ORE NO IMOUTO GA KONNA NI KAWAI WAKE GA NAI
VOLUME FINAL
chapitre 3.9
Mes placards étaient presque vides, tout comme mon bureau et ma petite étagère.
Le sol lui était couvert par cinq grosses valises à roulettes qui contenaient à présent la majorité de mes affaires. J'avais passé la matinée à ranger tout ce que je voulais emporter dans ces malles pour pouvoir avoir la soirée de libre. Un rendez vous particulier m'attendait en effet à 21h30. Celui là même que j'avais fixé le jour des résultats de Kirino à son collège avec Ayase. Elle m'avait envoyé un SMS ce matin d'ailleurs pour me demander si je n'avais pas oublié « ce truc ». Evidemment que je n'avais pas oublié. J'avais même colorié la date et l'heure en rose fluo sur le calendrier à droite de mon bureau. Si jamais je partais du Japon sans donner une réponse une fois pour toute à Ayase, elle serait capable de me suivre jusqu'en Europe pour me faire payer mes mensonges.
Mais dans l'immédiat, un autre problème me tourmentait.
Ma petite sœur et moi n'avions toujours pas réussi à nous réconcilier. Et si je ne faisais rien avant demain matin, alors je laissais probablement ma dernière chance de trouver une solution à notre problème. Peut être alors que l'on se détesterait pendant des années, voire pour toujours. Cette pensée me hantait depuis deux mois maintenant. Malgré ce qui s'était passé à l'Excelsior il y a dix jours maintenant, je n'avais pas trouvé ce que Kirino voulait que je fasse pour qu'elle me pardonne tout ce qui s'était passé.
Alors que maman nous avait appelé pour le repas de midi, ma sœur et moi nous nous étions encore croisé dans l'escalier. Kirino devant moi, j'avais encore tenté de l'aborder mais je ne reçu comme réponse que son habituel « La ferme ». Son ton était moins convaincant que d'habitude par contre. Est-ce que c'était ma chance ? Si je ne faisais rien aujourd'hui, autant baisser les bras tout de suite.
« Alors Kyosuke, tu as fini de faire tes valises ? » m'avait demandé ma mère pendant le repas.
« Ah, oui c'est presque fini. Je me suis même occupé de la reservation du taxi. Il sera là à 10h30 » avais je répondu en entamant mon assiette de curry.
« Tu n'oublieras pas de nous écrire hein ! l Oh ! Et n'oublie pas, si tu peux avoir un autographe des joueurs de l'équipe de foot de Manchester ! » s'était écrié maman. On ne l'aurait pas cru mais c'était une grande fan de football.
« Ha ha. Oui ne t'en fais pas, j'y penserai » avais je rétorqué un peu amusé.
Durant le repas, Kirino n'avait une fois de plus pas dit un mot au sujet de mon départ. Elle ne parlait que d'elle pendant les repas. Et encore, seulement quand elle daignait parler en ma présence.
A la fin du repas, ma sœur sortit de table comme à son habitude après avoir lavé ses couverts et s'était installée dans le salon pour lire un magazine. Alors que j'allais moi aussi me lever, papa était soudainement sorti de son silence.
« Kyosuke. Attend une seconde »
« Papa ? Tu as besoin de quelque chose ? »
« Tiens. Prend ça » me dit il en me tendant un mini classeur avec des polycopiés dessus.
« Ah ? Qu'est ce que c'est ? »
« Ce sont des recommandations sur ce que tu dois faire et ce que tu dois éviter une fois que tu seras en Angleterre » avait déclaré très sérieusement mon père. « Par exemple, tu ne dois pas manger de viande au petit déjeuner comme le font les Anglais. Quand tu traverses, tu dois faire très attention car les conducteurs là bas sont très incivilisés. Si tu as une petite copine d'origine anglaise, tu dois te renseigner sur elle avant d'avoir des rapports sexuels. Elles ont la réputation de … »
« D'accord ! J'ai compris ! » m'étais je écrié en coupant un peu brutalement mon père tant ses fameuses « recommandations » commençaient à être gênantes.
« Bon, je compte sur toi alors ! » dit fermement papa avant de se lever de table.
