Chapitre 11 - Parce qu'Antoine est badass
« Eh bien, tu le fais exploser ce machin ? Lança Links derrière son épaule.
- Ça lague... »
Sur le coté gauche du canon, une jauge d'énergie – bleu, mais est-il encore nécessaire de le préciser ? - se remplissait peu à peu. Mince, Durendal n'avait pas pensé à ça.
« Ça vas prendre encore un peu de temps » rajouta-t-il.
Espérons qu'Antoine et Mathieu arrivent à les retenir assez longtemps.
Ils patientèrent dans un silence tendu, Links montant la garde et Durendal les yeux fixés sur la jauge d'énergie qui se remplissait lentement. C'est agaçant comme le temps semble s'écouler au ralentie dans ces moments là. Il sentait l'énergie vibrante s'accroître peu à peu, de même que s'amplifiaient en proportion les tremblements du canon. Il avait déjà enclenché le mécanisme de mise à feu, il n'avait plus qu'à bien maintenir le canon et le rayon partirait de lui même en temps voulu. Des petites gouttes de transpiration se formaient sur son front à cause de la concentration et de la chaleur de la machine.
La jauge était presque pleine quand Antoine déboula dans la pièce en catastrophe et le saisit brusquement à l'épaule.
« Mec il faut partir tout de suite, parvint-il à dire entre deux halètements.
- Attend une seconde, c'est presque fini...
- Tout vas exploser, vite il faut dégager !
- Quoi ?
- Juste, suis-moi ! » aboya-t-il.
Il lui prit le canon des bras et le posa sur le sol, puis l'entraîna hors de la salle sans plus de cérémonie. Durendal le suivit sans poser davantage de questions. A peine eurent-ils fait quelques mètres en dehors de la salle qu'une énorme explosion retenti, suivi de peu par toutes les flammes promises, sortes de langues bleu de feu et d'électricité léchant jusqu'aux murs du couloir en un grésillement strident. Le bruit assourdissant de la détonation leur vrilla les tympans, suivi peu après par le choc sonore des lourdes poutres de métal heurtant le sol et de l'odeur acre de la fumée qui brûle les narines.
Le souffle de l'explosion propulsa Antoine et Durendal en avant et ils firent quelques roulés-boulés sur le sol. Durendal se fit la réflexion qu'il avait un peu trop souvent tendance à se retrouver projeté à terre en ce moment. C'était une habitude agaçante qu'il ferait bien de perdre au plus tôt. Il sentit une vive piqûre sur la joue, porta sa main au visage et recueillit quelques gouttes de sang. Des morceaux de verres avaient volés dans tout les sens et l'un d'eu lui avait entaillé la joue.
« Vous allez bien ? »
Les autres s'étaient précipités vers eux et les aidaient à se relever. Heureusement, aucun d'eux n'étaient trop gravement blessés.
Ils avaient finalement décidé de paralyser le dernier extra-terrestre et de se rejoindre tous au Contrôleur. Antoine était parti devant en courant pour éviter le pire. Il s'en était fallu de quelques seconde, mais il avait réussi à épargner à Links et Durendal une mort atroce dans l'explosion du Contrôleur.
Ils avaient finalement réussis. Le Contrôleur était détruit et ils s'en étaient sortis sans mal. Cela tenait presque du miracle. Quelle équipe de choc! Ils pouvaient souffler à présent. Avec le Contrôleur anéanti, le CCC et toutes les autres institutions infiltrés se rendraient bientôt compte du danger, et ce serait aux gens formés pour ça de prendre -enfin- le contrôle de la situation et de tout mettre en œuvre pour arrêter les extra-terrestres.
Mais d'abord il leur fallait dégager au plus vite. Avant que les renforts n'arrivent.
« Attendez, dit subitement Antoine, où est Mathieu ? »
O-O-O-O-O-O-O-O-O-O
Le Patron était un redoutable combattant. Non seulement son mode de vie lui avait appris à gérer toute sorte de situations risquées, mais s'était surtout un adversaire sournois, déloyal, vicieux, sans pitié ni honneur. Et complément taré aussi. Il avait donc un certains talent pour trouver le moyen – n'importe quel moyen - de s'en sortir en toute circonstance.
Toutefois, le combat contre des extra-terrestres-raptors-agents-secrets, c'était inédit. Et malgré tout ses efforts et son habilité, il se faisait dominer, ce qui allait totalement à l'encontre de sa nature profonde.
Il essayait d'esquiver les assauts du mieux qu'il pouvait. Ses coups à lui n'avaient pas beaucoup d'impact. Le lézard avait la peau dure et épaisse.
