Chapitre 9 - Infiltration

« Antoine? »

A l'entente de son nom, Antoine se retint de tirer. Heureusement, car ça aurait été du plus mauvais effet de dézinguer le mec qu'il était venu secourir. A bien y regarder ce n'était en effet pas un agent qu'il avait devant lui, mais bien Mathieu. En costume noir. Et couvert de sang. Bordel. Il abaissa son arme.

« Mais qu'est-ce que vous foutez là? » Dit Mathieu

Niveau gratitude on avait déjà fait mieux.

« Oh, une envie soudaine de faire une petite promenade, paraît que le coin est sympa... Non mais qu'est-ce que tu crois qu'on est en train de foutre ? Répondit Antoine exaspéré. On est venu pour te sauver!

- Sérieux? Tu m'as pris pour une demoiselle en détresse ou quoi?

- …

- Non! Je t'interdit d'imaginer. Bon a part ça tu m'excuseras, mais pour le sauvetage on t'as pas attendu. »

Mathieu lui balança un flingue bizarre dans les bras.

« Prend ça et suivez moi. »

Il lui tourna le dos et s'apprêtait à dévaler les escaliers mais Antoine le retint.

« Où tu vas comme ça? Il faut vite partir avant qu'ils rappliquent!

- Pas avant d'avoir désintégrer le Contrôleur mental. »

Voila autre chose.

« Le Contrôleur? Tu sais où il est? Demanda Links

- Dernier sous-sol, au centre du bâtiment.

- Dépêchez-vous, ils arrivent! Cria Durendal depuis plus bas dans l'escalier »

Ils se précipitèrent à la suite de Mathieu dans les escaliers. Antoine ronchonna dans sa barbe. C'était bien la peine de passer des heures à mettre au point un plan trop stylé si Mathieu s'en sortait si bien tout seul. En parlant de ça...

« Il faut prévenir les autres, dit Antoine à Links.

- Les autres ? Intervint Mathieu. Vous êtes combien ?

- Six. Bah quoi, ajouta Antoine devant l'air étonné de Mathieu, tu croyais quand même pas qu'on allait te laisser tomber.

- Ok, répondit Mathieu sobrement - mais Antoine voyais bien qu'au fond se savoir soutenu lui réchauffait quelque chose à l'intérieur - . Tant qu'a faire, dit leur de faire attention aux raptors qui traînent dans les couloirs. »

A ces mots, Antoine stoppa brutalement sa course.

« Aux quoi ?

- Pas le temps pour cette conversation, dit Mathieu. Contentes-toi de me suivre. »

Il le regarda dans les yeux et décida de lui faire confiance. Il hocha la tête une fois vigoureusement et ils partirent alors à la suite de Links et Durendal déjà en bas.

En sortant de la cage d'escalier, ils tombèrent nez-à-nez avec deux agents, des vrais cette fois. Mathieu ne s'embarrassa pas de mondanité et tira sur le plus proche avec son flingue étrange. L'objet émit un vrombissement, et un éclair d'énergie bleu électrique sortit et s'abattit sur le premier agent qui tomba, terrassé. Voyant ça, son collègue se précipita sur Mathieu, mais Antoine eut le réflexe de lui tirer dessus aussi, imitant la façon dont Mathieu utilisait son arme. L'agent s'écroula à terre. Terrifié par son geste, Antoine eut un mouvement de recul.

« Ne t'inquiètes pas, ils sont réglés sur paralysie » le rassura Mathieu.

Ils continuèrent leur route vers le centre du bâtiment. Antoine ouvrait la marche avec Links, ce dernier ayant récupéré l'arme de Durendal, tout deux leurs flingues levés. Mathieu assurait leurs arrières. Sur le chemin, ils prenaient soins de pulvériser le maximum de caméras de surveillance. Ils furent bientôt poursuivis par encore plus d'agents.

« Continuez, dit Mathieu aux autres, je vais les retenir. »

Pas question pour Antoine d'abandonner son ami.

