ORE NO IMOUTO GA KONNA NI KAWAI WAKE GA NAI

VOLUME FINAL

chapitre 3.6


Le soleil estival avait bien chauffé l'atmosphère en cette fin de matinée. Ce qui n'arrangeait pas mes affaires vu que j'étais maintenant en train de courir en direction du collège de Kirino en espérant y être le plus vite possible.

Après avoir entendu l'histoire de papa de la bouche de ma mère, j'avais décidé de rejoindre ma sœur sur le champ. Je voulais que papa puisse être fier du frère que j'étais et qu'il n'avait pas pu être. Et tant pis pour le boulot. J'avais passé un coup de fil à Ryuji-san pour lui dire que je ne serais pas là ce matin. Il avait un peu râlé mais comme je travaillais bien, il n'avait pas été trop embêtant. Avant de partir de la maison, j'avais remis mon uniforme de lycéen car je m'étais souvenu que Kirino portait le sien quand elle m'avait accompagné le mois dernier pour mes résultats. Je n'avais pas fait le rapprochement à l'époque mais maintenant, je commençais à comprendre. Elle voulait certainement avoir l'impression d'aller à la même école que moi. Ce qui malheureusement ne serait plus jamais possible à présent vu que cette année, elle entrait au lycée juste au moment où je le quittais.

Après avoir couru quelques kilomètres sous l'impitoyable chaleur que crachait le soleil presque au zénith, j'étais enfin arrivé devant le portail du collège de Kirino. Une fois mon souffle un peu repris, je m'étais avancé au niveau de la cour. Il y avait tout au fond les panneaux qui indiquaient ceux qui étaient reçu. L'ambiance était bien plus légère que le jour des résultats à mon lycée. Il faut dire que peu d'élèves rataient l'examen de fin du collège en général. Et le collège de Kirino était plutôt côté à Chiba. Ceux qui avaient raté l'examen ne devaient pas être nombreux.

Alors que j'étais en train de scruter la foule d'élèves devant moi pour tenter de trouver Kirino, quelqu'un m'avait soudainement interpellé.

« Oh ? Kyosuke ? Qu'est ce que tu fais ici ? »

Je connaissais bien cette voix. Celle là même qui avait fait vibrer la scène du Zeppelin il y a quelques mois et qui avait réitéré d'ailleurs deux ou trois fois devant le succès qu'elle avait remporté.

« Kanako ? » avais je répondu en me retournant. « Ça faisait longtemps. Tu vas bien ? »

« Ouais ! J'ai eu l'examen ! » m'adressa t'elle fièrement en brandissant son diplôme.

« Hein ? Ah, félicitations alors ! » avais je répliqué un peu surpris

J'avais complètement oublié que Kanako fréquentait la même classe que ma sœur. Il faut dire qu'elle agissait de façon tellement immature parfois que c'était dur de l'imaginer au même niveau que Kirino.

« Et toi ? Qu'est ce que tu fais ici ? Tu es venue avec Kirino ? »

« Ah … Non, je la cherchais justement. J'ai été … un peu occupé ce matin » avais je dit un peu confus.

« Tchh » avait réagi Kanako comme si elle était indignée. « Alors le grand frère abandonne sa petite sœur au jour le plus important pour elle ? »

« Pas du tout ! » avais je crié. « D'ailleurs tu vois, je suis là ! » poursuivis je en croisant les bras fièrement.

Kanako m'avait alors informé que Kirino était partie retirer son diplôme au secrétariat et qu'elle serait là bientôt. En regardant les élèves qui s'étaient agglutinés devant le panneau des résultats, j'avais eu envie en attendant de taquiner à mon tour Kanako en lui demandant ses résultats.

« Oh, je n'ai pas eu beaucoup » m'avait elle répondu un peu amère. « Seulement 15,91 »

« Hein ? Sérieux ? » avais je répliqué en me forçant à cacher ma surprise.

