ORE NO IMOUTO GA KONNA NI KAWAI WAKE GA NAI
VOLUME FINAL
chapitre 3.5
Le réveil avait été dur ce matin.
Nous étions au début du mois de juin. Mon départ en Angleterre était prévu pour dans quatre semaines tout juste. J'avais déjà plus ou moins commencé à faire mes valises. Néanmoins, je n'avais besoin que du minimum vu que la chambre que j'aurai là bas sera meublée.
Mais la vie continuait ici. Et avec ça, mon job au centre commercial n'avait pas prit fin. Ryuji-san m'avait félicité pour mes résultats et pour ma décision de partir en Angleterre. Il m'avait dit que depuis six mois que je travaillais là bas, j'allais probablement avoir une promotion mais qu'il fallait absolument que je la refuse sinon il me faudrait un mois entier pour poser une démission. Tu parles ! Je n'avais pas besoin de quelqu'un pour me dire ça. J'avais bien l'intention de partir même si je savais que ça allait avoir des conséquences et personne ne pourrait m'en empêcher.
Enfin, c'est ce que je pensais.
En descendant au rez de chaussée, j'avais remarqué que les chaussures de ma sœur n'étaient plus là. Elle avait encore cours ? Je pensais que c'était fini pour elle aussi. Bah, peut être était elle allé voir des amis.
Kirino et moi n'étions toujours pas réconciliés. Cela faisait plus d'un mois maintenant que nous nous faisions la tête. Nous étions sur le point de nous séparer, et volontairement en plus. J'aurais voulu rester à ses côtés pour toujours mais il fallait que je me fasse une raison. Si je restais ici, ni moi ni Kirino ne pourrions avancer dans la vie. Elle aussi avait des rêves à accomplir à l'étranger et je n'avais pas le droit de l'en empêcher. Plus j'y avais pensé et plus je m'étais dit que j'avais pris la bonne décision même si ça faisait un peu mal.
En rentrant dans le salon, il y avait maman en train de ranger la cuisine et papa qui s'apprêtait à partir travailler. Il commençait tard aujourd'hui à cause des heures supplémentaires de la veille.
« Bonjour maman. Bonjour papa » avais je lancé naturellement à mes parents comme tous les matins.
« Bonjour Kyosuke » m'avait répondu maman.
Mon père lui était resté muet. En le voyant assis sur le canapé en train de ranger de la paperasse dans son sac, j'avais hésité à lui relancer mon bonjour. Mais papa s'était soudainement levé une fois son sac rempli et m'avait regardé furieusement. J'avais l'habitude, ses traits étaient rarement détachés. Mais cette fois ci, j'avais eu l'impression que c'était encore pire que d'habitude.
« Pourquoi tu n'es pas parti avec ta sœur ce matin ? » m'avait il demandé sur son ton ferme habituel
« Hein ? Parti où ? » répondis je un peu désorienté.
« Crétin ! Tu as oublié ? Les résultats de l'examen de la fin du collège sortent aujourd'hui ! »
Ah je comprenais maintenant où était partie ma sœur. C'est vrai qu'avec tous mes soucis, j'avais oublié que Kirino avait ses résultats aujourd'hui.
« Ah. Oui c'est vrai » avais je répliqué un peu confus. « Mais ce n'est pas comme si elle n'avait pas l'avoir non ? Pour quelqu'un comme elle, c'est juste une formalité cet examen » m'étais je justifié naturellement.
« Crétin de fils ! »
A peine papa avait il vociféré ces mots qu'il avait brusquement quitté le salon, non sans m'avoir bousculé en sortant. Et sans dire un mot de plus, il était parti.
« Grumpf … Papa exagère un peu » avait je réagi après qu'il soit parti en m'adressant indirectement à maman.
Mais elle ne m'avait pas répondu. Je m'étais tourné vers elle en cherchant son approbation
« Kyosuke … »
Maman avait prononcé mon nom en me regardant d'un air un peu grave comme si j'avais loupé quelque chose.
« Maman ? Tu … » avais je essayé de répliqué en voulant demander ce qu'il se passait. Mais ma mère ne m'en laissa pas le temps.
« Kyosuke. Assieds toi sur le canapé s'il te plaît. Je dois te parler » m'avait elle interrompu en s'essuyant les mains.