« Allez y tout les deux, dit-il à Links et Durendal, je reste avec lui. »

Il parti rejoindre Mathieu qui tirait déjà sur les assaillants. C'était une vision captivante que de le voir ainsi dans l'obscurité bleuté du couloir. Debout, solidement campé sur ses deux jambes, il tenait fermement devant lui à deux mains son pistolet énergétique. Sa chemise noir était déchirée et il était couvert de poussière et de sang. Son regard brillait d'une détermination ardente, une flamme qu'Antoine n'y avait jamais vu auparavant. Il avait l'air sombre et concentré. Et définitivement dangereux. C'était étrange de voir Mathieu ainsi.

Étrange, mais captivant. Antoine avala sa salive.

Leur assaillants étaient nombreux. S'il n'avait pas était là, Mathieu n'aurait sans doute pas pu tous les avoir tout seul.

Mais alors qu'il tirait, il se passa une chose à laquelle Antoine ne s'attendait pas.

Tout en courant vers Mathieu, les agents changèrent de forme. Leur peau devint verte écailleuse, leurs mâchoires s'allongèrent et se remplirent de crocs, trois griffes apparurent au bout de leurs mains et surtout une longue queue leur poussa à l'arrière. Des raptors dans les couloirs.

Oh putain.

Sans perdre un instant supplémentaire, Antoine les mis en joue et leur tira dessus. Mais cette fois ci, l'éclair se contenta de les projeter à terre et ils se relevaient dès que le rayon ne les touchait plus.

« Augmente la puissance ! » Lui cria Mathieu alors qu'il esquivait une attaque en se jetant à terre, roulant sur l'épaule avec souplesse et se réceptionnant à moitié debout en tirant sur son assaillant.

Antoine tourna la molette sur son arme et réessaya sur le... le raptor qui lui fonçait dessus. Cette fois se révéla plus efficace puisqu'il ne se releva pas. Il vint au secours de Mathieu en l'aidant à finir le reste des attaquants. Une fois le calme revenu, il baissa son arme et tourna son regard vers Mathieu.

« Je pense que c'est le moment d'avoir cette conversation. »

Pas que ça le dérangeait d'aider Mathieu à combattre des dinosaures avec des putains de pisto-laser, mais il aimerait quand même comprendre un minimum ce qui ce passe. Mathieu hocha la tête et prit une grande inspiration.

« Le CCC a été envahi par des extra-terrestres reptiliens métamorphes, les Raptoriens, qui veulent dominer le monde en s'infiltrant dans toutes les hautes institutions. Le complot des chats n'était qu'une façade, un écran de fumée occultant la vraie menace. Ils contrôlent l'esprit des gens grâce au Contrôleur, et si on ne le détruit pas rien ne pourra empêcher leur plan de réussir. »

A ces mots Antoine resta figé sur place, les yeux exorbités. Ça faisait un peu trop d'informations d'un coup.

« Bordel de merde » fut la seule chose qu'il trouva à dire.

O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

« Vous devez retourner dehors. Nous vous rejoindrons quand nous aurons détruits le Contrôleur

- Pas question qu'on vous abandonne. On arrive tout de suite. »

Pendant un instant de répit, Antoine et Links prirent contact avec les autres via leur talkie et les mirent au courant de la situation.

« C'est trop dangereux. Vous n'êtes pas armé, vous ne serez pas en mesure de vous défendre.

- Ce sera toujours plus utile que si on reste en arrière.

- Non, ce...

- Écoute. Je vois deux façons où ça pourrait mal tourner : soit on viens vous aider et on échoue tous ensemble soit on retourne dehors, vous vous faites prendre, on descend vous récupérer – parce que oui, si t'attend qu'on vous abandonne ici tu peu aller te faire mettre – et on se fait prendre aussi. La seule différence entre les deux c'est que dans la première les chances de nous en sortir sont plus élevés.

- … Ok. Vous êtes où ?

- Avant dernier niveau, près de l'escalier B. Quand l'alarme a retenti nous nous sommes rassemblés et nous nous sommes cachés en voyant passer les agents.

- D'accord. J'ai une idée, voilà ce qu'on vas faire... »

O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Ils avaient un objectif: détruire le Contrôleur. Ils mettraient tout en œuvre l'accomplir, et pour ce qui adviendra ensuite, ils aviseraient. C'était dans cet esprit que Mathieu avait pensé le plan qu'ils allaient mettre en œuvre.

