Bon alors, oui il est long, et alors? Amusez vous bien XD

Cet OS est le résultat d'un défi lancé par Kratos67 qui m'a fait un caprice pour avoir une happy end royai, et moi, ben comme je suis trop faible, j'ai cédé.

Je suis également au regret de vous annoncer qu'il s'appuie sur le premier animé et qu'il trouve son début dès le.... dernier épisode, bon allez, avant dernier mais pas avant^^

Bonne lecture


9 – Blessures (G)

Après son combat contre Pride, Roy se réveille à l'hôpital et découvre peu à peu ses blessures. Comment pourra-t-il s'en sortir alors qu'il pense avoir touché le fond?

Un incendie ravageait une immense demeure d'un quartier d'ordinaire calme de la capitale d'Amestris, éclairant les environs de sa funeste lumière. Quelques heures auparavant, dans le silence du jardin plongé dans l'obscurité de la nuit, une ombre s'était faufilée à l'intérieur de la villa de la première famille du pays. Sûr de lui, le führer était parti à la recherche de la souris qui s'était glissée chez lui et avait refermé son piège sur l'intrus qui pensait pouvoir le prendre par surprise. Ils avaient alors engagé un combat à mort et dont l'issue paraissait indéniablement être la victoire du président .

L'épée de l'Orgueil fendait l'air avec précision, meurtrissant toujours un peu plus la chair de son adversaire, couvert de son propre sang. Face à lui, Roy Mustang claquait désespérément des doigts dans l'espoir de faire plier son invincible adversaire. Alors qu'il haletait, affaibli par de trop nombreuses blessures, il voyait le führer se relever à chacune de ses attaques. Il ne semblait avoir aucune chance de remporter cette lutte vaine et désespérée. La chaleur des flammes l'étourdissait, la fumée l'étouffait alors que l'homonculus ne paraissait pas incommodé par le brasier qu'il traversait indifférent aux brûlures qui se soignaient immédiatement. Le brigadier général évita de justesse la lame qui cherchait à s'abattre sur lui. Il ne pouvait plus fuir, il ne pouvait plus abandonner son projet insensé, il devait se battre, mais il s'il tombait ici, il entrainerait ce monstre avec lui. Déjà couvert de coupures, il évitait autant qu'il pouvait les assauts de la lame effilée. Toutefois, l'homonculus était bien trop rapide pour qu'il puisse parer tous les coups, au mieux pouvait-il éviter que la blessure ne soit trop profonde. Alors qu'il évitait une attaque, il ne vit la lame qui arrivait au dessus de lui que trop tard, son adversaire faisant preuve d'une incroyable rapidité. Il tenta une esquive en faisant un pas en arrière, mais il sentit le métal s'abattre sur sa paupière avant de continuer sa course jusqu'à s'enfoncer dans son oeil. Roy poussa un hurlement tout en plaquant ses mains sur son œil désormais crevé. Un flot de sang s'échappait de la plaie tandis que la douleur semblait faire taire tous ses autres sens. Il lui semblait que le reste de son corps était soudainement devenu insensible et que toutes ses terminaisons nerveuses se concentraient au niveau de son œil et sa paupière meurtris.

À genoux sur le carrelage froid de la cave, il gémissait de douleur sans plus prendre garde à ce qui l'entourait. Son attention fut attirée par un rire retentissant ; Bradley s'était arrêté un instant pour contempler son œuvre. Le combat n'était pas encore terminé, l'un d'entre eux devait mourir, aussi, Roy se releva-t-il tant bien que mal, tentant de s'habituer à sa visibilité désormais réduite. Un autre claquement de doigts résonna. L'indestructible corps s'embrasa en une seconde, mais lorsque les flammes se dissipèrent, les tissus et la peau se reformaient déjà pour rendre toute sa vigueur au bras qui lui porta un coup qu'il ne put parer. Le métal froid pénétra sa chair, lui transperçant l'épaule, pour l'immobiliser. Il serra les dents pour ne pas crier mais le mouvement de l'arme dans son épaule devenait insupportable au point que son corps laissa exprimer sa souffrance par un hurlement de douleur incontrôlé. Il ne tenait debout que grâce à sa détermination, sa volonté de mettre un terme aux souffrances dans lesquelles leurs dirigeants avaient noyé le pays. Sa respiration devenait difficile ; il était à la merci de son adversaire, seul et désespérément faible. Jamais il ne s'était senti plus vulnérable ; seul face à un monstre capable de se régénérer alors qu'il succombait peu à peu à ses blessures. Sa domination assurée, Pride s'autorisa un instant de relâchement pour prendre le temps de discuter avec sa victime. Il voulait lui faire prendre conscience du ridicule de son entreprise ; il était peut-être plus idiot que les autres pour s'attaquer à plus fort que lui.

Toutefois, l'un concentré sur son imminente victoire, et l'autre distrait par la cuisante douleur qui lui paralysait le bras, aucun d'eux ne virent le petit garçon entrer avant qu'il n'interpelle son père. Quand il le vit, le sang de Roy se glaça, il n'avait pas à être là, il n'avait pas à voir cela ; sa maison partiellement détruite et son père tenir l'arme qui allait prendre la vie d'un homme. Pourtant, le garçon ne semblait nullement effrayé par les flammes et le sang, mais seulement inquiet pour la vie de celui qui lui avait offert une famille et un foyer. Bradley s'approcha lentement de son fils sans se préoccuper le moins du monde de ce qu'il pourrait voir et posa ses mains sur ses épaules. Il le dominait dans une attitude protectrice et bienveillante, si bien que Roy y vit une marque d'affection et d'attachement envers cet humain. Néanmoins, même s'il lui tournait le dos, il s'aperçut bien vite que le führer restait immobile, non pas pour écouter les remerciements du garçon, mais parce qu'il était paralysé. À l'instant où il entendit sa voix dure s'adresser à Selim, Roy comprit qu'il devait intervenir, mais il ne parvenait pas à lever son bras pour se saisir de l'épée qui le clouait au mur. Les mains de King Bradley se refermèrent sur la gorge de l'enfant dans une étreinte mortelle alors que celui-ci dévoilait le crâne qu'il transportait pour le mettre en sécurité, geste naïf qui se voulait être une marque de respect envers son père dans l'espoir qu'il soit fier de lui. Ce garçon apportait avec lui de quoi assurer sa victoire. Mué par un regain d'espoir, il réussi à s'emparer de l'épée qui le meurtrissait pour la déloger.

À peine s'était-il libéré que le corps du garçon vola à travers la pièce, violemment jeté par son meurtrier ; ce père en qui il avait toute confiance. D'abord révolté par cet ignoble crime, Mustang se précipita vers l'enfant, sans toutefois pouvoir faire quoi que ce soit pour le sauver. Sa mort ne serait pas vaine ; en voulant innocemment faire plaisir à son père, il permettait à Roy d'espérer enfin la victoire. L'alchimiste saisit le crâne et le brandit vers l'homonculus qui s'en trouva immédiatement immobilisé. Les rôles étaient à présents inversés, et Roy avait tout son temps puisqu'il ne subirait plus les assauts meurtriers de son adversaire. Il dessina un cercle de transmutation sur sa main avec son propre sang, déterminé à en finir une bonne fois pour toute. Il le tuerait autant de fois que nécessaire, mais il en viendrait à bout. Il n'écoutait plus les protestations de son corps affaibli qui ne demandait qu'à s'écrouler sur le sol pour enfin se reposer.

Il continua inlassablement d'appuyer sur le cercle de sang tant que l'homonculus restait capable de se régénérer. Petit à petit, cette faculté faiblissait ; ses blessures guérissaient moins rapidement, la douleur semblait moins supportable. Avec dégoût, Roy le vit se plier en deux, à genoux, pour régurgiter toutes les pierres rouges qu'il avait pu avaler jusqu'alors. Ainsi privé de son immunité, l'Orgueil ne se releva pas de l'attaque suivante.

Soulagé, le brigadier général jeta le crâne aux flammes. Pourtant, bien qu'il sût que le monstre qui dirigeait leur pays était bel et bien mort, il ne semblait pas réellement prendre conscience de l'importance de la nouvelle. La fumée et la chaleur lui donnaient des vertiges, sa vue se troublait et sa respiration devenait de plus en plus difficile. Son objectif étant atteint, son corps se relâchait, épuisé par les trop grands efforts qu'on lui avait demandé de fournir. Il atteint presque difficilement le cadavre qui gisait au sol, entouré par les flammes. Trop concentré sur son combat, il n'avait pas remarqué qu'il se piégeait lui-même. Il avait eu une confiance absolue en cette science presque omnipotente, et à présent elle se retournait contre lui. Le flame alchemist était prisonnier d'un incendie, quelle ironie, pensa-t-il alors qu'il était pris d'un quinte de toux. La chaleur devenait plus intense, il la sentait bruler sa peau sans même la toucher. Il tomba à genoux, ses jambes ne le portant plus. Tout son corps le faisait souffrir tant il était blessé, il sentait le sang s'écouler de ses plaies ouvertes, notamment de son œil pour se répandre sur le sol. Il n'avait plus la force de se redresser pour gagner la sortie, il se laissa donc tomber lourdement sur le carrelage, sans tête heurtant violemment le sol, sans plus se soucier de la proximité des flammes. Sa respiration n'était plus qu'un râle, sa vue se troubla, les contours des objets se confondirent dans un mélange de couleurs indistinctes. Il ferma les yeux un instant dans l'espoir d'oublier la douleur, peu à peu étouffé par les volutes de fumée qui ne pouvait s'échapper de cette pièce close. Il perdit connaissance, allongé sur le sol de cette cave, couvert de sang et à la merci des flammes qui dévoraient tout sur leur passage.

Lorsqu'il reprit connaissance, il se sentait étrangement lourd, tous les muscles de son corps le faisaient souffrir. Il se sentait incapable de bouger ou d'émettre le moindre son pour signaler son réveil. S'il ne s'étonnait pas de pas pouvoir remuer ses membres ankylosés, il fut stupéfait de constater qu'il ne parvenait pas à lever ses paupières qui lui semblaient solidement soudées. Ainsi immobile, il ne savait comment informer les propriétaires des voix qui lui parvenaient qu'il était réveillé. Il réussit tant bien que mal à se racler la gorge dans un petit grognement enroué sans pour autant savoir si cela avait eu l'effet escompté. Plus il retrouvait ses esprits, plus il sentait son corps s'éveiller de concert ; le tissu sur ses blessures le brulait, il avait l'impression de sentir une lame lui transpercer le torse tandis qu'un mal de crâne s'installait comme pour renforcer les douloureux tiraillements qui rongeaient son nerf optique. Il ne savait plus ce qu'il voulait, ouvrir les yeux, les garder clos pour atténuer la douleur, se rendormir... Il voulait seulement que l'on apaise ses souffrances.

Il prit une grande inspiration pour tenter de faire remonter ses souvenirs plus en surface. Des bandages recouvraient entièrement son visage ainsi que l'un de ses bras, son torse était également compressé sous l'effet des bandes de tissu blanc dont on l'avait enserré. Il eut soudain la vision cauchemardesque d'un blessé alité, emmêlé dans ses pansements et dépendant entièrement de la bonne volonté de son entourage et des infirmières. En fouillant dans sa mémoire, il se remémora l'incendie qu'il avait lui-même déclenché chez le führer. À la fin de l'affrontement, il s'était retrouvé pris au piège des flammes, il avait perdu connaissance du fait de l'importante quantité de sang qui s'échappaient de ses plaies récentes ainsi que des difficultés qu'il avait éprouvé à respirer à cause de la fumée qui saturait l'air de la petite pièce close. Il était seul dans la villa, à l'exception de sa victime et de ce pauvre garçon, mort des mains de son propre père. Il était seul... Seul... Donc, comment était-il arrivé sur ce lit d'hôpital? Sa gorge était bien trop sèche pour qu'il ne parle, aussi garda-t-il ses interrogations pour lui, il aurait des réponses tôt ou tard de toute manière, inutile de s'impatienter.

Il sentit le fil de la perfusion se tendre puis redevenir lâche, sans doute un contrôle. Il aurait voulut crier à cet incapable que le liquide qui s'infiltrait dans son corps, sans doute un analgésique, n'avait aucun effet, mais il ne put émettre qu'un nouveau grognement. Toutefois, ceci attira l'attention de la jeune femme qui le soignait, une infirmière peut être. D'une voix hésitante, elle murmura son grade avant de lui demander s'il était réveillé. Il aurait aimé lui répondre que non mais qu'il s'amusait souvent à faire croire le contraire, mais une fois de plus, sa voix, d'ordinaire si chaude et envoutante, refusa de lui obéir pour ne laisser sortir qu'un râle écœurant.

Des pas précipités raisonnèrent dans la chambre, les gonds d'une porte grincèrent, une voix se mit à crier, bien trop fort à son goût, pour interpeller un médecin. Puisqu'il ne pouvait pas voir ce qui l'entourait et qu'il ne pouvait pas bouger, il lui semblait que son ouïe travaillait pour ses autres sens. Il voulut lever une main pour toucher les bandages qui cachaient son visage, demander pourquoi il en portait autant, mais son bras lui parut si lourd qu'il retomba après une douloureuse ascension de quelques millimètres à peine, comme s'il était fait de plomb.

Tout à coup, il se sentit étrangement léger et engourdi, il ne sentait plus rien, les sons qui lui parvenaient se perdaient dans un brouhaha indistinct. Il ne se souciait plus de rien, les questions qui l'avaient assailli à son réveil se dispersèrent comme englouties par un épais brouillard. Le fil de ses pensées lui échappa, sa respiration devint plus lente et régulière tandis qu'il sombrait de nouveau dans un profond sommeil.

Quand il s'éveilla, il distingua clairement une voix près de lui, une voix qu'il connaissait mais qu'il n'arrivait pas à associer à un visage. Il ne savait pas combien de temps il avait dormi, mais il regretta rapidement d'avoir repris connaissance. Tout son corps recommençait à le faire souffrir. Il voulait se rendormir, mais les signaux de douleur envoyé à son cerveau focalisaient toute son attention à tel point qu'il ne put se détendre, bien que bercé par la douce voix qui semblait ne s'adresser qu'à lui. Dégouté par le son de sa propre voix, il résolut de ne pas répugner son visiteur par un borborygme caverneux à la limite de la régurgitation. Il tenta de tourner la tête en direction de la voix mais ne parvint qu'à réveiller un mal jusque là endormi au niveau des cervicales, certainement du à sa chute au moment où il avait sombré dans l'inconscience. Il ne put réprimer un grognement tant il lui semblait qu'un étau se resserrait autour de son crâne.

Il fut surpris de ne pas entendre la même précipitation bruyante qu'à son précédent réveil, à la place, il entendit à peine la chaise racler le sol puis des pas mesurés, presque silencieux qui se dirigeaient vers la porte qui s'ouvrit délicatement. Aucune voix suraigüe ne cria, cependant, il entendit rapidement la porte s'ouvrir de nouveau sur deux voix dont il en reconnut une comme étant celle de son visiteur... sa visiteuse? Oui, à présent qu'elle était mise en opposition avec le ton dur et grave du médecin, il lui semblait reconnaître une voix féminine et délicate.

Comme il ne pouvait toujours pas parler, Roy attendit que le médecin termine de l'ausculter, espérant pouvoir se rendormir. Cependant ses espoirs furent rapidement anéantis lorsqu'il entendit l'homme s'éloigner, assurant qu'il repasserait un peu plus tard, mais que pour l'instant, un excès d'analgésiques ne pouvait que lui être néfaste et qu'il devait légèrement baisser les doses. Et les douleurs, elles ne lui étaient pas néfastes peut être? Ainsi allongé, incapable de bouger ou de parler, il se sentait réellement impuissant, comme si l'homme fier, charismatique et ambitieux qu'il avait été était parti en fumé dans l'incendie. Tout en ruminant sa colère, il entendit la voix s'adresser à lui et la porte grincer puis plus rien. En un sens, il était soulagé du départ de sa mystérieuse visiteuse ; il ne pouvait pas lui répondre ce qui ajoutait à sa frustration.

