Nouveau one shot, plutôt court et vite écrit, de type écriture d'impulsion.
Bonne lecture !

Le colonel Mustang semble avoir été blessé, mais pourquoi cacher ses problèmes à son équipe ?


13 – Panique à bord (G)

Ça, je l'aurais parié !

À cette déclaration, tous levèrent la tête, surpris d'entendre leur supérieur commenter un dossier avec tant d'agacement. Il le referma d'un geste rageur, l'envoyant presque voler à travers la pièce, tandis que ses cinq subordonnés le regardaient en silence, attendant sagement de comprendre de quoi il retournait. Le colonel toisa quelques secondes le dossier avec mépris avant de se remettre à pester : depuis que ses ambitions étaient connues, ses supérieurs avaient pris l'habitude de lui refiler les affaires dont personnes ne voulaient, trop délicates ou bien simplement impossible à clore. Échouait encore sur son bureau le dossier d'une sombre histoire de kidnappings. Depuis quelques semaines, des enfants disparaissaient mystérieusement pendant quelques jours, puis étaient retrouvés dans un état quasi animal. Roy soupira au moins, cela avait l'avantage de contribuer au prestige de son équipe.

Il n'en dit pas plus, préférant certainement attendre de pouvoir faire un briefing complet avec ses hommes. Il sembla réfléchir un instant, les yeux braqués sur la pendule, avant de se lever précipitamment. Il annonça qu'il prenait une pause et sorti sans plus d'explication. Depuis quelques jours, il disparaissait ainsi plusieurs fois par jour pendant environ cinq minutes. Personne ne pouvait réellement exiger d'explication de sa part, mais ils devaient avouer que son entêtement à cacher le véritable motif de ces pauses les intriguait. Elle ne participait pas aux commérages, cependant Liza avait du mal à cacher son agacement vis-à-vis de ces cachotteries. Il était évident qu'il préparait quelque chose et le savoir seul n'était pas pour la rassurer. Elle savait qu'il mentait, qu'il n'allait ni prendre un café, ni prendre l'air pendant cinq minutes, personne au QG ne savait où était le colonel.

Lorsqu'elle avait deviné la forme du bandage sous sa chemise, elle avait essayé de lui faire partager ses ennuis, malheureusement il n'avait rien voulu entendre. Elle avait même questionné l'infirmerie au sujet d'une blessure récente qu'il aurait reçue, prétextant que le colonel aimerait revoir la jeune femme qui l'avait soigné, cependant aucune infirmière ne semblait être au courant de quoi que ce soit, émanait seulement d'elles une forme de jalousie. Pour elle, il était évident qu'il s'absentait pour nettoyer sa blessure et changer son bandage le plus discrètement possible, il n'était donc pas surprenant de sa part qu'il n'en ait pas informé le personnel médical de la base. Il ne voulait pas que cela se sache. Elle avait imaginé mille et une raisons qu'il pourrait avoir de dissimuler une blessure, mais aucune ne semblait convenir. Lors de leur dernière mission, il était revenu absolument indemne, elle était donc plus récente. Une mission secrète ? Difficile de penser qu'il avait à ce point à cœur de leur cacher ses activités, d'autant plus qu'il s'arrangeait toujours pour les leur confier. À moins qu'il ne s'agisse d'une mésaventure peu glorieuse dont il aurait honte.

Les paris allaient bon train entre les membres de l'équipe et Liza devait bien avouer que pour une fois, elle ne pouvait s'empêcher de laisser trainer ses oreilles pour écouter les commérages de ses collègues. La veille, ils avaient monté un plan d'espionnage en apparence sans faille. À tour de rôle, dès lors que le colonel sortait de la pièce, un d'entre eux le prenait immédiatement en filature, faisant mine d'aller aux archives, à la salle de repos ou encore aux toilettes. Et c'était bien là qu'il se rendait. Le sous-lieutenant Breda était toutefois revenu bredouille, le colonel ayant verrouillé la porte pour empêcher toute intrusion importune. Spectatrice muette de leur petit manège, Liza avait pourtant mentalement encouragé ce stratagème, attendant les rapports de ses collègues avec impatience. Elle ne les avait d'ailleurs pas une seule fois rappelé à l'ordre et pas un n'avait manqué de le noter elle était percée à jour.

Puisque le plan A avait été un échec, il leur fallait trouver un plan B. Ils avaient imaginé toutes sortes de ruses pour tenter de percer le mystère, mais aucune ne semblait réellement viable. Difficile pourtant d'admettre qu'il ne leur cachait rien. Quelques jours plus tôt, Havoc avait amicalement ponctué une remarque d'une tape sur le bras, provoquant chez le colonel une grimace de douleur. Le sous-lieutenant avait très nettement senti le bandage sous le tissu, mais malgré l'insistance de ses subordonnés, Mustang avait tout nié en bloc, assurant qu'il n'avait rien et qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter.