« Oui je sais. Ce n'est pas terrible. J'ai surtout étudié pour essayer de faire plaisir à mes parents. Je voudrais me consacrer pleinement aux castings mais je suis encore obligée d'aller à l'école jusqu'à l'année prochaine » m'avait elle répondu un peu dépitée.

15,91 ? Et dire qu'en prenant mon uniforme avec moi, j'avais aussi emmené mon relevé de note de mon examen en pensant pour une fois être fier de mes résultats. Mais même si l'examen qu'avait passé Kanako était plus facile que le mien, 15,91 ça reste mieux que les 15,29 que j'avais eu. Dire que je m'étais fait une joie de le sortir pour le montrer fièrement !

« Ah au fait ! » reprit Kanako en réaffichant son sourire. « Tu as passé ton examen toi aussi non ? Combien tu as eu ? »

« Euh … Je ne sais plus exactement » fis je en essayant de jouer les innocents.

« Heiiin ? T'as déjà oublié ta note ? T'es vraiment désespérant ! » s'indigna t'elle en me dédaignant du regard.

Alors que j'avais essayé de faire dévier la conversation sur autre chose, quelqu'un d'autre s'était soudain joint à notre discussion.

« Oh ? Onii-san ? Kanako ? »

« Ah ! Ayase ! » avais je répondu en l'apercevant. Elle avait aussi un diplôme en main.

« Oh Ayase ? Toi aussi tu as réussi alors ? » fit Kanako en exhibant son propre diplôme vers celui d'Ayase.

« Oui. Je suis vraiment heureuse » répondit elle avec un sourire d'ange.

« Alors, combien tu as eu de moyenne ? Hein ? Dis ! » insista Kanako

« Oh … » répliqua Ayase en rougissant un peu. « Ce … Ce n'est pas un très bon score tu sais »

« Allez ! Dis le nous ! Moi j'ai eu 15,91 ! »

« Heu … Eh bien … J'ai eu 16,24 » répliqua timidement Ayase

16,24 pas un très bon score ?!

Non, c'était inutile. Tout l'espoir que j'avais nourri d'espérer briller ne serait ce que quelques secondes aux yeux d'Ayase et des autres venait de partir en fumée. Je n'étais définitivement pas de taille contre elles. Le moral d'acier que j'avais en venant ici en avait prit un coup, même si je n'étais pas venu pour ça.

« Onii-san, tu attends Kirino ? » m'avait adressé Ayase. Elle me regardait déjà depuis quelques secondes mais le marasme dans lequel je m'étais enfoncé m'avait empêché de réagir en premier.

« Ah, oui » fis je en me reprenant. « Elle ne devrait plus tarder je pense »

J'étais en train de guetter l'entrée où les élèves sortaient leurs diplômes à la main en espérant en voir sortir ma sœur lorsque Ayase avait commencé d'un coup à s'agiter.

« Oh ! Kanako, je crois que tes copines t'ont appelé là bas » dit elle en montrant du doigt un groupe de filles que Kanako semblait connaître.

« Hein ? Qu'est ce que tu racontes ? Je n'ai rien entendu moi » répliqua t'elle sceptique.

« Kanako ? Tu ne vas quand même pas faire attendre tes amies ? »

A ces mots, le regard d'Ayase m'avait glacé le sang. Elle avait retrouvé la même expression de psychopathe que toutes les fois où elle avait menacé de me tuer. Sauf que ce n'était pas sur moi que ce regard était dirigé cette fois mais sur Kanako. En s'en apercevant, elle réprima d'instinct une plainte.

« Euh … Bon bon, je vais y aller alors. A plus Kyosuke ! Ayase ! » marmonna t'elle mi effrayée mi frustrée avant de courir vers le groupe qu'Ayase lui avait désigné. Une fois qu'elle fut partie, Ayase retrouva son visage normal à mon grand soulagement.

« O … Onii-san … » m'avait alors lancé Ayase en prenant un regard sérieux.