Le temps passa au ralenti pour lui qui demeurait dans une immobilité quasi totale, seulement troublée les mouvements de son torse qui se soulevait dans de longues inspirations bruyantes, à tel point qu'il en était lui même irrité. Il était trop fatigué pour réfléchir, mais trop endolori pour dormir sans l'aide de calmants. Néanmoins, ce qui l'agaçait le plus n'était pas son incapacité à se mouvoir, mais plutôt son ignorance. Il ne savait ni depuis combien de temps il était alité ni à quel point ses blessures étaient graves.

Dans les jours qui suivirent, il perdit toute notion du temps, il vivait en permanence dans un brouillard assommant, comme si un voile opaque s'était abattu sur sa vie pour la mettre entre parenthèses. Il se sentait mort, il flottait entre conscience et inconscience, sans plus rien ressentir de ce qui l'entourait ni même son propre corps, si bien qu'il en vint à douter d'être toujours vivant. Nulle lumière ne filtrait à travers les bandages qui recouvraient ses yeux et les tranquillisants rendaient les sons encore plus indistincts, parfois, il ne parvenait pas à distinguer s'il avait réellement entendu une voix dans sa chambre ou s'il l'avait simplement rêvée, mais d'un côté, ou s'arrêtait le rêve? Ce n'était certes pas plaisant de l'admettre, mais il n'avait aucune réponse à cette question, et sans doute n'en aurait-il pas tant qu'il resterait dans cet état semi comateux.

Toutefois, un jour, il sentit un étrange changement dès son réveil tant la sensation ne lui était plus familière. Avec hésitation, il ouvrit puis referma plusieurs fois sa bouche libérée de sa prison de tissu. Ses bras également étaient à l'air libre, seuls ses yeux étaient toujours contenus par d'épais pansements. Pour la première fois depuis il ne savait quand, il sentit la caresse fraiche et apaisante du vent sur sa peau. Il esquissa un sourire d'aise, mais ses muscles n'ayant plus l'habitude de travailler ne lui permirent que de former un rictus ridicule dont il ne pouvait bien sur pas prendre conscience.

Il resta un moment ainsi, à savourer la douce brise qui passait par la fenêtre certainement ouverte, sans plus se soucier de rien. Tout à coup la porte s'ouvrit dans un grincement sonore, annonçant une arrivée importune. Il soupira bruyamment tandis que l'infirmière fermait les vitres sans se préoccuper du bien être de son patient. Il la sentit jouer un peu avec la perfusion, pour diminuer les doses d'analgésiques ce qu'il regretta aussitôt qu'il put distinguer sa voix aigüe. Il fut aussitôt assommé par l'incessant flot de paroles dont elle l'abreuvait comme si elle pensait qu'il s'en nourrissait. Jamais il n'avait à ce point senti le besoin de faire taire quelqu'un, mais peut être était-ce du au temps qu'il avait passé à dormir. Il ouvrit difficilement la bouche mais la referma brusquement au raclement de gorge éraillé qu'il produisit. La voix cessa immédiatement ses caquetages pour se rendre enfin compte que son « patient préféré » était réveillé.

Le reste de la journée fut consacré à des examens et autres auscultations qui donnèrent lieux à un défilé de médecins, infirmières et chirurgiens. Il avait, semblait-il, était opéré, mais personne ne lui fournit de détail sur son état. Il apprit seulement que, s'il n'avait toujours pas le droit de manger, il avait à présent l'autorisation de boire de l'eau si ses bandages n'étaient pas mouillés. En entendant cela, une grimace douloureuse déforma son visage partiellement caché ; il n'y avait pas pensé mais ainsi alimenté par perfusion, il avait très certainement perdu beaucoup de poids, et sa musculature devait être moins développée du fait de son inactivité. Il grogna pour manifester son agacement, il ne pouvait faire que cela d'ailleurs. Il se faisait de plus en plus l'effet de devenir un légume.

Plusieurs jours passèrent durant lesquels une infirmière venait régulièrement l'abreuver, sa gorge le faisait ainsi moins souffrir et il put rapidement essayer de formuler des mots. Si au début ses tentatives se révélèrent infructueuses, ses borborygmes se transformèrent peu à peu en sons plus doux. A force de s'exercer, il retrouva l'usage des voyelles et de quelques consonnes labiales, cependant, il lui fallut encore attendre plusieurs jours avant de vraiment pouvoir s'aventurer à parler à ses gardes malade ou ses visiteurs. Certaines syllabes restaient maladroites, mais il savait que cela passerait avec le temps. Toutefois, l'un de ses visiteurs gardait toujours le silence, comme s'il rechignait à décliner son identité. Il entendait clairement la porte s'ouvrir puis ses pas sur le carrelage mais jamais un son ne franchissait ses lèvres bien que Roy le questionnât plusieurs fois. Il ne pouvait en être vraiment certain, mais il avait parfois l'impression que le verre glissé entre ses lèvres sèches était soutenu par cette personne attentive et silencieuse.

Au fil des jours, il nota quelques détails sur cette mystérieuse visiteuse, sans doute la même que lors de son réveil quelques jours plus tôt, mais ce qui attira le plus son attention était son délicat parfum, si léger qu'on en venait à douter de son existence. Il restait ainsi imprimé dans l'air le temps de marquer les esprits pour ensuite s'enfuir dès lors que la femme qui le portait s'éloignait. Il doutait qu'il s'agît d'une infirmière ; ses manières étaient plus délicates et moins pressées, elle était plus attentive aux réactions de son corps, comme si elle guettait le moindre signe afin qu'il n'est à se plaindre de rien. Il devait bien avouer que cette femme l'intriguait, aussi chercha-t-il plusieurs fois à lui demander son nom, mais ses questions n'étaient toujours accueillies que par un silence profond qui le laissait parfois penser qu'elle n'existait pas, qu'elle n'était que le fruit de son imagination gavée de calmants, mais il ne pouvait ignorer cette main qui serrait affectueusement la sienne.

Son absence de visibilité commençait vraiment à devenir pesante. Il lui semblait parfois que les mains qui le manipulaient pour changer ses pansements ou nettoyer ses blessures étaient moins brutales que celles des infirmières, impatientes de terminer leur ronde. Cependant il ne pouvait déterminer s'il s'agissait toujours de cette même femme. Sa plus grande frustration était de ne pas pouvoir associer de visage ou même de nom à ce parfum qu'il n'avait jamais senti nul part. Une ancienne conquête qui en aurait changé ? Il se demandait également ce qu'elle pouvait bien gagner à rester ainsi anonyme, à moins qu'elle ne cherchât ni son affection ni sa reconnaissance, mais seulement son bien-être... Il lui paraissait cependant improbable qu'un tel être humain existe.

Un matin il essaya d'interroger une infirmière qui lui répondit d'une voix agacée qu'elle n'avait vu que des militaires et qu'aucune autre femme qu'une infirmière ne lui avait prodigué de soin. Cependant, lorsqu'il réitéra sa demande plus tard dans la journée, la jeune interne lui répondit timidement qu'elle n'avait pas le droit de lui dévoiler son nom. Roy n'insista pas, si elle tenait à rester anonyme alors il devait respecter son choix comme en guise de remerciement. Bien qu'ils ne se parlèrent pas, l'alchimiste trouvait sa présence plaisante, il aimait savoir que quelqu'un veillait prêt de lui, inquiet de son état. Bien sur il se trouvait égoïste, mais il était heureux qu'une femme soit si présente pour lui sans rien chercher à avoir en retour, lui donnant l'impression de le faire passer avant elle-même. Elle passait beaucoup de temps à son chevet, elle devait très certainement négliger sa propre vie.

Roy ne savait pas vraiment s'il devait s'inquiéter ou être touché d'un tel comportement, mais bien sur, elle ne lui répondit toujours pas lorsqu'il la questionna sur son emploi du temps. Alors qu'elle s'afférait à délicatement nettoyer son bras, il lui saisit la main pour y déposer un léger baiser tout en la remerciant de lui accorder autant de temps. Il interpréta le vif mouvement avec lequel elle retira sa main de l'emprise de la sienne comme un trouble, bien qu'elle ne prononça toujours aucun mot. Roy garda le silence, il avait résolu de ne plus chercher à la faire parler, toutefois, il se garda bien de lui annoncer que le lendemain, son médecin devait passer afin de lui retirer les bandages qui lui recouvraient les yeux, espérant pouvoir la surprendre ainsi.

Il n'en dormit pas de la nuit tant il s'impatientait d'enfin pouvoir retrouver la vue. Il lui sembla que le temps s'était suspendu tant il lui semblait s'écouler avec lenteur jusqu'à l'heure fatidique. Dès son entrée dans la chambre, le médecin fit fermer fenêtres et rideaux afin que son patient ne soit pas aveugler par une lumière trop brutale. Ils se retrouvèrent donc plongés dans une semi pénombre, percée par quelques rayons aventureux. Avec une délicatesse extrême, il défit un à un les bandages qui lui enserraient le crâne jusqu'à dévoiler ses yeux clos. Roy prit une grande inspiration avant d'amorcer une ouverture lente et pénible. De prime abord, il ne vit que des nuances de gris/marrons le tout perdu dans un épais brouillard. Il leva doucement les mains pour les regarder mais même de près, il ne distinguait que deux masses plus claires que le fond derrière elles. Il ne dit rien, pensant que cela était du à sa longue inactivité, mais malgré tout ses efforts, il lui sembla que son œil gauche refusait d'envoyer les signaux visuels à son cerveau. Le souvenir de la terrible douleur provoquée par une lame s'enfonçant dans la paupière lui revint soudain ; il ne pouvait pas réellement avoir perdu son œil. Il aurait voulu poser la question au médecin, mais aucun son ne sorti tant il était accablé par une telle perspective. Devant son trouble, le médecin lui assura que sa vue reviendrait progressivement, tout comme sa voix, mais qu'il ne devait pas exposer ses yeux à une trop forte luminosité sans quoi, on lui replacerait des bandages.

Toutefois, on lui refusa de lui accorder un miroir pour qu'il constate les changements sur son visages; il ne les distinguerait pas de toute façon. Il ne pouvait pas encore se lever ou tenir debout sans aide aussi il ne pourrait pas se rendre seul dans la salle de bain. Le chirurgien le quitta sans lui donner plus d'explications, seulement qu'il devait d'abord se faire à l'idée qu'il ne retrouverait jamais le visage qu'il avait avant. À cette annonce, Roy prit peur de ce que cela impliquait ; était-il défiguré ? Gravement ? Dans un élan désespéré, il porta ses mains à son visage ; s'il ne pouvait pas le voir, il pouvait au moins le sentir. Il retint difficilement un hoquet de surprise, sentant que la peau sous ses doigts était plus lisse sur sa joue gauche. Il promena ses doigts jusqu'à trouver la frontière entre la peau et la... chair ? Il la suivit doucement remontant jusqu'à sa naissance sur son front juste au-dessus de son nez qui lui sembla légèrement tordu ; il avait du être cassé durant son affrontement. L'un de ses yeux était entouré de ce qui lui semblait être des chairs brûlées et traversé par une cicatrice, il pouvait même en sentir plusieurs petites un peu partout sur son visage. Il déglutit avec difficulté, tout en descendant sa main dans un mouvement si long qu'il lui parut interminable, l'estomac noué par l'appréhension jusqu'à ce qu'enfin il trouve ce qu'il cherchait. Son bras également découvert semblait être fait de la même matière que cette partie de son visage qu'il venait de découvrir. Du bout des doigts, il remonta vers son épaule sans pour autant pouvoir déterminer les contours de sa blessure. Paniqué, il passa une main sous sa chemise d'hôpital. Il se figea d'effroi lorsqu'il effleura son torse dont une partie semblait également brûlée. La peau sur toute son épaule et jusqu'à sa hanche gauche avait été victime des flammes Non. Il ne pouvait pas y croire. Il ne voulait pas y croire. Ce n'était que temporaire, il allait être soigné et lorsqu'il sortirait d'ici tout ceci ne serait plus qu'un cauchemar.

Il fut pris d'une soudaine frénésie, il ne pouvait accepter de n'avoir qu'une idée approximative de l'état de son corps. Il enleva comme il pu sa chemise, arrachant presque les fils de la perfusion et se rua hors de son lit. Cependant, la réalité le rattrapa bien vite; depuis des jours qu'il était alité, il n'avait pas encore eu l'occasion de constater à quel point son corps s'était affaibli. A peine eut-il poser les pieds à terre qu'il s'écroula sans avoir pu faire le moindre pas. Cloué au sol par le poids de son échec, il resta un instant à regarder la petite aiguille plantée dans son bras, celle dont toute sa vie dépendait, celle qui non seulement le nourrissait, mais qui faisait aussi disparaître la douleur. Le héros d'Ishbal ne pouvait à présent plus vivre sans une aide pour se déplacer, et même lorsqu'il pourrait sortir de cet hôpital, il ne retrouverait jamais sa vie d'avant. Il se hissa difficilement sur son lit, était-ce là un juste retour de flammes pour ses crimes ? Une sorte d'échange équivalent qui le punissait à présent pour son implication dans le génocide ?

Il garda les yeux ouverts toute la journée dans l'espoir de retrouver une vision plus nette au plus vite, ne supportant pas l'idée de savoir son beau visage mutilé. Cette vision d'horreur ne le quitta pas si bien qu'il ne s'endormit que tard dans la nuit, épuisé de lutter contre le sommeil. Trop préoccupé par son sort, il ne se rendit compte qu'il n'avait reçu aucune visite que pour en être soulagé ; il ne voulait pas que quiconque le voit sans qu'il ne connaisse l'image qu'il leur envoyait. Il trouvait suffisant d'être ainsi humilié devant le personnel de l'hôpital sans pour autant avoir à sentir les regards pleins de pitié de ses éventuels visiteurs. Il eut une pensée furtive pour cette femme dont il ignorait tout, bien qu'il eût apprécié ses visites, il était préférable qu'elle ne vienne plus. De toute façon, il savait qu'elle prendrait cette décision d'elle-même en le voyant ainsi, mais il ne voulait pas avoir à subir cet affront.

Il resta seul également le lendemain, sa solitude seulement troublée par les visites d'une infirmière en service. Il ne savait plus s'il devait se réjouir ou non de l'apparente indifférence que lui portaient à présent ceux qui s'étaient prétendus ses amis. Certes, il avait lui-même souhaité être seul, mais peut être aurait-il préféré renvoyer les importuns plutôt faire ce douloureux constat.

Le matin suivant, il fut réveillé par des coups frappés à sa porte auquel il ne répondit pas ; le personnel soignant n'attendait jamais l'invitation des patients pour entrer. Cependant, ce matin rien ne vint, aucune voix suraigüe ne vint lui perforer les tympans. Il hésita un instant avant de se résoudre au silence ; il ne voulait voir personne. Il dut néanmoins accepter la présence de l'insupportable infirmière durant le temps des soins. S'il ne distinguait pas encore complètement les formes, il pouvait à présent voir les couleurs malgré la faible luminosité et ainsi constater que ses bras n'arboraient plus la même couleur, l'un étant plus foncé que l'autre. Il réprima une grimace de dégoût d'imaginer son visage divisé de la sorte.

