Chapitre 5 Partie 2: le Plan

La routine avait repris son cours pour Mathieu, avec ceci de différent que maintenant tout les matins les agents venaient chercher son colocataire et lui ramenaient le soir. Il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir coupable à propos de ça, même s'il savait que ce n'était pas sa faute. Pas directement du moins.

Malgré tout ses efforts il avait eu une autre crise. Il ne savait rien de ce qu'il avait fait ou dit, mais Durendal sembla bien moins enclin à lui faire confiance après coup. Il avait du s'excuser et lui expliquer sa situation. Il avait une certaine honte à ne pas pouvoir se contrôler, mais l'autre lui avait assuré que c'était pardonné.

La porte se déverrouilla et il récupéra celui qui maintenant était devenu son ami.

« Je sais comment on vas faire, dit Durendal à peine la porte refermée.

- Pour quoi?

- Pour s'évader, à ton avis.

- T'es encore sur ça...

- Arrête. J'ai une idée, alors écoutes moi »

Mathieu se tourna vers lui et lui prêta cette fois ci toute l'attention qu'il réclamait.

« Quand ils m'ont emmené pour m'interroger, j'ai pu observer les lieux. J'ai vu un mec, un technicien sans doute, sortir d'un mur. En fait il y a une sorte de couloir de service auquel on peut accéder par les conduits d'aération et où personne ne vas jamais. Enfin je suppose. Sauf évidement s'il y a des trucs à réparer, mais ce...

- Arrête de meubler, l'interrompis Mathieu, soudainement plus intéressé par ce que disait son camarade. Et il mène où ton couloir?

- Aucune idée. Mais ça vaut le coup d'essayer tu ne crois pas? »

Mathieu acquiesça en souriant. Pour la première fois depuis longtemps il avait une nouvelle raison d'espérer.

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En revenant de son interrogatoire, Durendal trouva Mathieu en train de faire les cents pas. Comme d'habitude. Au début le voir tourner sans cesse comme un lion en cage l'irritait un tant soit peu. Mais depuis qu'il lui en avait fait la réflexion et que Mathieu lui avait répondu que ça l'aidait à mieux respirer et contrôler son stress pour éviter l'apparition intempestive d'une autres de ses autres personnalités, il ne pouvait qu'approuver.

Ils avaient attendus quelques jours pour être sûr que l'ouvrier aurait terminé ses travaux. Mieux valait ne pas prendre de risque.

Aujourd'hui était le bon moment.

Ils partiraient en début de soirée, après que les gardes leurs aient apporté leur repas, parce que l'espace entre les surveillances étaient plus long la nuit, et surtout parce que le nombre d'agents en poste était limité.

Leurs derniers moments avant l'instant fatidique furent inhabituellement calmes et silencieux. Il ne fallait pour autant pas confondre cela avec de la sérénité. La tension était palpable. Le garde passa, les lumières s'éteignirent automatiquement et la voix informatique délivra son message.

Ils pouvaient à mettre leur plan à exécution.

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Au moins, l'avantage d'être deux était qu'ils n'avaient pas à construire un échafaudage improvisé avec les meubles de la cellule pour atteindre la bouche d'aération. Mathieu se souvenait que la dernière fois qu'il avait tenté de s'évader de cette façon il avait faillit se rompre le cou.

Durendal lui fit la courte échelle et il délogea la grille d'aération. Sans faire de bruit il la déposa dans le conduit avant de s'y hisser et d'aider son camarade à monter, puis la remit en place.

« On vas où maintenant? Chuchota Mathieu.

- Il faut d'abord sortir du quartier des prisonniers. Nous devons aller à l'est, vers le centre du bâtiment.

- Je me souviens, acquiesça Mathieu. »

Ils avancèrent à genoux dans le conduit étroit et poussiéreux. Ils se déplaçaient en silence, même si trop lentement au goût de Mathieu. Mais c'était un mal nécessaire s'ils voulaient être suffisamment discret et surtout s'ils voulaient ne pas se perdre dans l'obscurité. A intervalle régulier une lumière bleutée leur parvenait des couloirs sur lesquels donnait le conduit. Trop faible pour éclairer l'intérieur du conduit, mais assez forte pour qu'ils distinguent les détails des couloirs.

De temps en temps passaient un ou plusieurs agents. Leurs pas résonnaient longtemps à l'avance dans le silence des couloirs déserts. Dans ces moments là ils retenaient tous deux leur respiration, mais bien sûr ils ne pouvaient empêcher leurs cœurs de marteler leurs poitrines. Mais qu'est-ce qu'ils pouvaient bien avoir à foutre en plein milieu de la nuit?