« Euh … Oui ? » répondis je en déglutissant difficilement.

« Tu … Tu t'en vas en Angleterre début juillet c'est bien ça ? »

« Hein ? Ah, oui. Je dois prendre l'avion le 3 juillet à 11h30. »

« Est-ce que … Est-ce que tu … » avait commencé à dire Ayase en rougissant un peu.

Je me doutais bien de quoi il allait être question même si je ne m'étais pas vraiment préparé à ça pour aujourd'hui. Mais j'avais supposé que c'était le moment.

« Si on se donnait rendez vous la veille de mon départ ? Je te donnerai ma réponse définitive à ce moment »

J'avais répliqué sans attendre qu'Ayase n'ait terminé sa phrase. Elle fut un peu surprise mais finit par me faire un petit sourire en guise de réponse.

« D … D'accord. Alors, voyons nous en début de soirée le 2 juillet chez moi » avait elle finalement répondu

« Hein ? Chez … Chez toi ? » fis je un peu surpris

« Oui … Cela pose un problème ? » rétorqua t'elle avec des yeux limites implorants qui la rendaient mignonne comme tout.

« Euh … Pas du tout ! » m'étais je dépêché de répliquer en rougissant. « Alors, le 2 juillet chez toi en début de soirée … C'est d'accord »

« Je suis contente alors » conclua Ayase en souriant. « Est-ce que tu veux que … »

« Hein ? Qu'est ce que tu fais ici avec elle, toi ?! »

La personne qui venait d'interrompre Ayase s'adressait apparemment à moi. Et comment j'aurais pu me tromper ? Il n'y avait qu'avec moi que ma petite sœur parlait de cette façon. En me retournant, j'avais bien vu que c'était effectivement elle. Rien d'anormal à priori. Elle venait de sortir du collège son diplôme à la main pendant que j'étais occupé à parler avec Ayase et elle m'avait invectivé car elle n'aimait pas me voir traîner seul avec ses amies.

Et pourtant. Elle venait pour la première fois depuis un mois de m'adresser la parole. De manière complètement naturelle.

« Oh ! »

Devant mon expression de surprise, Kirino venait de comprendre qu'elle aurait dû normalement m'ignorer comme elle l'avait fait ces quatre dernières semaines. Mais elle n'avait pas pu s'empêcher d'agir instinctivement. En se rendant compte de son erreur, elle fit comme si rien ne s'était passé et elle se remit à discuter avec les deux filles qui l'accompagnaient.

« Onii-san ? Il y a un problème avec Kirino ? » avait réagit Ayase en voyant cette scène étrange.

Ma sœur n'avait semble t'il pas mis Ayase au courant de notre dispute malgré ce qui s'était passé il y a deux semaines à la maison. J'aurais pu lui expliquer mais mon esprit était trop occupé à réfléchir à un moyen pour essayer de réparer ces liens avec Kirino qui l'espace de quelques secondes s'étaient renoués comme s'ils n'avaient jamais disparu. Tout en ignorant Ayase, j'avais fixé ma sœur qui s'était mise à l'écart avec ses copines. Je m'étais creusé la tête sur la manière dont j'aurais pu aller l'aborder mais rien n'était venu.

« Grumpf ! » avais je laissé échappé, frustré.

« O … Onii-san ? » avait insisté Ayase en me voyant me mettre dans cet état

Je n'avais pas d'idées. J'étais complètement désespéré. Si je ne trouvais pas un moyen de parler à Kirino maintenant, autant dire que je serais venu pour rien. Et que j'aurais déçu mon père, une fois encore.

Soudain, un éclair vint illuminer le peu d'espoir qui me restait lorsque mon regard se posa sur une estrade qui se tenait non loin du panneau des résultats. Un élève venait d'y installer un micro et quelques amplis. J'avais regardé la distance qui séparait cette estrade de ma sœur. Ce que j'avais en tête était stupide, complètement idiot. Et je n'aurais jamais osé le faire il y a quelques mois encore. Mais un jour comme aujourd'hui … C'était parfait.