Interloqué par cette soudaine ambiance qui s'était installée, je m'étais exécuté sans chercher à poser de questions. Maman était montée à l'étage pour chercher quelque chose dans sa chambre. Elle en était revenue avec une boîte en fer qu'elle avait posé sur la table avant de s'asseoir elle aussi sur le fauteuil à ma gauche.
« Kyosuke … » avait commencé à dire ma mère sur un ton calme mais sérieux. « Il y a quelque chose que tu dois savoir à propos de ton père. »
« Euh … » avais je répondu en commençant à m'inquiéter. « Est-ce que … Il s'est passé quelque chose à son travail ? »
« Non » me rassura ma mère. « Cela concerne son passé » rajouta t'elle en posant délicatement la paume de sa main sur la boîte qu'elle avait descendu.
Mon attention s'était focalisée sur cette fameuse boîte. On aurait dit qu'une étrange aura s'était installée autour d'elle vu la délicatesse avec laquelle ma mère paraissait la traiter. Ma curiosité était en train de monter de cran en cran. Des tas de questions avaient commencé à se bousculer dans mon esprit. Mais je n'eus pas le temps d'en poser une seule.
« Kyosuke » avait reprit ma mère en portant à présent son regard sur moi. « Ton père t'a toujours dit qu'il était fils unique n'est ce pas ? »
« Hein ? » avais je lâché avec surprise en entendant la nature de la question. « Euh … Oui » avais je complété.
Ma mère adopta un air plus grave encore que tout à l'heure. Ma nervosité était en train d'empirer.
« Eh bien … Ce n'était pas tout à fait vrai … »
Pas tout à fait vrai ? Qu'est ce que tu veux dire maman ? Papa aurait des frères ? Des sœurs ? Les deux peut être ? Raaah ! J'avais des tas de questions à poser à ma mère mais j'étais tellement sous le choc que pas un son n'était sorti de ma bouche.
« Ton père avait sept ans à cet époque » poursuivit maman en refocalisant son regard vers la fameuse boîte. « Sa mère lui avait dit qu'il aurait bientôt une petite sœur »
J'avais laissé échappé quelques sons gutturaux de surprise en entendant ça. Je pouvais à peine croire à ce que maman était en train de me révéler.
« Ton père avait été fou de joie quand il l'a su » continua de me raconter maman en caressant du bout des doigts la mystérieuse boîte. « Il rêvait d'être grand frère depuis l'âge de cinq ans quand son meilleur ami avait lui aussi eu une sœur. Pendant la grossesse de sa mère, il avait aidé son père à préparer la future chambre de la nouvelle petite fille qui allait rejoindre la famille. Il était si heureux … »
Maman s'était soudainement arrêtée. J'avais perçu un léger malaise à la fin de sa phrase. Je m'étais senti comme plongeant dans des ténèbres qui m'avaient été cachées jusqu'ici. Mon stress était à son apogee mais je voulais absolument connaître la vérité à présent.
« Maman » avais je doucement répliqué en voyant qu'elle n'avait toujours pas repris le cours de son récit. « Que s'est il passé ensuite ? »
Maman reprit lentement son souffle et, après avoir pressé sa poitrine au niveau de son cœur, elle continua de me raconter.
« Un jour, ton père et sa mère sont allés faire un tour en voiture. C'était un mois avant la date prévue pour l'accouchement. Ils se sont promenés un peu en profitant du beau temps qu'il faisait ce jour là. Alors qu'ils étaient sur un chemin tranquille, ton père a demandé à sa mère s'il pouvait lui laisser prendre le volant juste quelques secondes car c'était l'endroit où il le faisait toujours avec son père. Sa mère a un peu rechigné mais a fini par céder devant l'instance de son fils. Et puis … »
Ma mère s'était encore arrêtée. J'avais senti que son niveau de stress avait l'air d'avoir dépassé le mien. En temps normal, je lui aurais proposé de me raconter la suite plus tard mais devant l'importance des paroles qu'elle était en train de me confier, je ne pouvais tout simplement pas attendre.
« M … Maman ! » l'avais je interpellé. « Qu'est ce qui s'est passé ensuite ? »
Ma mère porta son regard vers la fenêtre comme pour chercher une image apaisante pour trouver la force de continuer son récit. Ce qu'elle fit au bout de quelques secondes, non sans reprendre difficilement sa respiration.