Durendal s'arrêtait régulièrement pour repérer leur position et s'orienter. Mais tous ces couloirs aux murs blancs aseptisés se ressemblaient et ils peinèrent à trouver leur chemin, revenant même plusieurs fois en arrière. Mathieu commençait à suer à grosses gouttes et sentait le sang battre dans son crâne. Il essayait de reconstituer dans sa tête le chemin retour, juste au cas où.

« Ça y est, c'est de ce coté » murmura Durendal avec tout l'enthousiasme permis par la discrétion.

Il s'arrêta et désigna à Mathieu en endroit à travers une grille - qui pour lui n'avait rien de spécial - et se mit à balayer le sol avec sa main jusqu'à trouver une trappe. Il essaya de l'ouvrir, sans succès, et finit par la défoncer à coup de pied. Elle s'ouvrit brutalement en un bruit sourd. Les deux garçons s'immobilisèrent un instant, anticipant avec crainte l'alerte qui scellerait leur échec.

Mais rien.

« Aide moi, dit finalement Durendal. »

Mathieu l'attrapa par les bras et le fit passer par la trappe avant de lui-même s'y glisser. Il hésita un instant avant de sauter, l'obscurité étant telle qu'il ne voyait pas où il mettait les pieds.

« Tu peux y aller, c'est bas de plafond. »

Il sauta. C'était tout aussi noir et sale que le conduit, et de surcroît beaucoup plus encombré. Tellement étroit qu'il ne pouvait même pas étendre les bras de chaque coté. Mais au moins ils pouvaient se tenir debout.

« Il faut chercher un moyen de remonter, dit Mathieu. »

Intention bien honorable mais voila, plus facile à dire qu'à faire. Ils choisirent de s'éloigner du quartier des cellules pour s'enfoncer encore plus vers le centre du bâtiment. Ils marchèrent sans un mot dans le couloir sombre avant de mettre la main sur une échelle. S'en suivit une séance de grimpette sur plusieurs étages.

Au dessus d'eux leur parvint enfin une lueur, certes toujours cette lumière artificielle bleutée, mais bienvenue après tant de temps dans le noir. D'ailleurs, c'était peut être que ses yeux s'étaient habitués à l'obscurité, mais elle lui semblait bien plus forte que celle des couloirs. Plus ils se rapprochaient, plus l'intensité lumineuse augmentait. En grimpant, ils se rendirent compte que la lumière provenait d'une porte à quelques mètres de là.

« On vas voir? Proposa Mathieu

- C'est pas une bonne idée.

- Allez, où est ta soif d'aventure ?

- Oh je sais pas, peut être que je l'ai laissé au fond de la putain de cellule dont on viens juste de s'échapper ? Répondit Durendal, sarcastique. »

Il lâcha tout de même l'échelle, Mathieu sur ses talons. Au bout d'un couloir en tout point semblable à celui qu'ils avaient quittés, une petite porte solide avec une fenêtre en verre fumée laissant passer la lumière mais ne permettant pas de voir à travers.

« Fermée évidement » devina Mathieu déçu à l'avance.

Durendal attrapa la poignée pour quand même s'en assurer et contre toute attente la porte s'ouvrit en un cliquetis métallique. Ce n'était vraiment pas une bonne idée, ils étaient sensée être le plus discret possible et non jouer les explorateurs. Mais la curiosité était plus forte. Ils franchirent doucement la porte pour atterrir... Il ne savait pas bien où.

Ils étaient sur une sorte de passerelle métallique au sommet d'une salle immense et circulaire, vraisemblablement le centre du bâtiment, s'étendant sur plusieurs étages et au milieu de laquelle se dressait une colonne métalico-énégertique d'où pulsait la lumière bleu, dont l'éclat incandescent le força à fermer les yeux quelques secondes. La passerelle s'accrochait au plafond pour atteindre le haut de la colonne, étant selon toute vraisemblance prévue pour des réparations.

« Mais bordel c'est quoi ce truc? S'exclama Mathieu »

Heureusement son collègue eut la présence d'esprit de plaquer une main sur sa bouche pour le museler. Il lui indiqua ce qu'il avait repéré: plus bas, au sol, une porte s'ouvrait et plusieurs agents entraient déjà. Durendal attira Mathieu dans le couloir avant d'ôter sa main.

« On devrait partir maintenant, dit-il

- C'est peut être notre seule chance de découvrir le fin mot de l'histoire, répondit Mathieu. Mais je ne vais pas nous mettre en danger si tu n'es pas d'accord.

- Non, c'est toi qui as raison, répondit Durendal après quelques instants de réflexion. Il faut qu'on découvre ce qui se trame. »

Discrètement, ils se glissèrent dans la pièce et s'accroupirent pour ne pas se faire repérer. Les agents ne leur prêtaient pas attention et se contentaient de tripoter la console de contrôle au bas de la colonne. Celle-ci émit un léger vrombissement et l'énergie vibra en émettant des cercle de lumière bleu partant de la base et montant jusqu'au sommet.

