ORE NO IMOUTO GA KONNA NI KAWAI WAKE GA NAI
VOLUME FINAL
chapitre 3.10
Cette fois, ça y était. J'étais enfin arrivé devant la maison d'Ayase.
La pluie tombait toujours avec autant d'intensité. Si je n'avais pas eu de parapluie, j'aurais sûrement sonné directement sans réfléchir pour me mettre à l'abri mais là, j'hésitais encore un peu. J'appréhendais assez la réaction qu'Ayase allait avoir quand je lui aurais dit que je ne voulais pas sortir avec elle. Avec toutes les fois où je l'avais harcelé, ça faisait vraiment bizarre. Mais j'avais eu le temps de réfléchir et je m'étais rendu compte que finalement, je ne ressentais pas vraiment d'amour pour elle-même si ça ne m'empêchait pas de la trouver sublime.
Un nouvel instant d'hésitation passé, j'avais enfin osé appuyer sur la sonnette. « Il est temps de se jeter à l'eau » m'étais je dit un peu blasé en voyant que le vent avait apparemment décidé que je devais absolument être trempé par la pluie malgré mon parapluie.
Quelques secondes plus tard, l'interphone s'alluma et je reconnu la voix d'Ayase qui m'avait demandé si c'était moi. Je m'étais dépêché de répondre par l'affirmative et elle m'avait ouvert. Je m'étais arrêté devant sa porte en attendant qu'elle m'ouvre, ce qu'elle fit au bout de quelques secondes. Mon premier réflexe fut de me tourner pour secouer mon parapluie afin de ne pas inonder le sol de la maison. Ayase m'avait indiqué qu'il y avait un pot pour mettre les parapluies. Une fois qu'il fut un peu moins humide, je m'étais empressé de le ranger dedans à côté de celui qui devait être à elle. Un mignon petit parapluie jaune orange. C'est là que je m'étais enfin tourné vers Ayase que je n'avais fait qu'entrevoir dans toute cette agitation.
En la voyant, j'avais eu une soudaine montée d'adrénaline.
Ayase était vêtue d'une manière totalement différente que d'habitude. Elle portait une robe rouge foncée avec un décolleté qui présentait avantageusement sa poitrine. Elle avait également des chaussures à talons de la même couleur qui lui donnait une allure bien plus mature. Sa coiffure elle-même était un peu différente. Elle avait une queue de cheval qui ornait son dos et qui dévoilait complètement son visage. Bien que j'avais un peu froid à cause de la pluie, j'avais eu l'impression de venir de plonger dans un sauna à cet instant.
« A … Ayase ! C … C'est toi ?! » lui avais je demandé avec un air un peu hagard.
« Ah tu parles de mes vêtements ? » me répondit elle un peu gênée. « Ç … Ça te plaît ? Ce sont les vêtements que j'ai utilisé pour la séance photo d'aujourd'hui. Je n'ai pas encore eu le temps de me changer. »
« Eh bien … C'est peut être un peu provocant … » avais je rétorqué en rougissant.
« Oh ! Tu … Tu trouves, onii-san ? » avait réagit Ayase encore plus gênée en enlaçant son corps avec ses bras.
« Ça te va bien, bien sûr » avais je poursuivit en essayant de maîtriser la direction de mon regard. « Mais disons … Ce n'est pas le genre de vêtement approprié pour être porté dans la vie de tous les jours. Tu devrais peut être les enlever »
« Hein ? Tu … Tu veux que je les enlève là, devant toi ?! Espèce de pervers ! » avait violemment répliqué Ayase.
« Mais pas du tout ! » m'étais je défendu avec force en dissimulant tant bien que mal mon embarras. « C'est un malentendu ! Juste … Change toi dans un endroit approprié, c'est tout » avais je conclu en fuyant Ayase du regard.
« Hum … » avait marmonné Ayase en s'étant un peu calmée. « Bon d'accord. Je vais me changer. Va m'attendre dans ma chambre. Je te rejoindrai quand j'aurai fini »
« Hein ? Dans ta chambre ? » avais je réagi surpris. « Je … Tu ne préfères pas que j'attende dans le salon ? »
« Je n'y peux rien. Mes affaires de rechange sont dans le salon et la salle de bain est juste à côté. »
« Ah ? Bon, je vais t'attendre en haut alors » avais je répliqué en m'apprêtant à monter les escaliers avant que Ayase ne me barre la route.