Il ne pu éviter quand la furieuse créature le mordit profondément à l'épaule. Il jura en sentant les crocs s'enfoncer en lui et déchirer ses chairs, la douleur atroce faisant vaciller son champ de vision. La bête maintint sa prise et secoua la tête, histoire de faire encore plus de dégâts. Charmante bestiole. Elle finit par le propulser contre un mur. Sa tête heurta violemment la paroi et il sombra dans l'inconscience.
O-O-O-O-O-O-O-O-O-O
Mathieu fut brutalement réveillé par une douleur cuisante sur sa joue droite. Quelque chose venait de le frapper. Fort.
On le gifla encore et il cligna des yeux. Lorsque la main ennemie s'approcha de son visage pour la troisième fois, il leva le bras et la saisit au poignet. Sa prise était très faible mais elle stoppa quand même son mouvement. Il papillonna des paupières. Le monde autour de lui était comme couvert de brouillard.
« Mathieu ? Tu m'entend ?
- Qu'est-ce qui se passe ? bredouilla-t-il
- Un dinosaure de l'espace à essayer de te bouffer »
Ah. Bien. Tout était clair maintenant. Bordel.
Il essaya de se redresser mais à peine eut-il esquisser un mouvement qu'une douleur lancinante lui vrilla les tympans, se rajoutant à celle de son épaule qui s'éveilla au même moment. Sa tête lui paraissait pleine de coton et la migraine n'arrangeait rien à sa confusion. Il grimaça, ferma les yeux et essaya de se rappeler. Il se souvenait avoir fait face à un Raptorien. Il était désarmé... et puis plus rien.
« Il est conscient ? » Entendit-il Loki demander.
Les voix autour de lui semblaient parvenir d'une autre dimension.
« Maintenant oui, dit Antoine.
- Je vais l'examiner. »
Il sentit qu'on le manipulait et soignait son épaule. Il reconnut vaguement le bruit d'une chemise que l'on déchire et que l'on attacha en écharpe autour de lui. Le tournis dans sa tête l'empêchait de penser clairement. Son esprit était lent et il avait mal.
Quelqu'un le releva, passa un bras autour de sa taille et mit celui valide de Mathieu par dessus ses épaules, supportant ainsi une majorité de son poids. Cela le réveilla plus que les voix et il se força à prendre un peu plus conscience de son environnement. Bouger faisait battre le sang dans ses tempes d'une manière assez insupportable, mais il ne protesta pas et se contenta de suivre Antoine. Le trajet vers la sortie fut un moment flou dans son esprit et il passa la majeur partie dans une demie-conscience.
Quand ils sortirent enfin, la morsure du froid le revigora et il reprit quelques peu ses esprits. Il devait être aux environs quatre heures du matin. Les premières lueurs de l'aube pointaient déjà à l'horizon, comme un trait d'encre rouge bavant sur le ciel bleu pétrole.
Descendre par l'arbre ne fut pas une partie de plaisir, mais avec l'aide d'Antoine il finit par y arriver. Outre le troupeau d'éléphant dansant la samba dans son crâne et son épaule droite rendue indisponible pour avoir servi de casse-croûte, il respirait aussi avec difficultés. Le sifflement mouillé sortant de sa gorge devait avoir quelque chose à voir avec un de ses poumons perforé et une ou deux cotes fêlées.
Bref, c'était pas la joie.
Et ils avaient encore de la route a faire avant d'arriver à leurs voitures. Mathieu ayant du mal à tenir la cadence s'appuyait de plus en plus sur Antoine qui le supportait tant bien que mal.
« Allez mec, encore un petit effort, dit Antoine. Et au fait, est ce que tu pourrait arrêter de crever? Parce que t'es en train de dégueulasser ma chemise là mon pote. »
Antoine n'arrêtait pas de parler. Ça sonnait comme un bourdonnement irritant aux oreilles de Mathieu, et franchement il n'avait pas besoin de ça en plus de tout le reste.
« Non mais sérieux, repris Antoine. J'aime pas te voir comme ça. C'est carrément tue-l'amour.
- Antoine ?
- Oui ?
- Ta gueule. »
O-O-O-O-O-O-O-O-O-O
Quand Antoine s'était aperçu de l'absence de Mathieu, tout le groupe était immédiatement parti à sa recherche. Peu importe le temps que ça prendrait, ils ne partiraient pas sans lui.
Ils l'avaient finalement trouvé évanouie près du corps des reptiles, au niveau de l'escalier B. Le Raptorien qui l'avait assommé avait du comprendre en trouvant ses collègues paralysés qu'il n'avait que peu de chance contre les – pas si faibles au final – humains, et avait décidé de leur abandonner Mathieu.
Celui-ci était mal en point et Antoine dû l'aider pour sortir du bâtiment. L'urgence était pressante, car les renforts pouvaient arriver d'un instant à l'autre, et le blessé les retardait indubitablement.