« Encore eux !» chuchota Durendal.

Mathieu plissa les yeux pour mieux voir. La distance affaiblissait les détails, mais il put percevoir sur les silhouettes des éléments caractéristiques. L'habituel costume noir, et tranchant avec les autres couleurs environnantes, la chevelure rousse flamboyante qui hantait ses cauchemars. Sérieux ils n'ont que trois agents dans cette organisation?

Il rangeait définitivement ces trois là dans la catégorie "gros connards". Mais il se reconcentra rapidement quand ils commencèrent à discuter. Les voix résonnaient dans l'immensité vide de la salle et leurs parvenait de manière déformé.

« Impossible de le repérer, dit celui aux commande de la console.

- Quoi? Comment ça ! Je pensait que le Contrôleur était relié en permanence à tout les implants?

- C'est le cas. Je ne comprend pas ce qui a pu se passer.

- Il a du réussir à le désactiver.

- C'est possible?

- Il faut croire que oui, je ne vois pas d'autre explication. C'est un dysfonctionnement qu'il faudra régler lors des prochaines greffes.

- C'était notre dernier implant disponible.

- Il faut absolument intercepter et neutraliser ces individus.»

Sur ces mots, ils quittèrent la pièce qui redevint entièrement silencieuse, la colonne revenant à son état initial. Les deux garçons échangèrent un regard inquiet.

« Qu'est ce que ça veut dire? Demanda Mathieu

- Ils savent pour le Fossoyeur. Ça veut dire qu'ils sont tous en danger.

- C'était donc vrai...

- Bien sûr que c'est vrai, s'offusqua Durendal. Tu pensais quoi? Que je racontais des conneries?

- Non, non, mais c'est juste que ça semblait tellement... dingue. »

Ils revinrent dans le couloir et fermèrent la porte. L'étroitesse de l'endroit et la semi-obscurité donnaient une fausse impression de sécurité.

"Et maintenant? Demanda Durendal

- On continu à monter. On trouve une issue. On se barre. Et on rejoint les autres pour...

- Pour quoi au juste? Qu'est ce qui changera une fois dehors?

- Quoi t'as une meilleur idée? »

C'était une question rhétorique, mais Durendal garda le silence en lui lançant le regard de celui qui avait effectivement un meilleur plan.

« Alors? Repris Mathieu

- Il faut qu'on détruise le Contrôleur. »

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Détruire le Contrôleur. En théorie une charmante idée. Mais en pratique ça se compliquait un peu. Ils ne pouvaient pas simplement descendre et taper dessus jusqu'à ce que ça ait l'obligeance de ne plus fonctionner.

Leur plan était simple : trouver la salle où ils entreposaient les armes (parce que oui, un organisme avec une prison secrète et une putain de machine pour contrôler les esprits disposait forcement d'une réserve d'arme), récupérer un truc assez satisfaisant en terme d'explosion et de destruction, et boom.

Mais ils leur fallait agir vite. Dans quelques heures à peine les agents se rendraient compte de leur disparition et commenceraient à les chercher. Ils avaient décidés de continuer à monter parce que, selon toute logique, le dépôt d'arme se rangeait le plus loin possible du quartier des détenus. La probabilité d'une réussite était infime, mais bon, qu'était-ce devant le destin du monde? … l'auto-persuasion était une chose ardue.

Ils ne savaient cependant pas exactement où aller et devaient s'en remettre à la chance. Mathieu détestait ça.

« On y arrivera jamais comme ça, dit-il.

- Ah ouais? Et qu'est-ce que tu proposes? Descendre et ce balader comme ça au milieu d'eux? Répondit Durendal ironiquement.

- Yep. Exactement.

- … Dis moi que tu déconnes.

- Écoutes. Tu te souviens le vestiaire devant lequel on est passé il y a dix minutes? On s'introduit, on se déguise, et on se fait passer pour des agents. On pourra se fondre dans la masse. De toute façon, il fera bientôt jour, alors ils ne vont pas tarder à lancer les recherches et envahir les conduits.

- C'est risqué.

- Mais c'est le mieux que l'on ais.

- Allons-y »

Vestiaire, fringues, et les voila prêt pour la soirée cosplay la plus importante de leur vie. Mathieu remarqua que Durendal le dévisageait bizarrement.

« Un problème ?

- Non rien, c'est juste qu'avec les lunette noires et tout, ça te donne des airs de tueur en série. »

S'il savait...

Avant de franchir la porte ils s'entre-regardèrent et soufflèrent un coup. C'était le moment de vérité.