Il passa l'après-midi à ruminer ses idées noires, les yeux rivés sur ses mains. Alors que la luminosité diminuait peu à peu au fur et à mesure que le soleil se couchait à l'extérieur, de nouveaux coups se firent entendre. Il fut tenter de ne rien répondre encore une fois, mais il avait étrangement besoin d'une présence amie, si bien qu'il en venait à souhaiter que ce soit sa mystérieuse visiteuse. À son invitation, la porte s'ouvrit pour laisser apparaître un uniforme bleu ; un militaire. En plissant un peu les yeux, il distingua une masse de cheveux blonds, courts semblait-il. Son visiteur le salua poliment, ce qui eut pour effet de faire sursauter l'alchimiste qui devait bien admettre qu'il avait tout envisagé sauf cela.

« Li... lieutenant? bégaya-t-il difficilement. »

La jeune femme acquiesça alors que son supérieur tentait vainement de disparaître sous ses couvertures. Il ne voulait pas qu'elle le voit dans cet état, il s'était toujours montré fort devant elle, bien qu'elle connaissait ses faiblesses, peut être même mieux que lui. Il craignait son regard plus que celui de quiconque, il avait peur de son jugement, peur de l'avoir déçue alors qu'elle l'avait suivi jusqu'au bout au risque de sacrifier sa carrière. Comme elle ne disait toujours rien, il en vint à douter des véritables raisons de sa présence, toutefois elle lui répondit distraitement qu'elle ne venait que prendre de ses nouvelles. Elle restait respectueusement debout au pied du lit, droite comme un i, froide et distante comme elle l'avait toujours été. Sa présence bien qu'habituelle n'avait rien de rassurante pour le blessé qui sentait son regard sur lui qu'il imaginait empli de pitié et de déception. Il lui avait fait miroiter une victoire en laquelle elle avait crue pour ne le voir qu'échouer lamentablement. Son silence avait quelque chose de pesant, rien à voir avec celui de sa mystérieuse visiteuse. Il sentait qu'elle ne parlait pas pour lui cacher quelque chose, comme pour lui épargner quelque chose, par pitié sans doute, elle ne devait pas vouloir accabler un pauvre homme cloué sur un lit d'hôpital.

Ses poings se refermèrent sur les draps alors qu'il lui soufflait qu'il allait bien et qu'il avait besoin de solitude. Après avoir bredouiller qu'elle repasserait le lendemain, elle tourna les talons après avoir effectué un salut militaire parfait qu'il ne pouvait pas voir, seulement deviner. Une fois la porte refermée, il murmura pour lui même que ce n'était pas la peine qu'elle se déplace pour si peu. À présent, il était certain de ne plus vouloir recevoir la moindre visite. Sauf peut être celle de l'inconnue qui arrivait si bien à l'apaiser sans un mot ; il avait besoin de soutient, mais il ne savait plus où le chercher. Il se laissa tomber sur son oreiller. Il ne voulait plus penser à rien, il voulait oublier le monde extérieur, ses blessures, ses cauchemars... Tout, il voulait tout oublier, ou plutôt tout laisser derrière lui. Laisser ce monde comme il était. Malgré tout ses efforts, il ne réussirait jamais à réparer le mal qu'il avait fait. La vie ne pouvait plus rien lui apporter, il n'avait plus rien à apporter à ce monde. Sans doute avait-il tout de même contribué à le rendre meilleur par l'assassinat de King Bradley, mais il ne se sentait plus capable de prendre la tête du pays à présent. Et puis, qui voudrait de lui ? Il avait tué de sang froid le président de son pays, sans doute aurait-il droit à la cour martiale pour cela. Il déglutit avec difficulté en pensant que c'était peut être la raison du silence de sa subordonnée. De plus, personne ne voudrait d'un homme défiguré pour les représenter, ils avaient besoin d'une figure charismatique à montrer en exemple. L'alchimiste du feu s'était brulé les ailes à la chaleur de ses propres flammes. Par ce geste, il avait lui même mis un terme à son ascension, il avait brisé ses rêves. À présent, il ne pouvait qu'espérer que ceux qui prendraient la tête du pays seraient à la hauteur et le redresseraient correctement. En restant dans l'armée, peut être pourrait-il y contribuer, mais sans doute serait-il sanctionner, condamné pour homicide. Il s'enferma dans sa morosité jusqu'à ce que le sommeil vienne l'emporter loin de toute réflexion.

Le lendemain, lorsqu'il ouvrit les yeux, il eut l'agréable surprise de pouvoir discerner son environnement, pas encore nettement, mais les meubles et les choses avaient enfin des contours. Il battit plusieurs fois des paupières comme pour donner plus de constance à ce qu'il voyait. Les volets étaient restés entrebâillés depuis qu'on lui avait retiré ses bandages afin qu'il ne soit pas agressé par la lumière et qu'il s'y habitue petit à petit. En promenant son regard sur sa chambre, ses yeux accrochèrent le reflet que lui renvoyait la fenêtre, il était lointain et indistinct, mais s'il se rapprochait, peut être qu'il pourrait... Cette pensée lui donna soudain un regain d'énergie. Enfin, il allait pouvoir constater par lui-même à quel point il était marqué par cette bataille.

Il rejeta les couvertures d'un geste vif et sortit de son lit en toute hâte sans tenir compte des protestations de son corps qui réclamait de rester allongé. Il chancela dès qu'il fut levé, toutefois, au lieu de s'écrouler, il se rattrapa contre le mur qu'il suivit jusqu'à trouver la porte de la salle de bain. Il chercha l'interrupteur à tâtons pour éclairer la petite pièce. Aveuglé par l'intensité de la lumière, il ferma les yeux dans un grognement tout en plaquant une main protectrice contre ses paupières closes. Il l'ôta très lentement, toujours en appui contre l'encadrement de la porte. Il resta quelques secondes, les yeux plissés pour s'habituer à tant de clarté mais se rua vers le lavabo dès qu'il avisa le miroir accroché au-dessus. Les mains crispées sur les parois de faïence, il releva doucement la tête pour enfin se trouver nez à nez avec son reflet.

Il retint son souffle tant de surprise que de stupeur ou de dégoût en découvrant le visage qui lui faisait face. Une marque de brulure naissait du milieu du front pour s'étendre sur toute la joue gauche en contournant le nez puis disparaissait vers la nuque. Interdit, il fixa l'œil voilé de blanc, entouré de chair brulée et traversé par un petite cicatrice sans plus le moindre sourcil pour le surmonter. Non. Ce n'était pas son visage qu'il voyait dans ce miroir, ce n'était qu'une vision de cauchemar, il allait se réveiller. Il serra les dents pour retenir les larmes de colère qui lui montaient aux yeux. Sa respiration devint plus saccadée au fur et à mesure qu'il réalisait à quel point il avait été humilié en ignorant son état alors que des dizaines de personnes avaient déjà posé leur regard, sans doute empli de pitié, sur son visage mutilé. Tout à coup, il ne ressentait plus l'engourdissement de son corps. Il resserra sa prise sur le lavabo pour rester en appui sur ses bras, incapable de faire demi tour, hypnotisé par son reflet, si bien qu'il n'entendit pas les coups frappés à sa porte.

Il s'était bêtement laissé encercler par ses propres flammes, trop sûr de lui ; s'il avait envisagé de ne pas revenir de cette mission, jamais il n'avait pensé se retrouver ainsi. Il avait beau se dire qu'il avait de la chance d'être toujours en vie, il ne parvenait pas à chasser de son esprit les regards et commentaires répugnés de ceux qui croiseraient sa route. Plus personne n'oserait, sans doute, le regarder dans les yeux, regarder ce visage à moitié brûlé, témoin de sa faiblesse. Cette blessure serait là à présent pour rappeler qu'il n'était qu'un homme capable d'échec, et pas le héros que tout le monde croyait. Bien que son cerveau enregistrât une présence dans sa chambre, il restait accroché à l'effroyable réalité que lui reflétait le miroir. Ce ne fut que quand le visiteur importun le rejoignit dans la salle de bain qu'il ne prit conscience de sa présence.

Vide de toute volonté, il se laissa guider par les deux mains qui le maintenaient fermement. Alors qu'on l'asseyait sur son lit, il leva les yeux vers le visage de celui qui l'avait tiré de sa contemplation ; Liza Hawkeye. Elle aussi s'était moquée de lui. Il la croyait pourtant honnête, jamais elle ne lui avait menti, jamais elle ne l'avait trahi, pourquoi maintenant ? Par pitié ? Avait-elle eu pitié de lui lorsqu'elle l'avait découvert la veille ? Elle ne soutint même pas son regard, elle détourna les yeux pour ne pas voir son visage. Il sentit une vague de colère monter en lui ; il était déjà assez humilié d'être ainsi immobilisé dans un lit d'hôpital, sa blessure exhibée au vu et au su de tous, il n'avait pas besoin qu'on lui rappelle qu'il était défiguré. Ses poings se resserrèrent sur son pantalon tandis qu'il laissait sa colère exploser dans un murmure à peine audible. Il lui ordonna d'abord de sortir, de le laisser, toutefois, cette fois-ci, la jeune femme refusa d'obtempérer. Ce fut plus qu'il n'en put supporter ; il n'avait pas besoin d'elle, il ne voulait pas d'elle ici alors qu'elle parte et surtout qu'elle ne revienne pas. Il ne voulait plus voir personne. Elle avait été aussi hypocrite que les autres à lui mentir par son silence. Il avait bien compris où étaient ses vrais amis durant les jours qui avaient suivi son réveil et où il n'avait reçu aucune visite, il le savait à présent ; son seul véritable soutient était mort quelques mois plus tôt. Il n'avait pas besoin de leur pitié. Il ne leur demandait rien, il était inutile qu'ils se forcent à rester près de lui alors qu'il n'aspirait qu'à la solitude.

Déboussolée, la jeune femme ne sut quoi lui répondre. Après une seconde d'hésitation, elle effectua un rapide salut accompagné d'excuses avant de disparaître de l'autre côté de la porte. Elle poussa un long soupir avant de se diriger vers la sortie de l'hôpital. Elle s'en voulait suffisamment d'être arrivée trop tard ; si elle n'avait pas été retenue par la garde personnelle du führer chargée de l'interroger, elle l'aurait rejoint quelques minutes plus tôt et alors il ne serait très certainement pas si gravement blessé. Toutefois, sa réaction était sans doute justifiée ; elle n'avait pas supporté de voir cette blessure dont elle était responsable et qui le marquerait à vie, peut-être avait-il pris son regard fuyant pour une marque de dégoût. Elle se sermonna mentalement, presque tentée de faire demi-tour et pour lui présenter ses excuses. Elle se ravisa cependant ; il avait besoin d'être seul pour assimiler ce qu'il venait d'apprendre.

Avant de sortir du bâtiment, elle avisa le médecin en charge des soins de son supérieur. Après une hésitation, elle résolut qu'il serait sans doute préférable qu'il sache que son patient avait découvert son visage. Elle craignait qu'il ne perde la tête, et qu'il ne faille le maitriser. Peut-être même, valait-il mieux le surveiller. L'homme la remercia avant de lui assurer qu'il ferait le nécessaire pour que le brigadier général Mustang se tienne tranquille, quitte à l'attacher à son lit. Il l'informa également qu'il pensait travailler en collaboration avec l'un des psychologues de l'hôpital afin d'assurer un suivit psychologique. Liza voulu protester mais le médecin répliqua qu'il savait encore quoi faire dans ce genre de situation et qu'il n'allait pas se laisser dicter ses traitements par quelqu'un qui n'avait pas la moindre formation médicale. Elle tourna les talons avec un acquiescement et des excuses forcés ; certes, elle ne connaissait pas la médecine, mais elle connaissait son supérieur. Elle savait qu'il ne se confiait jamais à qui que ce soit, sauf peut-être à Maes Hughes du temps où il était encore en vie, alors elle doutait réellement de sa bonne volonté quant à sa participation à une éventuelle psychothérapie. Elle ferma les yeux quelques secondes une fois à l'extérieur, agressée par le soleil. Elle ne travaillait pas ce jour-là, son congé n'était pas terminé bien que ça blessure ne fût pas réellement grave ; elle ne portait même déjà plus l'écharpe destinée à soutenir son bras blessé.

Elle ne l'avouerait jamais à qui que ce soit, mais bien qu'elle prétendît que son épaule ne la faisait plus souffrir, elle refusait de porter cette bande de tissu simplement parce qu'elle refusait d'arborer les marques de sa négligence. Elle n'avait pas été suffisamment vigilante et avait bêtement reçu une balle dans l'épaule. Ainsi diminuée et surtout à pieds, elle avait perdu trop de temps et le colonel Archer était arrivé sur les lieux bien avant elle ; qui sait ce qu'il aurait pu faire s'il avait trouvé le colonel avant elle. À l'arrivée des secours, elle avait réussi éviter la cour martiale en invoquant la légitime défense ; des témoins ayant attesté qu'il était lui-même responsable de sa blessure. Elle avait tout de même était convoquée la veille pour témoigner et donner sa version des faits afin d'établir la vérité sur la mort du colonel Archer. Elle avait réussi à soutenir que sa vie et celle de son supérieur étaient en danger et qu'elle n'avait pas eu d'autre choix. Il avait également été établi que Franck Archer avait eu des pulsions meurtrières à l'égard de l'équipe du colonel Mustang, aussi Liza ne fut-elle pas condamnée.

Elle avait voulu réintégrer son poste dès sa sortie de l'hôpital, hélas, on lui avait imposé un congé, et en bon soldat discipliné, elle n'avait pas protesté contre l'ordre qu'on lui donnait. Il lui fallait donc trouver de quoi occuper son temps libre. Elle avait d'abord pensé que le brigadier général aurait besoin de soutien, et elle n'avait pas voulu le laisser affronter cette épreuve seul, cependant, il était manifeste qu'il avait avant tout besoin de solitude afin d'accepter la réalité. Elle aurait préféré rester près de lui, mais elle ne voulait pas s'imposer aussi n'avait-elle pas insister. Liza poussa un long soupir de résignation ; elle n'avait plus qu'à rentrer chez elle, elle trouverait bien de quoi occuper sa journée.

Dans sa chambre, Roy était resté allongé à fixer le plafond depuis le départ de sa subordonnée. Son torse se soulevait au rythme irrégulier de sa respiration difficile, tandis que ses ongles meurtrissaient ses paumes tant il serrait ses poings pour contenir sa fureur. À présent qu'il était seul, milles idées se bousculaient dans sa tête dont la plus récurrente restait de s'enfuir de cet hôpital. Ce n'était pas le grand flame alchemist qui était allongé sur ce lit, mais un homme faible dont la survie dépendait d'une perfusion reliée en permanence à son bras. Roy Mustang, l'alchimiste de flamme était mort dans l'incendie qui avait ravagé la villa du président Bradley, ne restait de lui que ce pantin désabusé sans plus ambition ni volonté. Il déglutit péniblement à cette pensée ; il fallait qu'il sorte d'ici, mais à peine se mit-il debout qu'il manqua de tomber une nouvelle fois. Il était pris de vertiges et avait l'impression d'étouffer ; il ne voulait pas de cette vie, mais il doutait sincèrement de pouvoir se relever après une telle humiliation.

