Chapitre 10 : Patron vs Alien
Mathieu roula sur le coté et se releva d'un geste souple. Il était maintenant debout face à la créature, mais désarmé. Et elle était bien plus grande que lui, et surtout bien plus fournie en griffes et crocs pointus. Il prit une position défensive, ce qui sembla grandement amuser son adversaire.
« Qu'est ce que vous croyez être en train de faire exactement, Monsieur Somment ?
- Il me semble que c'est suffisamment évident.
- Vous perdez votre temps, dit le Raptorien en agitant la tête de droite à gauche.
- C'est le mien et ça me regarde, répondit Mathieu d'une voix ferme.
- Ne comprenez vous donc pas? Toute tentative de résistance est inutile! »
L'alien commençait à perdre patience. Tout en parlant il se mit à tourner autour de Mathieu à la façon d'un vautour. Mathieu restait concentré sur ses mouvements et ne le quittait pas des yeux une seule seconde. Il se déplaçait au même rythme que son adversaire, de manière à lui faire face en permanence.
« Nous verrons bien à propos de ça, répondit-il sans se laisser décontenancer.
- Vous n'écoutez pas, dit le Raptorien en secouant la tête de dépit. Quand bien même votre minable petite insurrection réussissait - et vous pouvez être sûr que les chances de ça se produise sont quasi nuls - mais quand bien même. Le sénat impérial n'en restera pas là, soyez en sûr. Nous reviendrons. Et cette fois ci se ne sera pas la subtilité de nos agents, mais bien la force brutal de centaines de vaisseaux de combat et de milliers de soldats suréquipées qui s'abattra sur vous. Pourquoi risquer d'innombrables vies de votre peuple quand il serait bien plus facile de vous soumettre et vous laisser guider en toute délicatesse? Notre avance technologique et culturelle vous permettrait d'évoluer plus rapidement que jamais vous ne pourriez l'espérer seul, cela jusqu'à ce que vous soyez assez mature pour intégrer pleinement le glorieux Empire raptorien. »
Pendant une seconde, Mathieu hésita. Pendant une seconde seulement. Se soumettre aux envahisseurs ? Hors de question. Y'avait aucune putain de chance. Il se repris sur-le-champ, se fustigeant mentalement pour son instant de faiblesse.
« Comme c'est gentil à vous de vous préoccuper des vies humaines, répondit Mathieu, sarcastique. Mais ne vous en faites pas, la Terre est bien moins dépourvue que vous ne semblez le croire. Et pour le reste, non merci. Je pense pouvoir parler au nom de chaque être humain en disant que nous préférons de loin notre liberté à une quelconque avancée technologique. Quand à votre prétendu "supériorité culturelle", et bien... vous pouvez vous là foutre là-où-je-pense. »
A ces mots, la bête se mit à rire. C'était un son qui crissait désagréablement à ses oreilles. Froid, menaçant et surtout terriblement méprisant.
« Votre liberté ? C'en serait touchant si ce n'était pas si terriblement pitoyable. Parce que tu penses que vous serez libre une fois débarrassé de nous ? Laisse moi te révéler une chose, candide créature : jamais de toute les espèces que nous avons dû infiltrer nous n'avons aussi peu eu à employer le Contrôleur. Certes il a fallut infiltrer vos institutions, mais une fois en place il était tellement facile de se faire obéir que nous aurions pu réussir sans même user de notre technologie. Votre société est tellement dépendante de ses élites et formaté à l'obéissance qu'il nous a suffit d'en prendre la tête pour que le reste suive. Vous êtes un peuple passif, par nature voué à la soumission. Nous ne contrôlons même pas encore votre gouvernement qu'il nous fait déjà cadeaux de ces merveilleuses « lois anti-féline » tellement utiles pour opérer dans la discrétion. Si nous avons nous emparer furtivement du pouvoir aussi aisément, alors n'importe quel groupe de votre espèce le peu aussi. Et ils n'auront assurément pas notre bienveillance. »
Ce fut au tour de Mathieu de ricaner comme un dément. Il devrait sérieusement envisager de passer moins de temps avec des aliens machiavéliques.
«Oh joie, une théorie du complot. Non mais sérieux, tu crois m'apprendre quelque chose là? Évidement qu'il existe une élite qui cherchent à nous manipuler, à contrôler attitudes, opinions et désirs. Ça s'appelle le marketing et ça existe depuis l'invention du langage. Oui nous sommes sous influence, mais personne ne peut nous empêcher de remettre en question l'opinion dominante. Que les masses passives soient stupidement aveuglées ou désabusées par ce matraquage condescendant et racoleur, il y aura toujours des indépendants pour se hisser par delà les débris des espoirs et des aspirations avortés des humains et s'exprimer librement envers en contre tout. Nous sommes bien arrivé jusqu'à vous, n'est-ce pas, malgré notre "misérable condition d'humain"? Si nous avons pu faire cela, alors nous pourrons aussi nous débarrasser de n'importe quelle organisation malveillante aux velléités de domination du monde.
