Chapitre 5 Partie 1- Emprisonnés

Après avoir passé les premiers jours à être interrogé sans relâche, Mathieu avait été laissé dans la solitude la plus totale durant des semaines. Il était passé par plusieurs états émotionnels. L'incompréhension d'abord, puisqu'ils l'avaient laissés seul du jour au lendemain, l'incertitude ensuite, le fait de ne pas savoir si oui on non ils reviendraient un jour le remmener pour l'interroger. Cela le mettait terriblement mal à l'aise, ce qui au fond était probablement le but de ce manège.

Alors il attendait. Il avait abandonné l'idée de s'enfuir après plusieurs échecs. Il avait bien réussi à déloger la grille d'aération pour s'introduire dans les conduits, mais il n'avait nul par où aller. Dans les films ces trucs étaient toujours reliés à l'extérieur, mais à ce qu'il avait comprit il se trouvait plusieurs étages sous terre. Il n'avait aucune idée de comment c'était sensé fonctionner.

Il avait alors admit qu'il n'avait aucun moyen de sortir et avait simplement entreprit de tenir le coup.

Le silence grignotait ses nerf peu à peu.

La seule chose qu'il avait entendu depuis qu'ils l'avaient laissé pourrir était la voix informatique automatisée lui ordonnant de « cesser toute activité » quand les lumières s'éteignaient le soir. A force, il se surprenait à lui trouver des intonations humaines, de l'autorité, de la colère.

Plus le temps passait, plus les cauchemars envahissaient son esprit pendant son sommeil. Certaines nuits il se réveillait en criant, le corps parcourut de tremblements et les draps mouillés de sueur. Dans ces moments il remontait ses genoux contre sa poitrine et cachait sa tête à l'intérieur, restant en position fœtal jusqu'à reprendre le contrôle de sa respiration. Et parfois il pleurait. De fatigue, colère, peur, ou désespoir, il ne savait plus trop bien.

Il se demandait quelques fois si ses amis pensaient à lui. S'inquiétaient-ils de sa disparition ? Le cherchaient-ils ? Ou avaient-ils abandonnés ?

Pour passer le temps et pour éviter de trop s'affaiblir il avait pris l'habitude de faire de l'exercice physique. Les cents pas majoritairement, et aussi des pompes et autres trucs du genre. Il aura fallu qu'il se fasse capturer par une agence secrète pour qu'il se mette au sport.

Et puis le manque de médicaments commença à se faire sentir. Mathieu soufrait d'un trouble de la personnalité multiple. Il avait réussi à retourner cette maladie en atout en utilisant ses personnalités dans son émission, mais il avait toujours besoins de ses médicaments pour les contrôler.

Et apparemment les connards du CCC avaient trouvé amusant de lui retirer ses pilules pour l'obliger à lutter en permanence contre ses vieux démons.

Quand il ressentait de fortes émotions, comme la colère, la tristesse ou la peur, ses autres personnalités prenaient le dessus et il pouvait s'effacer pendant plusieurs heures sans avoir aucun souvenir de ce qui c'était passé.

Malgré ses efforts pour se contrôler, il était de plus en plus nerveux, agité. Encore un effet secondaire de son sevrage forcé, qui chaque jour devenait de plus en plus insupportable.

Il était - comme à son habitude - en train de faire les cents pas dans sa cellule quand un bruit de porte que l'on déverrouille l'alerta. Ce n'était pas normal. Il se réfugia à l'autre bout de la pièce et fixa la porte de sa cellule. Celle-ci s'ouvrit un instant, juste le temps pour lui d'apercevoir deux agents dans l'embrasure de la porte qui balancèrent un autre homme à terre brutalement, puis elle claqua en un bruit sourd.

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Durendal fut emmené au sous-sol du bâtiment, encadré par deux agents dont un gardait une main ferme vissée sur son épaule. Comme s'il avait la moindre chance de leur échapper de toute façon. Ils traversèrent un dédale de couloirs blancs tous identiques exagérément propres et nettes.

Sans surprise, ils le jetèrent dans une cellule. Elle aussi était blanche, propre et nette. Tant mieux, un moment il avait craint de se retrouver dans un ersatz de Guantánamo à la française. Il se relava en grimaçant, et se rendit tout de suite compte qu'il n'était pas seul. Dans un coin opposé se trouvait un jeune homme de petite taille, brun aux yeux bleus, plutôt mignon. Il se tenait à distance visiblement sur la défensive. Son identité n'était pas difficile à deviner.

"Tu dois être Mathieu c'est ça? Mathieu Sommet?"

Le jeune homme fronça les sourcils. Apparemment il avait vu juste.