Comme il s'était rendu à la salle de bain, il se dirigea lentement vers la porte, se trainant tout en prenant appui contre le mur pour ne pas vaciller. Toutefois, il s'arrêta devant la porte, prenant conscience du ridicule de son entreprise ; s'il ne parvenait pas à se déplacer sans appui, il pouvait oublier toute tentative d'évasion. Ses yeux se posèrent alors sur les poches de médicaments qui se balançaient du haut de la tige de métal qu'il trainait derrière lui ; sans elles, sans doute retrouverait-il un peu de vigueur et une plus grande liberté de mouvement. Cependant, alors qu'il s'en saisissait violemment, la porte s'ouvrit sur une infirmière qui ne manqua pas de donner l'alerte. Roy, rapidement gagné par la panique comme un criminel pris en faute, bouscula la jeune femme dans le fol espoir de sortir de sa chambre et retrouver un semblant de liberté. C'était sans compter sur la faiblesse de son corps convalescent ; rapidement maitrisé par les médecins, il fut reconduit jusqu'à son lit. À peine sa tête toucha-t-elle l'oreiller qu'il sombra dans l'inconscience, assommé par le tranquillisant administré par une infirmière.

Lorsqu'il se réveilla le lendemain, il se sentait étrangement léger, comme s'il flottait au milieu d'un brouillard doux et chaud. Au prix d'un effort qui lui parut surhumain, il parvint à se remémorer les événements de la veille. Il fut soudainement pris d'un haut le cœur alors qu'il revoyait l'image de son visage partiellement brûlé que lui avait renvoyé le miroir. Il leva péniblement un bras qui lui sembla aussi lourd que s'il était fait de plomb et le porta à son visage, dans l'espoir que cette vision ne soit que la réminiscence d'un cauchemar. Il rencontra d'abord son nez dont l'arrête légèrement tordue avait indéniablement été cassée, puis il laissa glisser ses doigts jusqu'à ce qu'ils rencontrent ce qu'il cherchait. Il laissa sa main s'effondrer devant ses yeux, tandis qu'un tourbillon d'émotions naissait en lui ; colère, désespoir, honte. Seul dans cette chambre si froide et impersonnelle, il s'autorisa à laisser s'échapper les larmes qu'il retenait depuis trop longtemps, depuis la mort de son ami. Il n'avait jamais pris le temps de s'arrêter sur ce qu'il avait perdu, mais à présent qu'il restait seul avec ses souvenirs, immobilisé par des calmants, il revoyait chaque moment pénible qu'il avait vécu, de l'enfer d'Ishbal à son combat contre la menace homonculus.

L'après-midi même, un grand homme brun d'une cinquantaine d'années, vêtu d'une longue blouse blanche, les cheveux en bataille vint troubler sa tranquillité. Après s'être présenté, le docteur Charles Marlow s'assit sur la chaise destinée aux visiteurs, tout en le regardant par dessus ses lunettes, attendant que le jeune homme lui parle. Agacé, Roy décida d'ignorer son visiteur, cependant, celui-ci reprit bien vite la parole devant le silence de son patient. Il était là pour « guérir ses éventuels troubles psychologiques ». Perplexe, le militaire tourna la tête vers l'homme aux allures de savant fou dont le regard semblait pétiller de curiosité. À cette annonce, Roy se renferma encore plus sur lui-même ; il n'avait rien à dire à cet inconnu qui ne lui inspirait pas la moindre once de confiance. Soudain, le psychologue se leva, le poing levé, une main sur sa hanche dans une posture résolue et se lança dans un discours qui se voulait émouvant. Avec un soupir de lassitude, Mustang l'écouta lui affirmer qu'il était regrettable qu'il ne se confie pas au risque de « se noyer dans le flot de ses propres regrets, accablé par ses démons intérieurs qui finiraient par avoir raison de lui ». Il tenta de le couper alors qu'il déclarait haut et fort qu'il voulait absolument éviter cela et que son rôle était « de le guider vers la voie lumineuse qui l'aiderait à s'émanciper des fantômes de son passé et à affronter sa peur de l'inconnu », mais il ne parvint qu'à s'attirer des encouragements, destiné à lui faire « libérer des mots qu'il craignait de prononcer, rejetés par son inconscient qui refusait d'accepter la réalité ». Pourtant, il n'avait pas vraiment l'impression de pouvoir échapper à la réalité, trop faible pour échapper à l'homme qui l'accablait de son discours ridicule.

Roy abandonna tout espoir de le faire taire et attendit patiemment qu'il arrête de parler. Il en vint même à se demander lequel des deux avait le plus besoin de voir un psy. Il voulait tellement se débarrasser de lui qu'il se mit à souhaiter recevoir de la visite, n'importe qui du moment qu'il faisait fuir ce prétendu savant. Une heure passa pendant laquelle le brigadier général gardait nerveusement sa mâchoire crispée et ses yeux rivés sur le plafond pour éviter de vraiment « se laisser aller à s'exprimer sans retenue car il n'est jamais bon de garder pour soi les rancœurs que l'on nourri à l'égard d'autrui ». Quand enfin, le docteur Marlow quitta la pièce en annonçant qu'il repasserait le lendemain, Roy se pétrifia ; il n'avait pas vraiment envisagé un suivi si poussé.

En homme de parole, le psychologue revint chaque jour, prétendument pour arracher des confessions au malade, mais ne le laissait jamais parler tant il se perdait en explications sur l'importance de s'ouvrir et parler aux autres plutôt que de s'enfermer dans la névrose. À ces mots, Roy pensa amèrement que ce brave docteur ne devait pas souvent se sentir déprimé.

Plus les jours passaient et plus il sentait ses forces revenir, on lui avait même accorder l'autorisation de marcher quelques minutes dans le parc de l'hôpital, soutenue par des béquilles, mais sous la surveillance d'un vigile afin de prévenir tout départ prématuré de sa part. D'abord agacé par cette mesure, Roy avait rapidement oublié la présence de l'homme tant cela lui faisait du bien de marcher à l'air libre. Toutefois, il prenait toujours grand soin de ne pas sortir aux heures où le jardin était le plus fréquenté, appréhendant les regards et les remarques qu'il susciterait sur son passage. Il peinait à affronter les regards du personnel et préférait toujours détourner la tête pour ne pas voir leur mine apitoyée.

Contrairement à ce qu'il aurait pensé, son premier lieutenant revint lui rendre visite, souvent accompagnée de son équipe qui ne cessait de le gratifier de « revenez-nous vite ». Toutefois, quoi qu'il en dise, Roy n'était pas pressé de quitter cet chambre d'hôpital, certes elle témoignait plus que ses blessures de sa faiblesses, mais au moins, caché derrière ces murs, il se sentait en sécurité, à l'abri de la cruauté humaine. Il se sentait si vulnérable qu'il ne savait pas s'il aurait la force d'affronter les jugements, mais il ne pouvait pas non plus rester éternellement dans cette situation aussi confortable soit-elle. D'autant plus qu'une fois sorti, il pourrait espérer éviter les séances quotidiennes de psychothérapie qu'on lui imposait. Pas une seule fois, le docteur Marlow ne l'avait laissé parler, il avait toujours réussi à monopoliser la parole durant l'heure entière, si bien que Roy s'interrogeait réellement quant à la nécessité de ces rencontres.

Le jour de sa sortie arriva bien plus tôt qu'il ne l'aurait cru ; la douleur ayant disparu, il n'avait plus besoin de perfusion et même si ses nuits étaient encore agitées de cauchemars, un simple somnifère pouvait momentanément régler le problème. Il ne pouvait pas encore tenir debout très longtemps ni même vivre en parfaite autonomie, mais il pouvait sans peine quitter l'hôpital du moment que ses blessures étaient entretenues correctement. Le psychologue avait également soutenu qu'il était important pour lui de se retrouver un peu dans un environnement plus familier dans lequel il se sentirait plus à l'aise. C'était, selon lui, le meilleur moyen pour qu'il « retrouve un état d'esprit positif et qu'il ouvre les yeux sur les joies que pouvait encore lui apporter la vie comme un immense jardin où autant de fleurs n'attendaient que d'être cueillies et que l'on s'enivre de leur parfum ». Roy réprima un rire en entendant cela, comment pouvait-il encore espérer pouvoir profiter de la vie à présent ? Il serra tout de même la main que lui tendait Marlow en guise d'au revoir ; son rôle prenait fin dès à présent, aucun suivi ne lui serait imposé.

De l'autre côté de la porte, le psychologue retrouva une jeune femme aux longs cheveux blonds retenus par une barrette, ce qui lui donnait un petit air sévère. Après son bref entretient avec le médecin, elle était rentrée chez elle tout en espérant trouver de quoi s'occuper l'esprit. Cependant, elle n'avait cessé de remuer leur discussion dans sa tête ; connaissant son supérieur, jamais il n'accepterait de raconter ses tracas à inconnu. Elle avait donc saisi son téléphone, et à force d'insister, elle avait réussi à entrer en communication avec le psychologue en service dans cet hôpital et avait obtenu un rendez-vous pour l'après-midi même ; le docteur avait même était ravi d'avoir quelques informations sur son patient afin de mieux se préparer à leur première rencontre. Il avait bien compris que le brigadier général ne se livrait pas facilement à ses amis, aussi ne parviendrait-il à aucun résultat avec lui. Cependant, la jeune femme lui avait demandé d'opérer un tout autre traitement sur lui. Elle voulait qu'il reprenne confiance en lui, qu'il réapprenne à vivre avec les autres. Inquiète de l'expression de son visage alors qu'il fixait le miroir, elle craignait qu'il n'oublie qu'il était également humain, et qu'il méritait autant d'égard qu'un autre, si ce n'était plus pour toutes les actions qu'il avait accomplies pour protéger Amestris, au détriment de sa propre vie.

Son petit air prétentieux et sûr de lui n'était qu'une coquille qui cachait un homme timide, presque craintif. Sa carapace ayant volé en éclat, il lui fallait l'aider à en forger une autre, et le docteur Marlow avait accepté de l'aider. Il avait donc pris le parti de se montrer comme un homme extraverti, il n'attendait aucun mot de la part de son patient, mais le temps d'une heure par jour, il lui avait permis d'oublier ses problèmes, ses blessures. Charles avait parlé avec lui comme il l'aurait fait avec n'importe quel patient sans jamais être répugné par ses brûlures ou son œil voilé d'un blanc laiteux. Il savait que ses longs discours, même s'il lui avaient peu à peu fait perdre toute crédibilité, aussi ridicules fussent-ils resteraient gravés dans l'esprit du jeune homme. Liza serra la main du psychologue avec un sourire reconnaissant.

« Merci infiniment, docteur.

- Ce fut un réel plaisir, mademoiselle. J'aurai aimé lui faire prendre conscience de la chance qu'il a, soupira-t-il avant de s'éloigner en secouant la tête de gauche à droite. »

La jeune femme sourit tristement à cette remarque ; elle n'attendait nulle reconnaissance de sa part, seulement qu'il se relève et qu'il remonte la pente, qu'il ose encore faire face à ceux qui s'opposeraient à lui. Elle entra dans la chambre après avoir frappé deux coups secs. Elle le trouva assis sur son lit, son regard vide tourné vers la fenêtre. Il tourna la tête vers elle à son approche et fronça les sourcils de la voir en civil en plein milieu d'après-midi. Elle lui expliqua brièvement qu'elle était en congé pour la journée ; elle avait préféré lui cacher sa blessure, sachant pertinemment qu'il la considérerait comme une marque de son incompétence, une preuve qu'il était incapable de protéger ses subordonnés, et elle craignait qu'il n'en vienne à douter de pouvoir réellement protéger le pays tout entier. D'une voix éteinte il lui annonça qu'il allait pouvoir sortir pour terminer sa convalescence chez lui. Les joues légèrement roses, Liza baissa les yeux pour ne pas croiser son regard tout en lui annonçant que c'était elle qui allait s'occuper de lui jusqu'à ce qu'il puisse être entièrement autonome. Il ne réagit pas tout de suite, les yeux toujours rivés sur un point invisible devant lui, puis, sans aucune émotion, il lui assura qu'il n'avait pas besoin d'elle, qu'il était inutile qu'elle perde son temps avec lui.

Elle allait répliquer quand une infirmière fit irruption dans la pièce sans s'être annoncée. De sa voix suraigüe elle ordonna à Liza de sortir pendant qu'elle aidait le brigadier général à se changer ; il n'allait pas sortir en pyjama. La jeune femme obéit sans un mot, réalisant que cette tâche lui incomberait bientôt. Presque dix minutes plus tard, l'infirmière ressortie, un petit sourire accroché à son visage. Lorsqu'elle rentra de nouveau dans la chambre, Roy était assis sur le bord de son lit, vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise blanche. Il tenait dans ses mains un morceau de tissu noir qu'il contemplait avec tristesse ; un bandeau. Le docteur Marlow lui en avait parlé, il pensait que masquer, ne serait-ce que son œil, l'aiderait à affronter le regard des autres. Avec un petit sourire espiègle, il avait également ajouté que cela lui donnerait un petit côté aventurier. Après tout, Bradley cachait également un œil derrière un bandeau, se créant ainsi une image de valeureux combattant.

Avec un soupir, il le passa autour de son crâne de sorte que le cache noir se superpose à son œil aveugle. Malgré elle, Liza ne put s'empêcher de penser que ces blessures n'enlevaient rien à son charme ténébreux. Les papiers avaient déjà été remplis, elle n'attendait plus que le fauteuil roulant pour ramener son supérieur chez lui. Cependant, quand l'objet fit son apparition, le militaire refusa catégoriquement de s'assoir dedans. Il voulait marcher par lui-même, peu lui importait l'effort que cela lui coûterait, il se sentait suffisamment diminué et ne voulait pas en rajouter. La jeune femme se tourna alors vers le médecin qui tentait désespérément de convaincre Mustang qu'il était nécessaire qu'il se déplace en fauteuil roulant pendant quelques temps. Après négociations, elle obtint le remplacement du fauteuil litigieux par une paire de béquilles ; quoi qu'il en pense, il avait tout de même besoin d'un soutient. Il les prit sans un mot et se dirigea à pas lents vers la sortie.

Liza restait à sa hauteur, silencieuse, attentive à chacun de ses mouvements de crainte qu'il ne s'effondre, bien qu'elle le connaissait suffisamment pour savoir qu'il ne se permettrait pas une telle démonstration de faiblesse en public. Il descendit péniblement les escaliers, refusant toute aide de la part de sa subordonnée. Une fois à l'extérieur, il la suivit sans un mot jusqu'à la voiture qui le conduirait chez lui. Le trajet s'effectua sans qu'un mot ne soit échangé, chacun ruminant ses propres remords. Toutefois, un malaise s'installait peu à peu tandis qu'ils approchaient de la demeure du brigadier général ; restait à régler le problème de l'autonomie limité de celui-ci. Liza avait la ferme intention de s'imposer chez lui jusqu'à ce qu'il puisse s'occuper de lui tout seul, mais Roy n'avait nul envie de se voir dorloter en permanence, aussi difficile cela soit-il pour lui, il voulait retrouver sa solitude. L'idée de dépendre de quelqu'un l'horripilait, il ne voulait être une charge pour personne, surtout pour elle qui avait déjà tant fait pour lui.

Une fois arrivés à destination, Roy se glissa hors de la voiture tandis que Liza attrapait les béquilles posées à l'arrière. Toutefois, il s'obstina à vouloir marcher sans aide jusqu'à sa porte, il la repoussa même un peu violemment alors qu'elle se précipitait pour le redresser. Sèchement, il la remercia de l'avoir raccompagné, mais à présent, il n'avait plus besoin d'elle, ce n'était donc pas la peine qu'elle gâche sa journée de congé. Pour toute réponse, Liza passa devant lui pour enfoncer la clef dans la serrure et ouvrir la porte. Il entra à sa suite pour s'écrouler sur le canapé avant de lui demander pourquoi elle avait la clef de sa maison. Après une hésitation, Liza répondit simplement qu'elle faisait partie de ses effets personnels à son arrivée à l'hôpital et qu'un médecin la lui avait confiée, elle avait ainsi pu s'occuper un minimum de l'entretient. Roy la regarda quelques secondes d'un œil inquisiteur, avant de pousser un long soupir, considérant qu'elle n'avait pas à faire tout ça, qu'il n'avait rien demandé et qu'il ne voulait pas l'entendre se plaindre.

