Texte écrit pour un défi pour lequel il fallait placer la phrase : "Au fait, je t'aime toujours, tu veux un café ?".
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11 - Un café ? (G)
Après s'être exilé au nord du pays, Roy est revenu pour sauver Amestris des conquérants de l'autre monde
Les combats étaient terminés, les explosions avaient cessé et toutes les armures avaient disparu, emportées dans un tourbillon, avalées par l'immense porte désormais neutralisée. Au milieu des décombres, Roy Mustang, ancien alchimiste d'État balaya du regard les rues détruites qui avaient tenu lieu de champ de bataille. L'attaque avait été trop soudaine, l'armée était mal préparée. Néanmoins, leurs assaillants n'avaient montré qu'une faible résistance, ils étaient lents et vulnérables, les défenses de leurs armures étaient faciles à percer. Seul l'engin volant avait représenté une réelle menace, mais il avait été rapidement maitrisé grâce au concours des frères Elric enfin réunis. Cependant, avant qu'elle ne retourne dans le monde d'où elle était venue, cette machine avait causé bien des dégâts à la ville. Le pays se relevait doucement de la domination des homonculi, il allait être difficile de rassurer la population, d'autant qu'on ignorait l'origine exacte de l'assaut. Le caporal n'osait imaginer comment réagirait la population en apprenant que les alchimistes pouvaient avoir accès à un autre monde. La peur l'emporterait certainement, peut-être même voudraient-ils lancer une contre-attaque. Il grinça des dents dans une grimace de profonde contrariété : s'il souhaitait vraiment croire en ce que chacun avait de meilleur, il ne pouvait s'empêcher de redouter une guerre entre les deux mondes.
Pour l'heure, le temps n'était pourtant pas à ce genre de spéculation, il devait d'abord penser à lui. Il avait quitté son poste dans les montagnes pour rejoindre le combat sans en informer ses supérieurs, il s'était imposé sur le champ de bataille comme s'il était toujours le grand colonel d'autrefois. Malheureusement, ce genre d'initiatives audacieuses devaint, le plus souvent, être mal vues, voire sanctionnées. Il poussa un long soupir ; qu'allait-t-il faire à présent qu'il était revenu à Central ? Il avait accouru dès qu'il avait eu vent des difficultés que traversait la Capitale, mais à présent, il n'était pas certain d'avoir sa place ici, après tout, personne n'était venu lui demander son aide, il la leur avait imposée. Son sang n'avait fait qu'un tour ; il avait eu beau se terrer au fond des montagnes enneigées, il ne pouvait réprimer son profond désir de protéger Amestris, jamais il n'aurait pu abandonner son pays alors qu'il avait besoin de lui. Certains avaient vu en son retour un acte d'héroïsme mal placé, une tentative audacieuse de réintégrer son ancien poste, d'autres avaient accepté ses ordres sans mot dire, se réjouissant d'avance de son retour qu'ils pensaient définitif. Il avait préféré garder le silence, ne rien annoncer sa seule prétention avait été de sauver son pays d'une invasion, peu lui importait d'être reconnu comme l'un des héros de cette bataille. Seulement, alors qu'il avait pensé pouvoir s'éclipser discrètement, le voilà qui sortait d'un entretien avec le Sénat, une nouvelle médaille accrochée sur sa veste.
On lui avait bien entendu proposé de lui rendre son grade de Général de Brigade, de le mettre à la tête d'une nouvelle équipe ou de recomposer l'ancienne. Pourtant, bien que ce fût des plus alléchants, il n'avait pas encore donné de réponse, profitant qu'on lui laissait quelques jours de réflexion. Certes l'idée de revenir dans la grande ville était tentante, mais que lui restait-il encore ici ? Ses amis lui manquaient, mais au fond, il s'accommodait assez bien de leur absence ; en partant il leur avait rendu leur liberté, ils n'avaient plus à suivre un pauvre fou idéaliste. Il préférait indéniablement les savoir loin de lui mais libres plutôt qu'assujettis à ses rêves de grandeurs. Il était parti pour réfléchir, et il n'avait toujours pas de réponse ; sa place était-elle vraiment où il la pensait ? L'instauration de la démocratie lui avait définitivement enlevé ses espoirs d'être un jour à la tête du pays. Certes il pouvait toujours entrer au Sénat, cependant, les intrigues et ronds-de-jambe politiques ne l'intéressaient pas, jamais il ne quitterait les forces armées. Les choses changeaient désormais sans lui et tout allait pour le mieux. Quel prétentieux il avait été de croire que le pays avait besoin de lui pour refaire surface.
Il s'était laissé éblouir par tous les lauriers dont on l'avait auréolé, mais sa gloire n'était finalement qu'éphémère et à présent qu'il avait perdu son piédestal, il se sentait aussi fragile qu'un enfant. Il tourna son regard sombre vers l'imposant bâtiment qu'il venait de quitter ; on lui donnait l'occasion de tout reconstruire, de redevenir celui qu'il était, pourquoi hésitait-il ? Parce qu'il avait peur de tout perdre à nouveau ? Sans doute. Là où il se cachait, rien n'avait réellement d'importance à ses yeux, sinon de savoir son pays et ses amis sains et saufs, il n'avait rien qu'il craignait de voir un jour disparaître. Seulement voilà, tout fuir ne lui apporterait sans doute qu'une difficile survie dans les froides montagnes du nord. Il était bien lâche à présent.