J'étais soulagé que la discussion se soit arrêtée ici mais j'avais été aussi agréablement surpris. Je n'aurais jamais pensé que papa fasse autant de recherches pour moi bien que ses recommandations avaient l'air de tenir plus du préjugé qu'autre chose. En regardant un peu le classeur qu'il m'avait donné, on aurait pu l'intituler sans problème « guide de survie en milieu hostile pour le japonais moyen ». Je l'avais pris avec moi pour ne pas vexer papa même si je ne pensais pas l'emmener en Angleterre de peur de déclencher un incident diplomatique si des anglais tombaient dessus par mégarde. C'est vrai que mon père n'avait jamais eu l'occasion de voyager dans sa jeunesse, d'où tous les stéréotypés qu'il avait sur les pays étrangers.
Au moment où j'étais remonté dans ma chambre, Kirino était toujours affalée dans le salon. Moi qui voulais lui parler après avoir repris des forces, c'était râpé. En retrouvant mes valises qui jonchaient le sol, l'urgence de la situation m'était à nouveau revenue en mémoire. En désespoir de cause, j'étais sur le point d'appeler Kuroneko pour qu'elle m'en dise plus sur ce que souhaitait de moi Kirino lorsque tout à coup, j'entendis quelqu'un monter les escaliers.
C'était Kirino. J'en étais sûr. Je connaissais bien ses pas maintenant. Mais au lieu d'aller directement dans sa chambre, ses pas s'étaient arrêtés juste devant la mienne. Elle était restée comme ça quelques secondes puis elle allait s'apprêter à repartir sans s'être manifesté.
Mais cette fois ci, je n'allais pas la laisser faire. J'avais jeté mon téléphone et j'avais ouvert précipitamment la porte. Kirino se tenait juste derrière. Elle venait à peine de se détourner de ma porte pour se diriger vers la sienne.
« Oh ! » fit Kirino de surprise en me voyant.
J'avais regardé ma sœur dans les yeux pendant quelque secondes en même temps que j'étais rentré dans le couloir au fur et à mesure que elle, reculait.
« Maintenant ça suffit ! » avais je fini par dire fermement.
« H … Hein ? Qu'est ce qui te prend ? Fous moi la paix ! » m'intima Kirino sur un ton hautain en s'apprêtant à me tourner le dos pour se défiler.
Encore une fois, j'avais pris les devant et je lui avais saisi le bras pour l'empêcher de s'enfuir.
« Aïe ! Tu me fais mal ! C'est quoi ton problème ! » avait protesté ma sœur en se débattant.
« Dis moi ce que tu attends de moi ! »
J'avais lancé fermement cette phrase à ma sœur. Si fermement qu'elle en avait été surprise au point d'arrêter de se débattre. En voyant qu'elle n'avait plus l'intention de fuir, j'avais relâché mon étreinte sur son bras. Mais je ne l'avais pas quitté des yeux une seule seconde.
« Si ce que tu veux, ce n'est pas que je reste, alors dis moi ce que c'est ! » avais je poursuivi après un petit silence sur un ton toujours aussi ferme.
Kirino soutint mon regard tout en serrant les poings au niveau de sa poitrine. Ses yeux commençaient à être un peu humide. Je n'aimais pas voir ma sœur pleurer mais s'il fallait en arriver là pour obtenir une réponse, alors je m'étais préparé à le faire. Je n'avais plus le choix.
« Je … » avait commencé à marmonner Kirino en baissant légèrement son regard.
« Hein ? Je n'entends rien du tout ! » avais je vociféré.
« Tu … Tu ne comprendrais pas de toute façon » balbutia ma sœur sur un ton à peine plus audible.
« Hein ? Et comment tu veux que je le sache si tu ne me le dis pas ? Demain je serai parti et on ne se reverra peut être pas avant l'année prochaine. Ça te convient vraiment qu'on se quitte en en restant là ?! » m'étais je écrié en levant encore un peu le ton.
« B … Bien sûr que non, imbécile ! » avait protesté énergiquement Kirino en relevant la tête.
« Alors crache le morceau ! » répondis je ulcéré.
« Oh là, qu'est ce qui se passe ici ? »
Papa venait de monter les escaliers et nous avait vu en train de nous disputer. Ou tout du moins, ça pouvait ressembler de loin à une banale dispute frère-sœur comme Kirino et moi en avions souvent eu. Papa ne pouvait pas se douter que c'était plus profond que ça cette fois.
« Oh ... » fis je surpris mais aussi un peu frustré que mon père vienne nous déranger. « C'est rien. Kirino et moi avions … »
Je n'eus pas le temps de désigner ma sœur qu'elle s'était déjà enfermée dans sa chambre.