La jeune femme préféra ne rien répondre et ignorer la remarque, il faudrait bien qu'il s'accommode de sa présence de toute façon. Elle se dirigea vers la cuisine pour lui ramener un verre d'eau qu'elle posa sur la table basse avant de lui avant de lui demander s'il avait des exigences spéciales pour le dîner. Il leva la tête vers elle d'un air las ; il connaissait son entêtement, et si elle avait décidé de rester ici, ce n'était pas la peine d'espérer pouvoir discuter. Il répondit simplement qu'il n'aimait les soupes, menu de prédilection des gardes-malade, craignant de s'en voir proposer. Liza acquiesça avec un sourire ; elle le savait déjà mais ne le lui avoua pas.

Durant la journée, elle laissa Roy libre de ses mouvements, bien qu'il passât la majorité de son temps assis sur le canapé à lire. Elle était tellement discrète qu'il en oublia sans peine sa présence, il fut même presque surpris de l'entendre l'appeler pour le dîner. Il se dirigea vers la cuisine après avoir posé son livre ; il devait bien avouer qu'il n'était pas mécontent de ne pas avoir eu à faire la cuisine ; ses blessures le faisaient encore souffrir et même s'il faisait mine d'aller bien, il peinait à se tenir debout. Cependant, il avait résolu de ne pas toucher aux béquilles, inutile de matérialiser sa faiblesse. Il s'installa alors que son lieutenant finissait de remplir son assiette sans remarquer qu'elle utilisait son bras droit avec difficulté. Depuis qu'il avait découvert ses brûlures, Roy s'était enfermé sur lui-même et ne faisait plus attention à ce qui l'entourait. Il mangea en silence sans se soucier du goût de son repas, trop occupé à enfouir son ressentiment envers celle qui lui paraissait si dévouée et qui pourtant n'osait toujours pas le regarder en face ; si elle n'acceptait pas sa nouvelle image, il savait que les autres n'en serait que plus répugnés.

Liza n'était déjà pas très à l'aise d'être contrainte d'évoluer dans cette maison comme elle l'aurait fait chez elle, mais l'attitude de son supérieur ne l'aidait en rien à se détendre. Certes, il ne voulait pas d'elle chez lui, mais ce n'était pas une raison pour agir comme si elle n'était pas là. Toutefois, cette indifférence était sans doute préférable à la colère. Alors qu'elle se levait pour débarrasser la table, le brigadier général se saisit de son assiette dans le but de faire la vaisselle. Connaissant son état, Liza lui proposa de la laisser s'en occuper puisqu'après tout, elle était là pour ça. Il se tourna alors vers elle, les mains crispées sur l'évier.

« Je vous remercie, Lieutenant, je suis encore capable de laver deux assiettes et je ne me rappelle pas vous avoir demandé quoi que ce soit, alors gardez votre pitié. »

La jeune femme prit une profonde inspiration pour ne pas se laisser emporter par son agacement et s'adossa contre un mur ; puisqu'il voulait ranger lui-même, elle le laisserait faire, mais elle préférait ne pas trop s'éloigner, juste au cas où. Elle se rendit rapidement compte qu'elle avait eu raison de ne pas le laisser seul, cependant, elle ne lui fit pas remarquer qu'ainsi appuyé sur ses avants-bras, il avait peu de chance de parvenir à un résultat concluant. Elle ne réagit que lorsque l'assiette qu'il tenait retomba lourdement dans un fracas de faïence brisée. Il sortit de la cuisine aussi vite qu'il pût. Voilà à quoi le menait son entêtement, il s'était une fois de plus ridiculisé dans une tentative infructueuse d'autonomie. Alors qu'elle ramassait les éclats éparpillés dans l'évier, elle entendit le bruit caractéristique d'une porte que l'on claque. Liza fut prise d'un profond soulagement, elle pouvait enfin enlever le masque d'inférence qu'elle se forçait de porter devant lui ; elle avait beau se répéter qu'elle n'attendait aucune reconnaissance de sa part, ce n'était si facile qu'elle l'aurait cru de rester de marbre devant son ingratitude. Elle pouvait comprendre qu'il était encore sous le choc, la découverte de son nouveau visage étant encore trop récente, mais rien n'excusait cette manie qu'il prenait de rejeter toute personne qui s'approchait de lui, notamment ceux qui ne voulaient que l'aider. Elle le savait fier, aussi, elle ne s'était pas attendue à ce qu'il accepte sans un mot la main qu'elle lui tendait, mais elle n'avait pas envisagé qu'il ne la verrait pas ou pire, qu'il considère qu'elle ne faisait ce geste vers lui que pour l'enfoncer d'avantage.

Un fois la cuisine en ordre, Liza alla frapper doucement à la porte de la chambre de son supérieur pour savoir s'il avait besoin de quelque chose. Comme il ne répondait pas, elle se dirigea vers la salle de bain pour y remplir d'eau chaude une grande bassine ; puisqu'il ne tenait pas debout, et qu'il ne devait pas trop mouiller ses blessures, cela restait encore la meilleure solution. Munie du récipient et d'un gant de toilette, elle revint sur ses pas pour entrer dans la chambre où elle le trouva allongé, les yeux clos. Alerté par le bruit, il se redressa pour lui demander les raisons de sa présence qu'il n'avait pas souhaitée. Elle lui répondit froidement d'enlever sa chemise qu'elle puisse laver son torse et son dos et s'occuper de ses blessures correctement, après quoi elle le laisserai terminer lui-même de laver le reste de son corps. Il la regarda quelques secondes comme si elle était devenue folle ; il n'allait tout de même se déshabiller devant elle. Il dut cependant s'avouer vaincu quand elle déclara que s'il ne se montrait pas plus coopératif, elle la lui enlèverait de force.

Une fois le vêtement retiré, elle entreprit de défaire les bandages qui recouvraient encore son bras. Roy s'assit à même le sol pour éviter de mouiller ses draps et attendit en silence qu'elle termine. Il la laissait le manipuler comme s'il n'était qu'un pantin désarticuler, se demandant ce qu'elle pourrait encore bien inventer pour l'humilier davantage. Il avait conscience qu'il serait incapable d'effectuer cette tâche seul, mais le simple fait qu'elle ne l'ait même pas envisagé lui indiquait clairement à quel point elle le pensait diminué. Il regardait droit devant et gardait la mâchoire crispée par la colère, maitrisant difficilement sa respiration pour tenter de calmer son envie de la repousser violemment. Au prix de gros efforts de volonté, il parvint à contenir un grognement de rage. Quand elle eut fini de laver son dos, elle fut contrainte de se placer devant lui, tout en s'efforçant de ne penser ni à sa position, ni à cette troublante proximité. Gênée, elle se concentra uniquement sur le gant ou le savon qu'elle passait sur sa peau. Elle entreprit ensuite de nettoyer délicatement ses brûlures avant d'y appliquer la pommade prescrite par le médecin puis de rebander son bras. Une fois sa besogne achevée, elle releva la tête mais le regard noir qu'elle croisa la glaça. Elle soutint un instant l'œil qui la fixait avec insistance et dans lequel elle pouvait lire une certaine rancune.

« Ça ne m'amuse pas non plus, vous savez. »

Son ton avait été plus dur qu'elle ne l'aurait voulu, mais s'il continuait ainsi, elle ne mettrait pas longtemps à l'abandonner à son sort. Il voulait se débrouiller seul ? Et bien parfait, elle allait lui donner ce qu'il voulait. Elle attrapa les bandes de tissu sales puis sortit de la chambre en claquant la porte. Elle se sentait suffisamment responsable de son état, il n'avait pas besoin de lui rappeler sans cesse que si elle était arrivée plus tôt pour le sortir des flammes, il n'aurait sans doute qu'à déplorer la perte de son œil gauche. Après avoir laver les bandages dont elle aurait besoin le lendemain, elle se glissa sous le jet d'eau chaude de la douche. Toute la tension de la journée sembla s'évaporer et se perdre dans la buée qui collait à la vitre et au miroir. Alors que l'eau ruisselait sur son corps et son visage, elle laissa couler les larmes qu'elle retenait depuis l'incident dans la cuisine. Cet homme assis sur le sol dur de sa chambre et qui se lavait dans une bassine n'était pas celui qu'elle avait connu. Certes, il se sentait humilié, mais le Roy Mustang qu'elle avait rencontré et en lequel elle avait cru savait garder la tête haute en toute circonstance, à tel point qu'il en paraissait presque invulnérable. Peut-être y avait-il vraiment cru ; elle comprendrait dans ce cas que la chute soit si rude. Il était humain après tout, mais il n'y avait aucune honte à cela.

Dès le lendemain, elle tenta tant bien que mal de faire accepter son aide à son supérieur tout en lui laissant le plus de liberté possible. Elle prenait grand soin de ne pas l'importuner si bien qu'il en vint à penser qu'elle ne s'occupait de cette besogne que par acquis de conscience. Il était encore son supérieur après tout. Ils échangeaient à peine quelques mots lors des repas, Liza avait voulu lui faire comprendre que son apparence n'avait aucune importance, qu'elle ne changeait pas l'homme qu'il était et ce qu'il avait déjà accompli, il ne voulait pas l'écouter. Il restait persuadé que son charisme légendaire s'était envolé : on suit plus volontiers un homme au physique avantageux, alors qu'un visage à moitié brûlé inspire plus de dégoût que de confiance. La jeune femme désespérait de pouvoir lui montrer qu'il n'était pas seul ; son équipe était toujours là à attendre qu'il se rétablisse pour revenir en prendre le commandement. Il ne voyait même pas qu'elle-même était toujours là. Il avait toujours regardé si loin devant loin qu'il n'en voyait plus ce qu'il avait juste sous son nez.

Sa convalescence passa donc dans une indifférence douloureuse de la part de l'un comme de l'autre. Liza avait finalement renoncé à lui imposer les béquilles, et petit à petit, il retrouvait l'usage de son corps, bien qu'il passât de longues heures à dormir pour récupérer des trop grands efforts qu'il faisait. Il ne lui demandait jamais rien, s'il avait besoin de quoi que ce soit, il ignorait complètement la présence de sa subordonnée pour s'en occuper lui-même. Il avait également fini par vouloir se laver seul, bien que ce lui fût encore trop difficile, notamment pour son dos ou pour soigner et panser ses blessures. Comme il restait muré dans un mutisme quasi-total, il fallut que la jeune femme se rendre compte par elle-même de ses difficultés pour reprendre les choses en main et le contraindre à la laisser faire encore quelques temps. Au bout de deux semaines, elle avait décidé de retourner chez elle le soir pour ne revenir que le matin ; il n'avait pas besoin d'elle pour dormir. Elle avait également abandonné tout espoir d'avoir une conversation avec lui puisqu'il lui répondait la plupart du temps par des grognements ennuyés voire agacés.

Son congé s'était terminé avant celui de son supérieur aussi avait-elle pris l'habitude de passer le voir avec de partir au QG, puis d'y retourner à midi et après son service. Puisqu'après tout il niait sa présence, elle serait bien plus utile à son poste. Il ne l'avait nullement questionné sur les raisons de son temps libre et n'avait pas été plus surpris de la voir retourner travailler après deux semaines. Il avait tout simplement pensé qu'elle avait enfin compris qu'il voulait seulement rester seul et que peut-être cela l'arrangeait de ne plus passer ses journées avec lui. Il avait bien senti qu'elle ne venait que par obligation et qu'elle serait bien soulagée de ne plus avoir à s'occuper de lui. La tension entre eux était presque palpable, le silence devenait de plus en plus pesant.

Une semaine avant son retour au QG, Roy pouvait de nouveau prétendre à une vie normale en parfaite autonomie. Liza continuait pourtant de venir tous les soirs lui rendre visite pour s'assurer qu'il allait bien et qu'il se sentait prêt à reprendre ses fonctions. Comme durant sa convalescence, il ne se montrait jamais très loquace ; il ne répondait que par oui ou non voire un simple haussement d'épaules ou un soupir désabusé. Bien sur qu'il allait revenir à la date prévu, mais il n'était pas encore prêt. Pendant son rétablissement, il était resté cloîtré chez lui de peur d'affronter le regard des autres. Le soir de son dernier jour de congé, Liza risqua une remarque sur sa faiblesse psychologique, elle ne pouvait pas l'encourager à rester enfermé, mais elle voulait qu'il prenne conscience que de nombreuses personnes le regardait au-delà de son sourire ravageur et de ses yeux profonds et envoutants. Son physique n'avait aucune importance tant qu'il restait le même homme qui se battait pour ses idéaux. Toutefois, il ne l'écouta pas plus ce soir là qu'un autre. Il resserra ses poings sur ses cheveux, une main de part et d'autre de son crâne, les coude en appui sur ses cuisses ; il n'en pouvait plus de l'entendre lui dire ça. Alors qu'elle s'approchait doucement pour poser une main amicale sur son épaule, il laissa exploser la colère qu'il retenait depuis sa sortie de l'hôpital. Il se leva brusquement, faisant sursauter la jeune femme qui resta bouche bée de s'entendre reprocher son dévouement. Il se mit à hurler qu'il ne voulait plus entendre ces bêtises, qu'elle ne pouvait pas comprendre ce qu'il ressentait et qu'il ne lui avait jamais demandé de venir perdre son temps avec lui. Elle ne pouvait pas savoir ce que cela faisait de passer pour un idiot d'avoir vu sa propre arme se retourner contre soi ; jamais elle ne recevrait une balle qu'elle aurait elle-même tirée alors qu'il était lui-même responsable de son état. En l'entendant siffler entre ses dents qu'il n'en serait pas là s'il ne s'était pas laissé surprendre par les flammes, la jeune femme tourna les talons et se dirigea d'un pas rapide vers la porte.

« Je suis désolée de ne pas être arrivée plus tôt, Monsieur. Lança-t-elle avant de s'enfuir. »

Roy resta un instant figé par cette révélation ; c'était elle qui l'avait tiré des flammes. Il se rassit en soupirant tout en se demandant pourquoi elle avait pu faire une chose pareille ; risquer sa vie pour sauver la sienne. Il pensait tellement avoir mériter de mourir qu'il ne parvenait pas à comprendre un telle aberration. Quelle motivation pouvait-elle bien avoir à le soutenir de cette manière ? A bien y réfléchir, il ne comprenait pas pourquoi elle restait dans son équipe. Il décida de mettre cela de côté, sans doute lui tournerait-elle le dos lorsque sa popularité chuterait. Il passa sa nuit allongé sur son lit, les yeux grands ouverts, appréhendant le lendemain.

Le matin arriva bien plus rapidement qu'il ne l'aurait voulu, et il dut faire un effort de volonté considérable pour se lever. Il s'attarda quelques instants dans la salle de bain devant son reflet mutilé, peut-être que s'il agissait indifféremment à ces changements, il renverrait une image moins négative. Cependant, à peine eut-il franchi le seuil de sa porte qu'il eut l'impression de sentir tous les regards s'attarder sur lui. Il déglutit difficilement, il devait se reprendre et aller de l'avant. Il s'engouffra donc dans sa voiture où il se sentit immédiatement plus en sécurité ; la quitter fut d'autant plus difficile une fois à destination qu'il avait l'impression qu'à l'intérieur, il restait dans un monde à part où rien ne l'atteignait. Il releva le col de son manteau pour se donner une certaine contenance tout en luttant contre l'envie irrépressible de rentrer sa tête dans ses épaules. Il s'efforçait de marcher d'un pas assuré et la tête haute, mais à chaque regard qu'il sentait sur son visage, il n'avait qu'une envie ; faire demi tour.