Et puis, les gamins étaient définitivement partis. Deux adolescents se retrouvaient coupés de leur monde parce qu'il n'avait pas su se sacrifier à leur place. Certes, ils s'étaient enfin retrouvés et pour eux c'était sans doute le plus important, mais une petite voix ne cessait de lui rappeler qu'ils avaient abandonné leur vie ici pour se jeter vers l'inconnu. Peut-être aurait-il dû partir à leur place. Il avait déjà tourné le dos à tout ce qu'il avait tandis qu'eux, ils auraient encore pu prétendre à un avenir en Amestris. Inutile pourtant de s'attarder sur ces considérations, ressasser ses regrets ne les ferait pas revenir. À présent, il devait penser à lui, à la proposition qu'on venait de lui faire.
Il leva les yeux vers les bâtiments en ruine parmi lesquels il ne se sentait plus le bienvenu. Il pouvait toujours retourner dans le nord, se fondre dans le paysage enneigé et n'être plus qu'un garde frontalier sans importance, cependant, il devait avouer qu'il répugnait à retourner à cette vie morne et insipide. Son intervention, si brève fut-elle, avait eu le mérite de lui redonner goût à plus d'action. Vivre enterré sous la neige en regardant les flocons tomber ne pouvait lui convenir. Certes, il avait voulu s'isoler, il en avait eu besoin, mais il ne pouvait nier que le contact humain lui manquait malgré tout. Il avait été touché de la visite de ses amis, à tel point qu'il aurait presque voulu les retenir, les garder plus longtemps avec lui. Il s'était lui-même exilé pour se punir d'avoir causé la disparition d'un adolescent trop jeune pour être mêlé à un conflit. C'était lui qui était allé le chercher, qui l'avait poussé à passer le concours et à s'engager. Il était responsable de tout ce qui était arrivé à ces deux gamins.
Bien sûr, à penser ainsi à ses anciens subordonnés, il ne put s'empêcher de soulever un tout autre problème. La rupture avait été brutale. Il était parti sans un mot, sans rien lui expliquer. Elle avait appris sa mutation en même temps que le reste de l'équipe, alors qu'il était déjà dans le train et s'éloignait d'eux. Il n'avait pas eu le courage de leur annoncer lui-même son départ. Elle aurait insisté pour le suivre et aurait mal accepté son refus, il n'aurait pas pu soutenir son regard déterminé et malheureux. Alors il était simplement parti. Elle avait pourtant paru soulagée de le voir revenir sur le champ de bataille, mais qu'allait-il lui dire à présent ? Il s'imaginait vivre cette scène afin de s'y préparer, sans jamais trouver les mots adéquats. La situation était trop délicate, il était impensable qu'elle lui pardonne si facilement.
Pourtant, s'il acceptait de réintégrer son poste, il n'envisageait pas de recruter une nouvelle équipe. Il espérait de tout cœur que ses subalternes, ses amis, accepteraient de le suivre à nouveau et qu'ensemble, ils pourraient apporter leur contribution à la reconstruction du pays. Seulement, pour cela, il avait besoin de son élément le plus fidèle. Tout aurait été tellement plus simple s'il avait su résister. Sa convalescence avait créé autour d'eux une bulle de complicité qui s'était peu à peu transformée en une intimité troublante. Il avait suffi de quelques jours passés loin de l'armée pour qu'ils ne puissent plus refreiner leurs sentiments. Ils avaient parfaitement conscience de la situation depuis bien longtemps déjà et avaient appris à les cacher, mais à vivre ainsi ensemble, ils en avaient laissé tomber leurs barrières.
Il ne put réprimer un sourire en se remémorant ces instants où ils s'étaient permis d'être heureux. Puis il était parti, comme s'il ne lui devait rien. Même si ce n'était pas elle qui avait occupé ses pensées durant son exil, il ne pouvait nier qu'elle lui avait manqué. Il fallait qu'il lui parle avant de reprendre ses fonctions. Bien sûr, il la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle accepterait sans mal de réintégrer sa place à ses côtés, mais il ne voulait pas seulement retrouver son froid et impassible bras droit, il voulait son amante. Il ne voyait pourtant pas comment aborder le sujet, il se sentait mal à l'aise rien que d'y penser, inutile donc d'envisager de lui rendre visite sur l'heure. Ce qui le perturbait sans doute le plus était qu'il n'arrivait pas à appréhender sa réaction. Elle maîtrisait toujours parfaitement bien sa colère et gardait généralement son sang-froid, mais elle était bien capable de l'accueillir une arme à la main.