Antoine avait été soulagé quand finalement Mathieu s'était remis à lui parler, même si c'était uniquement pour lui faire fermer sa gueule. Il l'avait sans doute mériter, mais c'était plus fort que lui, dès qu'il s'inquiétait sa bouche s'animait d'une volonté propre pour compenser son malaise, et dans ses moment là son taux de conneries débitées à la seconde battait des records.
Ils étaient à mi-chemin entre le bâtiment et la brèche dans la grille par laquelle ils étaient entrés, quand des dizaines de voitures noirs appartenant au CCC déboulèrent et s'interposèrent entre eux et la sortie. Des hommes et femmes en sortirent et se transformèrent aussitôt.
Ils reculèrent instinctivement, même s'ils n'avaient aucun moyen de leur échapper. Mathieu se redressa et voulu se débarrasser de l'aide d'Antoine, mais celui-ci maintint fermement sa prise. Ce n'était pas le moment de jouer les durs.
Une voix doucereuse résonna dans leur dos.
« C'est fini. Vous avez perdu. »
Ils se retournèrent. Le Raptorien resté à l'intérieur du bâtiment était revenu et se tenait juste derrière eux. Il devenait difficile de maintenir une distance de sécurité avec tout les extra-terrestres en présence.
Le Raptorien aux yeux rouges se tenait droit et fier devant eux, une lueur suffisante dans son regard de sang. Dans les reflets de l'aurore, son visage accrochait bizarrement la lumière capricieuse, lui donnant un air encore plus étrange – si tant est que ce soit possible -.
« N'empêche, je me demande, repris le Raptorien. Vous. Humains. Vous êtes plus faible, plus fragile. Plus stupides. Comment avez vous fait pour triompher de tant des nôtres?
- On est plus géniaux? » Répondit Antoine du tac au tac.
Dans ta gueule, connard d'alien. On vas voir qui des deux est le plus stupide.
« Et d'une telle arrogance... » siffla le Raptorien.
Antoine eut un souffle amusé. Armé de son meilleur regard si-tu-crois-que-ça-m'impressionne, il leva un sourcil dubitatif et croisa les bras sur sa poitrine.
« Tu peux parler, répondit-il. J'te signale - au cas ou t'aurais oublier - que tu est le type qui a vu son équipe de connards se faire défoncer parce que son ego était tellement démesuré qu'il l'empêchait de voir quand il allait s'en prendre une... Si c'est ça les forces d'invasion extra-terrestre, et bien la Terre peut dormir sur ses deux oreilles. Pas étonnant que vous vous soyez éteint y'a 65 millions d'années.»
Son attitude était confiante, nonchalante et sa voix sortait d'un ton calme et léger. En revanche, le Raptorien en face de lui avait l'air de pouvoir exploser d'une minute à l'autre. Il fulminait, ses poings étaient serrés et Antoine ne serait pas surpris si de la fumée se mettait à sortir de ses narines. Ô créatures orgueilleuses, tellement facile à mettre en rogne.
« Je vais t'arracher le cœur, repris l'alien d'une voix blanche de colère, et tu le regarderas palpiter entre mes griffes alors que tu hurleras d'agonie.
- Ouais, ouais. On verra à propos de ça. »
O-O-O-O-O-O-O-O-O-O
Mathieu pouffa doucement. Il n'était pas aussi effrayé qu'il aurait du l'être. Antoine avait toujours eu un don pour emmerder les gens, mais là il atteignait carrément le mode expert. Ça n'aurais pas du être si agréable, parce qu'il y avait toujours ce risque de mourir qui augmentait à chaque fois qu'il ouvrait la bouche, mais voir Antoine se foutre de la gueule de l'alien avec tant d'ardeur le mettait irrésistiblement en joie.
« Vas falloir revoir ta gestion des menaces de morts, lui chuchota Mathieu pendant que l'alien continuait de le menacer avec plus ou moins d'inventivité. Ta grande bouche vas finir par nous attirer des ennuis un jour... Enfin davantage d'ennuis. Dans la mesure du possible.
- T'inquiètes mon poussin, je serais toujours là pour voler à ton secours.
- Faut bien que tu serves à quelque chose.
- Tu devrais arrêter d'être tellement aimable. Les fan-girls vont jaser.»
Remarquant qu'il n'était pas écouté, le Raptorien arrêta de parler et se rapprocha d'eux. Avant qu'il n'est pu mettre ses menaces à exécution, d'autres voitures débarquèrent derrière eux et les encerclèrent.
Ô joie, encore plus d'extra-terrestres.
Merci à Kidalie pour sa review :) et ne t'excuse pas enfin, tu n'es pas obligé de commenter à chaque fois (mais ça fait toujours plaisir).
Prochain chapitre, dernier chapitre.