« Onii-san … » m'avait lancé Ayase sur un ton suspicieux.
« Euh … Oui ? » répondis je en suant un peu bien que je n'avais rien à me reprocher.
« Si jamais je vois que tu as fait quelque chose de pervers dans ma chambre … Je te tue » me dit elle sur une indéfinissable expression flippante où se mélangeait un sourire et un regard de psychopathe.
« D … D'accord … » avais je juste réagi en me retenant de me pas prendre mes jambes à mon cou.
Finalement, Ayase me laissa passer et je pus monter les escaliers avant de rentrer dans sa chambre. C'était la quatrième fois que j'y rentrais depuis que je la connaissais. Et vu ce que j'avais à lui dire, ce serait sûrement la dernière. Sa chambre était comme d'habitude. Tout y était rangé bien plus méticuleusement que dans la mienne ou même celle de Kirino. Il faut dire que je la connaissais bien maintenant depuis qu'on avait presque vécu ensemble pendant un mois. Elle ne pouvait pas envisager de laisser traîner ne serait ce qu'une paire de chaussette, fusse t'elle propre ou sale. Il y avait une photo d'elle et de Kirino sur son bureau, preuve de l'affection qu'elle portait à ma sœur. En la voyant, je m'étais demandé en souriant si elle pouvait en avoir une de moi cachée quelque part. L'envie de fouiller un peu m'avait pris mais j'avais repensé aux paroles d'Ayase avant que je ne monte et cela m'avait aidé à réfréner ma curiosité.
Cela faisait maintenant vingt minutes que j'attendais Ayase dans sa chambre. Le temps commençait à me paraître long. Dehors, la nuit était déjà tombée et la pluie continuait à se déverser de plus belle. Je m'étais levé de la chaise du bureau d'Ayase pour me dégourdir un peu les jambes, rester assis ne faisait qu'empirer mon stress. Je me sentais comme dans une salle d'attente dans un cabinet médical. Plus le temps passait et plus mon angoisse montait. Je savais que les filles mettaient toujours beaucoup de temps à se préparer mais quand même. Mon regard s'était focalisé sur la fenêtre où je pouvais observer la rue extérieure avec les voitures qui roulaient sous la pluie et qui soulevaient parfois des jets d'eau en passant sur une flaque. Ça en était presque hypnotisant, au point que j'en perdis la notion du temps. Je m'étais mis à penser au voyage qui m'attendait demain, à tout le chamboulement que cela allait être dans ma vie … C'était flippant mais aussi tellement excitant.
Soudain, le claquement de la porte m'arracha à mes pensées. En me tournant, je vis Ayase qui me faisait face. Elle s'était finalement changée en mettant des habits plus conventionnels même si elle avait gardé sa fameuse queue de cheval.
« Alors … Est-ce que … ça te paraît mieux ? » m'avait questionné Ayase un peu embarrassée.
« Oui … Tu es davantage toi-même dans ces vêtements » avais je répondu naturellement, soulagé de ne pas avoir à rejeter Ayase habillée comme une femme fatale.
« Oh ! » avait elle réagit apparemment gênée par ma réaction. J'allais répondre mais elle se reprit juste avant : « Ah ! Alors, tu as quelque chose à me dire je pense ? »
« Eh bien … Oui … » avais je poursuivit en retenant mon souffle.
« D'accord … Alors … » avait elle commencé à répondre avant d'être interrompu par son téléphone. « Ah … Excuse moi un petit moment, onii-san »
La tension était à nouveau retombée. Alors qu'Ayase avait commencé sa conversation avec son correspondant, je m'étais assis sur son lit en soupirant. J'avais tellement hâte d'en finir enfin avec ça et de rentrer chez moi pour tout régler avec Kirino que ça en était presque aussi frustrant que soulageant. Pendant que j'attendais patiemment qu'Ayase finisse sa conversation, celle-ci devint soudain plus animée. En gros, Ayase parlait avec ce qui semblait être un de ses responsables pour son job. Apparemment, une séance photo qu'elle attendait depuis plusieurs mois et que son responsable lui avait promis qu'elle aurait lieu ne se fera finalement pas. En entendant ça, Ayase s'était totalement emportée et avait commencé à invectiver son responsable avant de lui raccrocher au nez en le traitant de sale menteur.