Il avait trop de chose à penser. Il devait préparer son retour, faire face aux jaloux qui ne manqueraient pas de le discréditer. Il lui faudrait assumer d'avoir été rétrogradé et puni pour le meurtre de l'ancien président. On le connaissait à présent comme celui qui avait osé tuer le plus haut gradé, peu importait qu'il représentât un danger. Malgré tout, il en revenait toujours au même point : il aurait besoin de soutien pour se relever et garder la tête haute, pour s'imposer à nouveau et redevenir le grand alchimiste des flammes. Tout commencerait avec elle. Il lui devait bien cela, il aurait été mal venu de sa part d'aller d'abord trouver ses autres subordonnés. Il devait tout organiser avec elle, depuis sa décision de revenir.
Il s'assit un banc public pour mieux réfléchir à la situation : les choses ne se présentaient pas sous un jour favorable. Peut-être que les mots viendraient tout naturellement lorsqu'elle serait devant lui, il serait alors bien obligé de dire quelque chose. Elle ne dirait sans doute rien, elle attendrait qu'il parle, ce serait à lui d'amorcer la discussion. Elle pouvait rester des heures en silence à simplement attendre qu'il se décide à parler tandis que lui, de plus en plus mal à l'aise, finissait généralement par en oublier tous ses beaux discours. Il ne savait pas s'il devait s'excuser en premier lieu, lui expliquer les raisons de son départ si brutal ou bien lui annoncer la décision du Sénat. Il ne savait pas ce qu'elle attendait : elle lui avait souri, était-elle réellement heureuse de le revoir ? Il ne pourrait néanmoins pas tout arranger avec un de ses irrésistibles sourires charmeurs.
«Bonjour, comment vas-tu ? Oui, je suis de retour à Central, on pourrait reconstituer la vieille équipe. Au fait, je t'aime toujours, tu veux un café ? »
Ridicule. Rien qu'à l'idée de lui déclarer de telles absurdités, Roy se mit à rire nerveusement, seul sur son banc. Quelle idée ! Il se laissa aller contre le dossier, soupirant d'agacement : il avait mieux à faire que se torturer avec ça. Il avait des fonctions à reprendre, son nom à blanchir et ses lauriers à replanter. Le voilà pourtant qui donnait la priorité à une question de sentiments. Tout cela parce qu'il voulait que ce soit elle qui le pousse vers le haut. Peut-être qu'il aurait les idées plus claires s'il commençait d'abord à réfléchir à son retour. Oui, mais, seul, il lui serait plus difficile de s'imposer. Il pouvait alors aller chercher ses amis. Oui, mais elle la première. Les coudes en appui sur les cuisses, il se massa doucement les tempes, son unique œil fermé, comme accablé par un poids trop lourd. Il laissa ses mains remonter jusqu'à sa chevelure où elles s'accrochèrent fermement aux mèches brunes.
« Elle ne me pardonnera jamais, murmura-t-il. »
S'il ne se voyait pas revenir sans elle à ses côtés, il ne l'imaginait pas non plus accepter docilement son retour. Il tournait désespérément en rond. Finalement, il aurait plus vite fait de retourner dans sa cabane sous la neige. Peut-être fallait-il laisser les choses se faire progressivement : obtenir son soutien dans un premier temps puis espérer pouvoir reprendre leur relation où ils l'avaient laissée. D'un autre côté, il serait bien goujat d'exiger d'elle la même dévotion sans faille qu'elle lui avait toujours témoigné sans même lui présenter des excuses. Ce ne fut que lorsqu'il releva la tête, qu'il s'aperçut enfin que quelqu'un s'était installé à côté de lui. Il se tourna alors vers l'importun pour se rendre compte qu'il s'agissait de la dernière personne qu'il aurait voulu croiser dans l'instant.
Ils échangèrent un regard, mais pas un mot. Il connaissait parfaitement les raisons de sa présence, inutile de les lui demander. Tout le monde avait eu vent de son entretien avec le Sénat, si bien que Roy s'était même attendu à trouver des curieux à la sortie. Il ne s'était pas tellement éloigné du bâtiment, elle n'avait dû avoir aucun mal à le trouver.
« Depuis quand es-tu là ? demanda-t-il, inquiet de ne pas s'être rendu compte de sa présence.
Depuis quand tu parles tout seul ? interrogea-t-elle en guise de réponse. »
Il ne répondit pas, mais comprit très bien qu'elle avait assisté à toute la scène. Il gonfla ses joues comme pour prendre une grand bouffée d'air qu'il expira très lentement par la bouche. Comme attendu, il ne savait pas quoi lui dire tandis qu'elle gardait le silence, nullement ennuyée par la situation. Il retourna dans sa tête tout ce qu'il avait à lui dire : ses excuses, ses projets, rien ne lui paraissait convenir. Sa jambe commença à tressauter nerveusement, la panique le gagnant peu à peu. Il fallait qu'il dise quelque chose. Pourtant, malgré tout ce qu'il avait envisagé, ce fut Liza qui prit la parole et vint à son secours.
« Au fait, tu veux un café ? »