« Kyosuke … » s'adressa mon père à moi en voyant la scène. « Ta relation avec Kirino s'est dégradée ces dernières semaines non ? »
« Eh bien … On s'est un peu disputé c'est vrai » répondis je un peu embarrassé.
Mon père s'était mis juste devant moi comme si on s'apprêtait à disputer un combat de boxe. Je déglutis un peu difficilement devant cette situation sans oser briser le silence glacial qui s'était installé. Je savais que ma relation avec Kirino comptait beaucoup pour papa depuis que maman m'avait raconté son drame dans le passé. J'aurais voulu lui dire que j'avais tout fait pour arranger les choses mais son regard ferme et lourd de reproche écrasait totalement mon répondant.
« Kyosuke ! » avait hurlé mon père en étant face à moi. « Tu es le grand frère alors c'est à toi qu'incombe la responsabilité de régler le problème. Je vais faire une sieste avant de prendre mon service ce soir. Demain matin, je veux que tout soit réglé entre vous ! »
Sur ces mots, mon père se remit en marche et s'isola dans sa chambre, me laissant seul dans le couloir. J'avais poussé un gros « ouf » de soulagement en le voyant disparaître. J'avais vraiment cru avoir droit à une raclée cette fois. Néanmoins, ma frustration d'avoir été interrompu avec Kirino venait de reprendre le dessus. Alors qu'elle s'était enfermée dans sa chambre, j'avais décidé au bout d'une minute que ça n'allait pas en rester là.
« Ohé ! Kirino ! Ouvre moi ! » m'étais je exclamé sans crier trop fort pour ne pas déranger papa.
J'avais toqué à sa porte quelques minutes mais rien n'y fit, aucune réaction. Dépité, j'avais fini par retourner dans ma chambre tout en retrouvant du même coup mes valises me rappelant que le temps m'était desormais compté. A bout de nerfs, j'avais décidé d'imiter papa en faisant une petite sieste pour me remettre d'aplomb. Heureusement que j'avais mis mon réveil car j'avais dormi bien mieux que je ne le croyais. Il était déjà 20h00 lorsque je m'étais finalement levé !
Mon rendez vous avec Ayase approchant, je m'étais juste changé vite fait avant de refaire rapidement mon lit. En regardant par la fenêtre, j'avais vu que la pluie avait commencé à tomber. J'avais espéré que ce ne soit pas mauvais signe pour mon rendez vous. De toute manière, j'avais prévu de refuser sa déclaration quoi qu'il arrive. Je devais cette faveur à Kirino de toute façon. Et qui sait, avec un peu de chance, c'était parce que j'avais fait traîner les choses avec Ayase que ma sœur m'en voulait. Peut être.
En sortant de ma chambre, j'avais jeté un bref regard sur celle de Kirino. Je voulais encore essayer d'aller lui parler mais j'étais sûr qu'elle réagirait comme d'habitude.
« Hé Kirino ! Je vais à mon rendez vous chez Ayase ! » avais je déclaré suffisamment fort pour qu'elle puisse m'entendre.
Mais aucune réaction. Même un « Crève siscon ! » m'aurait donné un peu d'espoir au point où j'en étais. Tant pis, je m'étais résigné cette fois. Tout ce que je pouvais faire, c'était respecter ce dernier pari stupide que j'avais fait avec elle.
Une fois sur la route, je m'étais rendu compte que je n'étais pas tellement en retard que ça en fin de compte. La peur d'arriver à la bourre à un rendez vous avec Ayase avait sûrement détraqué mon horloge interne. Comme elle n'habitait pas trop loin de la maison, j'avais décidé de faire un petit détour dans un café à proximité pour me changer les idées. Comme il pleuvait, j'étais rentré directement à l'intérieur avant de replier mon parapluie. Mais alors que je m'apprêtais à m'asseoir innocemment à une des tables qui étaient libres, une voix à ma gauche attira mon attention.
« Oh ! Siscon no Oji-sama ! C'est toi ? »
Cette voix, ce ton hautain et ce sarcasme à toute épreuve … Il n'en fallait pas plus pour que je reconnaisse Kanako avant même d'avoir porté mon regard vers elle.
« Ah ! C'était bien toi ! » rajouta t'elle en me faisant signe de la main.
« Qu'est ce que tu fais ici ? Et c'est quoi ce surnom affreux ?! » lui avais je demandé un peu outré après m'être dépêché de l'avoir rejoint à sa table.
« Hein ? Tu n'es pas au courant alors ? » fit Kanako perplexe.