« Ayase ! » m'étais je d'un coup écrié. « Cette estrade ! Est-ce qu'ils ont fini de la monter ? »

« Hein ? » répondit elle surprise. « Euh … Oui je pense » dit elle en jetant un coup d'œil vers la fameuse tribune. « Le club de théâtre l'a monté pour que certains élèves puissent faire un discours. Mais … »

« Parfait ! » l'interrompis je en la laissant sur place et en me dirigeant vers l'estrade en question.

J'étais arrivé sur place en quelques secondes seulement. Il y avait juste deux élèves qui se tenaient sur l'estrade, apparemment pour faire des tests afin de voir si le micro fonctionnait. Une fois à côté d'eux, je leur avais demandé si c'était bien le cas.

« Euh … Oui il fonctionne … Mais qui êtes vous d'abord ? » me répondit l'un d'entre eux totalement surpris de me voir débarquer de nulle part.

« J'ai besoin de m'adresser à tout le monde ! » avais je rétorqué sur un ton plein d'assurance. « Je peux l'emprunter quelques minutes ? »

« Euh … D'accord … » avait on fini par m'accorder comme réponse.

Une fois monté sur l'estrade avec le micro en main, quelques regards curieux pointaient déjà vers ma direction. J'eus une légère montée d'angoisse sur le moment mais hors de question de reculer. J'avais aperçu de nouveau Kirino un peu plus loin. Elle ne m'avait toujours pas remarqué.

Mais cette fois, j'allais l'obliger à écouter ce que j'avais à dire.

J'avais rapidement mis en marche le micro et j'avais poussé deux ou trois « aaah » pour m'assurer qu'il marchait bien.

Presque tous les regards du collège s'étaient d'un coup tournés vers moi. Celui de Kirino n'avait pas fait exception. Pas de doutes, ce micro marchait parfaitement. J'allais enfin pouvoir commencer à dire tout ce que j'avais à exprimer depuis un mois maintenant.

« Bonjour à tous ! » avais je crié en levant mon bras droit pour saluer tout le monde.

« Je m'appelle Kyosuke ! » m'étais je repris après quelques secondes qui avaient laissé s'échapper des tas de commentaires d'incompréhension sur ma présence de la part de mon auditoire. « Je voulais vous dire à tous … Pour que tout le monde ici soit au courant ! Que vous sachiez que … Je suis un frère indigne ! » avais je hurlé de toutes mes forces au micro.

Une avalanche de stupeur mélangée à quelques réactions amusées avaient suivi ma tirade. En reprenant mon souffle avant de poursuivre, j'avais attardé mon regard vers Kirino pour voir comment elle avait réagit. Comme prévu, elle était loin d'avoir l'air émue. Elle semblait ne pas en revenir que j'ai pu avoir un tel culot. Et encore, ce n'était pas fini.

« Je suis un frère indigne parce que j'ai négligé ma sœur durant plusieurs années ! Et même si depuis deux ans, j'ai essayé de me rattraper en faisant tout ce qui était en mon pouvoir pour l'aider, il m'arrive encore de ne pas faire les choses comme il faut ! » avais je continué en criant le plus fort possible.

« J'ai été égoïste plusieurs fois et j'ai fait des choses sans penser aux conséquences que cela aurait sur ma petite sœur ! Et c'est pour ça qu'aujourd'hui … Pour célébrer ce jour où ma petite sœur est enfin diplômée, je voulais vous dire tout ça à vous, ses camarades qui avaient pris soin d'elle durant tout le temps où je l'ai négligée ! Merci ! Merci infiniment ! » avais je vociféré en m'inclinant devant la foule d'élève qui me fixaient du regard. Ces mêmes regards qui étaient maintenant surpris voire choqués par la révélation que je venais de leur faire.