Par la force des choses, ils avaient été contraints de s'avouer vaincus, mais ils voyaient bien que leur supérieur tentait par tous les moyens de protéger son bras de manière à ce qu'il ne heurte rien. Il ne semblait pas souffrir au quotidien, il bougeait sans mal, sans doute la guérison était-elle en bonne voie, cependant ils s'inquiétaient de ce qu'il pouvait vouloir garder secret. Ils craignaient qu'il ne se soit fait un nouvel ennemi contre lequel il cherchait à se battre seul, pour les protéger sans doute. Plus ils se creusaient la cervelle et plus cette explication leur semblait la seule à tenir debout. Sur quelle piste avait-il bien pu se lancer ? La plaie devait être profonde, sans quoi, il n'aurait pas besoin de la nettoyer si souvent et elle ne mettrait pas si longtemps à guérir. Pourtant, elle ne le gênait pas. À moins qu'il ne masquât sa douleur face à eux.

Il nia avoir commencé une nouvelle enquête en solo, il nia s'être fait attaqué par un voyou ou même avoir eu un accident. Il nia également que ses pauses à répétition étaient suspectes. Les jours passèrent et au bout de trois semaines, le colonel ne portait plus le moindre bandage. Il ne s'absentait plus soudainement sans raison apparente, pourtant il leur cachait toujours quelque chose. Agacés d'être mis à l'écart, ses hommes finirent entendre son obstination comme un défi qu'ils relevèrent avec plaisir.

Scrutant ses habitudes, ils avaient remarqué qu'il rendait régulièrement visite à un dénommé « Mystic », un pseudo sans doute. Les rendez-vous étaient en général assez courts, à l'exception d'un seul pour lequel le colonel avait bloqué une heure entière. Prenant les devants, ses subalternes avaient décidé d'une filature pour déterminer qui était ce « Mystic ». Ils ne connaissaient pas l'identité des informateurs du colonel, mais il leur semblait peu probable qu'il en fut un : tous étaient inscrits sous des prénoms féminins et non pas de ridicules pseudonymes qui attiraient l'attention. Etant le plus curieux des quatre, Jean Havoc se porta volontaire pour cette mission. Revêtant une tenue civile, il se fit le plus discret possible et suivi son supérieur à travers les rues, motivé à la perspective de découvrir son secret. Roy était malheureusement trop prudent et le sous-lieutenant le perdit rapidement de vue.

Après plusieurs minutes à tenter en vain de le retrouver, Havoc dut se rendre à l'évidence : le colonel prenait des précautions pour ne pas être suivi. Cette conclusion mettait en lumière le fait que ce rendez-vous était suspect. Et si Mustang s'était lancé dans quelque chose d'illégal ? L'idée frôla un instant ses subordonnés qui se prirent à s'inquiéter. Après un débat animé, ils se mirent d'accord sur la nécessité de l'interroger plus sérieusement. S'ils lui faisaient part de leurs craintes, peut-être se montrerait-il plus enclin à partager son secret. Ils résolurent de ne pas lui laisser le choix. Ils le feraient céder coûte que coûte. Quel que soit sa raison, il n'avait pas à porter seul le poids de ses projets, il devait pouvoir leur faire confiance et ils le lui rappelleraient.

Ils l'attendirent alors comme en embuscade, agités d'impatience. Chacun à son bureau, pas un seul ne parvenait à se concentrer sur son travail tant le problème les obnubilait. Ils ne disaient rien, se regardant à peine, mais ils pouvaient sentir la nervosité de leurs collègues alimenter la leur. Gagnée par l'anxiété ambiante, Liza restait assise le regard dans le vide, incapable de décrocher son attention du tic-tac de l'horloge, appréhendant le retour de son supérieur. Elle ne pouvait plus réprimer son angoisse et sa déception d'être ainsi laissée de côté lui qui lui avait toujours fait confiance, qui avait toujours tout partagé avec elle, la tenait à l'écart de ce qui semblait être un projet important. Il prenait trop de risque à agir seul.

Les alchimistes d'Etat étant des soldats à part, il pouvait arriver qu'on leur confie des missions secrètes, cependant ils étaient toujours autorisés à prendre avec eux un ou deux de leurs subordonnés. Et pas une seule fois il n'avait agi sans elle. Cette situation durait depuis des semaines et même s'il allait mieux, il ne pouvait nier le danger qui le guettait. Il avait bien essayé de faire le sourd, de prétendre ne pas avoir été blessé, aucun d'eux n'était dupe. La panique avait commencé à gagner l'équipe lorsqu'ils avaient compris que le lieutenant Hawkeye n'avait pas été mise dans la confidence et plus elle s'inquiétait, plus elle sentait ses subordonnés rongés par l'appréhension.