« De mauvaises nouvelles on dirait ? » avais je réagi en voyant Ayase se mettre dans tous ses états.
« Juste un sale menteur ! » avait elle rétorqué en me regardant encore une fois avec une expression à faire peur.
Sur ces mots, elle jeta son portable sur son lit et prit un de ses agendas sur son bureau avant de mettre une énorme croix sur une des pages. Je ne vis pas très bien ce qu'elle avait écrit ensuite mais vu son expression, ça ne devait pas être des mots de remerciements.
« Ayase … » avais je timidement répliqué en la voyant s'acharner sur son carnet.
« Quoi ?! » s'écria t'elle sans détourner son attention de son agenda.
« P … Pourquoi est ce que tu détestes tellement les mensonges ? »
« Hein ? »
Ayase avait parue vraiment surprise que je lui aie posé cette question qu'elle en avait arrêté de s'acharner sur son agenda. Moi-même, j'avais été aussi un peu surpris. Mais pas par la question. Plutôt par le fait de ne pas lui avoir posé avant. Cela faisait presque deux ans que je connaissais Ayase maintenant et dès qu'on lui racontait un mensonge, elle perdait presque totalement le contrôle d'elle-même à un point où ça en devenait effrayant. Pourtant, je n'avais jamais vraiment songé à me demander pourquoi. Est-ce que c'était parce que je pensais que je n'allais plus la revoir qui fait que je me réveillais seulement maintenant ?
« Euh … Pourquoi tu me poses soudainement cette question, onii-san ? » avait fini par dire Ayase après un silence gênant de quelques secondes.
« Eh bien … » avais je commencé à répliquer sans trop savoir comment me justifier. « J'aimerais te connaître un peu mieux je pense » finis je par sortir gêné.
En mon for intérieur, je n'en revenais pas d'avoir répondu ça. J'étais venu pour dire à Ayase que je ne voulais pas d'elle et voilà que maintenant, j'avais l'impression de lui envoyer des signaux totalement contraire à ce pourquoi j'étais venu. Bordel ! Est-ce que c'était les vêtements qu'elle portait tout à l'heure qui m'avaient perturbés à ce point ?!
Soudain, sans que je ne m'en rende compte, Ayase s'était assise sur le lit juste à côté de moi. Je m'étais mis à rougir d'un coup en constatant ça mais j'avais réussi à rester à peu près stoïque. Ayase avait l'air gênée elle aussi. Son regard fixait le sol comme n'allait pas tarder à faire le mien et elle rougissait un peu aussi. Avec le bruit des gouttes de pluies qui s'écrasaient sur la fenêtre derrière nous, l'ambiance était devenue presque intime. Ce qui n'arrangeaient pas du tout mes affaires. Après un moment où aucun de nous deux n'avaient pris la parole, j'avais voulu reprendre les choses en main mais Ayase m'avait devancé.
« Cela remonte à quand j'avais neuf ans … » avait elle commencé à me raconter en fixant toujours le sol du regard. « A cette époque, ma mère vivait encore avec mon père »
« Oh ? Tes parents sont divorcés ? » avais je réagi en regardant Ayase de nouveau.
« Oui » poursuivit elle doucement en croisant brièvement mon regard. « A cette période, je n'aimais pas beaucoup ma mère. Elle ne s'occupait pas vraiment de moi. C'était mon père qui faisait en sorte que je ne manque de rien, que ce soit à l'école, à la maison, ou avec mes amis »
L'expression d'Ayase s'était adoucie. Elle avait l'air de s'être replongée dans de précieux souvenirs.
« C'était une période vraiment particulière de ma vie. J'étais encore une enfant innocente jusque là. Tout le monde me disait que j'étais gentille. Et même si beaucoup de garçons étaient amoureux de moi à l'école, j'étais quand même populaire chez les filles aussi. Et les professeurs m'aimaient bien » continua Ayase sur un air nostalgique.