En me redressant, j'avais à nouveau concentré mon attention à l'endroit où se trouvait Kirino. Après les regards de désapprobation et d'indignation auxquels j'avais eu droit, elle venait de commencer à rougir en transpirant. Elle avait remarqué que je la fixais et avait adopté une expression du style « Non, tu ne vas pas oser … »

Mais c'était mal me connaître maintenant.

« Car oui, ma petite sœur est une de vos camarades ! » avais je enfin poursuivit en hurlant sur le micro. « Elle se tient à vos côtés en ce moment même avec son diplôme ! »

J'avais encore regardé du côté de Kirino avant de continuer mon discours improvisé. Son regard était passé de peur à celui de psychopathe.

« Si tu oses, je te tue ! » sembla t'elle me communiquer par la pensée

Mais Kirino n'avait pas de chance. Avec les regards de psychopathe que je devais supporter parfois en compagnie d'Ayase, j'étais entraîné à y faire face. Et ma sœur était loin d'égaler sa meilleure amie dans ce domaine.

« C'est pour ça … Je voulais lui dire que malgré toutes mes erreurs, malgré mon comportement qui a pu la blesser parfois, malgré le fait que je vais peut être devoir la quitter quelques temps, et malgré le fait qu'elle me déteste peut être plus que tout maintenant … » avais je repris sur un ton plus calme avant de prendre mon souffle.

« Malgré tout ça, j'aime ma petite sœur ! »

J'avais crié aussi fort que j'avais pu.

A ces mots, les élèves qui m'avaient écouté étaient à présent soit mort de rire, soit choqués, soit émus et limite en larme. Cette dernière catégorie comptait peu de monde par contre. Je me demandais comment avait réagit Kirino à ce moment là. Mais je n'eus pas le temps de focaliser mon expression sur elle qu'une voix familière s'adressa à moi en bas de l'estrade.

« Kyo … Kyosuke ?! »

« Oh ? Sena ? Quelle … Quelle surprise ! » fis je un peu gêné. « Tu … Tu m'as entendu ? »

« Evidemment ! » s'écria t'elle. « Pourquoi tu as parlé de Kirino-chan comme ça devant tout le monde ? »

« Hein ? Kirino-chan ? » avait réagi une fille qui était à proximité.

« Mais oui ! Kirino Kousaka ! Tu sais bien ! Elle a eu son diplôme aujourd'hui ! » répliqua une de ses voisines.

« Hein ?! Mais alors ? Tu veux dire que ce type est … » réagissa choquée sa camarade en me montrant du doigt

« C'est le frère de Kirino Kousaka ! » s'étaient écriés plusieurs élèves en faisant la relation.

Avant que je n'aie eu le temps de dire un seul mot, la nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre. Il n'avait fallu que quelques secondes pour que l'information atteigne le groupe de Kirino sur lequel tous les regards s'étaient à présent posés. Quand les filles avec qui elle était apprirent la nouvelle, ma sœur se mit à rougir comme jamais. Puis, sans dire un mot, elle s'enfuya en hurlant en dehors de l'enceinte du collège.

« Ah ! Je t'expliquerai plus tard ! » avais je adressa à Sena en voyant Kirino prendre la poudre d'escampette par ma faute. « Merci à vous ! » avais je conclu je en rendant le micro à l'élève du club de théâtre derrière moi et en sautant directement sur le sol dans le but de courir après ma sœur.

Après être sorti à mon tour du collège, j'avais réussi à repérer ma sœur qui s'enfuyait au loin en direction de la maison. J'avais couru aussi vite que j'avais pu pour la rattraper mais j'avais oublié un détail : ma sœur était une championne mondiale d'athlétisme après tout. Et même si j'étais un garçon et que j'avais trois ans de plus qu'elle, je n'avais pas réussi à gagner le moindre mètre de distance sur elle. Epuisé, j'avais décidé de m'arrêter avant de tomber raide de fatigue. J'étais complètement vidé de mon énergie mais malgré tout, j'avais un petit sourire d'affiché sur mon visage. J'avais pu dire à Kirino ce que j'avais sur le cœur, et même si cela avait été devant plusieurs centaines de personnes.