"Ouais. Et toi tu es?"

Sa voix sonnait grave et enrouée, comme quelqu'un n'ayant pas parler depuis longtemps.

"Durendal."

Une lueur de compréhension passa dans son regard. Sa position se détendit.

"Je me souviens de toi. Ton nom était sure la liste.

- La liste? Celle que t'as piqué au bureau de la direction? Je comprend mieux maintenant.

- Comment tu sait ça?"

Il lui expliqua ce qu'il savait. Mathieu avait l'air de lui faire confiance maintenant.

"Est-ce que tu sais pourquoi tu as été arrêté? Demanda Durendal. Je suppose que tu n'as pas vraiment... enfin...

- Vendu mon pays et mon âme à une armée de chat? Non pas vraiment, ironisa Mathieu. J'ai découvert quelque chose au sujet du CCC. Il m'ont arrêté par peur que je le diffuse.

- Et alors? Qu'est-ce que c'est?

- Et bien... Je ne sais pas. C'est là le problème. Lors de mon passage au siège de la direction, j'ai d'abord trouvé étrange que les producteurs insistent tant pour avoir un droit de regard sur mes vidéos. Puis j'ai trouvé la liste, avec le nom de plusieurs youtubers arrêtés par le CCC. Le mien était parmi eux. J'avais l'intuition que quelques chose se tramait, mais aucun indice. Et puis quand ils m'ont pris, ils m'ont interrogé sur comment j'avais recueilli des informations top secrète et sur qui était dans le coup avec moi. J'ai alors compris que j'avais sans le savoir révélé un secret dans une de mes émissions.

- Je vois. Tu n'as vraiment aucune idée sur ce que ça peut être?

- Si tu savais le nombre de conneries que je sors dans mes vidéos."

Durendal soupira et fis deux trois pas en inspectant la cellule. Elle était petite mais aménagée pour plusieurs personnes, avec literie et sanitaires. Tout pour qu'ils puissent survivre sans sortir de la pièce. Il retourna ensuite vers Mathieu.

"Et moi dans l'histoire? Qu'est-ce que je fous là?

- Ton nom était sur la liste. Tu as peut être dis quelque chose qui ne leur a pas plu. Ou peut être qu'ils sont au courant pour votre petit groupe et qu'il veulent te faire avouer le nom des autres membres.

- Merveilleux, soupira-t-il. Mais ça n'explique pas pourquoi je suis ici avec toi. C'est une putain d'organisation pseudo gouvernemental ultra secrète, ils doivent bien avoir plusieurs cellules de dispos."

Mathieu haussa les épaules. Lui non plus n'en avait aucune idée.

Il n'y avait plus qu'une question qu'il n'avait pas encore posée.

"J'ai peur de demander ça, mais est-ce que tu sait ce qu'ils vont me faire?

- T'interroger je suppose. Comme ils l'ont fait avec moi au début."

Mathieu n'en dit pas plus, mais son regard fuyant parlait de lui-même. Et il n'y avait vraiment pas besoins qu'il développe davantage.

Quand ils vinrent le chercher, Durendal serra la mâchoire et se laissa emmener.

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Le lendemain ils vinrent chercher Durendal très tôt. Il reconnu – encore – le trio infernal qui était venu le chercher la première fois. Et les suivantes. Mathieu les regarda l'emporter avec un frisson d'appréhension qu'il prit soin de dissimuler jusqu'à ce que la porte se ferme.

Il s'attendait à passer le reste de la journée tout seul, mais à son grand étonnement une dizaine de minutes à peine après leur passage ses trois agents préférés revinrent pour lui. Il essaya de dissimuler son trouble, serra les poings et les suivis sans discuter.

Ils le conduisirent dans la salle d'interrogatoire de la dernières fois. Une salle vide à l'exception d'une table, deux chaises et une caméra mal dissimulée au plafond. A sa gauche une vitre opaque servant sans aucun doute à observer depuis l'extérieur. La rouquine s'assit en face de lui pendant que les autres s'éclipsaient.

"Bonjour Monsieur Sommet, comment allez vous aujourd'hui?"

Il soutint son regard sans rien dire.

"Je vois. Toujours aussi bavard, n'est-ce pas? C'est très décevant. Il y a tant de choses dont nous aimerions discuter avec vous...

- Pourquoi maintenant? L'interrompit Mathieu"

Il n'avait pas envie de supporter son petit jeu plus longtemps. La femme eut un sourire sans chaleur.

"Vous avez sans doute remarqué qu'hier un de vos amis vous a rendu visite.

- Il n'est pas mon ami."