Des rumeurs avaient bien entendu circulé dans le QG à propos de sa longue absence, on savait ce qu'il avait fait, on le savait blessé, mais à présent on découvrait à quel point il payait son insolente ambition. Des murmures s'élevaient sur son passages, les femmes s'étonnant de ne pas retrouver le beau soldat qu'il avait été, ses rivaux contenant difficilement un sourire victorieux. Il se réfugia précipitamment dans son bureau où il fut accueilli par cinq regards ahuris. Sans prendre le temps de voir qu'il était à l'heure pour la première fois depuis des années, il leur hurla de se remettre au travail, pensant qu'ils fixaient son bandeaux sous lequel se cachait son œil désormais aveugle en se remémorant avec dégoût ce à quoi il ressemblait sans cet accessoire. Il s'installa à son bureau et prit un dossier qu'il tenta de commencer à remplir, toutefois, ce ne fut pas aussi aisé qu'il le pensait. En effet, bien qu'il se fût habitué à ne voir plus que d'un œil, sa vision réduite avait considérablement changé ses repères aussi était-ce plus difficile pour lui d'écrire. Il s'y habitua peu à peu, comme il avait pris l'habitude de lire avec ce handicap.

Le silence pesant qui s'était installé fut brutalement rompu par trois coups portés à la porte. D'une voix forte, Roy autorisa leur visiteur à entrer. Un jeune soldat se présenta devant son bureau, droit comme un i. Il lui tendit une enveloppe portant le cachet officiel du sénat nouvellement établi avant de repartir sans un mot. L'estomac noué par l'appréhension, le brigadier général décacheta l'enveloppe et en sortit la missive qui lui était adressée. Le souffle coupé, il dut la relire plusieurs fois avant de réellement comprendre le sens de chaque mot et ainsi, celui du message ; les sénateurs le convoquaient pour une audience afin qu'il justifie son crime et prendre, la cas échéant, les sanctions qui s'imposaient. Il se laissa aller contre le dossier de son fauteuil ; depuis qu'il avait découvert ses blessures, il n'avait pas pensé une seule fois aux conséquences de son acte. Il avait assassiné le président de sang froid avec préméditation, et même s'il représentait un danger pour le peuple d'Amestris, ce n'était pas réellement établi dans l'opinion publique. Il devait servir d'exemple. De plus, rien ne prouvait qu'il n'était pas également l'assassin du jeune Selim Bradley. Lorsqu'il leva les yeux, il vit tous ses subordonnés la tête baissée, tout à coup très concentrés sur leurs dossiers, visiblement mal à l'aise. S'il avait d'abord était surpris que les curieux ne cherchent pas à connaître le contenu de cette lettre, il comprenait à présent qu'ils étaient au courant. Il jeta un regard noir à Liza qui lui avait fait l'affront de lui cacher une telle chose, peut-être avait-elle espéré pouvoir compenser cela en lui imposant une aide dont il ne voulait pas. Sans doute le savait-elle déjà alors qu'il était encore allongé sur son lit d'hôpital. Bien sur, pourquoi accabler un pauvre blessé avec la nouvelle d'une punition imminente ? Il serra les dents et les poings, ne trouvant pas les mots pour exprimer son ressentiment. Cette protection mal venue ne faisait que renforcer son sentiment de vulnérabilité. Il se sentait laissé pour compte, mis à l'écart par ceux en qui il avait eu le plus confiance. Ils l'avaient laissé se morfondre tout en lui cachant cette humiliation ; une fois que la nouvelle de ce semblant de procès se serait répandue à travers la ville, aidée par ses rivaux, sa réputation serait à jamais entachée. Il resterait dans les esprits comme celui que son ambition démesurée avait conduit à assassiner le président d'Amestris.

L'audience étant prévue pour l'après-midi même, il ne prit pas sa pause déjeuner, prétextant qu'il préférait terminer son dossier avant de s'y rendre. Le siège du sénat était tout à côté du QG aussi était-il inutile de prendre sa voiture pour s'y rendre, cependant, cela signifiait rester une dizaine de minutes à visage découvert. Il refusa que ses subordonnés ne l'accompagnent, ils n'avaient pas à assister à cela. Il prit la direction du sénat d'un pas pressé, accélérant encore l'allure lorsqu'un enfant le montra du doigt en poussant de grands « baaaah! » répugné par son aspect, vainement contenu par sa mère qui avait elle-même rapidement détourné les yeux.

À peine eut-il quitté le bureau que Liza se leva ; elle avait bien l'intention de l'attendre devant la porte de la salle d'audience, quoi qu'il en pense. Pour rien au monde elle ne l'aurait laissé seul dans un moment pareil, et elle savait qu'il en était de même pour ses collègues. Ceux-ci se levèrent tous de concert dans l'intention de se joindre à elle. Peut-être finirait-il par comprendre qu'il n'était pas seul pour affronter les obstacles qui se dressaient devant lui.

Après s'être enregistrés en tant que visiteurs, ils se placèrent devant la porte derrière laquelle leur supérieur avait disparu. Trois heures se succédèrent durant lesquelles ils firent les cent pas, inquiets du sort que l'on réservait au brigadier général, incapables de rester assis, et quand ils y parvenaient, un tapement de talon contre le sol dans un mouvement frénétique et incontrôlable d'une jambe les contraignait à se lever. À peine les dernières cendres d'une cigarette mouraient dans le cendrier qu'une autre était allumée et les ongles de l'adjudant Fuery raccourcissaient à vue d'œil. De temps à autres une profonde inspiration brisait le silence de plomb dans une vaine tentative de se détendre un peu et dénouer les nœuds qui se formaient à leur estomac. Les mâchoires restaient crispées par la peur si bien qu'aucun d'eux n'était en mesure de prononcer un mot.

Au bout de trois heures qui leur parurent interminables, la porte s'ouvrit laissant apparaître un Roy Mustang à la mine déconfite, l'air complètement abattu. Dès qu'ils le virent, ils se précipitèrent vers lui pour lui apporter leur soutient dont il semblait avoir grand besoin, cependant, il ne reçut pas leur sollicitude comme telle, mais plutôt comme une manifestation de curiosité mal placée. Il leur avait demandé de ne pas venir, mais ils lui avaient désobéit pour le cueillir à la sortie de l'audience comme des vautours avides de souffrances. Ils n'étaient finalement pas différents de ceux qui chuchotaient sur son passage. Aucun ne parlait, ils attendaient qu'il annonce sa sentence. Avec un sourire ironique, il annonça que le sénat avait eu l'indulgence de ne pas le renvoyer ou le condamner à une lourde peine pour meurtre puisque l'ancien führer avait, semblait-il, voulu mener le pays à sa perte. Toutefois, il avait tout de même commis un meurtre de sang froid et cela restait un crime quelque soit les intentions de la victime, aussi s'étaient-ils accordés sur l'importance d'une sanction. Il devait donc supporter l'humiliation d'être rétrogradé au grade de caporal ce qui lui faisait perdre sa licence d'alchimiste d'État dont le titre équivalait à celui de major, désormais supérieur au sien.

Il les observa ouvrir la bouche puis la refermer comme des poissons hors de l'eau avant de leur lancer un regard noir et de s'éloigner ; il avait déjà rendu sa montre, il devait à présent faire changer les galons sur sa veste. Ses cinq ex-subordonnés en restèrent bouche bée, pétrifiés. Ils avaient beau savoir que cette sanction était bien plus douce que celle des condamnés pour meurtre, ils ne pouvaient s'empêcher de la trouver injustifiée. Il avait échappé à la cours martiale par miracle grâce aux nombreux témoignages et aux preuves qui démontraient que King Bradley faisait parti d'une organisation visant à détruire Amestris, il ne s'en tirait pas si mal que ça, et puis il savait, avant même de franchir les murs de la propriété qu'il ne s'en sortirait pas indemne.

Les militaires se sentaient de plus en plus coupables ; alors que grâce à lui, aucun n'avait été suspecté de complicité. Ils le laissaient endosser toute la responsabilité de ce coup d'État. Le sénat avait passé de longues heures à délibérer pour finalement juger qu'ils n'avaient fait qu'obéir aux ordres de leur supérieur, et la diversion du lieutenant Hawkeye était passée pour une trahison qui la lavait de tout soupçon. Quand bien même ils revendiqueraient leur implication, on croirait à un ordre de Mustang. À présent, il n'était plus leur supérieur, il allait sans doute intégrer une autre équipe alors qu'eux, si l'équipe n'était pas démantelée, accueilleraient un nouveau supérieur. En attendant son jugement, ils avaient été placés sous l'autorité provisoire du major Armstrong, Liza étant elle-même restée absente durant une longue période. Ils reprirent le chemin du QG en silence. Perdus à imaginer le futur sans lui, ils ressentirent un grand vide s'installer en eux. On leur prenait plus qu'un ami, ils avaient placé tous leurs espoirs en lui et il leur avait prouvé qu'ils n'avaient pas eu tort en débarrassant les hautes sphères de l'armée de ses branches pourries. Ils avaient l'impression qu'on enlevait l'espoir à ce pays.

Liza crut que son cœur allait s'arrêter lorsqu'elle vit, en rentrant dans le bureau, leur ancien supérieur entasser ses affaires dans un carton. D'abord interdits, ils n'osèrent pas prononcer un mot, ni faire un geste tant ils étaient accablés. Ils reprirent cependant leurs esprits en le voyant saisir un deuxième carton. Les mots se perdirent dans un mélange confus mais l'intention restait a même : l'aider pour lui rendre la tâche moins pénible. Cependant sa réaction pour le moins inattendue les cloua sur place.

« Pourquoi ? Vous avez peur que je parte pas assez vite ? »

Personne ne répondit alors qu'il terminait de rassembler ses dernières affaires pour se rendre dans son nouveau bureau sans un mot pour les cinq militaires qui s'effaçaient dans un salut parfait, lui assurant qu'il allait leur manquer quoi qu'il en pense. Il se contenta de claquer la porte, mais cela traduisait assez bien sa pensée ; après tout, ils n'arrêtaient pas de se plaindre. Ils s'installèrent toujours en silence, ne sachant pas vraiment comment interpréter cette attitude ; ils n'avaient pourtant pas l'impression de lui avoir donné des raisons de leur en vouloir, ils n'avaient fait qu'obéir aveuglément à ses ordres. Seule Liza continuait de se reprocher de n'avoir pas pu arriver plus tôt, s'il n'était pas si sévèrement brûlé, il pourrait plus facilement remonter la pente.

Roy posa brutalement ses cartons sur son nouveau bureau, sans faire attention aux regards noirs que lui lançaient ses collègues dont il avait fait bouger les tables. Comme le général Hakuro ne partageait pas son bureau avec ses subalternes, Roy alla frapper à sa porte pour s'annoncer. Il entra à l'invitation de son supérieur et se plaça dans un garde à vous irréprochable sous le regard moqueur du général. Le désormais caporal s'efforça de ne pas baisser les yeux dans une attitude de défi à la limite de l'insubordination, mais après tout, il n'avait plus rien à perdre. Son nom avait été suffisamment sali, jamais il ne pourrait rétablir sa réputation alors pourquoi ne pas s'en faire une autre ? Le charmant alchimiste ambitieux pouvait devenir un homme associable et désagréable. Après s'être présenté selon les formules d'usage, Mustang regagna l'espace de travail commun qu'il allait partager avec cinq autres soldats dont deux étaient plus gradés que lui. On ne lui avait rien épargné. Intrigués par le bandeau noir qui lui enserrait le crâne, ses nouveaux collègues ne cessaient de lui jeter des regards en coin, la plupart retenant à peine un petit rire.

Dans les jours qui suivirent, sa ridicule situation fut connue de tous ; le grand flame alchemist avait subi un sévère retour de flammes et était retombé tout en bas de la hiérarchie. Voilà de quoi mettre un frein à son ambition. Il était à présent vu comme un homme prétentieux qui se croyait au-dessus de tout au point de défier ses supérieurs et violer les lois. Parce qu'il se pensait intouchable, il s'était aventuré hors des sentiers battus. Il était de notoriété publique qu'il souhait atteindre le poste de président, aussi riait-on de voir l'homme qui avait voulu atteindre le soleil en revenir brûler et s'écraser lamentablement. Son acte avait laissé la place vacante pour un autre, et bien qu'elle fût occupée par le sénat, les plus ambitieux avaient déjà quitté l'armée pour se lancer dans la politique. Cela lui était interdit ; qui élirait un petit caporal ?

S'il arrivait plus ou moins à s'accommoder de son nouveau visage, bien que l'on se retournât sur son passage lorsqu'il marchait dans la rue, il ne parvenait pas à rester indifférent aux rumeurs qui courraient désormais sur lui. Le soir, alors qu'il se laissait tomber sur son lit, il lui semblait encore entendre ces voix qui murmuraient ou riaient à son approche. Les couloirs du QG lui semblaient remplis de doigts discrètement pointés vers lui tandis que des yeux brillants riaient à la place des bouches déformées par des rictus contenus. Dès qu'ils le pouvaient, la plupart des soldats ne manquaient pas de l'appeler par son grade ou de lui donner un ordre, vengeance mesquine et inespérée pour la trop grande popularité dont il avait joui.

La pause de midi était devenue une véritable épreuve pour lui. Il aurait pu arrêter de prendre ses repas au réfectoire, mais il ne voulait pas faire ce plaisir à ceux qui n'attendaient plus qu'un faux pas de sa part pour l'enfoncer d'avantage. Il ne devait pas se laisser ébranler par les humiliations qu'ils prenaient un malin plaisir à lui faire subir. Il affrontait donc les regards méprisants ou emplis de pitié pour s'installer seul à une table et y déjeuner. Il voyait parfois son ancienne équipe lui lancer des regards qu'il ne cherchait même plus à déchiffrer, sans doute les mêmes que ceux qui avaient été témoins de sa chute ; déçus de l'avoir ainsi vu échouer. Sans doute ressentaient-ils une certaine amertume d'avoir placé tant d'espoir en un homme finalement incapable de répondre à leurs attentes. Il n'était rien d'autre qu'un incapable, et Maes Hughes était mort pour rien. Ses anciens subalternes avaient gâché leur carrière pour rien, sans doute lui en voulaient-ils pour cela.

Les deux plus gradés parmi ses collègues se plaisaient à l'envoyer de service en service pour récupérer ou déposer un dossier. Le général Hakuro lui confiait généralement les tâches les plus ingrates, il était même allé jusqu'à exiger que ce soit lui qui lui porte son café. Bien sur il était débarrassé des interminables montagnes de dossiers à signer, mais à la place il devait les porter jusqu'aux archives dont on lui refusait l'accès puisqu'il n'était pas suffisamment gradé. Hakuro le savait bien, mais il semblait prendre une satisfaction sans borne à lui signer l'autorisation d'entrer aux archives, simplement pour déposer des dossiers. Ils ne se privaient pas pour l'envoyer vérifier les sources des informations les plus douteuses lorsque personne ne voulait se déplacer ou encore arpenter les rues les jours de pluie à la recherche d'une personne vaguement décrite par un témoignage. Il arrivait même parfois que le général rende un dossier en retard, la responsabilité lui revenait alors irrémédiablement pour ne pas lui avoir rappelé à temps l'urgence de ce dossier en particulier. Le caporal Mustang devenait le secrétaire de son supérieur, sans moyen de contester ses ordres, sauf si bien sûr, il considérait que sa carrière n'avait plus d'importance et que cela ne valait pas la peine de perdre son temps à remplir l'emploi du temps d'un général prétentieux qui se plaisait à faire mine de ne pas arriver à le lire lâchant ainsi son éternel et insupportable :

« Mais que vous écrivez mal, Mustang ! Mon fil à l'école primaire se débrouille mieux que vous. »

Roy était entré dans son équipe depuis un mois quand il décida que celui-ci devrait le suivre partout où il irait, comme un vulgaire chien qu'il souhaitait exhiber. Il s'appliquait à ce que chacun sache qu'il donnait des ordres à Roy Mustang. Il semblait vouloir montrer au monde qu'il n'était plus rien et ne méritait plus aucun respect. L'alchimiste le laissait dire, mais il devait avouer qu'il était mortifié de voir qu'on lui donnait raison. Il n'avait plus aucun appui, plus personne pour l'aider à garder la tête hors de l'eau alors qu'on cherchait à le noyer.