Arrivé aux alentours de la maison, j'avais commencé à sentir venir une pointe d'appréhension à l'idée de revoir ma sœur. Allait elle m'ignorer comme d'habitude et faire comme si rien ne s'était passé ou bien est ce qu'elle allait m'attendre dans ma chambre pour me faire la leçon ? Mais qu'importe si c'était la seconde option. Tout valait mieux plutôt que d'être ignoré.

Alors qu'il me restait une rue à franchir, quelqu'un m'avait adressé un violent coup sur la tête en venant furtivement par derrière. « Aie ! » avais je vociféré quelques secondes avant de reconnaître la nature unique du punch que je venais de recevoir.

« K … Kirino ? » avais je déclaré en la cherchant du regard et en la trouvant effectivement à mes côtés, le poing toujours levé vers moi. Elle n'avait évidemment pas l'air contente.

« Crétin ! » répliqua t'elle furieusement en me donnant un second coup de poing sur la tête.

« Aiiie ! » m'étais je plaint en en rajoutant un peu.

« Comment t'as pu dire tout ça à mon collège devant ... Devant tout le monde bordel ! » avait hurlé ma sœur qui était encore toute rouge de honte.

« Aaaah ! » avait elle continué de se plaindre en se tenant les joues. « Je ne vais plus jamais pouvoir y remettre les pieds maintenant ! C'est trop la honte ! » poursuivit elle affolée en me tournant le dos.

Tout en me remettant doucement des deux coups que m'avait infligé Kirino, je l'avais observé silencieusement en train de s'inquiéter pour la prochaine fois où elle aurait affaire à ses camarades de classe. Elle gigotait dans tous les sens. C'était tellement mignon.

« Ne t'inquiète pas » avais je fini par réagir en m'approchant d'elle.

« Heiiin ?! » m'avait elle répondu en se retournant vers moi. « Aaah ! On voit bien que c'est pas toi qui va devoir retourner là bas ! » conclua ma sœur complètement paniquée.

« Tu as été diplômée non ? Alors le collège c'est fini maintenant » lui avais je adressé en souriant.

« Hein ? Ah … Tiens c'est vrai … » fit ma sœur surprise en reprenant petit à petit son calme.

« Là, tu vois. Ce n'était rien » avais je ajouté avant de mettre ma main sur sa tête et de lui dire « Félicitations pour avoir réussi ton examen » avant qu'elle n'ait pu réagir.

Kirino resta sans bouger pendant quelques secondes puis elle reprit ses bonnes vieilles habitudes.

« Enlève ta main bordel, t'es répugnant ! » vociféra t'elle.

« Ah … Oui, oui » dit je en m'exécutant avec le sourire comme pour la féliciter encore une fois.

Un léger silence s'installa alors que ma sœur et moi étions maintenant face à face. Je voulais dire quelque chose mais j'avais tellement peur de faire une gaffe et qu'elle parte en m'ignorant que je n'avais pas osé prononcer le moindre mot. C'est à ce moment là que je m'étais rappelé que j'avais emporté quelque chose d'important avec moi. Quelque chose qui allait peut être enfin me permettre d'arranger un tant soit peu les choses.

« Ah c'est vrai J'ai quelque chose pour toi » avais je dit à ma sœur en commençant à fouiller dans mon sac.

J'en avais ressorti un cd enveloppé dans un ruban. Le même ruban que Kirino m'avait confié il y a deux mois quand on avait fait notre pari pour savoir si je pouvais avoir 16 à mes examens. Il n'était pas là par hasard. C'était l'objet parfait pour accompagner ce fameux cd qui affichait une couverture de Meruru.

