Harry Potter et la mémoire du dragon
Rating : M
Pairing : HPDM (progressif)
Disclaimer : Les personnages, les lieux ne sont pas à moi... et pourtant c'était pas faute d'essayer de convaincre J.K Rowling de me les laisser...
Note : les noms des lieux et de certains personnages sont dans leurs versions originales... désolée pour ceux que ça gêne... mais je trouve absolument horrible les noms comme Rogue... ou Drago.
Note 2 : J'essaye un maximum d'être cohérente avec les livres (d'ailleurs pour les dialogues et quelques descriptions je dois avoir le bouquin à côté pour ne pas déformer certaines choses), mais je vous prie de m'excuser d'avances si je ne l'étais pas ! (même si je pense être d'un niveau acceptable de ce niveau là )...
#Petits rappels :
- Durant l'été de leur huit ans, Draco et Blaise se sont fait punir par Lucius parce que Blaise serait rentré dans la cave sans permission. Blaise en est ressorti avec la mémoire effacée et une cicatrice à la main. Même s'il avait avoué à Draco plus tard que des bribes de souvenirs lui étaient revenus sous forme de cauchemar.
- Draco est devenu le Lord de Blaise suite à une cérémonie dû à l'héritage de Blaise
- Blaise avait - avec Hermione - aidé Draco à s'entraîner dans la cabane hurlante
Enjoy !
Interlude 9 : Blaise.
Juillet 1985
Draco regarda autour de lui d'un air calme et presque impassible. Oui, du haut de ses cinq ans, il aurait dû être totalement horrifié d'avoir été abandonné en plein milieu de la forêt par son père avec pour unique affaire un petit sac. Et en vérité il l'avait été les quelques premières fois, mais au bout de la dixième fois il avait commencé à ne plus rien ressentir du tout à part une légère appréhension, de ne pas réussir le test de son père.
Il observa les alentours, d'un œil prudent. Après tout la dernière fois, son père l'avait laissé non loin d'un repère d'animaux sauvages.
Voyant que les alentours étaient saufs, il jeta un coup d'œil à son sac. Il y avait un kit de premier secours, cinq ou six fioles de potions et un petit couteau.
Il poussa un soupir de soulagement, s'il n'y avait pas de nourritures ou de boisson cela voulait dire que Draco ne resterait pas très longtemps dans la forêt, du moins c'était censé signifier que son père attendait de lui qu'il parvienne à sortir de la forêt en moins de six heures, il ne devait donc pas être si loin de la sortie que ça. Draco jeta à nouveau un regard aux alentours et commença à marcher avec hésitation vers une direction au hasard.
Quand soudainement un bruit sourd se fit entendre non loin de lui, le faisant sursauter et mettant tous ses sens en alerte. Il entendit des bruits de pas venir dans sa direction. « Ne crois pas pouvoir nous échapper comme ça sale gamin. »
Draco, affolé, se dépêcha de se cacher derrière des buissons, retenant sa respiration, tandis que les bruits de pas se rapprochaient à une vitesse affolante.
Le blond sentit son sang se glacer dans ses veines quand il entendit un bruit au-dessus de lui. Il eut à peine le temps de lever légèrement la tête, que soudainement quelque chose tomba sur lui. Draco retint un glapissement de douleur et écarquilla les yeux en se rendant compte que ce n'était pas quelque chose qui lui était tombé dessus, mais quelqu'un. Un garçon d'environ son âge, pour être plus précis.
Ce dernier poussa un léger grognement de douleur. L'instant d'après les bruits de pas étaient si proches que Draco était certain que les personnes devaient être juste à quelques mètres d'eux.
Instinctivement Draco plaqua une main sur la bouche de l'autre garçon l'obligeant à ne pas faire de bruit et le força à rester cacher derrière le buisson.