- Que d'optimisme Monsieur Sommet! C'est écœurant. »
Sur ce, le Raptorien se jeta sur lui. Mathieu était particulièrement fier d'avoir réussit à lui clouer le bec, même si ce n'était qu'une petite victoire. Il se propulsa à terre à sa droite, fit une roulade et se releva dans son dos quelques mètres derrière. Le Raptorien se retourna et gronda furieusement.
Mathieu n'avait pas peur. Il sentait l'adrénaline pulsant dans ses veines, comme un souffle lui susurrant à l'oreille qu'il était capable de tout. Il avança, imperturbable, vers la monstrueuse créature, un sourire aimable au coin des lèvres. Il était couvert de poussière et de sang alien séché mais avait le regard déterminé du grand héros badass qui vient tout péter. C'était une sensation étrange. Ça devait être l'effet "défonçage d'alien".
Mais pour le moment, c'est plutôt lui qui était en passe de se faire défoncer. Mathieu lui-même n'était pas en mesure de vaincre un putain d'homme-raptor.
Toutefois il connaissait quelqu'un qui en était capable. Quelqu'un qu'il sentait à l'intérieur de lui lutter pour sortir depuis le début des combats.
Alors il relâcha son contrôle et le laissa venir.
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Antoine arrêta de courir quelques mètres avant d'avoir atteint l'escalier B et s'avança plus discrètement. Il se cacha à l'angle d'un couloir et jeta un coup d'œil sans se faire repérer, puis revint à sa position en grimaçant. Ses amis étaient en mauvaise posture. Les Raptoriens les avaient maîtrisés et les surveillaient en les tenant encerclés. Ils étaient six, Mathieu étant en train de s'occuper du dernier d'entre eux. S'il arrivait à en descendre deux, les Raptoriens seraient alors en sous-nombre et lui et les autres auraient une chance de s'échapper avant l'arriver des renforts. Il redressa son arme contre sa poitrine et son regard se posa sur la molette de réglage d'intensité du Foudroyeur (puisque c'était vraisemblablement le nom donné à cette arme par les Raptoriens). La puissance sur laquelle il était réglée était suffisante pour paralyser un Raptorien, mais pour un Humain? Cela pourrait éventuellement être fatal. Il devrait faire très attention en visant.
Il se retourna rapidement à l'angle du couloir et tira. Il en toucha un dans le dos qui s'effondra. Il s'apprêtait à tirer de nouveau mais il dut d'abord esquiver les éclairs d'énergie bleu fonçant sur lui en se remettant à l'abri derrière le mur. Ils étaient armés! Il aurait du y penser. Il entendait maintenant des bruits de pas se précipitant vers lui. Ils étaient encore cinq, soit bien plus qu'il ne pouvait en maîtriser. Mais s'il restait là il ne tarderait pas à se faire prendre.
Alors il sortit de sa cachette et se remit à tirer.
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Le langage corporelle de Mathieu changea subitement. Sa posture se fit plus nonchalante et provocatrice, son regard se voilà dangereusement. Une main dans la poche de son pantalon et pointant l'autre vers son visage, il s'adressa à l'alien de sa voix rauque et agressive – mais aussi terriblement sexy - de patron.
« Regarde bien ma tronche, foutu lézard, et mémorise cette magnifique image avant que j'arrache tes sales yeux de rats de leurs orbites. »
L'alien eut un mouvement de peau du front – ce qui devait probablement correspondre à un haussement de sourcils - .
« Eh bien Monsieur Sommet, ce n'est pas le langa...
- Ta gueule saloperie. Et puisque tu tiens tant à utiliser ta bouche, tu pourrais pas plutôt venir me sucer la bite ? » dit-il en empoignant son entrejambe et l'agitant en un geste suggestif et absolument pas subtil.
Les petits yeux rouge du lézard se plissèrent de fureur et il précipita sur lui, toute griffes - et crocs - dehors.
Qu'est ce que c'est susceptible ces machins là.
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Antoine maintenait la gâchette enfoncée et pointait son arme droit sur les Raptoriens. Il devait essayer d'en avoir au moins un ou deux avant de se faire descendre... Un éclair se dirigea droit sur son visage et il sauta sur le coté au dernier moment, faisant quelques roulés-boulés sur le sol. Une acre odeur de brûlé lui piqua les narines. Il passa une main sur sa tête: le rayon avait cramé une partie de ses cheveux à la gauche de son crâne. C'était pas passé loin. Il relava la tête: trois Raptoriens disposés en cercle autour de lui le tenait en joue. Un autre était couché à terre pas très loin. C'était toujours ça de pris. Espérons que Mathieu s'en sortait mieux de son coté.
Soudain les deux Raptoriens à gauche s'écroulèrent. Ils avaient reçus un éclair énergétique en pleins dans le dos. Le troisième eut le réflexe de se retourner pour voir d'où provenait les tirs et Antoine en profita pour le finir avec son propre pistolet. La bête s'effondra sur lui. Oh putain il était lourd l'animal ! Antoine commença à étouffer. Il gigotait dans tout les sens pour se dégager, et heureusement deux paires de mains – humaines, oh joie – vinrent bientôt à son aide et déplacèrent le corps immobile.