Les agents, ou plutôt les Raptoriens - même si Mathieu avait encore du mal à s'habituer à cette idée - étaient au courant de leur présence et ils ne tarderaient pas à débarquer. S'ils s'interposaient entre eux et le Contrôleur, ils avaient de grande chance d'échouer. C'est pour cela que Mathieu et Antoine s'occuperaient de les distraire et les attireraient loin. Links et Durendal resteraient cacher pour sortir une fois la voie dégagé, et exploseraient le Contrôleur avec le canon. Mathieu et Antoine se dirigeraient vers l'escalier B, comme ça les autres pourraient arriver en renforts et prendre les Raptoriens par surprise.

C'était un bon plan.

Mathieu donna la moitié de ses munitions à Antoine et ils partirent vers l'escalier B. Au début le chemin était libre. Ils couraient pour éloigner le plus vite possible les Raptoriens de la zone du Contrôleur, quand une voix surgie de derrière leur dos les fit tressaillir.

« Vous êtes pleins de surprise Monsieur Sommet. »

Antoine et Mathieu se retournèrent d'un seul geste. Derrière eux, la rouquine diabolique et ses deux acolytes se tenaient à l'autre bout du couloir.

« Et plutôt astucieux. Pour un humain je veux dire. »

Elle cherchait visiblement la provocation, mais ils n'étaient pas armés donc pas un véritable danger. Ils se remirent à courir sans plus se préoccuper d'eux.

Mais à peine eurent-ils parcourut un autre couloir qu'ils firent une rencontre qui les laissa stupéfaits.

« Eh bien Monsieur Sommet, ne faites pas cette tête. Quoi, vous n'aviez pas deviné ?

- Vous n'êtes pas si intelligent en fin de compte.»

Devant eux, la rousse diabolique, un sourire moqueur aux bout des lèvres et les mains sur les hanches, ses deux acolytes à ses cotés. Derrière eux... la même rousse diabolique, les mêmes acolytes et le même sourire honni. Mathieu était perdu. C'était absurde, totalement absurde... à moins que...

Mais bien sûr! Il aurait du y penser avant. Ça expliquait beaucoup de chose.

Métamorphes.

Comme pour confirmer ses pensées, les deux groupes se mirent à se transformer.

« Maintenant ! » lui cria Antoine en l'entraînant avec lui.

Ils s'enfuirent par la droite en tirant au hasard derrière eux. Les Raptoriens s'écartèrent pour éviter leur tirs.

« Ça ne sert à rien de fuir, vous n'avez nul part où aller ! »

Ça ne les empêcha pas de continuer à courir, poursuivis à distance raisonnable – pour éviter les tirs - par leurs assaillants. Ils zigzaguait maintenant au hasard, uniquement préoccupés par le fait de les semer. Mais à force de ne pas regarder où ils allaient, ils atterrirent dans un cul de sac.

« Ils ont raison, dit Antoine en se tournant vers Mathieu. Cette fois je pense que nous n'allons pas pouvoir nous en sortir. »

O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

« J'ai une idée » dit Mathieu.

Il attrapa Antoine par la manche et le ramena un peu en arrière, là où un peu plus tôt il avait aperçu une bouche d'aération.

« Fais moi la courte échelle. Et grouille. » ordonna-t-il.

Mathieu baissa l'intensité de son arme et fit sauter les soudures de la grille. Il s'en saisit et eut aussitôt le réflexe d'écarter ses mains: elle était brûlante. Mais il n'avait pas le temps de faire le difficile alors il serra les dents et se remit à la tâche. Il monta à l'intérieur du conduit et aida Antoine à faire de même.

« Mec, tu devrais sérieusement envisager de faire un régime.

- Je t'emmerde. »

Mais ils entendaient au loin des bruits de pas en approche, alors ils arrêtèrent de plaisanter et accélérèrent le mouvement. Mathieu replaça la grille en place au moment précis où deux Raptoriens débarquèrent. Ils passèrent l'endroit au crible sans rien trouver. Mathieu et Antoine les observaient depuis leur perchoir, écoutant leur conversation.