« Il n'a quand même pas pu aller bien loin ! » grogna l'un d'eux, avec fureur, « Comment par merlin est-ce qu'un gamin a pu nous échapper ?! »
« Il doit toujours être dans les environs. » rétorqua un autre, « Il n'a jamais quitté son Manoir de sa vie, c'est impossible qu'il parvienne à s'enfuir bien loin ! »
Draco sentit le garçon se tendre. Il fronça les sourcils, était-ce lui dont ces hommes parlaient ?
Le blond entendit l'un d'eux grogner de fureur et de frustration, « Cherchez les environs ! S'il apprend que nous avons échoué, seul Merlin sait ce qu'il nous fera ! »
Les bruits de pas s'éloignèrent progressivement et Draco poussa un soupir de soulagement dès qu'il fut sûr que les hommes étaient loin, il relâcha alors sa prise sur l'autre garçon et enleva sa main qui était toujours plaquée contre sa bouche.
L'autre garçon lui jetait un regard méfiant et plein d'appréhension, comme s'il craignait que Draco allait soudainement l'attaquer.
Draco remarqua alors les égratignures sur les bras et jambes de l'autre et sans un mot sortit son kit de premier secours de son sac.
Il regarda avec attention toutes les petites fioles qui composaient le kit, essayant de se rappeler de quelle couleur était celle qu'il cherchait. Il finit par la trouver et la tendit à l'autre garçon.
Ce dernier observa la fiole sans comprendre. « C'est une pommade pour ta jambe et tes bras. » dit Draco, parlant pour la première fois et faisant sursauter l'autre.
« Merci. » répondit l'enfant d'un ton hésitant, prenant la fiole tendue avec méfiance.
Draco hocha la tête et se leva doucement, jetant un regard par-dessus les buissons pour s'assurer que les hommes n'étaient plus là. Il remarqua alors à ce moment-là que l'autre lui jetait un regard étrange comme s'il s'attendait à ce que Draco fasse quelque chose.
« Quoi ? » marmonna le blond.
« Tu ne me demandes pas pourquoi ils me poursuivaient ? »
« Non. »
« Ce n'est pas très poli. »
Draco frissonna imperceptiblement, se rappelant que Père le punissait toujours lorsqu'il n'était pas poli, regardant autour de lui avec crainte, comme s'il s'attendait à ce que son père apparaisse soudainement pour le punir, il demanda avec reluctance.
« Pourquoi est-ce qu'ils te poursuivaient ? »
« Je ne sais pas. » répondit l'autre garçon d'une voix vide.
Draco se retint de lever les yeux au ciel, se demandant pourquoi l'autre lui avait fait poser la question si c'était pour répondre de cette façon.
« Ça arrive tout le temps, mais c'est la première fois que j'ai dû m'enfuir par la forêt. » poursuivit-t-il.
« Et tu as choisi de grimper aux arbres… »
Le ton de Draco était relativement neutre, mais l'on pouvait voir dans son regard qu'il considérait cette idée comme particulièrement stupide.
« Ils ne m'ont pas vu du tout !» se justifia le garçon, « Et puis j'arrivais à me déplacer, c'est juste que quand j'ai entendu leur voix, j'ai glissé! »
Draco décida qu'il valait mieux l'ignorer et inspecta de nouveau les alentours. Il ne savait pas combien de temps était passé – il avait toujours l'impression de passer plus de temps à l'intérieur de cette forêt que c'était réellement le cas – mais il ne voulait pas que son père soit déçu en remarquant que Draco avait passé beaucoup trop de temps à sortir cette fois.
Il avait eu l'intention de s'en aller laissant l'autre derrière lui, se débrouiller tout seul. Après tout si père tenait tant à ce que Draco parvienne à se diriger dans cette forêt, sûrement que c'était parce que c'était une capacité qu'on attendait à ce qu'un enfant ait, n'est-ce pas ? Cela voulait dire que l'autre garçon allait très certainement devoir apprendre à faire une telle chose bientôt… Et –
Draco jeta un coup d'œil au garçon en question et se figea en voyant le regard perdu et terrifié que lui jetait le garçon – dont il ne connaissait d'ailleurs toujours pas le nom. Il se rappela alors de la première fois qu'il s'était retrouvé dans cette forêt, combien il avait voulu que père revienne le chercher, que quelqu'un apparaisse pour l'aider à retrouver son chemin…
« Tu habites loin d'ici ? » demanda le blond.