« Eh bien … Ça n'a pas tellement changé depuis, non ? » avais je répliqué en souriant.
« Tu penses, onii-san ? » me regarda t'elle soudainement avec une expression un peu ambigue.
« Ah … Enfin, ça n'a presque pas changé on va dire » répondis je embarrassé en détournant mon regard.
« Oui … Je ne m'énervais jamais à cette époque » poursuivit Ayase. « Même si on était méchant avec moi ou si on me mentait, je gardais le sourire. »
Ayase afficha un sourire un peu triste en formulant cette phrase. Puis, avant que je n'aie eu le temps d'ajouter quoi que ce soit, ses doigts se crispèrent tout d'un coup sur le lit.
« C'était jusqu'à ce jour … » déclara t'elle sur un ton dur.
L'ambiance s'était alourdie tout d'un coup. Ayase semblait avoir embrayé sur des souvenirs plus douloureux.
« C'était à mon anniversaire. A cette époque, c'était papa qui l'avait organisé vu que ma mère s'en fichait. Mon père me traitait vraiment comme une princesse depuis mon plus jeune âge. J'avais vraiment une relation privilégiée avec lui. Je me disais même qu'elle était encore plus forte que celle de maman » raconta Ayase en souriant. Mais le genre sourire qu'on adoptait pour cacher une amère déception.
« Une relation plus forte avec ton père que celle qu'avait ta mère ? » avais je commenté en m'inquiétant un peu.
« Oui … » me répondit timidement Ayase. « Il m'avait dit plusieurs fois qu'il m'aimait beaucoup et qu'il prendrait toujours soin de moi. En fait … Je crois qu'à cette époque j'étais … Je crois que … que … » avait elle difficilement tenté de poursuivre
« A … Ayase ? » étais je prudemment intervenu en voyant qu'elle paraissait faire un blocage sur la suite.
« Je Je crois que j'étais plus ou moins amoureuse de lui » finit elle par m'avouer en se crispant encore davantage.
J'avais eu du mal à cacher à quel point j'avais été choqué en entendant ces paroles. Ayase aurait eu une relation équivoque avec son père ? Elle serait donc pire que moi ?! J'avais repensé à toutes les fois où elle avait été exagérément choquée en voyant la relation mystérieuse qu'il y avait entre Kirino et moi. Est-ce que ça avait quelque chose à voir avec ce qu'elle me racontait en ce moment ?
Soudain, alors que je cogitais en fixant le sol, j'avais senti le contact de la main d'Ayase qu'elle avait délicatement posé sur la mienne. Je m'étais raidi discrètement en sentant ce toucher inattendu entre elle et moi. Je m'étais attendu à ce qu'elle ait une expression un peu triste en me tournant vers elle mais mon sang s'était glacé en découvrant son visage. Elle avait adopté la pire expression de psychopathe que j'avais vu en elle jusqu'ici ! Ses yeux étaient tellement vitreux qu'on aurait presque dit un zombie !
« Onii-san … » commença t'elle à me dire doucement mais sur un ton glacial. « Si tu parles de ça à qui que ce soit … Je te tue » conclua t'elle avec un sérieux qui faisait froid dans le dos.
« Je … J'emporterai ça avec moi dans la tombe … » avais je fini par balbutier en tremblant de la tête au pied.
En entendant ma réponse, l'expression d'Ayase se métamorphosa en quelques secondes. Elle affichait maintenant un sourire radieux à qui on donnerait l'accès au Paradis sans hésiter. Mais la vitesse avec laquelle son expression avait changé rendait ce sourire plus flippant qu'autre chose !
« Parfait » s'était elle contentée de me répondre avec ce sourire au visage.
Ce n'est pas parfait du tout ! Enfin, j'avais été rassuré qu'Ayase ne se soit pas emportée à ce moment. Alors que mes sueurs froides avaient commencé à se dissiper, Ayase poursuivit son récit. Je m'étais attendu à ce qu'elle enlève sa main de dessus la mienne mais elle l'avait laissé telle que. C'était embarrassant mais aussi terriblement excitant d'un autre côté. Et très gênant du coup.