C'était majoritairement vrai. Il n'avait rien contre le bonhomme, mais son instinct lui disait que ça vaudrait mieux pour eux deux s'ils n'avaient pas de liens. La femme roula des yeux.

" Voyons Monsieur Sommet, pas la peine de jouer à ça avec nous. Nous connaissons l'existence de votre groupe de conjurés. Il nous manque juste des noms. Et vous allez nous les révéler."

Hum, révéler à la putain d'organisation gouvernementale qui l'avait kidnappée les identités d'Antoine, Links et les autres. Mais bien sûr il allait faire ça.

" Non.

- Je me doutait que vous diriez ça. Après tout vous avez montré une détermination et une résistance exceptionnelle face à nos interrogatoires la première fois."

Pas étonnant. La première fois il n'avait aucune idée de ce qu'ils cherchaient et de qui était impliqué. Mais ça elle n'en savait rien.

" Cependant, repris-t-elle d'un ton mielleux, nous avions pensé que voir votre ami soumit au même traitement vous pousserez, disons... à reconsidérer votre position."

La pute.

" Non.

- Oh, vous êtes sans-cœur Monsieur Sommet, dit-elle d'une voix faussement choquée vraiment, vraiment irritante. J'attendais mieux d'une de vous. Vous me décevez beaucoup."

Elle attendit une réponse qui ne vint pas. Elle secoua la tête de droite à gauche.

" Bien. Dans ce cas, nous allons en rester là. Nous nous retrouverons plus tard pour voir si vous avez changé d'avis."

Sur ce ils le ramenèrent dans sa cellule où il se retrouva seul. Il frappa le mur avec son poing. Sa poitrine lui semblait soudain trop étroite pour le flot d'émotion qu'il avait prit soin de verrouiller à l'intérieur de lui. Non. Il devait se contrôler. Ce n'était ni le moment, ni l'endroit pour avoir une crise. Il déglutit et réprima toute sa colère jusqu'à ce qu'il ait reprit son souffle et laissé la tension évacuer son corps.

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Durendal avait une idée en tête et il était décidé à la faire partager à Mathieu.

" On vas s'évader."

Mathieu poussa un petit soupir amusé.

" Super idée génie. J'y avais pas pensé " dit Mathieu d'un air sarcastique, sans prendre la peine de se lever de son lit, ni même de le regarder.

Il ne put s'empêcher de se sentir vexer. Ça commençait bien.

" Alors quoi, tu vas juste rester là assis sur ton cul sans rien faire? T'as peut être envie de passer toute ta vie ici, mais c'est pas mon cas. Au cas où t'aurais oublié, les nouvelles lois anti-félines donnent toute autorité au CCC pour nous garder autant qu'ils veulent. Si on fait rien, on sortira peut être jamais.

- Crois moi, j'ai rien contre l'idée. J'ai même essayé à une époque, par les conduits d'aérations, mais c'est peine perdu.

- Oui mais on est deux maintenant, ça change la donne.

- Écoute. Ce bâtiment est un vrai labyrinthe, et en plus on est au dernier sous-sol. A cet étage, les couloirs sont tous sous vidéo-surveillance. Impossible de sortir sans qu'un garde ou un agent rapplique dans la minute, et crois moi, les seconds sont pas les moins dangereux."

Il ne pouvait pas s'y résoudre. Hors de question d'abandonner. Et l'attitude je-m'en-foutiste de Mathieu l'agaçait au plus au point.

" Facile pour toi de dire ça. Toi t'es tranquille, ils en ont plus rien à foutre de toi. Moi ils ont pas finis de m'interroger."

A ces mots, Mathieu se redressa sur ses coudes et regarda son camarade dans les yeux. Dans son regard brûlait une fureur qu'il ne lui connaissait pas.

"Écoute moi gamin, ça fait un mois que je pourris ici. Seul. Avec comme ma main droite comme seule distraction. Moi aussi ils m'ont interrogé, et j'avais personne à faire chier pour me détendre. Alors vient pas chouiner comme une pucelle parce que ta vie est naze."

Quelque chose avait imperceptiblement changé en lui. Sa posture, son expression, son intonation de voix. Son regard. Il ne semblait plus être le même. Et ce nouveau Mathieu dégageait une aura dangereuse.

Durendal s'éloigna instinctivement quand Mathieu se leva et s'approcha de lui.


Mercie à Kidalie et Siffly d'avoir commenter. Pour infos le chapitre d'avant était le plus court de prévu, mais j'étais "obligé" de couper la pour que ce soit cohérent.

(Et le dernier paragraphe est dédicacé à Siffly, parce que j'adore faire souffrir mes lecteurs en laissant leur personnage préféré dans des situations périlleuse... èwé)