Chapitre 6 – Premiers combats
Quelques jours plus tôt. Quartier général de RPTR TV.
Il sentit une force tirer sur son col, le soulever et le plaquer face contre le mur.
« Eh bien mon grand, ta mère ne t'as jamais appris à ne pas écouter aux portes? »
La grande brune le maintenait contre le mur de telle manière qu'il lui était impossible de bouger. Le Fossoyeur ne l'avait pas vu arriver. Sérieux, ils les recrutaient où leurs agents, à l'école des ninjas ? Elle était plus musclée que lui, et pourtant il n'était pas chétif.
Il ne prit pas la peine de donner une réponse, de toute façon elle n'en attendais pas. Et puis nier n'aurait servi à rien, il était pris sur le fait.
Elle ouvrit la porte, interrompant brusquement la réunion, et le balança sans douceur à l'intérieur. Les personnes en présence se levèrent d'un coup. Il y avait effectivement les deux autres agents qu'il avait déjà repérer la dernière fois, ainsi qu'une autre femme de RPTR TV présente lors des réunions avec les youtubers, une productrice à ce qu'il savait.
« Ce petit vermisseau était en train d'espionner. »
La rousse s'approcha comme un prédateur fondant sur sa proie, si rapidement qu'il n'eut pas le temps de s'en rendre compte qu'elle le saisissait déjà au visage. Elle avait une sacrée poigne.
« Toi... » souffla-t-elle, le reconnaissant.
A ce moment là il commença sérieusement à flipper. Les yeux de la femme lançaient des éclairs et sa colère semblait suinter de chaque pore de sa peau. Le contraste avec sa froideur habituelle était saisissant. Apparemment elle détestait l'idée de s'être fait flouer.
Et pour le coup l'hypothèse du meurtre sans sommation lui semblait redoutablement plausible.
« Il fait partie des nôtres, dit la productrice. C'est un implanté. » Précisa-t-elle devant le regard d'incompréhension des trois autres.
« Implanté ou pas ça reste un sale petit fouineur, repris celle qui l'avait attrapé.
- Qu'est-ce que tu as entendu? L'invectiva la rousse »
Il garda le silence, camouflant sa peur du mieux qu'il pouvait. Le visage en face de lui s'assombrit encore davantage de colère, mais il soutint le regard haineux avec une expression pleine d'assurance. Il refusait de se laisser intimider. Sans doute était-ce un comportement incompatible avec toute sorte d'instinct de préservation, mais c'était un réflexe chez lui de s'opposer à quiconque voulait lui forcer la main. Sa résistance arracha finalement un sourire malsain à la rouquine-folle-dangereuse.
« Ça n'as pas d'importance. De toute façon, son implant nous dira tout ce qu'on veut savoir une fois rentré au centre. »
Merde. Il n'avait pas pensé à ça. Sans le vouloir, il mettait en danger tout leur groupe. Il essaya de ne pas laisser transparaître son trouble. Heureusement il n'était visiblement pas assez digne d'intérêt pour qu'ils lui accordent une grande attention. La rousse l'avait lâché pour retourner vers ses collègues.
« Vous ne pouvez pas l'emporter maintenant, dit la productrice. L'immeuble est plein de monde. Hors de questions que les gens vous voient l'embarquer.
- Pas de problème, répondit la rousse, on a qu'a le garder ici jusqu'à ce soir. On pourra alors le sortir en toute discrétion.
- Ici, dans cette pièce vous voulez dire?
- Exactement. Ne vous inquiétez pas, avec quelqu'un pour le garder il ne devrait pas poser de problème. »
En disant ça elle jeta un regard à la brune qui acquiesça avant de se poster près de lui.
« Allons continuer notre réunion autre part » repris la rousse en posant une main invitante sur l'épaule de son interlocutrice.
La productrice et les deux autres agents sortirent et laissèrent le Fossoyeur seul avec la brune-ninja. Celle-ci le snoba absolument. Se contentant de tripoter sa tablette, assise sur une chaise en équilibre sur les pieds arrières, ses pieds à elle croisés sur la table. Comme s'il n'était pas plus dangereux qu'une plante verte.
Le Fossoyeur réfléchit à toute vitesse. Il devait trouver une solution pour se sortir de là. Mais avant tout il fallait se débarrasser de cette fille. Aussi discrètement que possible, il se glissa derrière elle, attrapa une lampe avec un lourd pied en bronze et...
Et se retrouva à nouveau plaqué dos au mur, son arme de fortune roulant sur le sol et deux mains le saisissant au col. Le corps de la brune était très proche du sien, il pouvait sentir son haleine sur son visage. Mais il évitait de croiser ses yeux, le regard restant fixé au sol.