« Ce jour là donc, à mon anniversaire … » poursuivit elle en ayant une expression plus neutre. « Papa m'avait accompagné chez une de mes amies qui avait organisé une fête chez elle car sa maison était plus grand que la nôtre. La journée avait été géniale mais … Je n'avais pratiquement pas vu mon père depuis des heures. Puis … A un moment, j'ai voulu aller aux toilettes. C'était à l'étage. Alors je suis montée et … »
Ayase s'était brutalement interrompue. Ses doigts avaient recommencé à se crisper et ceux de sa main droite écrasaient donc à présent la mienne. Je m'étais efforcé malgré tout de faire comme si de rien n'était pour ne pas la perturber. Mais ça faisait vraiment mal !
« Quand je suis sortie des toilettes, j'ai entendu du bruit dans une chambre. Alors je suis allé voir et … » avait poursuivi Ayase en se crispant toujours autant et en serrant les dents. « J'ai vu mon père au lit avec la mère de mon amie ! » s'était elle soudainement écriée.
J'avais retenu un cri de douleur au vu de la pression qu'exerçait Ayase sur ma main et j'avais essayé de réagir à ce qu'elle venait de me confier.
« Que s'est il passé ensuite ? Ton père et celui de ton amie se sont mis à se battre ? »
« Non. Cette garce était déjà divorcée » poursuivit Ayase avec une certaine rage dans ses paroles. « Et c'est à partir de ce jour que … Que mon père a commencé à s'occuper de moins en moins de moi. Jusqu'à ce qu'il finisse par dire à ma mère qu'il voulait divorcer ! » conclua t'elle en retenant difficilement sa colère.
« Ah … Je comprends » essayais je de réagir en commençant à comprendre ce que ressentait Ayase.
« Et un jour … Il m'avait promis qu'on passerait le week end ensemble. Et alors qu'il devait venir me chercher à l'école vendredi soir … » continua t'elle avant de se couper comme bloquée par la colère. « Eh bien il n'est jamais venu ! » avait elle fini par crier en libérant sa rage.
Les yeux d'Ayase semblaient commencer à devenir un peu humides. Cette replongée soudaine dans ses mauvais souvenirs n'étaient pas du tout une bonne chose pour la mettre en condition pour ce que j'étais venu lui dire aujourd'hui. Mais malgré tout, je l'avais laissé continuer. Je voulais entendre son récit jusqu'au bout.
« Alors, tu sais ce que j'ai fait, onii-san ? » me questionna soudainement Ayase avec une pointe de haine dans son ton.
« Euh … Tu l'as appelé et tu l'as insulté de tous les noms ? » avais je répondu peu inspiré.
« Ah ah ah ! » avait tout de suite réagi Ayase avec ce rire sarcastique qui m'avait mis mal à l'aise. « Non … » se reprit elle en adoptant à nouveau un ton glacial. « Je suis rentré chez moi toute seule, j'ai rassemblé toutes ses affaires et je les ai brûlé dans le jardin »
Je déglutis difficilement en entendant Ayase me faire cette confidence. C'est vrai qu'une telle chose lui ressemblait bien mais faire ça en ayant à peine neuf ans ?! Les sueurs froides que j'avais ressenties tout à l'heure étaient sur le point de revenir.
« Je les ai brûlées ! Ses vêtements ! Ses photos ! Sa guitare ! Ses ordinateurs ! Et si j'avais pu, je l'aurais sûrement brûlé lui aussi ! » s'était reprise avec rage Ayase.
« Je … Je vois » avais je réagi en contenant mon malaise.
« Voilà pourquoi … je ne supporte plus les mensonges maintenant » conclua Ayase en commençant à laisser s'échapper les larmes qui perlaient sur ses yeux depuis tout à l'heure.
La main d'Ayase qui était sur la mienne se décrispa petit à petit et son contact était redevenu agréable. Elle avait sorti un mouchoir de sa poche gauche pour essuyer ses larmes. De mon côté, je ne savais pas trop comment réagir. J'en avais presque oublié la raison de ce pourquoi j'étais ici. Alors que j'avais essayé d'attirer l'attention d'Ayase pour lui parler, elle m'avait regardé encore en larme avant de se jeter par surprise dans mes bras en laissant échapper ses sanglots.
