ans environ, à l'époque où Kirino et moi étions encore en bons termes. Alors qu'on était partis jouer au parc, j'avais perdu de vue Kirino à un moment. En la cherchant, j'avais fini par la retrouver un peu à l'écart. Elle était entourée par deux garçons du même âge que moi à peu près et qui semblaient l'embêter.
A cette période, j'étais quelqu'un de complètement différent de que j'étais devenu ensuite. J'étais le Kyosuke que ma sœur appréciait. J'avais un petit couteau sur moi à ce moment là que papa m'avait donné pour cueillir des fruits. Un des deux garçons qui embêtaient Kirino se mit soudainement à la frapper. Alors que j'avais hésité à faire quelque chose parce qu'ils avaient l'air plus costauds que moi, j'avais fini par réagir et je m'étais jeté sur eux de toutes mes forces.
Et j'avais jeté mon couteau avant de les attaquer. Je m'étais servi uniquement de mes poings. Bien sûr, je m'étais pris une sacrée raclée. Mais j'avais tenu bon jusqu'à ce que papa nous remarque et fasse fuir les deux garnements.
Si j'avais été à cette époque celui que j'étais devenu ensuite, j'aurais sûrement attaqué ces gars en me servant du couteau. Parce que sinon j'aurais eu trop peur. Mais le Kyosuke d'alors ne l'avait pas fait. Parce qu'il était courageux. Il savait prendre des risques. Et surtout, il aurait pu blesser involontairement sa sœur s'il s'était servi de ce couteau.
Et ça, il ne l'aurait jamais supporté.
Le Kyosuke d'alors n'était pas du genre à prendre le risque de blesser les personnes qu'il aimait.
Lorsque papa avait ensuite voulu soigner mes blessures, Kirino avait insisté pour que ce soit elle qui lave mes plaies. Et même si elle m'avait fait plus mal qu'autre chose tellement elle s'y était prise maladroitement, je lui avais fait un grand sourire et je l'avais remercié.
Je me souviens encore de son regard ce jour là. Depuis combien de temps ma petite sœur ne m'avait elle pas regardé avec des yeux aussi brillants ?
C'était ce Kyosuke là que je voulais redevenir. Et aujourd'hui, j'avais l'impression de l'avoir retrouvé. Même si ce n'était qu'un bref instant. J'avais pris de gros risques plutôt que de choisir la solution de facilité qui s'était offerte à moi pour ne pas blesser mon amie d'enfance. Pour ne pas lui faire subir un grossier chantage qui n'aurait fait que dégrader les liens d'amitié que nous avions tissé jusque là.
Je jeta un dernier coup d'œil sur cette photo avec un petit sourire avant de reprendre ma descente. Une fois en bas, je me dirigea vers la poubelle qu'il y avait à proximité et je m'y débarrassa de ce cliché. Je m'étais senti comme délivré d'un lourd problème.
La photo montrait Iwao en compagnie d'un de ses camarades de classe.
Ils étaient en train de s'embrasser.