« Quoi, t'as vraiment cru que tu pouvais m'avoir?» dit la fille dans un souffle en souriant doucement.
Elle n'était pas en colère, juste particulièrement méprisante. Ne se sentant pas menacée elle relâcha sa prise et prit la peine de réarranger une mèche de cheveux derrière son oreille. Il en profita pour attaquer.
Il se redressa d'un coup, se dégagea avec et lui donna un grand coup dans le nez avec la paume ouverte. Il sentit le cartilage craquer et remonter à l'intérieur du crâne. Elle recula de quelques pas en se tenant le visage et sifflant de douleur.
Il en profita pour revenir à la charge en la frappant au ventre, mais il se heurta à une muraille d'ados qui dû selon toute vraisemblance nettement atténuer la portée de ses coups. Elle mis à profit ce moment inattention pour l'attraper par les cheveux et le mettre de dos. Avec ses deux mains il attrapa le poignet et pivota sur lui-même, provoquant une extension du coude qui la força à lâcher prise.
Elle lui mit une droite en plein sur la tempe qui le fit chanceler. Elle voulue réitérer son geste mais il esquiva en se glissant à sa droite. Il se servi de sa position pour lui mettre un coup de genoux dans l'estomac, mais elle ne réagit toujours pas et se dégagea. Lui refaisant face, il tenta de lui remettre un coup au milieu du visage.
Elle esquiva, lui attrapa le poignet et pivota sur elle-même en appuyant avec son autre main sur son coude, provoquant une douloureuse torsion qui le força à tomber à genoux. Elle le maintenait immobilisé au sol, l'épaule tendue et le coude en hyper-extension, mais ce n'était apparemment pas suffisant. Elle lâcha son coude et donna à la place un violent coup de pied direct dans l'articulation qui se brisa sur le coup en un craquement écœurant.
Des larmes douloureuse perlaient au coin de ses paupières contractés. Cette fois, tout était fini. Elle le laissa au sol pendant qu'il se mordait la lèvre inférieur pour ne pas gémir, et lui tourna la dos pour aller récupérer sa tablette.
Rouvrant les yeux, il tomba nez à nez avec la lampe de tout à l'heure. C'était sa dernière chance. Rassemblant ses dernières forces, l'effet de la douleur s'atténuant avec l'adrénaline, il s'empara du pied en bronze, se releva sans bruit et lui asséna un grand coup à l'arrière de la tête alors qu'elle lui tournait toujours le dos, la lourdeur de l'objet compensant de loin sa faiblesse actuelle. Elle s'écroula lourdement sans avoir le temps de comprendre ce qui lui arrivait.
Il avait gagné.
Il s'approcha d'elle ; du sang s'écoulait de la blessure, mouillant ses cheveux et la moquette, mais elle respirait encore. Il leva une nouvelle fois son arme... puis se rappela qu'il était sensé être le gentil.
Il s'assit par terre et s'appuya contre un mur. Mais pas le temps de se lamenter. Qui sait quand les autres reviendraient ou s'ils avaient entendu des bruits de lutte. De sa main gauche, son bras droit étant hors service pour le moment, il réussit tant bien que mal à attraper son portable et à composer le numéro de Links.
« Allo?
- Mec, j'ai besoins de toi.
- Attend, souviens toi de ce qu'on a dit, pas d'infos import...
- Pas le temps pour ça, c'est une urgence. Je me suis fait prendre. Le CCC, ils me retiennent à RPTR TV. Elle m'a pété le bras bordel!
- Calme toi. Où est-ce que tu es exactement? Tu as un moyen de sortir qu'on puisse venir te récupérer? »
Maîtrisant sa panique, le Fossoyeur regarda par la fenêtre pour repérer l'endroit.
« Je suis dans une salle de réunion du coté du bâtiment qui donne sur la rue Pasteur. Au deuxième étage, mais il y a un échafaudage sur la droite, je pense que je peux l'atteindre.
- Ok, on arrive dans quelques minutes. Tient bon! »
Il devait avant tout sécuriser l'entrée. Elle était certes fermée de l'intérieur, mais il serait idiot de croire que la productrice n'avait pas au moins un double. Il déplaça donc – non sans difficulté – la grande table devant la porte et bloqua la poignée. Ça devrait les ralentir un minimum.
Il se dirigea ensuite vers la fenêtre. Pour atteindre l'échafaudage il n'avait qu'à traverser une corniche étroite sur quelques mètres. Mais avec un bras en moins la tâche devenait tout à coup beaucoup moins aisée. Bon, au deuxième étage il avait peu de chance de mourir s'il chutait, mais il ne tenait pas tant que ça à vérifier.