« Ohhh ! » s'était extasiée Kirino en montrant le cd du doigt. « Ce … C'est … »

« Oui. C'est le drama-cd collector de Meruru que j'avais perdu la dernière fois et que … »

Je n'eus pas le temps de finir ma phrase que Kirino m'arracha le cd des mains et commença à baver dessus telle une enfant venant de recevoir son cadeau de Noël.

« Ouaaah ! C'est génial ! Mais comment t'as fait ? J'étais retourné le lendemain à la boutique et ils n'en avaient déjà plus ! »

« Eh bien … » avais je commencé à répondre un peu embarrassé. « Le … Le soir où l'on s'est disputé … Je suis retourné directement à la boutique avant que ça ne ferme et il en restait encore un. Alors … Je l'ai acheté » avais je conclu un peu gêné.

Ma sœur avait tout à coup compris ma gêne à la voir agir si naturellement avec moi alors que nous étions encore officiellement fâchés tous les deux. Elle détourna son regard du mien en rougissant un peu avant de focaliser son attention sur le précieux cd que je lui avais offert. Même si au final, elle me l'avait pris des mains avant que je n'aie eu le temps de le lui dire.

Soudain, Kirino se tourna et commença à marmonner quelque chose. Je n'avais rien entendu du tout alors je lui avais demandé de parler un peu plus fort, ce qu'elle fit après avoir serré un peu les poings.

« J'ai dit que j'allais faire la paix avec toi ! » hurla t'elle brusquement.

« Hein ? S … Sérieusement ?! » m'étais je écrié au bord des larmes.

« Oui mais attention ! Seulement pour aujourd'hui ! » ajouta t'elle en se retournant vers moi.

« Hein ? » avais je réagi interloqué.

Kirino croisa les bras comme si elle avait prévu mon incompréhension et précisa sa pensée.

« Je veux bien faire la paix avec toi mais ce sera valable seulement aujourd'hui ! Demain … Demain je recommencerai à t'ignorer »

« Hein ? Mais pourquoi ? C'est ridicule ! » avais je protesté. « Je … »

« La ferme ! » réagit fermement Kirino. « C'est … C'est toi qui a déclenché tout ça. Alors … A toi de régler le problème ! C'est à prendre ou à laisser ! » conclua t'elle en fuyant mon regard.

J'avais hésité quelques secondes avant de répondre à ma sœur. J'avais tellement espéré qu'on puisse enfin se réconcilier et alors que je pensais avoir franchi tous les obstacles, au final je n'étais pas parvenu réellement à mes fins.

« D'accord. Réconcilions nous jusqu'à demain matin ! » avais je finalement déclaré.

Kirino avait accueilli ma réponse avec un sourire puis elle m'avait invité à la suivre sur le chemin qu'il restait à parcourir pour rentrer à la maison. Ce que j'avais accepté sans hésiter. Tant pis si ce sourire n'allait durer que jusqu'à ce soir. Si je pouvais au moins montrer une fois de plus, juste une fois encore à papa que ma sœur et moi nous nous entendions bien à nouveau, alors c'est que je n'avais pas fait tout ça pour rien.

Sur le retour, Kirino avait pris volontairement une route un peu plus longue que d'habitude et s'était justifiée en disant vouloir profiter du beau temps. Ça m'avait fait sourire mais je n'avais pas osé la contredire. Elle avait profité de ce laps de temps de trajet supplémentaire pour m'exhiber fièrement son diplôme. Elle m'avait aussi raconté en même temps tous les bons moments qu'elle avait passé avec ses amies depuis qu'elle était au collège.

Pendant toute la balade, elle avait gardé ce sourire de façon naturelle, comme si elle n'avait jamais cessé de me l'adresser alors qu'elle m'avait ignoré pendant un mois. Lorsque nous fûmes finalement revenus à la maison, vêtus tous les deux de nos uniformes comme si nous étions camarades de classe, j'avais regretté que papa ne soit pas là pour voir ça.

J'avais esperé qu'il puisse être rentré avant demain.