« Au … Au moment où ton père allait rendre le volant à sa mère, une voiture est arrivée d'un coup en sens inverse. En la voyant arriver, ton père a paniqué et … Il a … Il a … »
Sans pouvoir en dire davantage, maman venait de mettre sa main devant sa bouche. Comme si elle ne voulait pas que ces paroles enfouies depuis si longtemps refassent surface. Mais devant mon insistance, elle trouva le courage de poursuivre.
« Ils ont eu un accident en percutant un arbre. Le conducteur de la voiture est venu les aider et a réussi à sortir ton père et sa mère de leur auto avant l'arrivée des secours. Ton père n'avait presque rien mais sa mère était inconsciente et elle a été emmenée en soins d'urgence une fois à l'hôpital. Elle s'en est tirée mais … Le bébé … Son bébé … »
J'avais difficilement dégluti en entendant ma mère arriver à ce stade de son histoire. Comme si je connaissais déjà la suite.
« Elle avait perdu son bébé … » finit par conclure maman avant de laisser finalement sortir quelques sanglots qu'elle avait retenus jusque là.
Tout mon corps était comme engourdi après avoir entendu la conclusion de cette histoire. Je n'avais jamais compris l'attitude aussi sévère de papa à mon égard ces dernières années. Il faut dire qu'il parlait si peu de lui. Comment j'aurais pu le comprendre ? Est-ce que c'était à cause de ce qui lui était arrivé qu'il s'était toujours montré si dur envers moi ?
« Quand sa mère est sortie de l'hôpital, ton père s'est excusé du mieux qu'il a pu. Il savait que c'était de sa faute. Mais ses parents ne lui en ont jamais voulu. Quelque part, cela a un peu renforcé sa culpabilité »
« Est-ce que … Les parents de papa n'ont jamais eu d'autres enfants alors ? » avais je demandé pour être sûr de connaître l'histoire jusqu'au bout.
« Eh bien … Ils ont essayé mais quand ils ont vu que ça ne fonctionnait pas, elle est allée voir un spécialiste et … Il lui a dit que l'accident l'avait rendue stérile »
Je n'avais plus de mots pour décrire ce que j'avais ressenti à cet instant. J'étais à la fois ému mais aussi terriblement choqué. J'avais d'ailleurs ressenti une brève envie de vomir tellement les choses avaient prises une tournure glauque. Je n'aurais jamais cru que papa ait pu vivre un tel drame.
« C'est pour ça que … Quand Kirino est venue au monde et que ton père vous a vu vous entendre aussi bien, il était heureux. Son propre fils allait enfin pouvoir être le grand frère qu'il n'avait jamais pu être » avait poursuivit maman après avoir essuyé quelques petites larmes qui avaient perlé le long de ses yeux.
« Maman … » lui avais je timidement adressé en baissant les yeux, comme pour m'incliner devant le courage dont elle avait fait preuve en me racontant cette histoire.
« Mais il y a quelques années, vous vous êtes brutalement fâché » avait continué maman en me regardant. « Cela a été quelque chose de terrible à vivre pour ton père de voir ses enfants devenir aussi froids entre eux. »
« Alors … Papa est … » avais je répliqué en pensant enfin comprendre où ma mère voulait en venir.
« Ton père est devenu très sévère avec toi car en tant que grand frère, il t'avait tenu pour responsable de cette situation. Même s'il n'a jamais su ce qui s'était passé entre vous. Et moi non plus … » avait rajouté maman avec une pointe d'incompréhension.
Je m'étais senti tellement étrange à ce moment. C'était comme si toutes ces années que j'avais passé à penser que j'étais un incompris aux yeux de papa avaient brutalement prises un sens. Comme si j'avais été incapable de voir plus loin que le bout de mon nez. J'en avais souvent voulu à papa d'avoir privilégié ma sœur à mon détriment et d'avoir été si souvent froid avec moi. Je m'étais fini par dire que c'était juste parce qu'il ne m'appréciait pas. Alors qu'en fait, c'était l'inverse ?