« Au courant de quoi ? » avais je rétorqué en soupirant avant de m'asseoir à sa table.
« Eh bien, quand tu es venu au collège avec Kirino et que tu as crié tout fort « j'aiiiime ma petiiite sœur ! » » m'avait grossièrement singé Kanako en adoptant un air abruti.
« Moins fort ! » lui avais je intimé en rougissant en m'apercevant que les gens qui nous entouraient s'intéressaient à notre conversation.
« Et quand tu as commencé à lui courir après, on a tous cru que c'était pour lui faire des trucs pervers » avait poursuivi cette petite merdeuse en prenant son sourire insolent habituel.
« Et qui a suggéré cette idée à tout le monde ? » m'étais je exclamé en ayant l'air de connaître déjà la réponse.
« Eh bien … » avait marmonné Kanako un peu gênée.
« Je m'en doutais … » avais je répliqué sur un ton calme mais grondant. « Oh ! Et c'est quoi ce surnom horrible par lequel tu m'as appelé tout à l'heure ? »
« Surnom horrible ? Pourtant, quand je t'ai appelé comme ça, tu t'es retourné tout de suite » souria Kanako avec son impertinence naturelle.
« C'est uniquement parce que j'avais reconnu ta voix ! » m'étais je virulemment défendu en gigotant.
« Ce surnom, c'est celui qu'on t'a donné après que tu sois parti du collège. Mais cette fois, je n'y suis pour rien ! » s'était exclamée Kanako.
« Ah … Bon sang » avais je râlé en frottant une de mes mains contre mes cheveux.
« Et toi, qu'est ce que tu fais ici au fait ? Tu allais chez Ayase ? » poursuivit Kanako et dégustant la glace qu'elle avait commandé.
« Hein ? Ah, oui j'allais là bas. Comment tu as deviné ? »
« Elle habite tout près d'ici. D'ailleurs j'en viens, Misaki nous y a déposé moi et Bridget après notre séance photo d'aujourd'hui. »
« Hein ? Bridget-chan ? Elle est avec toi aussi ? »
« Oui, elle est allé aux toilettes se changer. Elle est resté trop longtemps chez Ayase et comme elle n'avait pas de parapluie, elle était trempée en arrivant ici » soupira Kanako.
« Je vois. Oh ! On dirait qu'elle arrive » avais je dit en la désignant du doigt.
« Oh ? Kyosuke-san ? Bo … Bonjour » m'avait adressé Bridget en m'apercevant.
« Ne sois pas timide » lui avais je dit en souriant en voyant qu'elle paraissait un peu gêné de me parler. « Ayase n'est pas là cette fois » avais je poursuivi fier de ne pas être la bête noire du groupe.
« Oui Bridget, c'est bien lui le Siscon no Oji-sama dont je t'avais parlé » déclara Kanako entre deux cuillerées de glace.
« Arrête de m'appeler comme ça ! » avais je protesté en me levant presque de ma chaise.
« Ne te fatigue pas, je lui ai déjà raconté toute l'histoire à propos du collège » m'adressa Kanako un sourire sarcastique aux lèvres.
« Raaah ! » m'étais je écrié en me prenant les cheveux avant me calmer. « Euh … Bridget-chan, tu sais il ne faut pas toujours croire tout ce que dit Kanako » avais je essayer de me justifier
« Non … En fait … » commença timidement à répondre Bridget en jouant avec ses doigts. « En fait je trouve ça fantastique ! » s'était elle finalement écriée.
« Heiiin ?! » avait réagit Kanako en étant limite choquée.
« Je veux dire … Un … Un grand frère qui ose avouer en public son affection profonde envers sa sœur … C'est vraiment émouvant ! » ajouta Bridget avec conviction.
« Ah … Tu … Tu penses ? » avais je répliqué à la fois un peu interloqué et embarrassé.
« Oui ! » me confirma t'elle avec un grand sourire.
« Dis … » déclara Kanako à Bridget en la regardant un peu perplexe. « Tu passerais pas un peu trop de temps avec Mikagami en ce moment ? »
« Hein ? Mais … Mais pas du tout Kanako-chan ! Qu'est ce … Qu'est ce que tu vas t'imaginer ? » s'était défendue Bridget en battant des bras dans tous les sens non sans rougir un peu.
« M'ouais … Il faudra que j'aie une conversation avec ce type la semaine prochaine » répondit Kanako peu convaincue.