Son ancienne équipe était définitivement devenue celle du major Armstrong. Ils auraient voulu l'épauler, mais les regards noirs qu'ils leur adressait avaient fini par avoir raison de leur dévouement. Il n'y avait que Liza qui tentait encore de temps à autre de lui faire comprendre qu'il avait encore des alliés. Elle avait été témoin de son ascension pour y avoir contribuer, et à présent elle avait l'impression de n'avoir rien fait pour amortir sa chute, elle avait parfois même l'impression de l'avoir précipitée en arrivant trop tard pour le tirer des flammes. Elle le voyait s'enfermer jour après jour dans la solitude et la morosité, il paraissait devenir misanthrope, mais à chaque mot qu'elle lui adressait, il répondait par un grognement menaçant. S'il lui en voulait, elle aurait aimé qu'il l'exprime clairement.

Alex Louis Armstrong travaillait plus que correctement, bien qu'il ôtât sa chemise un peu trop souvent à son goût, mais ça lui manquait de ne plus réveiller son supérieur paresseux ou de le presser pour qu'il remplisse ses dossiers. Mustang lui manquait, mais elle ne pouvait plus lui imposer sa compagnie tant ça lui faisait mal de se voir ainsi ignorer. Elle avait cru que durant toutes ces années de collaboration, ils étaient devenus amis, aussi n'avait-elle pas voulu perdre ce lien, mais il était peut-être plus fragile qu'elle ne le pensait. Il avait décliné toutes leurs invitations à passer une soirée entre collègues, ses amis avaient donc cessé toute tentative pour le rendre de nouveau sociable puisqu'ils parlaient à un mur. Roy ne semblait pas vouloir écouter lorsqu'on ne lui disait pas qu'il ne valait plus rien, tellement il en était persuadé.

Un après-midi, elle l'avait croisé aux archives alors qu'il venait déposé des dossiers. En en sortant, elle l'avait rattrapé et avait voulu lui parler, savoir comment se passait son intégration dans sa nouvelle équipe et lui signifier son désarroi quant à ces commérages calomnieux que l'on entendait dans tous les coins du QG. Elle avait bien remarqué que la plupart des conversations s'arrêtaient lorsqu'il entrait dans une pièce, souvent remplacées par des rires contenus. Toutefois, il l'avait bousculée en lui assurant qu'il n'avait nul besoin que l'on feigne de s'intéresser à sa personne et qu'il prenait l'habitude de n'avoir plus aucune importance, qu'elle n'avait donc pas besoin de le traiter comme s'il était encore son supérieur. Liza était restée un instant immobile au milieu du couloir, les yeux rivés vers le coin où il venait de tourner, blessée par son ingratitude. Elle ne voulait pas croire qu'il pensait vraiment qu'elle ne l'avait suivi jusqu'ici seulement parce qu'il était son supérieur et qu'elle n'était qu'un bon soldat discipliné qui obéissait aux ordres.

À partir de ce jour, elle avait préféré l'éviter, ne supportant pas de voir sa mine sombre et son œil éteint dans lequel on pouvait pourtant lire de la rancune. Il semblait en vouloir à la terre entière. Elle faisait tout pour ne jamais aller dans le bureau du général Hakuro pour ne pas le voir travailler parmi ses subordonnés, pour ne pas les voir lui donner des ordres qu'il était contraint d'exécuter, mais les rares fois où elle n'avait pas eu d'autre choix, il avait trouvé le moyen de murmurer entre ses dents qu'il n'appréciait pas qu'elle vienne jusque là pour constater à quel point il avait été réduit. Chacun des mots qu'il lui adressait la blessait, aussi finit-elle par vouloir ne plus se soucier de lui. Elle commença à feindre l'indifférence lorsqu'elle le croisait, mais elle s'en voulait de ne pas être le soutien inébranlable dont il avait besoin et qu'elle lui avait promis d'être.

Cette situation pesait également à Roy qui la voyait s'éloigner de plus en plus. S'il avait d'abord cru qu'elle le laisserait tomber, il avait toutefois eu un doute devant son entêtement. Cependant, il ne voulait plus être déçu en accordant sa confiance à des gens qui ne la mériterait pas, aussi avait-il continué à être aussi désagréable avec elle qu'avec un autre, comme pour la tester, mais elle avait échoué, lui prouvant qu'il ne comptait sans doute pas autant qu'elle avait voulu lui faire croire. Un soir, alors qu'il triait des papiers dont le général aurait besoin pour sa réunion du lendemain, il fut pris d'un violent sentiment de haine envers ses collègues, son supérieur et ses prétendus amis qui lui avait tourné le dos. Les mains crispées sur les feuilles qui se froissaient sous la pression, il resta quelques secondes à regarder dans le vide. Il n'était pas obligé de supporter cela, après tout, plus rien ne le retenait dans l'armée. Certes, démissionner reviendrait à accorder une victoire importante à ses rivaux, mais il n'était plus à ça près, et au moins, il pourrait goûter à la tranquillité. Il se leva, déterminé à ne plus se laisser humilier.

Il entra dans le bureau sans s'annoncer puis jeta les feuilles qui s'éparpillèrent en retombant sur le bureau voire au sol. Le regard méprisant et l'air hautain, il lança au général qu'il n'avait qu'à les trier lui-même s'il voulait que ce soit fait comme il l'entendait. Nonchalamment assis dans son fauteuil, celui-ci fut pris d'un fou rire devant cette ridicule tentative d'insubordination. Il désigna négligemment l'amas de papier qui recouvrait son bureau en lui ordonnant d'une voix lasse de les ramasser et de les ranger correctement de sorte qu'il puisse s'en servir le lendemain. Toutefois, Roy n'obéit pas, au contraire. Il répliqua qu'il était hors de question qu'il continue d'exécuter le moindre de ses désirs, qu'il ne lui était pas entièrement soumis et que puisqu'il le traitait comme un moins que rien, il n'aurait plus qu'à se passer de ses services. Tant mieux pour lui s'il trouvait un remède à sa jalousie dans ces mauvais traitements et sans doute les hauts gradés étaient-ils soulagés de le voir tomber ainsi ; il ne représentait plus une menace pour eux, mais s'il n'était qu'un minable à leurs yeux alors il irait là où on avait vraiment besoin de lui. La réaction du général ne se fit pas attendre. Il se leva précipitamment, alors que son poing s'abattait sur la table ; s'il n'était pas content, il ne le retenait pas, mais il était intolérable qu'un petit caporal de rien du tout se permette de parler ainsi à un général et il ne voulait pas d'un tel élément dans son équipe.

Avec un petit sourire victorieux, Roy lui tourna le dos. Il avait finalement eu une victoire sur lui ; non seulement il l'avait fait sortir de ses gonds, mais surtout, c'était lui qui le renvoyait, il n'aurait donc pas la satisfaction de trouver sa lettre de démission sur son bureau, assurant ainsi sa supériorité pour avoir brisé Roy Mustang. Il savoura autant qu'il put ce maigre réconfort alors que son supérieur le rappelait ; il ne lui ferait pas le plaisir de le renvoyer aussi l'attendait-il pour le lendemain. Roy ne se retourna même pas, il savait que l'événement de ce soir serait connu dans tout le QG dès qu'il en aurait franchi la grille, il était déjà la risée de tous, inutile d'en rajouter. Toutefois, ne serait-ce pas pire s'il ne se montrait pas ?

Arrivé chez lui, il s'écroula sur son lit, profitant de chaque seconde de solitude. Il posa son bandeau sur la table de nuit puis se déshabilla pour prendre une rapide douche avant de partir directement se coucher. Il avait encore en tête sa conversation téléphonique avec une femme, témoin dans une affaire traitée par le général Hakuro. Elle avait appelé pour prendre rendez-vous et bien sur, c'était à lui de gérer ce genre de formalité. Elle avait employé un ton précieux, comme s'il était à sa disposition et qu'il était anormal qu'il discute de l'heure du rendez-vous. Il avait du lui rappeler qu'il n'agissait qu'en fonction des disponibilités de son supérieur pour qu'elle cesse d'essayer de lui imposer les siennes. Il n'était plus personne.

Il passa la nuit à ressasser tous les événements qui s'étaient produits depuis son réveil, et il pensa avec amertume qu'il aurait préféré ne jamais se réveiller, ne jamais avoir a vivre cela. Il était arrivé si haut que la chute en avait été d'autant plus difficile. Il oubliait peu à peu quel homme il avait été, son souvenir balayé par les rires de ceux qui s'efforçaient de modeler sa nouvelle image. Il n'avait plus fait d'alchimie depuis sa sortie de l'hôpital ; le feu ne l'attirait plus, au contraire. Il gardait le cuisant souvenir de la chaleur étouffante de ses propres flammes, de leur dangereuse proximité. Bien qu'il ait rapidement sombré dans l'inconscience, il se rappelait encore trop bien du brasier qui avançait vers lui pour dévorer sa chair. Il s'était retrouvé impuissant face à son élément, il s'était lui-même ridiculisé. Pourquoi avait-il fallu qu'on le sorte des flammes? Le lieutenant Hawkeye s'était excusée de ne pas être arrivée plus tôt, mais peut-être aurait-il préféré qu'elle arrive plus tard, tellement qu'il aurait alors été entièrement consumé par les flammes, intoxiqué par la fumé ou simplement que son cœur se serait arrêté sous l'effet de la douleur.

Le soleil levant le trouva allongé, les yeux grands ouverts, les bras étendus sur son lit encore fait. Sa main se précipita automatiquement sur le réveil lorsqu'il fit retentir son insupportable signal grinçant, mais il ne se leva pas ; il n'en avait pas la force. Il ne se sentait plus capable d'affronter les regards et les moqueries, ni les ordres de ses supérieurs alors qu'il avait été plus gradé qu'eux. Il était entré à l'armée pour changer les choses, mais à présent, il était si écrasé et surveillé qu'il ne pouvait plus respirer sans que cela ne ne paraisse suspect. Il resta donc ainsi étendu sans se soucier de l'écoulement du temps, sans chercher le sommeil, simplement à laisser son esprit se torturer avec ses souvenirs.

En milieu de matinée, des coups frappés à sa porte le sortirent de sa torpeur. Il poussa un long soupir de lassitude ; il ne voulait plus voir qui que ce soit. Il ferma les yeux une seconde, espérant que l'importun s'en aille mais l'assaut se répéta. Roy souffla d'agacement, mais ne se leva pas pour autant, il n'irait pas ouvrir. Il pouvait bien feindre d'être absent après tout puisqu'il était censé être au QG. Il fut soulagé quand les coups cessèrent pour ne laisser place qu'au silence, toutefois, sa tranquillité ne dura pas longtemps ; il entendit sa porte s'ouvrir et se refermer violemment. Le militaire grogna, la colère s'emparait de chaque muscle de son corps et leur donnait la volonté de se mouvoir. Il se redressa donc pour chasser l'importun qui avait eu l'audace d'entrer. Il se rua dans la salon où il tomba nez à nez avec une jeune femme dont les longs cheveux blonds retombaient librement sur ses épaules.

Ils restèrent à plus d'un mètre l'un de l'autre, les poings serrés par la colère, les yeux lançant des éclaires avant que Roy ne lui demande la raison de son indésirable présence. Elle répliqua sur le même ton assassin que Breda l'avait appelée pour la prévenir de son absence et qu'elle était simplement passée s'assurer que tout allait bien. Roy retint un rire nerveux, voilà qu'elle le surveillait comme un enfant. Il lui fit remarquer qu'il ne lui devait rien et que donc, il n'avait pas à se justifier devant elle, au contraire, elle devrait être heureuse d'être enfin débarrassée de lui. C'en était trop pour la jeune femme qui perdit son calme. Durant sa convalescence, elle avait essayé de ne pas accorder d'importance à son ingratitude, mais à présent il allait trop loin. Elle avait tout fait pour l'aider, aujourd'hui encore, alors qu'elle était en congé, elle prenait sur son temps libre afin de lui rendre visite au cas où il aurait besoin d'aide. Elle se rendait compte à présent qu'elle perdait son temps avec lui, qu'il ne méritait pas qu'elle lui ait consacré sa vie. Des larmes lui montèrent aux yeux ; comment avait-elle pu se tromper à ce point sur lui ? Elle s'était laissé leurrée par son assurance, ses rêves, ses ambitions, comme un papillon attiré par la lumière électrique et artificielle d'un lampe.

Elle déglutit difficilement tout en soutenant le regard noir qu'il lui lançait. Il était manifeste qu'il lui en voulait, qu'elle n'avait pas été à la hauteur de ses attentes, mais alors elle n'avait pas compris ce qu'il attendait d'elle, elle ne le connaissait pas aussi bien qu'elle le pensait. Elle le croyait plus fort que cela, elle l'avait cru capable de faire face à cet obstacle, et pour cela, elle avait voulu l'épauler, et voilà qu'il le lui reprochait. Elle ne savait pas qu'il lui témoignait si peu de confiance au point de croire qu'elle joignait sa voix aux murmures calomnieux sans plus de respect pour lui.

Le silence s'installa, un silence pesant durant lequel chacun se perdait dans ses pensées. Avec un soupir dédaigneux, il lança qu'elle n'avait qu'à partir et le laisser, elle ne devait pas être bien préoccupée par son état alors inutile de continuer cette comédie. Liza retenait ses larmes ; elle n'était qu'un soldat parmi d'autres pour lui, n'importe qui aurait fait l'affaire tant qu'il pouvait le mener en bateau aussi bien qu'il l'avait fait avec elle. Elle n'avait plus rien à lui dire si elle ne pouvait plus rien espérer. Elle aurait tellement voulu pouvoir l'aider à s'en sortir, elle lui avait promis d'être toujours derrière lui, de le soutenir et le maintenir dans le droit chemin. Elle avait échoué. Peut-être lui en gardait-il rancune ; si elle avait été capable de lui ouvrir les yeux alors il aurait pu garder la tête haute fasse aux brimades. Elle n'avait pas voulu l'enfoncer, et personne, pas même leurs amis, ne savait ce qu'elle avait fait après sa sortie de l'hôpital, cela resterait entre eux, mais pour lui, il ne s'agissait que d'une humiliation de plus.

