ORE NO IMOUTO GA KONNA NI KAWAI WAKE GA NAI

VOLUME FINAL

chapitre 2.8


La matinée avançait tranquillement, transpercée par une légère brise.

Il y avait encore des élèves qui arrivaient pour venir voir les résultats. Entre ceux qui profitaient de pouvoir se lever tard, ceux qui préféraient découvrir leur résultat dans l'intimité ou qui avaient peur et hésitaient en se promenant autour du lycée, il y aurait sûrement du monde jusqu'à cet après midi.

Moi je m'étais assis dans un banc juste en face de l'école. J'avais observé les allées et venues de tout le monde, leur joie, leur soulagement, leur peine ou leur désespoir. Je n'avais rien manqué.

Si j'avais pu me voir moi-même de ce banc lorsque j'avais découvert mes résultats tout à l'heure, je me demande ce que j'aurais pensé. J'aurais sûrement imaginé un truc du genre « Ah, ce type vient de louper l'examen. Le pauvre, ça l'a vraiment affecté ». Sauf que je n'avais rien loupé. J'avais même fini 34ème sur plus de 700 candidats. Un record pour moi alors qu'il y a encore quelques semaines, j'avais peur de ne pas finir parmi les 150 premiers.

Mais ça n'allait pas être suffisant pour que mes projets se réalisent.

Alors que j'avais continué à regarder d'un air mélancolique les élèves qui se rendaient encore devant le panneau des résultats, une personne s'était rapprochée de moi. Je n'avais pas eu besoin de tourner la tête pour savoir de qui il s'agissait, son ombre sur le sol parlait d'elle même.

« Bonjour, Kuroneko »

« Bonjour Kyosuke » me répondit elle sans même être surprise que j'ai pu la reconnaître aussi facilement.

« Tu te promenais dans les environs ? »

« Je m'étais demandé si tu avais réussi à avoir tes examens » précisa t'elle en s'asseyant à côté de moi.

« Ah, tu savais que c'était aujourd'hui … »

« A voir ton expression, on dirait que ça n'est pas le cas. Je me trompe ? »

« Eh bien … Oui et non » avais je répliqué après un petit moment d'hésitation en la regardant. « J'ai réussi l'examen mais … Je n'ai pas eu une moyenne suffisante pour aller étudier à l'étranger »

Kuroneko afficha une légère surprise dans son regard.

« A l'étranger ? … Je vois. C'est pour ça que tu ne venais plus au club informatique ? »

« Oui, j'avais beaucoup trop de travail » lui répondis je en refocalisant mon attention sur les élèves. « Mais au final, ça n'aura servi à rien » avais je conclu en soupirant.

« Et maintenant ? Que comptes tu faire ? » me lança Kuroneko après un petit silence.

« Je ne sais pas du tout » avais je déclaré un petit sourire impuissant aux lèvres. « Peut être que je vais m'inscrire à la fac. Où bien je ferais comme Ryuji-san mon senpai au centre commercial et je prendrai une année sabbatique pour travailler. Je ne sais vraiment pas » avais je conclu en étirant les bras tout en baillant.

« Ah la la. » fit Kuroneko un peu déçue. « Tu n'as vraiment pas tellement changé que ça finalement. »

Entendre mon ex me dire ces mots me fit l'effet d'un sévère coup de poing dans l'estomac. Mais elle n'avait pas tout à fait tort. Je m'étais tellement persuadé de réussir cet examen avec 16 de moyenne que je n'avais même pas pensé une seule fois à ce que je ferais si jamais je venais à échouer. Contrairement à Kirino, même si je travaillais dur, je ne réussissais pas toujours ce que j'entreprenais. Au final, Manami avait raison. Je n'étais pas un super héros, juste un gars ordinaire parmi d'autre. Même si j'aurais aimé être tellement plus pour une fois depuis si longtemps.

« A propos … » avait reprit Kuroneko alors que je faisais mon introspection. « En ce qui concerne la photo que je t'avais donné … » déclara t'elle en baissant la tête.

« Ah oui » lui répondis je en souriant. « Je dois te remercier pour ça c'est vrai. »

« Tu … Tu t'en es servi ? » m'avait elle demandé en paraissant soudainement stressée.

« Eh bien … Disons que j'ai préféré utiliser une autre méthode » précisais je en lui adressant un petit sourire de reconnaissance.

« Je vois. Tu ne t'en es pas servi alors » avait réagi apaisée Kuroneko.

« Pourquoi tu souris ? » répliquais je interloqué.