« Ils devraient être là !

- Ils ont peut-être pris un autre chemin. Nous devrions fouiller les alentours.

- C'est pas vrai, ils ne se sont pas volatilisé ! »

A ce moment un autre Raptorien débarqua. Les autres se raidirent en lui faisant face. Ce devait sans doute être leur supérieur. D'un œil humain il était difficile de les différencier les uns des autres. Seul ses yeux le distinguait: ils étaient rouge vif là où les autres les avaient jaune ou vert.

« Où sont-ils ?

- Nous avons perdu leur trace.

- Quoi ? Comment cela a pu arriver ?

- Je ne saurais dire. Mais nous allons fouiller et nous finirions bien par les retrouver.

- Combien d'entre nous sont disponibles ?

- Zobran est mort. Sept autres ont été touchés par le rayon paralysant d'un Foudroyeur, ils ne se réveilleront que dans trois heures minimum. Autant sont encore debout. Mais nous avons lancé l'alerte générale, les renforts devraient arriver dans 40 minutes environs.

- Nous devrions arriver à les retenir entre temps. Après tout ce ne sont que des humains.

- Prenez garde à ne pas les sous-estimer. Vous ne savais pas non plus comment ils ont pu s'échapper ? Ou se procurer le Foudroyeur ?

- Ils ont reçu de l'aide. Nous avons identifier au moins un individu, et il doit il en avoir d'autre. Sans aucun doute un coup des conjurés. »

Leur discussion réveilla dans l'esprit d'Antoine des interrogations qu'il avait jusque là gardées de coté.

« Vous vous êtes évadés comment, au fait ? Chuchota Antoine

- Conduits d'aérations.

- Et ils n'ont pas pensé à vérifier ? »

Mathieu haussa les épaules.

« Ils doivent pas avoir de film d'espionnage sur... Raptoria ?

- Ça sonne bien, approuva Antoine »

Les Raptoriens partir sans avoir rien remarqué de leur cachette. Antoine et Mathieu attendirent quelques instants puis descendirent quand ils furent sûr d'être en sûreté.

« Tout les agents ont attendus à l'escalier B. Quatre individus à interpeller. Tout les agents à l'escalier B. »

C'était la voix électronique. Leurs amis avaient dû se faire prendre plus tôt que prévu.

« Merde, dit Antoine

- Allons les aider. »

Sans armes, combien de temps tiendraient-ils ? Mathieu n'avait pas envie de le savoir. Ils coururent sans se soucier d'être discret.

« Enfin je vous trouve ! »

La voix venait de derrière eux. Ils se retournèrent. C'était le Raptorien de tout à l'heure, celui qui semblait donner les ordres. Mathieu lui tira dessus, mais il évita. Ce truc était rapide !

« Vas retrouver les autres, je m'en occupe, dit-il à Antoine »

Antoine acquiesça et après un instant d'hésitation fit ce qu'il lui avait dit. Mathieu tira et la bête esquiva encore. Saleté ! Alors il appuya de toutes ses forces sur la gâchette et bougea son arme de tout les cotés sans relâcher le faisceau. Il finit enfin par le toucher.

Sans attendre, il se retourna et couru à la poursuite d'Antoine. Mais à peine avait-il fait quelques mètres qu'une grande force le percuta dans le dos et l'envoya valser face contre terre, lâchant son arme dans la foulée. Mais comment...

L'imbécile ! Il avait baissé le niveau de puissance quand il avait délogé la grille, et sous leur forme d'origine les Raptoriens étaient plus résistants aux tirs.

Il se retourna. Au-dessus de lui, l'extra-terrestre le regardait avec un grand sourire vicieux.

« Bonjour, Monsieur Sommet » dit-il d'une intonation qu'il ne connaissait que trop bien et qui lui donna des frissons.

Il se rapprocha ensuite et dit d'une voix plus basse, comme sur le ton de la confidence, alors que ces yeux rouges lançaient des éclairs de haine :

« Si tu savais depuis combien de temps je rêve de faire ça... »


Un grand merci à Nagetive, Siffly et MoonHeavy pour leurs reviews.