Il enjamba la fenêtre en évitant de regarder en bas. Il se mit face au mur, se plaquant contre la paroi, puis tendit son bras gauche peu à peu. Il n'avait que quelques mètres à parcourir. Si son bras droit avait été fonctionnel il aurait même pu atteindre l'autre bout sans lâcher la fenêtre. Il commença à se mouvoir en restant le plus proche possible de la paroi. Il pouvait sentir la sueur couler le long de son dos et coller sa chemise à sa peau.
Pendant quelques instants il avança sans se tenir à rien. Puis il frôla du bout des doigts un barreau métallique de l'échafaudage. Au moment ou il le saisit plus fermement, il entendit un grand bruit provenant de la salle qui le fit chanceler. Il serait sans doute tombé s'il n'avait pas eu cette prise.
Des coups étaient portés à la porte qui n'allait pas tarder à céder. Il fallait se dépêcher maintenant. Il accéléra les derniers mouvements et enjamba la rambarde. Il dévala ensuite les deux étages le plus rapidement possible.
Une fois en bas il sortit à nouveau son téléphone, mais avant qu'il n'ait pu composer le numéro une voiture déboula dans la rue et vint s'arrêter juste à coté de lui. La portière s'ouvrit et il s'affala lourdement sur le siège arrière.
Il tremblait.
« Mec ça vas? Comment tu te sent? Lui demanda Links
- J'ai mal » répondit-il, parce que là tout de suite il n'arrivait pas à penser à autre chose.
L'adrénaline retombant, la douleur refluait par vague. Dans un dernier regard par la vitre arrière, il vit les agents se précipiter à la fenêtre ouverte. Puis la voiture tourna à l'intersection.
O-O-O-O-O-O-O-O-O-O
Dès leur retour en ville, Links et Fred Grenier se rendirent chez Seb - qui était celui qui avait aidé Links en premier lieu - pour mettre la situation au clair. Links leur fit un topo rapide de la situation autour d'une tasse de thé au jasmin. A la mention du CCC, le visage de Grenier se rembruni, comme se remémorant des mauvais souvenirs qu'il aurait préféré oublier. Une fois le briefing fini, il réitéra sa volonté d'adhérer à leur groupe. Links était content de lui. Grenier leurs serait très utile.
Alors qu'ils discutaient tranquillement, Links reçu un appel du Fossoyeur. A peine eut-il décroché que son expression se tendit et qu'il fronça les sourcils.
« Calme toi. Où est-ce que tu es exactement? Tu as un moyen de sortir qu'on puisse venir te récupérer? »
Il raccrocha l'air paniqué.
« Un ami à moi a des problèmes. Il me faut une voiture. »
Grenier hocha la tête en signe d'assentiment.
O-O-O-O-O-O-O-O-O-O
Nyo frappa à la porte trois coup secs et attendis d'obtenir l'autorisation du général avant d'entrer dans son bureau.
« Soldat Nyo? Mais que faites vous ici ? Votre permission n'est pas encore terminée.
- Je sais mon général. Je suis venu vous voir personnellement. J'ai besoins que vous me rendiez un service.
- Quel genre de service ?
- J'ai un ami, Mathieu Sommet, qui a été appréhender par le CCC. J'aimerais en connaître le motif.
- Attendez deux minutes, je vérifie dans les registres...»
Nyo resta debout en regardant le général taper sur son clavier. Ses yeux parcouraient rapidement l'écran de l'ordinateur. Après quelques instants il fronça les sourcils en secouant la tête de droite à gauche.
« Je ne trouve rien dans les registres. Êtes-vous sûr de vos informations soldat?
- Certains Monsieur.
- Dans ce cas je vais voir ce que je peux faire. Je vous contact dès que j'ai de nouvelles informations.
- Merci Monsieur.
- Rompez soldat. »
Nyo le salua et sorti du bureau.
Comme d'hab merci à Siffly et Nagetive qui me font à chaque fois l'honneur de leurs commentaires.
Ce chapitre est celui dont je suis le moins satisfaite. Je n'arrive pas à me rendre compte du résultat de la scène de combat. Pour tout vous dire je pratique les arts martiaux depuis une dizaine d'années donc je crois que j'ai tendance à vouloir trop détailler les technicités. J'ai essayer d'effacer un peu cette aspect, mais je n'arrive pas à évaluer le rendu.
Donc un peu mécontente de ce chapitre, mais je n'arrive pas à l'améliorer (si vous avez des idées n'hésitez pas). Ce sera mieux la prochaine fois (promis).