« Mais il y a deux ans, ton père a repris espoir quand il a vu que toi et Kirino aviez l'air de mieux vous entendre » reprit ma mère en m'envoyant un léger sourire. « Il n'a pas voulu vous le montrer parce qu'il avait peur de perdre un peu de son autorité. Vous avez tellement grandi maintenant »
J'avais rendu son sourire à ma mère comme pour approuver de la décision de papa.
« Mais depuis le mois dernier … Depuis que vous savez que vous allez être séparé tous les deux, vous vous refaites à nouveau la tête » poursuivit elle. « Ton père vit mal cette situation. Il voudrait que vous puissiez profiter des derniers moments que vous passerez ensemble ici au Japon. Après, vous n'aurez presque plus l'occasion de vous voir »
« Oh ! » avais je répondu en saisissant soudain le sens de la remarque de maman. « Alors c'est pour ça que papa … Tout à l'heure … »
« Oui » me confirma maman en voyant que j'avais compris. « Il était déçu que tu n'aie pas profité de l'occasion que Kirino ait ses examens pour l'accompagner et la féliciter. Peu importe que ce soit sûr qu'elle l'ait ou non. L'important était que vous puissiez passer du temps ensemble"
« Je comprends … » fis je un peu penaud d'avoir été si stupide.
Après un bref moment de silence, j'avais décidé de réagir. J'avais jeté un bref coup d'œil à ma montre et je m'étais soudainement levé du canapé.
« Il n'est pas encore trop tard ! Elle doit être au collège à discuter avec ses amies à l'heure qu'il est. Je vais la rejoindre ! »
Ma mère fut surprise par mon soudain enthousiasme mais finit par sourire en voyant à quelle point j'étais motivé. Je m'apprêtais à partir quand tout à coup, mon esprit percuta sur un détail.
« Ah, à propos » fis je alors que j'étais sur le point de sortir du salon. « Cette boîte que tu as descendu … » avais je dit en la désignant du doigt.
« Ah oui » me répondit ma mère en adoptant à nouveau un air un peu triste.
Après avoir saisi la boîte de ses deux mains, elle avait légèrement pressé le couvercle pour qu'il s'ouvre. Un peu de poussière était sortie. Cette boîte ne devait pas avoir été ouverte depuis un bon moment.
« Ce sont quelques souvenirs que ton père a gardé de cette époque où sa sœur était sur le point de venir au monde » avait doucement déclaré maman en saisissant délicatement un petit pyjama rose pour bébé qui se trouvait à l'intérieur. « Sa mère avait préféré se séparer de tout ce qui pouvait lui rappeler la fille qu'elle n'aurait jamais. Mais ton père avait réussi à récupérer quelques affaires en cachette. Il les avait toujours gardé dans cette boîte »
Je m'étais lentement approché de la boîte pour voir ce qu'elle contenait. Maman l'avait reposé sur la table pour que je puisse regarder dedans si je voulais. Quelque chose avait retenu mon attention en dehors des quelques vêtements pour bébé qui s'y trouvaient. Il y avait en dessous une petite photo un peu ternie par les années mais qui était encore assez nette pour qu'on puisse voir ce qu'elle représentait.
« Tiens ? Il y a une photo aussi ? » avais je demandé à maman avant de la saisir pour mieux l'observer.
« Oui. C'est une photo que ton père avait prise de la chambre qu'il avait préparé pour sa petite sœur un peu avant l'accident » me répondit elle en attardant son regard sur les petits vêtements poussiéreux mais délicats qui restaient dans la boîte.
Curieux, j'avais regardé cette photo en la mettant face à la fenêtre pour mieux l'observer. C'était une chambre vraiment toute mignonne. Il y avait tout : le berceau, le nounours sur le coin, la petite boîte à musique, les petits meubles roses et blancs …
Et aussi une pancarte souhaitant la bienvenue à la petite nouvelle.
J'avais éprouvé un soudain malaise en essayant de la lire. Je m'étais tourné vers maman comme pour lui demander confirmation de ce que j'avais vu. Elle s'était contentée de m'adresser un petit sourire en hochant légèrement la tête.
« Oui, c'est bien ça » avait elle répliqué comme s'il elle avait deviné la question que j'allais lui poser.
Il y avait un nom écrit sur cette fameuse pancarte.
« Bienvenue à la maison, Kirino »