« Et … Et donc Kyosuke-san ! » s'était reprise Bridget qui voulait apparemment détourner l'attention sur moi. « Qu'est ce que vous faites ici ? »
Kanako en avait profité pour revenir à la charge sur le sujet vu que je n'avais pas vraiment eu le temps d'y répondre tout à l'heure. J'avais décidé de ne pas lui parler du pari stupide que j'avais fait avec Kirino. Après tout, je pense que ma réponse aurait été la même de toute façon. Je m'étais donc contenté de dire que je me rendais chez Ayase pour lui faire savoir que je ne voulais pas qu'elle devienne ma petite amie. En entendant ça, Kanako en avait avalé sa glace de travers.
« Tu … Tu vas rejeter Ayase ? Pour de vrai ? » avait finalement réussi à prononcer Kanako encore sous le choc.
« Kanako-chan ! N'en fait pas trop ! » s'était inquiété Bridget en voyant son amie virer au violet.
« Oui … » avais je répondu timidement. « Pas de quoi en faire toute une histoire » avais je répliqué pour dédramatiser la situation.
« C'est toute une histoire au contraire ! » m'avait violemment rétorqué Kanako en se levant. « Ah là là franchement … Tu as une idée de tous les types qui lui ont fait la cour et qui se sont pris un râteau avec elle ? » me raconta t'elle un peu dépitée en se rasseyant.
« Sans doute … Mais c'est comme ça » répondis je un peu embarrassé. « Je ne l'aime pas. Ce serait la trahir si je sortais avec elle »
« Hein ? Alors … Ça veut dire que … Tu es vraiment amoureux de ta sœur alors ! » s'écria Kanako en me montrant du doigt.
« J'ai dit moins fort ! » avais je protesté alors que les clients du café à côté de nous me dévisageaient à nouveau. « Ma décision n'a rien à voir avec Kirino ! » tentais je de me justifier auprès de Kanako une fois qu'elle fut calmée. « Je l'aime beaucoup c'est vrai mais … Ça s'arrête là ! » concluais je fermement.
« Oh ? » fit Kanako dubitative en tapotant son téléphone contre la table. « Dis moi … J'ai entendu dire que Kirino et toi vous étiez un peu en froid à cause du fait que tu t'en ailles demain en Angleterre pas vrai ? »
Hein ? Cette sale gamine était vraiment bien renseignée !
« Euh … Oui c'est vrai » reconnu je à demi mot
« Alors pourquoi tu vas perdre ton temps chez Ayase au lieu d'essayer d'utiliser le peu de temps qu'il te reste pour arranger les choses avec ta sœur ? » m'avait foudroyé Kanako sur un ton sérieux cette fois ci.
« Kanako-chan … » avait tenté d'intervenir Bridget en voyant que son amie commençait à s'emporter.
« Ce … Ce n'est pas aussi simple ! » avais je répliqué en haussant le ton à mon tour. « J'ai tout fait pour que l'on s'entende à nouveau. Je me suis pris la honte de ma vie à son collège … Je lui ai envoyé des tas et des tas de messages … J'ai tambouriné à sa porte jusqu'à en avoir des bleus aux mains … »
Je m'étais arrêté pendant quelques secondes pour reprendre mon souffle. Le souvenir de tous ces événements avait fait ressurgir la colère et la frustration que j'avais éprouvé en début d'après midi.
« J'étais même prêt à renoncer à aller à Angleterre pour pouvoir rester là pour elle ! » avais je conclu en heurtant la table avec la paume de ma main. « Mais même ça, ça n'a pas suffit ! »
« Je vois … » avait simplement réagit Kanako un peu déçue pendant que je reprenais mon souffle.
Un petit silence s'installa entre nous qui n'avait été troublé que par les petites plaintes d'embarras de Bridget qui ne savait pas comment réagir face à notre discussion.
« Mais … » m'étais je repris après avoir baissé la tête. « Il s'agit de ma sœur ! Mon unique petite sœur » avais je déclaré en force. « Alors … Même si elle me hait pour une raison que j'ignore … et que je part sans avoir pu arranger les choses … Moi je continuerai de l'aimer toute ma vie ! » avais je conclu juste assez fort pour ne pas être entendu par nos voisins de table.
Kanako fut soudainement étonnée par mes paroles alors qu'elle avait plutôt eu l'air de me trouver pathétique jusque là. Elle s'apprêta à me dire quelque chose mais son amie l'interrompa par surprise.
« Whôooaw ! Génial Kyosuke-san ! C'était magnifique ! » s'excita toute seule Bridget en levant les bras. Elle était tellement enthousiaste qu'elle aurait pu en pleurer.