C'étaient Fred et Seb Grenier qui venaient à son secours.
Quand les Raptoriens s'étaient rendu compte de son attaque quatre d'entre eux s'étaient précipités à sa rencontre, n'en laissant qu'un seul pour garder les humains. Grossière erreur. Même s'ils n'étaient pas armés, hors de question pour eux de laisser Antoine se battre seul. A quatre ils avaient réussis à désarmer et maîtriser leur gardien et avaient pu défendre Antoine in extremis.
Benzaie gardait maintenant le Raptorien restant en joue, restant particulièrement attentif pour ne pas commettre la même faute qu'eux. Loki se pencha sur Antoine l'air soucieux.
« Tout vas bien? Tu n'es pas blessé?
- Non ça vas, rien de cassé. Et je n'ai pas été touché.
- Tu as eu une sacrée chance » répondit Loki en l'aidant à se relever.
Ils se tournèrent vers le dernier Raptorien.
« Pas si faible ces humains, n'est-ce pas ? Dit Fred avec une pointe d'arrogance. Fallait pas nous sous-estimer. Vous payez le prix de votre vanité.
- Notre seule erreur fut de vous laissez en vie, siffla l'alien avec un calme qui dissimulait mal sa colère. Et croyez moi, nous ne recommencerons pas. Quand les nôtres arriverons vous regrettez votre insolence.
- C'est inutile. Vous avez perdu. Deux des amis à nous sont parti détruire votre Contrôleur avec un putain de gros canon à éclair. Quand nous partirons, vous n'aurez plus aucun contrôle sur notre monde. Et aucun d'entre n'aura été tué.
- Ils veulent détruire le Contrôleur avec un canon à particules ? »
Le Raptorien se mit à rire à gorge déployée. Antoine fronça les sourcils. La situation lui échappait quelque peu.
« Je ne vois vraiment pas ce qu'il y a d'amusant, repris Fred, dont l'inquiétude perçait néanmoins sous le ton assuré.
- Je me réjouit simplement d'avance de la souffrance que vous causera la mort prochaine de vos amis. » répondit le Raptorien d'une voix suave qui tranchait avec son sourire cruel.
Antoine eut l'impression que la température avait soudainement chuté de plusieurs degrés.
« Vous mentez, dit Grenier. Personne ne mourra.
- Ah oui ? Moi c'est la mort que je leur prédit quand les flux énergétiques du canon et du Contrôleur se croiseront. Et même une bonne grosse mort bien explosive avec tout pleins de flamme, de viande carbonisé et d'insupportables hurlements de douleurs. »
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Quand Antoine et Mathieu étaient parti faire diversion, Durendal et Links avaient patienté quelques instant le temps qu'ils s'éloignent puis étaient partis à la recherche du Contrôleur.
Ils ne firent pas de mauvaise rencontre le long du chemin, mais en arrivant devant la salle ils remarquèrent malheureusement qu'elle était gardé par deux Raptoriens. Deux Raptoriens armés. En combattant ils auraient peut être eut une chance de vaincre, mais leur but était avant tout d'être discret. En outre ils n'avaient pas le droit de prendre le moindre risque d'échec : toute la mission reposait sur eux. Ils se cachèrent donc et attendirent que les autres remplissent leur rôle.
« Tout les agents ont attendus à l'escalier B. Quatre individus à interpeller. Tout les agents à l'escalier B. »
Antoine et Mathieu avaient dû réussir leur mission. Les gardes délaissèrent leur poste. Links et Durendal attendirent qu'ils soient assez éloignés pour s'approcher de la porte. Fermée. Mais n'étaient-ils pas deux gars avec un pistolet à éclair ?
Links ouvrit – ou plus exactement défonça – la porte et ils purent entrer.
Vue d'en bas la colonne avait l'air encore plus impressionnante. Le métal clair de son armature était d'un type inconnu sur Terre et paraissait luire au même rythme que l'énergie bleu qui pulsait langoureusement à l'intérieur.
Links alla monter la garde à l'entrée tandis que Durendal se mit en position face à la colonne pour actionner le canon. Durant tout le temps où il l'avait transporté il avait comprit comment le faire fonctionner. Il plaça donc le canon sur son épaule, pointé droit sur la source d'énergie. Il positionna son corps légèrement de biais, un pied en arrière, pour anticiper le recul que l'appareil de manquerait pas d'avoir.
Et il enclencha le mécanisme de mise à feu.
Ouais je sais, j'ai un faible pour les discours lyriques et naïfs (et clichés (et chiants)). M'excuse, c'est plus fort que moi.
Merci à Nagetive pour sa review ! Maintenant qu'elle et Siffly ne sont plus dispo, j'ai peur que personne ne prenne la peine de commenter ce chapitre... (siouplait, faites moi avoir tort).
Au prochain poste, avant dernier chapitre.