Néanmoins, elle refusait de se sentir coupable, s'il avait voulu voir la vérité, il se serait aperçu qu'elle et ses anciens subordonnés n'avaient nullement eu l'intention de l'enfoncer. S'il voulait rester sourd à leur amitié alors elle n'avait plus de raison d'insister, cet homme n'était pas le colonel Roy Mustang et ne méritait sans doute pas que l'on s'intéresse à lui. S'il ne voulait faire aucun effort alors elle n'avait plus qu'à baisser les bras pour le regarder s'enliser lui-même dans cet état d'esprit pathétique. Les larmes aux yeux, elle détailla ce visage qu'elle connaissait si bien comme si elle le voyait pour la première fois, si seulement il se rendait compte qu'elle était encore là malgré tout. Elle ne pouvait pas le laisser se murer dans ses idées noires, sa peur d'être jugé qui rendait tout cela encore plus difficile. Il avait toujours regardé vers l'avenir, mais cette fois il ne voyait pas que les choses s'arrangeraient. Elles le touchaient trop profondément. Pourtant, elle devait essayer de le faire réagir, au moins une dernière fois avant d'abandonner. Elle ne voulait pas qu'il oublie l'homme qu'il avait été, et qui méritait bien plus de respect que cet être abjecte qu'il devenait. Elle prit une grande inspiration, et serra les poings pour empêcher ses larmes de couler, déterminée à tenter le tout pour le tout, s'il ne se réveillait pas après cela alors, elle ne se sentait pas capable de le porter pour le relever s'il ne le souhaitait pas, elle l'abandonnerait, comme les autres qui ruminaient leur rancune pour son attitude blessante. Elle prit la parole d'une voix assurée et tranchante tout en essayant de ne pas penser que c'était peut-être les derniers mots qu'elle lui dirait.

« Si vous n'êtes pas capable de vous relever alors que des dizaines de mains sont tendues vers vous, alors oui vous n'êtes qu'un minable, et je ne vois pas pourquoi j'ai tant cru en vous. »

Ses mots étaient sortis naturellement, tout comme son corps se mua, presque de lui-même, pour se rapprocher de lui. Sa main s'abattit violemment sur sa joue brûlée dans un accès de rage trop longtemps contenue. Roy était resté de marbre face à ses yeux brillants et ses reproches, mais il avait reçu ses paroles comme une balle qu'elle lui aurait tiré en plein cœur. À peine avait-il senti sa main le gifler qu'il avait aussitôt lever la sienne pour lui saisir le poignet. Il resserra sa prise jusqu'à lui faire mal tandis qu'elle le défiait du regard, attendant un mot, un geste qui lui montrerait qu'elle se trompait, qu'il ne méritait pas d'être ainsi abandonné. Il se sentait trahi par un tel geste et il n'avait pas l'intention de la libérer avant qu'elle se soit excusée ; il ne voulait plus se laisser diminuer sans rien dire. Elle n'avait nullement le droit de lever la main sur lui, quand bien même serait-elle déçue par son échec ; elle avait choisi de croire en lui de son plein grès.

Il allait répliquer quand une odeur familière qu'il avait cru oublier vint lui chatouiller les narines. Son regard étonné se posa alors sur la jeune femme qui se débattait pour récupérer son bras. Elle profita de sa surprise qui lui faisait desserrer son étreinte pour lui échapper et amorcer un mouvement vers la sortie, déçue. Elle avait d'abord cru qu'elle avait réussi, mais sa soudaine immobilité lui laissait penser qu'il acceptait ses mots comme une vérité vérifiée. Elle était presque à la porte lorsqu'elle sentit une main se refermer une nouvelle fois sur son bras.

Roy n'y croyait pas, ce ne pouvait pas être elle, et pourtant, il devait en être certain aussi ne pouvait-il la laisser partir. Elle ne portait jamais de parfum, mais aujourd'hui elle était en congé, d'ailleurs, il devait bien avouer qu'ainsi vêtue et maquillée, elle était terriblement séduisante. Il voulut commencer une phrase qui se perdit dans sa gorge et mourut en un son guttural indistinct. Intriguée, la jeune femme attendait de comprendre pourquoi il la retenait, mais cette fois, elle aurait pu se défaire de son emprise tant elle restait lâche, elle n'y ressentait nulle colère, seulement le désir de ne pas la laisser partir. Elle ne comprenait pas ce regard qu'il posait sur elle comme s'il la sondait, comme s'il cherchait à lire en elle. D'une voix hésitante, il lui demanda si elle était venue à l'hôpital avant qu'on ne lui retire ses bandages. Elle acquiesça d'un hochement de tête timide, surprise de cette question incongrue ; la fréquence de ses visites n'allait tout de même pas changer son point de vue sur son entourage qu'il avait fait fuir à force de reproches exagérés. Il mit quelques secondes de plus à s'apercevoir qu'il ne portait pas son bandeau. Pourtant, elle ne semblait pas y prêter attention. Elle lui avait lancé des regards meurtriers et à présent elle se plongeait dans son unique œil de la même manière que s'il n'arborait pas toutes ces blessures. Elle ne semblait nullement répugnée ou amusée, il ne voyait aucune pitié dans son regard, seulement un trouble profond qui faisait briller ses yeux et rosir ses joues.

À bien y réfléchir, il n'y avait jamais eu de dégoût dans les regards qu'elle posait sur lui, mais il ne comprenait alors pas pourquoi elle avait eu tant de mal à ne pas détourner les yeux. Elle n'osa d'abord pas répondre, elle semblait gênée et baissa la tête avec un petit air fautif qu'il n'aima pas du tout ; elle ne se sentait tout de même pas coupable de ses blessures ? Il ne s'était pas attardé sur la formulation lorsqu'elle s'était excusée de ne pas être arrivée plus tôt, mais à présent tout lui semblait tellement évident. Il leva son autre main pour lui caresser doucement la joue et lui relever la tête, un doigt placé sous son menton. La jeune femme sursauta à ce contact inattendu et sortit de ses pensées sans oser dire un mot. Dans un murmure, il lui assura qu'il ne lui en voulait pas, qu'elle n'y était pour rien et qu'elle n'avait absolument rien à se reprocher, le principal étant qu'elle n'ait rien et qu'elle ait réussi à s'en sortir même avec le sang d'Archer sur les mains. Liza esquissa un petit sourire ironique en entendant cela ; il ne savait toujours pas qu'elle avait été blessée. D'une certaine manière, elle était soulagée qu'il ne lui garde aucune rancune de son retard, mais elle n'adhérait pas à son opinion pour autant, quoi qu'il en dise, elle ne cesserait de penser qu'elle aurait pu arriver plus tôt et lui éviter ainsi de bien pénibles désagréments. Ce fut au tour de Roy d'être surpris tant ces paroles l'intriguaient, voilà qu'elle se pensait indirectement responsable de sa chute vertigineuse. Il ne put réprimer un sourire, même s'il était triste ; il n'avait sombré que parce qu'il était bien trop idiot pour ne pas voir qu'il tenait encore debout. Il s'était cru vaincu et ainsi, il n'avait pas cherché à se redresser. Elle, au contraire, avait voulu le secouer et le faire avancer contre son grès.

Il avait l'impression de la découvrir, comme si elle n'avait été jusque là qu'un pantin qu'il avait manipulé à sa guise et qu'il découvrait qu'elle était dotée d'une personnalité. Elle était bien plus douce et moins froide que lorsqu'elle revêtait son uniforme ; il se rendait compte à présent qu'il ne connaissait d'elle que le soldat qui l'avait toujours suivi. Le jeune homme prit une profonde inspiration pour s'enivrer de ce parfum qu'il reconnaitrait entre mille et qui lui avait manqué, bien que, trop occupé à s'apitoyer sur son sort, il n'y avait plus repensé. Il avait oublié qu'une femme dont il ignorait tout était venue lui tenir compagnie après son réveil. Il avait oublié le sentiment qu'elle avait fait naitre en lui alors qu'elle s'occupait de ses blessures tout aussi délicatement que Liza l'avait elle-même fait alors qu'il n'y voyait qu'une marque d'irrespect. Elle lui avait donné l'impression d'exister pour quelqu'un, elle lui avait donné envie d'avancer, de recouvrer la vue pour connaître enfin le visage de celle qui passait des journées entières assise à son chevet, en silence, à simplement lui tenir la main pour lui signifier sa présence. Comment n'avait-il pas pensé à elle ? Elle lui avait consacré sa vie, sacrifié sa carrière, elle avait même affronté les flammes pour le sortir de la villa. Désespérément enfermé sur lui même, il n'avait pas compris qu'elle restait encore à ses côtés parce qu'elle le voulait et non pas au nom d'une hiérarchie imposée. Il porta lentement sa main à ses lèvres pour y déposer un baiser comme il l'avait déjà fait, seul remerciement qu'il lui eut jamais adressé. Liza le regarda faire, de plus en plus stupéfaite sans oser dire un mot, noyée dans le regard envoutant qu'il lui adressait. Jamais il ne l'avait regardée comme cela, et elle ne comprenait pas comment sa gifle pouvait avoir eu un tel effet.

Toutefois, alors qu'elle pensait qu'il ne pourrait pas plus la surprendre qu'en cet instant où il semblait enfin s'éveiller de sa léthargie, il la questionna sur son parfum. La jeune femme écarquilla les yeux de surprise devant cet intérêt soudain qu'il lui portait. Troublée, elle eut un mouvement de recule, mais il resserra délicatement sa prise pour s'assurer qu'elle ne s'enfuirait pas. Il n'avait jamais pris le temps de s'arrêter sur tout ce qu'elle avait fait pour lui. Sa présence derrière lui était devenue habituelle, rassurante, apaisante, presque nécessaire, mais il ne le voyait que maintenant qu'elle était sur le point de lui tourner le dos après l'avoir tant pousser pour qu'il se reprenne. Avec ses talents de sniper, elle aurait pu intégrer n'importe quelle autre équipe, se faire un nom, monter en grade, mais elle avait décidé de perdre son temps avec lui. Elle l'avait toujours soutenu, toujours encouragé, mais lui ne s'était jamais demandé si elle n'avait pas mieux à faire. Il ne lui avait plus accordé de promotion depuis longtemps, il était invivable, prétentieux et à présent, il devenait associable, et elle était toujours là pour essayer de le faire aller de l'avant. Il ne pouvait pas la laisser partir sans comprendre.

« Pourquoi? »

Surprise, Liza garda le silence, ne sachant pas quoi répondre. Elle ouvrit la bouche mais aucun mot ne sortit. Elle secoua la tête de droite à gauche en fronçant les sourcils, signe qu'elle ne comprenait pas. Roy maintenait toujours sa main dans la sienne, et ce contact inhabituel lui faisait perdre son calme. Avec un air nostalgique, il lui expliqua qu'il ne comprenait pas l'intérêt qu'elle pouvait trouver à le soutenir, et quand bien même son dévouement serait dénoué d'intérêt, cela lui semblait encore plus aberrent.

La jeune femme ne put réprimer un sourire mais rapidement, une lueur triste vint éteindre les étoiles qu'il avait allumé dans ses yeux caramels. Elle savait bien qu'il ne pouvait pas savoir, mais cela ne faisait que renforcer son idée qu'il ne faisait pas attention à elle, qu'il n'avait jamais vraiment cherché à la connaître.

« Vous n'êtes qu'un idiot, Monsieur, constata-t-elle d'un ton monocorde. »

Elle se rapprocha doucement de lui sans quitter son visage des yeux sans réellement voir l'œil voilé de blanc, les cicatrices et les brûlures qui le défiguraient. Quand elle fut suffisamment près pour sentir son souffle chaud sur sa peau, elle se dressa sur la pointe des pieds tout en enserrant sa nuque de ses mains, se retenant de les passer dans ses beaux cheveux noirs. Très lentement, elle combla l'espace qui séparait leur visage et posa ses lèvres sur les siennes. Elle le sentit d'abord se raidir, sans doute sous l'effet de la surprise, puis deux bras la plaquèrent contre lui de manière à approfondir le baiser. Plus l'échange devenait passionné, plus elle sentait l'étreinte se resserrer, les mains de Roy se refermant désespérément sur le tissu dans une attitude possessive, l'une sur sa hanche, l'autre sur son épaule, comme s'il craignait qu'elle ne l'abandonne. Il s'accrochait à celle qui restait son seul repère au fur et à mesure que ce baiser lui redonnait confiance. Il sentait ses mains se perdre dans ses cheveux ou caresser sa nuque, indifférentes à la peau brûlée qu'elles rencontraient. Il n'avait pas voulu croire qu'elle n'accordait aucune importance à son échec et son humiliation, mais à présent il ne pouvait plus en douter.

Sans Maes, elle restait son meilleur soutien, et il avait failli la perdre à cause de sa bêtise, pour un malentendu qu'il ne s'était pas donné la peine de chercher à expliquer. De plus, s'il n'avait jamais compris pourquoi elle le suivait aveuglément, il n'avait jamais osé espérer qu'un quelconque attachement sentimental y fut pour quelque chose. Il l'avait eu près de lui pendant si longtemps, et il n'avait jamais rien vu. Toutefois, elle pouvait toujours le traiter d'idiot, elle ne valait guère mieux ; certes, elle était très compétente, mais il aurait sans doute pu trouver un autre soldat tout aussi qualifié qu'elle s'il avait cherché. Elle ne s'était visiblement jamais demandé pourquoi il l'avait choisie elle et pas un autre soldat pour le seconder. Toutefois, il était sans nul doute le plus idiot des deux. Il s'était déjà pris à maudire son entêtement, mais si elle avait été plus docile, ils n'en seraient sans doute pas là à échanger ce baiser. Il avait été infecte avec elle, et quelque soit ses sentiments à son égard, il était normal qu'elle lui ait tourné le dos, sans doute avait-elle été plus blessée que les autre. Néanmoins, elle ne l'avait pas réellement abandonné comme il l'aurait cru, elle s'était éloignée, elle l'avait laissé seul, puisqu'après tout, c'était ce qu'il voulait, mais elle était revenue pour l'empêcher de sombrer au moment où il rejetait l'humanité entière. Il s'était tellement pensé comme un victime, qu'il n'avait pas vu le mal qu'il faisait autour de lui.

Alors que ses mains se faisaient plus aventureuses, elle rompit brutalement le contact entre les lèvres en s'écartant autant qu'elle put tant il la tenait serrée contre lui. Elle plaça un doigt sur sa bouche pour l'empêcher de parler puis lui rendit son étreinte tout en calant sa tête au creux de son épaule. Ils restèrent un moment ainsi enlacés, et le souffle qu'il sentait dans son cou lui donnait envie de reprendre son envol ; Roy Mustang n'était pas encore mort, il l'avait enterré trop prématurément. Il ne devait pas perdre de vue ses objectifs ; même s'il ne devenait jamais président, il ne ferait rien changer en restant enfermé chez lui. La jeune femme se dégagea de son étreinte, souriante ; un sourire délicieusement épanoui qu'il ne lui avait jamais vu mais qui la rendait irrésistible. Elle déposa un rapide baiser sur ses lèvres avant de lever une main qui s'abattit sévèrement sur son crâne ; il était déjà suffisamment en retard, il n'allait pas en plus trainer pour des futilités pareil. Roy éclata de rire, un rire franc et joyeux ; elle ne perdait vraiment rien de vue. Elle se retourna en lui adressant un clin d'œil avant de passer la porte, arborant toujours ce sourire envoutant qui le hanterait sans doute pour le reste de la journée.

Pour la première fois depuis des mois, il se sentait plus léger, heureux, et ce fut le sourire aux lèvres qu'il se dirigea vers sa chambre pour se préparer à partir. Il se sentait tout d'un coup capable d'affronter ses supérieurs et les moqueries sur son passage. Il faudrait aussi qu'il aille rendre une visite à son ancienne équipe ; il n'avait pas encore perdu tous ses alliés, et avec leur aide, peut être pourrait-il retrouver son ancienne influence, et pourquoi pas repasser le concours d'alchimiste d'État ; le sénat ne le lui avait pas interdit après tout. Son sourire s'élargit en pensant qu'il pourrait peut-être même passer la soirée avec une jolie blonde si son supérieur ne le retenait pas. Alors qu'il commençait à reprendre goût à la vie, il eut une pensée furtive pour le docteur Charles Marlow ; la vie ne lui avait peut-être pas encore tout pris finalement.


Alors vous avez fait connaissance avec mon docteur Marlow, Il vous plait?

En tout cas j'espère que vous avez aimé l'OS. Une tite review?