« A … Ayase … » m'étais je exclamé complètement dépassé par la situation.
« O … Onii-san ! » avait hurlé Ayase comme si elle avait perdu le contrôle de ses émotions. « E … Excuse moi ! Je … Je … » avait elle tenté de se justifier en s'étouffant dans ses sanglots.
« Ce … Ce n'est rien » avais je tenté de la rassurer en l'étreignant à mon tour dans mes bras. « Pleure, vas y »
Ayase et moi étions restés peut être une minute dans cette position avant qu'elle ne se redresse, non sans avoir réussi à complètement s'arrêter de pleurer. Sans que je ne m'en sois rendu compte, son visage se trouvait maintenant très proche du mien. Entre deux frottements de manche où elle tenta tant bien que mal d'essuyer ses dernières larmes, ses yeux fixaient maintenant les miens de très près. L'expression que son visage affichait maintenant était celle d'une jeune fille désemparée qui venait de replonger dans de douloureux souvenirs. En fixant moi aussi ses yeux, j'avais éprouvé un sentiment complètement déroutant. Mon cœur s'était mis à battre la chamade et les sueurs froides que j'avais ressenties jusque là m'avaient parues maintenant toutes chaudes. Ayase avait alors lentement encore approché son visage du mien. J'avais l'impression de ne plus rien sentir d'autre que son souffle qui parvenait maintenant à se mêler à celui que j'expirais. Ses lèvres s'étaient approchées des miennes, elles étaient maintenant toutes proches …
Et le portable qu'Ayase avait jeté sur le lit tout à l'heure se mit soudainement à vibrer.
L'atmosphère qui s'était installé entre moi et elle s'effondra alors d'un coup. Ayase et moi avions détourné brutalement notre visage en rougissant de la tête au pied. Mon rythme cardiaque qui avait atteint son apogee il y a quelques secondes venait de retomber. Il en était probablement de même pour elle. Alors que je m'étais efforcé de faire comme si rien ne s'était passé, Ayase s'était décidé à prendre son téléphone qui n'en finissait plus de vibrer avant de décrocher et de commencer une conversation.
« Ouf ! » m'étais je dis à moi-même. Je ne savais pas qui venait d'appeler Ayase mais il venait de me sauver la vie. Je me sentais vraiment comme le dernier des losers. J'étais venu pour rejeter Ayase et voilà que j'avais été à deux doigts de l'embrasser ! Mais quel genre de gars rejetterait la déclaration d'une fille après l'avoir embrassé ?! Si ce téléphone n'avait pas mit fin à ce petit moment de faiblesse de ma part, j'aurais sûrement franchi le point de non retour. Ayase n'aurait jamais accepté que je la rejette après que l'on se soit embrassé. Jamais je n'aurais pu sortir vivant d'ici en faisant ça en tout cas.
Du coup, il n'était pas question que je me laisse aller une nouvelle fois. Alors qu'Ayase avait l'air d'en avoir fini avec son interlocuteur, je m'étais levé du lit avec toute la volonté qui me restait pour prendre mon courage à deux mains. Au moment où elle raccrocha, j'avais décidé de me lancer.
« Ayase ! Je … » avais je commencé à dire avec conviction avant qu'elle ne m'interrompe.
« Onii-san, est ce que Kirino a essayé de te contacter tout à l'heure ? » me confia t'elle sur un ton un peu inquiet.
« Hein ? » répondis je surpris par ce changement de sujet. « Euh … Non. Pourquoi ? »
« C'était ta mère au téléphone » répliqua Ayase. « Elle a vu Kirino sortir précipitamment de chez elle il y a un peu moins d'une heure. Comme elle n'a pas de séance photo prévue ce soir et qu'aucune de ses amies que ta mère a contacté ne l'a vu, elle est un peu inquiète » conclua t'elle sur un peu nerveuse.
« Ah … C'est vrai que c'est étrange » avais je réagi un peu perplexe. « Attends, je vais voir si elle m'a laissé un message » poursuivis je en prenant mon téléphone dans ma poche. « Ah ! Zut ! » m'étais je exclamé en l'ouvrant.