L'autre garçon secoua la tête, « Je ne sais pas. »
Draco soupira et lui jeta un regard irrité. Il hésita alors, est-ce qu'il devait essayer de retrouver la maison de l'autre garçon ? Non, il ne devait pas perdre de temps, sinon il se ferait punir par son père. Mais il ne pouvait quand même pas le laisser là !
Draco poussa un nouveau soupir, tant pis il allait devoir le ramener au Manoir. « Suis-moi. » ordonna-t-il.
L'autre garçon se leva, grimaçant légèrement en sentant une douleur au niveau de sa jambe égratigné, mais bien vite la pommade fit effet et la douleur disparut.
« Où on va ? »
Draco l'ignora et jeta un regard aux alentours. Il repéra rapidement un grand arbre et s'y approcha. Il sortit alors son petit couteau de son sac et grava un cercle sur le tronc.
« Qu'est-ce que tu fais ? »
« Une marque. » répondit brièvement le blond.
« Pourquoi ? »
« Pour pouvoir savoir où aller plus tard. » expliqua Draco, en rangeant son couteau, et jetant un coup d'œil aux alentours et prit la direction opposée aux hommes de tout à l'heure.
Le garçon le suivit avec un froncement de sourcil. Draco s'arrêta quelques mètres plus loin et fit de nouveau un rond sur le tronc. Il recommença plusieurs fois, regardant attentivement les arbres aux alentours à la recherche de quelques choses. Son visage s'éclaira lorsqu'il repéra ce qu'il cherchait sur un arbre un peu plus loin et courut presque vers cette direction.
Curieux, l'autre garçon s'approcha du blond et vit par-dessus son épaule, sur le tronc de l'arbre un carrée barrée.
« C'est quoi ? »
« Ça veut dire qu'il faut aller par là. » indiqua Draco en pointant l'un des arbres plus loin à droite qui était également marqué d'un carrée barrée.
« Pourquoi ? »
Draco leva les yeux au ciel, se demandant si l'autre était vraiment si stupide que ça et pointa du doigt le symbole sur l'arbre, « Le carrée veut dire que je suis déjà venu ici. Et je l'ai barré parce que je me suis rendu compte que ce n'était pas la bonne direction et j'ai fait demi-tour. »
« Mais faut pas aller par là alors ! » s'exclama l'autre, avec les yeux ronds.
Draco soupira et expliqua d'une voix légèrement irritée « Comme j'ai fait demi-tour, au moment où j'ai barré le carrée, il suffit de suivre le carrée barré pour revenir à l'endroit où j'étais... Et après, bah, il faut juste suivre le chemin que j'avais trouvé à ce moment-là. »
Il eut un léger moment de flottement entre eux, où l'autre garçon semblait analyser ce que Draco lui avait dit.
« Mais comment tu sais de quel côté il faut aller ? Regarde là-bas y'a un autre carrée barré ! » fit-il remarquer en pointant l'arbre qui se situait à gauche.
Draco montra alors la marque, « Quand je barre la marque comme ça. » Il traça un trait horizontal du doigt dans le vide, « Ça veut dire que j'ai fait demi-tour soit par là… (il montra à gauche) soit par là (il pointa la droite). Mais le trait dépasse plus par là (il indiqua la droite d'un signe de tête) que de l'autre côté. Donc il faut aller par là (à droite). »
Il vit l'autre froncer les sourcils, essayant manifestement de suivre le raisonnement avant de s'exclamer, « Waw t'es trop fort ! »
Draco cligna les yeux de surprise, avant de détourner le regard pour empêcher l'autre de voir à quel point le blond était troublé par le commentaire de l'autre.
« Tu le penses vraiment ? » demanda Draco, essayant de ne pas laisser l'autre entendre l'espoir dans sa voix.