Lorsque Roy revint enfin, mettant fin au supplice de ses hommes, il ne se doutait pas qu'il refermait la porte de son bureau sur un piège. À peine eut-il lâché la poignée que ses cinq subordonnés se levèrent, incapables d'attendre qu'il s'installe. Sûrs d'eux, ils exigèrent une explication, déballant tout ce qu'ils savaient, pensant qu'en mettant les preuves sous son nez, il ne pourrait les contourner. Liza calma néanmoins les ardeurs de ses collègues à parler ainsi tous en même temps, ils n'obtiendraient rien. Elle prit alors la parole : ils comprenaient qu'il ne veuille pas les impliquer si la mission était dangereuse, mais cela les attristait. Ils l'avaient toujours soutenu et en cela, ils pensaient mériter d'être au courant de ses projets. Inutile de s'obstiner, ils savaient qu'il leur cachait quelque chose. Ils avaient tout retracé depuis ce rendez-vous secret deux mois plus tôt : tout une après-midi durant laquelle il s'était absenté mais qui ne figurait pas dans son agenda. Sans doute avait-il été blessé à cette occasion. Puis ses entrevues étranges avec « Mystic », peut-être un complice.

Roy resta désarmé devant tant de détermination. Il les regarda d'abord, l'air surpris avant d'exploser de rire. Ainsi ils en étaient venus à imaginer une périlleuse mission. Vexé de son hilarité, les cinq militaires se renfrognèrent, attendant ses explications.

« Je n'ai rien dit pour ne pas avoir à justifier mon choix et parce que cela ne regarde en fait que moi. Je ne pensais pas vous causer tant de souci. »

Riant encore à moitié, il se leva et enleva la veste de son uniforme.

« Je devrais vous sermonner pour avoir fouiné dans mon agenda, mais je suis tellement touché de vous voir vous inquiéter à ce point que je passerai sur ce manque de respect envers votre supérieur. »

Il secoua la tête de droit à gauche comme s'il s'adressait à de petits chenapans à qui il ferait la leçon pour une adorable bêtise. Il surprit néanmoins tout le monde en déboutonnant sa chemise allait-il leur dévoiler sa blessure ? Il laissa le tissu glisser de ses épaules, dévoilant son bras droit à la grande stupéfaction de tous. Pas un son ne franchit leurs lèvres tant ils étaient médusés. Ils ne s'étaient pas attendus à cela.

« Mystic n'est pas une personne mais un lieu. Mystic Art pour être plus exact, le salon de tatouage le plus côté de ville. J'aurais préféré ne pas avoir à le montrer, mais vous ne m'avez pas réellement laissé le choix. »

Sortant doucement de leur léthargie, les quatre hommes se précipitèrent pour admirer le tatouage encore flambant neuf tandis que Liza regardait son supérieur d'un air désapprobateur. Les questions fusèrent alors : avait-il eu mal ? combien de temps cela avait-il pris ? avait-il bien analysé les aspects sanitaires ? Roy répondit à tout en riant, fier malgré lui d'exhiber son biceps. Voyant finalement son bras droit se tenir loin de tout cela et devinant le motif de son mutisme, il s'amusa à la taquiner un peu.

« Il ne vous plait pas lieutenant ? demanda-t-il, faignant l'innocence.

Un aigle, monsieur ?

Presque, répondit-il d'un air mystérieux. »

Bien entendu, elle avait parfaitement reconnu le rapace au regard perçant désormais incrusté dans la peau de son supérieur, mais elle avait espéré se tromper. Elle poussa un soupir de dépit cet idiot ne reculait vraiment devant rien. Depuis le début, ils avaient perdu leur temps à s'inquiéter pour rien, seulement pour un peu d'encre. L'efficacité de l'équipe avait diminuée ces derniers temps et Liza avait laissé ce laisser-aller s'installer, elle-même trop préoccupée par les cachotteries de leur supérieur. Ravalant ses reproches, elle lui lança un léger sourire attendri rien ne viendrait entacher la fierté qu'il retirait de son choix.

Il refusa catégoriquement de s'expliquer à ce sujet malgré les commentaires, certains annonçant qu'un dragon lui correspondait mieux. Une créature du feu, féroce et fière, un ardent reptile au sang bouillonnant, pas un oiseau. Ou bien un vautour alors, plaisanta Havoc. Les piques s'enchaînèrent tandis que le colonel se rhabillait, menaçant de les brûler tous pour insubordination.

« Qu'est-ce que j'y peux si vous ne savez pas reconnaître la puissance des rapaces : discrétion, agilité et précision. Vous devriez tous prendre exemple ! »

Alors que ses hommes commençaient à rire sous cape, il ajouta qu'en plus d'être plus intelligents que la moyenne de leurs semblables, ils étaient beaux et fascinants. Bref, ils méritaient amplement de trôner sur son bras. L'atmosphère était à présent bien plus légère et les plaisanteries allaient bon train. Bien sûr qu'ils avaient compris, mais Roy leur faisait suffisamment confiance pour leur confier la vérité. Il s'amusait des moqueries, répliquant avec panache, ignorant une Liza de plus en plus mal à l'aise. Penchée sur son bureau, elle tentait tant bien que mal de reprendre son travail. Elle pensa d'ailleurs que puisque leur supérieur allait bien, ils allaient devoir mettre les bouchées doubles pour rattraper le retard accumulé. Malgré son agacement à les entendre ricaner, elle accepta de leur laisser un dernier répit elle-même était bien trop soulagée pour amener une ombre à la gaieté ambiante. Il serait toujours temps de les rappeler à l'ordre plus tard. Demain est un nouveau jour.