« Oh. Je m'étais demandé si tu allais t'en servir ou pas. Au final, je suppose que tu as pris la bonne décision » compléta t'elle en me regardant toujours en souriant. « Finalement, ton cas n'est peut être pas si désespéré »

« Grumpf ! » protestais je en croisant les bras. « Alors … Tu m'as donné cette photo juste pour me tester ? »

« Je … J'ai toujours eu du mal à savoir ce que tu penses vraiment » me répondit Kuroneko en baissant la tête.

« Oh … Je … » avais je répliqué un peu gêné en baissant moi aussi la tête.

« C'est bizarre parce qu'avec ta sœur, c'est tout le contraire » ajouta Kuroneko en se redressant alors que quelqu'un semblait venir vers nous.

« Hein ? » avais je dit avant de lever la tête moi aussi et de voir Kirino qui s'approchait.

« Oh vous deux ! Qu'est ce que vous faisiez ? » nous lança t'elle en essayant de dissimuler son agacement.

« Je félicitais juste ton frère pour sa réussite à l'examen » répliqua simplement Kuroneko d'un ton neutre.

Kirino et Kuroneko venaient alors de commencer une petite dispute, ma sœur l'accusant d'avoir fait exprès de venir parce qu'elle savait que je serais là aujourd'hui. Puis elles ont parlé du pari que j'avais fait avec Kirino. Kuroneko m'avait lancé alors un regard mi compatissant mi accusateur. Evidemment que j'avais eu tort de faire ce genre de pari avec ma sœur. Mais à mon avis, je n'aurais probablement pas pu aller aussi loin si Kirino ne m'avait pas motivé comme ça. Et au fond, peut être que les choses étaient mieux ainsi. J'allais pouvoir rester au Japon en compagnie de ma famille et de mes précieux amis.

« Kirino, Kuroneko ! » m'étais je adressé soudainement à elles alors qu'elles étaient occupées à se chamailler. « Si on appelait Saori pour se réunir cette après midi, rien que tous les quatre, comme au bon vieux temps ? »

Ma sœur et Kuroneko restèrent muettes quelques secondes, surprises par ma requête un peu enthousiaste alors que mon rêve d'aller à l'étranger venait de s'écrouler. Mais Kuroneko finit par sourire en acceptant avec joie. Ma sœur n'avait pas tardé à l'imiter malgré le fait qu'elle savait bien que cet échec m'avait profondément affecté. Mais qu'importe, la vie continuait après tout.

C'est ainsi que je me suis retrouvé à Akihabara à faire du shopping avec mes amies en souriant l'après midi même du jour où j'avais appris que j'avais échoué dans mes projets. On avait visité un nombre incalculable de boutiques et Kirino avait littéralement dévalisé un détaillant qui venait de recevoir de nouveaux goodies de ses séries préférées. Des goodies plutôt lourds d'ailleurs. J'avais eu le temps de bien m'en rendre compte puisque c'était encore moi qui avait fait office de porteur. J'en avais bien bavé.

Mais j'étais heureux malgré tout. J'avais arrêté de penser au rêve saugrenu que j'avais caressé d'étudier à l'étranger. Mes pieds étaient à nouveau sur terre. J'étais là. Avec mes amies. Je riais. Je délirais. Je me mettais en colère. J'avais même coursé Kirino en pleine rue en tournoyant autour de Kuroneko et Saori parce qu'elle m'avait chipé en douce mon porte monnaie et s'en était servi pour payer l'addition salée du restaurant où on avait dîné en début d'après midi. J'avais failli faire tomber Saori d'ailleurs à ce moment là. Heureusement, c'était quelqu'un qui savait prendre sur elle. Pas comme ma sœur qui s'était mise en pétard parce qu'en rentrant à la maison en fin d'après midi, il lui manquait un drama-cd de Meruru soi disant Collector sans lequel il lui serait impossible de continuer à vivre. Qu'est ce que j'y pouvais après tout ? Chargé comme je l'étais, pas étonnant que j'aie égaré quelque chose.

« T'es qu'un crétin ! Je ne te laisserai plus jamais porter mes affaires ! » m'avait elle crié en me claquant la porte de sa chambre au nez.

Je n'aurais plus jamais l'honneur de te servir de porteur ? Vraiment ? Ma sœur ne pouvait pas imaginer à quel point ça m'avait brisé le cœur !

Finalement, alors que le soir tombait, j'avais enfin pu me retrouver seul dans ma chambre. Ma peine n'était plus vraiment perceptible mais elle était toujours là malgré tout.

« Que va-t-il m'arriver maintenant ? » m'étais je dit pour moi-même en m'affalant sur mon lit.

En me posant cette question, j'étais encore loin d'imaginer comment cette soirée allait bouleverser tout le cours de ma vie.