« Oui ! T'es super intelligent ! Je n'aurais jamais pu penser à quelque chose comme ça ! Franchement t'es trop fort! »
Cette fois, Draco ne parvint pas à masquer l'expression de contentement et de satisfaction de son visage. Il n'avait pas l'habitude de recevoir des compliments, après tout il n'en recevait jamais au Manoir.
« C'est… quelqu'un qui me l'a appris. » lui expliqua Draco.
Il fronça soudainement les sourcils, se demandant pourquoi il ne parvenait pas à se souvenir de la personne qui lui avait appris une telle technique… Il se souvenait avoir dû observer beaucoup de différentes marques et de dire ce qu'elles signifiaient et par où il fallait aller, mais il ne se souvenait plus de la personne en question…
« Oui mais t'es quand même très intelligent ! » insista l'autre garçon, qui ne semblait pas avoir remarqué le froncement de sourcils de Draco.
Draco lui fit un sourire hésitant, tandis qu'il continuait de se diriger dans la forêt avec assurance, suivant les carrées barrées gravés sur les troncs. Finalement ils arrivèrent à une petite clairière que Draco reconnut. Il montra alors du doigt le tronc d'un arbre un peu plus loin qui était gravé d'un triangle.
« Par là. » indiqua Draco, mais il se figea net en entendant des bruits de pas provenant de sa droite.
Avant qu'il n'ait le temps de s'enfuir ou de trouver un endroit pour se cacher, les hommes qu'ils avaient cherchés à éviter précédemment surgirent soudainement, semblant se disputer furieusement.
Il fallut moins de deux secondes pour que les adultes repèrent la présence des deux enfants.
« Tiens, tiens… » susurra l'un d'eux, avec un rictus victorieux sur le visage, « Mais voyons qui est là… notre petite cible qui est apparu devenu sans même que nous ayons à le chercher… n'est-ce pas merveilleux ? »
Les autres ricanèrent d'un air mauvais.
Draco déglutit nerveusement, tandis qu'il analysait la situation. Il y avait cinq hommes, tous avec une baguette à la main et un air menaçant sur le visage. Leur cible était manifestement le garçon à côté de lui. Le blond lui jeta un rapide regard à la dérobé, ce dernier semblait complètement tétanisé sur place et tremblait légèrement en regardant avec horreur les hommes.
« N-n'approchez pas ! » balbutia le garçon, en reculant de quelques pas.
« La partie de cache-cache est terminée gamin. » grinça un homme roux, qui semblait être à la tête du groupe.
Draco inspira, les hommes semblaient complètement ignorer sa présence, il n'était même pas sûr qu'ils l'avaient vu d'ailleurs, tellement ils étaient obnubilés par l'autre garçon. Mais il était pratiquement certain que cela n'allait pas durer. Prenant discrètement son sac et gardant toujours un œil sur les adultes, Draco fouilla brièvement dedans et en retira deux potions rouges et une potion verte.
Il retira le bouchon de l'une des potions rouges et déversa doucement le liquide à ses pieds, tout en essayant de se rappeler les comptines que Severus lui avait fait apprendre par cœur.
« Eruptix, Eruptix, n'oublie pas de compter jusqu'à dix. » récita mentalement Draco, avant de s'avancer vers l'autre garçon, attirant finalement l'attention des adultes.
« Tiens donc tu as amené un ami avec toi ? » ricana l'homme roux.
1…2…3…4…
Draco fit de son mieux pour l'ignorer, après tout père faisait carrément plus peur que lui, tandis qu'il gardait une main cachée derrière son dos, où il secouait la potion verte.
« Sneezwort, fais attention à comment tu la portes, parce qu'à trop la secouer tu risques de ne plus t'y retrouver. »
5…6…7…
« Vous savez, Monsieur… » dit Draco d'une voix enfantine et innocente, « Père m'a toujours dit qu'il ne fallait pas rester trop proche des autres… »
« Je me fiche de ce que peut te dire ton père, morveux ! » grogna l'homme roux.