En se baladant dans les couloirs, ils essayaient au maximum d'avoir l'air normal et détendu. La première fois qu'ils croisèrent quelqu'un sans que celui-ci ne leur saute immédiatement au visage, Mathieu dû contenir son envie de danse de la victoire et se contenter d'un petit salut de tête polie.

Heureusement ils ne croisèrent pas beaucoup de monde à cause de l'heure tardive - matinale ?- . Ils eurent l'idée de regarder dans les ordinateurs des bureaux pour trouver un plan du bâtiment, mais tous étaient protégés par un mot de passe et aucun d'eux n'avaient les connaissances nécessaires pour que ce détail n'ait pas d'importance.

Mais ils finirent par trouver une solution satisfaisante.

Frappant à la porte d'un bureau déjà occupé, Mathieu entra et demande innocemment à l'employé s'il pouvait le dépanner de quelques feuilles de brouillons, avant de violemment lui défoncer l'arrière de crâne avec un presse-papier alors qu'il se retournait.

Durendal le rejoignit et se mit au clavier tandis qu'il vérifiait le pouls de l'homme. Fort heureusement il était juste assommé. Il ne sait pas s'il aurait pu assumer dans le cas contraire.

En quelques clics ils repérèrent le dépôt. Il se situait au deuxième sous-sol, soit un peu en dessous de leur position. Apparemment les étages inférieurs étaient ceux où se passaient le plus de trucs étranges. Tellement pas original. Étrange aussi le fait que les plans ne mentionnaient aucunement la pièce "Contrôleur mental flippant" et que certaines zones restaient dans l'ombre.

Ils se mirent en route sans attendre, priant pour que personne ne découvre trop tôt le corps inconscient.

« On repasse par les couloirs de services? Demanda Durenda

- Non, le plus important maintenant est d'être rapide. Ascenseur. »

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Ils croisèrent quelques autres personnes, et à chaque fois Durendal retenait sa respiration tant qu'il n'était pas sûr de passer inaperçu. Leur crainte d'être découvert augmentait à chaque instant. Mais pour le moment aucune catastrophe.

En sortant ils s'engagèrent dans le long couloir au bout duquel se trouvait la réserve. A l'opposé un groupe d'agent accompagné d'un civil en costume beige avançait dans leur direction. Mathieu n'y prêta pas attention, mais Durendal le reconnu immédiatement. Il fit volte-face en se cachant le visage.

« Je le connaît, chuchota-t-il

- Comment ça?

- Je ne sais pas comment c'est possible, mais le mec là, il vas me reconnaître s'il me croise.

- Alors cachons nous »

Ils s'engouffrèrent dans la première salle venue et attendirent que l'homme les dépassent. Mais apparemment leur chance avait tournée puisque le producteur – ou quiconque il était - ouvrit la porte de leur refuge. Il ne rentra pas immédiatement, gardant la main sur la poignée pendant qu'il discutait avec les autres. Ils en profitèrent pour se cacher dans un placard.

Durendal fit comprendre à Mathieu que c'était l'homme qui avait assisté à sa capture. Il colla ensuite son œil au trou la serrure pour l'observer.

Une fois les agents partis, l'homme au costume beige referma la porte en soufflant, l'air excédé. Il la verrouilla ensuite à double tours - ce qui était une vrai mauvaise nouvelle pour eux - et s'étira longuement. Avec un peu de chance il piquerait un somme et ils pourraient s'échapper.

Mais ce n'est pas ce qui se passa.

Au lieu de ça, la peau de ses bras commença à onduler, les chairs gonflant et se déformant comme de la pâte à modeler avant de prendre une teinte gris-vert et une texture écailleuse. Des étranges appendices se formèrent au bout de ses bras, durcissant et prenant la forme de trois griffes acérées, tandis qu'une queue reptilienne lui poussait à l'arrière. Son visage se transformait. La mâchoire s'allongea et se remplit de crocs pointus, le nez et les oreilles rétrécirent jusqu'à subsister uniquement à l'état de trou, les cheveux disparurent et les yeux prirent une teinte jaune uniforme traversés par une pupille noir fendue.

Entre la surprise et la terreur, Durendal écarquilla les yeux et se précipita dans le fond du placard. Mathieu le regarda comme s'il était dingue, probablement à raison puisqu'il venait involontairement de signaler leur position.


Taintain! Élément de résolution !

Merci à Nagetive et Siffly qui continuent leur soutient envers et contre tout :)

J'ai pu trouver une connexion internet mais pas sûr que je puisse la garder, donc je ne publierais peut être pas avant ce we. Et puis en ce moment j'ai peu de temps pour écrire (vous savez à cause de tout ces gens qui veulent qu'on "sortent" pour se voir dans la "vrai vie"... aucun sens des priorités) mais promis je serais à l'heure.