« Franchement … Tu t'enflammes vraiment pour un rien toi » s'était contentée de réagir Kanako en paraissant ne plus être intéressée par moi.
J'avais affiché un petit sourire involontaire en regardant ces deux là interagir entre elles tellement leurs caractères étaient différents. Une petite fille mignonne d'un côté et l'autre petite merdeuse de l'autre. Je m'étais imaginé à quoi devait ressembler leur journée de travail en séance photo. « Pauvres photographes » m'étais je dit à moi-même en voyant Kanako s'énerver face à l'attitude candide de son innocente partenaire.
Puis, en jetant un coup d'œil rapide à ma montre, j'avais soudainement vu que mon rendez vous avec Ayase approchait et que je ne devais plus traîner.
« Les filles, je suis désolé mais je vais devoir vous laisser » leur avais je dit en me levant et en sortant mon porte monnaie pour payer ma part.
« Ah, attends ! Je … » avait commencé à déclarer Kanako avant que je ne l'interrompe.
« Non je ne réglerai pas toute l'addition cette fois ci » lui avais je rétorqué fermement mais avec le sourire.
« Heiiin ! » me répondit elle vexée. « Ça n'a rien à voir avec ça idiot ! »
« Hum … Bon je t'écoute mais en vitesse alors » avais je répliqué en me rasseyant tout en me demandant ce que cette petite merdeuse allait bien pouvoir encore me demander.
« Je t'aime » déclara simplement Kanako en me regardant.
« H … Hein ? » avais je dit en restant bouché bée comme un idiot.
« Tu veux sortir avec moi ? » se contenta t'elle de poursuivre avec un air sérieux.
Quelques secondes s'écoulèrent avant que je ne réagisse enfin.
« Heiiin ?! » nous étions nous finalement écrié en chœur moi et Bridget
« Alors, tu veux oui ou non ? » commença à s'impatienter Kanako en dévorant le fond de sa coupe de glace.
« Euh … Kanako … Comment dire … » avais je commencé à bégayer en voyant qu'elle était sérieuse. « Entre nous … Je ne pense pas que ce soit possible … » finis je par formuler en rougissant.
En entendant ma réponse, Kanako avait fini tranquillement ce qui lui restait de sa glace avant de se lever pour me répondre :
« Ah … Dommage » se contenta t'elle de dire avec une expression qui donnait effectivement l'impression qu'elle n'en avait rien à faire. « J'aurais été la reine aux prochaine séances photos si j'avais pu sortir avec le gars qui s'apprête à aller mettre un râteau à Ayase Aragaki » m'avait elle chuchoté en passant à côté de moi avant de me faire un rapide bisou sur la joue.
Un peu ébranlé par la situation, il m'avait fallu quelques secondes pour réagir.
« K … Kanako espèce de … » avais je commencé à rugir en me retournant pour la voir sortir elle et Bridget du café.
« Bye bye, Siscon no Oji-sama ! Et bonne chance ! » m'avait lancé Kanako avant de sortir, me mettant une nouvelle fois la honte devant tout le monde.
« Ah … Tout ça pour ça » soupirais je une fois seul.
Seul ? Pas totalement. Cette petite peste était partie en laissant l'addition bien en évidence sur la table. Evidemment, elle avait « oublié » de payer sa part avant de partir et elle avait profité du fait que j'aie été à l'ouest pendant quelques secondes pour déguerpir.
« Bah … Ce n'était pas si mal après tout » m'étais je dit en me massant un peu la joue où j'avais été embrassé.
Une fois l'addition réglée, j'étais sorti du café. La pluie tombait toujours avec force. Mais peu importe. Tous ces évènements m'avaient redonné du courage. J'avais l'intention de me rendre chez Ayase et de régler la situation le plus vite possible pour pouvoir retourner chez moi ensuite. Kanako avait raison, je devais profiter du peu de temps qu'il me restait pour résoudre les problèmes que nous avions ma sœur et moi avant que je ne parte.
Sur ce, j'étais parti en route vers la maison d'Ayase. Elle n'était qu'à un quart d'heure de marche d'ici mais la pluie mêlée au vent qui soufflait violemment dans le sens contraire où j'avançais ne me simplifiait pas les choses. C'est comme si la nature elle-même me disait de rebrousser chemin et de rentrer dès maintenant voir ma sœur.
Mais je n'étais plus du genre à laisser la nature décider de mon destin.