« O … Onii-san ? Qu'est ce qui se passe ?! » s'était écriée Ayase inquiète face à ma réaction.
« Ah … Ne t'en fais pas » avais je répliqué en souriant en lui montrant mon portable. « Il s'est déchargé sans que je ne m'en rende compte. Tu aurais un chargeur pour ce modèle par hasard ? » lui avais je demandé en lui montrant la marque.
« Hum … Oui, ma mère a un portable de la même marque. Je vais aller voir en bas »
Sans attendre davantage, Ayase s'était précipitée au rez de chaussée avant de remontrer en trombe un chargeur de portable à la main. Je trouvais qu'elle s'inquiétait un peu trop mais elle prenait toujours beaucoup les choses à cœur quand il s'agissait de Kirino. J'avais pris le chargeur qu'Ayase avait ramené puis je l'avais branché à une des prises de la chambre. Une fois mon code entré, mon portable se ralluma.
« Alors ? » s'écria Ayase qui s'impatientait.
« Une seconde » avais je tempéré. « Il faut le temps que le téléphone récupère les éventuels message. S'il y en a » avais je précisé.
Une minute s'était écoulée, puis deux. Je n'avais l'air d'avoir reçu ni message, ni appel.
« Elle n'a pas l'air de m'avoir contacté » m'étais je adressé à Ayase pour la rassurer. « Tu vois, il n'y a pas à … »
Alors que je m'apprêtais à me lever de ma chaise pour reprendre la conversation avec Ayase et lui dire enfin ce que j'avais à lui dire, une voix vocale m'interrompit :
« Vous avez manqué un appel »
« Oh » avais je réagi surpris.
Effectivement mon portable venait de m'indiquer que j'avais reçu un appel il y a un peu plus d'une heure. Et le numéro qui avait essayé de me joindre était celui de Kirino.
« Onii-san, on devrait peut être la rappeler » avait répliqué Ayase en constatant ça.
« Non. C'était juste un appel probablement sans intérêt. Je voudrais qu'on parle de … » avais je insisté un peu têtu avant d'avoir une nouvelle alerte de mon portable.
« Vous avez manqué un appel »
Le numéro qui apparaissait sur l'écran était de nouveau celui de Kirino. Puis, sans que ni moi, ni Ayase n'ayons eu le temps de réagir, le téléphone s'emballa.
« Vous avez manqué un appel »
« Vous avez manqué un appel »
« Vous avez manqué un appel »
« Vous avez manqué un appel »
« Vous avez manqué un appel »
« Vous avez manqué un appel »
« Vous avez manqué un appel »
« Vous avez manqué un appel »
Devant cette flopée de notifications, bien que j'étais à ce moment profondément ennuyé avec le fait de dire à Ayase ce que j'étais venu lui dire, je n'avais pas m'empêcher de m'inquiéter à mon tour. C'était rare que ma sœur cherche aussi désespérément à me joindre. C'était plutôt l'inverse en général. Du coup, j'avais décidé de saisir brutalement mon téléphone pour pouvoir l'appeler tout de suite et savoir quel était le problème. Mais avant que je n'aie eu le temps de composer le moindre numéro, mon téléphone me lança une nouvelle notification.
« Vous avez un message »
En regardant avec anxiété l'écran de mon portable, j'avais vu que le message avait été également envoyé avec le numéro de Kirino. Vu la taille du dit message, il devait être très court. Quelques mots tout au plus. Après avoir hésité à le regarder pendant quelques secondes, j'avais appuyé sur « lire » pour voir enfin de quoi il était question. Lorsque j'eus lu ce que ma sœur m'avait écrit, une frayeur indescriptible me parcouru le corps tout entier. Ayase qui se tenait devant moi l'avait remarqué et s'était empressée de me disputer le portable pour pouvoir elle aussi lire le message qui m'avait mis dans cet état. Mais elle s'y était prise si brutalement que le portable m'échappa des mains avant de tomber sur le sol.
L'écran s'était fendu en deux sous le choc. Néanmoins, on pouvait toujours y lire bien distinctivement le message qu'il affichait.
« Adieu aniki »