Draco sourit et balança la dernière potion rouge en direction du groupe d'adulte. Au moment où la fiole toucha le sol, elle explosa. C'était une toute petite explosion, mais c'était suffisant fort pour avoir envoyé planer deux des cinq hommes.
8…9…
« Puffapuff, Puffapuff… » chantonna doucement Draco, en s'approchant encore plus de l'autre garçon, «... retiens bien ton souffle, car il suffit de la lâcher pour la faire exploser. »
« Espèce de petit – » grogna furieusement l'homme roux en pointant sa baguette sur Draco, qui venait de lancer encore une autre potion sur eux – la potion verte qu'il avait précédemment secouer. Un rayon jaune fusa dans sa direction et il sentit une coupure apparaître sur sa joue.
10 !
Mais l'homme n'eut pas l'occasion de jeter un autre sort, car soudainement un écran de fumée s'éleva entre les deux enfants et les adultes.
Draco eut un petit sourire de satisfaction avant d'attraper la main du petit garçon et se mettre à courir aussi vite que possible, dans une direction qui au premier abord semblait aléatoire, mais qui heureusement les rapprochait de plus en plus du Manoir.
Il s'arrêta un peu plus loin, s'appuyant contre un arbre pour essayer de reprendre son souffle. A côté de lui, le garçon semblait moins essoufflé, mais il avait toujours cet air terrifié sur son visage, regardant autour d'eux avec crainte.
« P-pourquoi on s'arrête ? » demanda-t-il, « Ils vont nous retrouver ! Il faut y aller vite ! »
Draco secoua la tête, « Non… ils…sont…partis…autre… part…»
« Comment tu sais ça ? »
Le blond inspira profondément, il trouvait ça injuste que lui ne parvenait toujours pas à reprendre son souffle alors que l'autre semblait s'en être déjà remis de ce petit sprint.
« Potion… de… confusion. » expliqua Draco, en se redressant doucement.
Il étudia prudemment les alentours, puis il eut un petit sourire, « On est bientôt arrivé ! »
Il commença à faire quelques pas, mais il se rendit rapidement compte qu'il n'était pas suivi. Il se retourna et haussa un sourcil en voyant que le garçon le regardait étrangement, la bouche légèrement entrouverte et une émotion que Draco ne parvenait à identifier dans les yeux.
« Si tu ne viens pas, je vais te laisser derrière… » menaça Draco.
Mais il ne semblait pas l'avoir entendu.
« Tu m'as sauvé la vie. » dit le brun dans un souffle, comme s'il n'arrivait pas à le croire.
Draco fronça les sourcils, « Je me suis sauvé la vie… Tu étais juste dans le passage. »
L'autre secoua la tête, ne détournant pas les yeux du blond, « Tu m'as sauvé… je – waw ! Tu es vraiment trop fort ! »
Le blond cligna des yeux, plusieurs fois, avant de détourner la tête pour ne pas montrer à l'autre enfant le sourire qu'il arborait à présent sur ses lèvres.
« Il faut y aller. » se contenta-t-il de dire.
Cette fois il entendit distinctement le bruit de pas du brun le suivre énergiquement, tandis que Draco le guidait à travers la forêt en suivant les arbres marqués.
Quelques arbres plus loin, Draco afficha un sourire victorieux en voyant le rayon de lumière qui passait parmi les arbres devant lui et qui ne voulait dire qu'une chose : ils avaient atteint la sortie de la forêt.
« Ooh, on a vraiment réussi à sortir ! » s'extasia le brun.
Draco allait répondre d'un ton faussement hautain que bien sûr ils avaient réussi, ce n'était pas vraiment dur. Mais ses paroles se ravalèrent dans sa gorge quand il remarqua la silhouette qui les attendait au loin. Le blond se tendit immédiatement d'appréhension.
« Draco... » susurra Lucius d'un ton doucereux, « ... Je m'attendais à te voir plus tôt... Et seul. » ajouta-t-il avec mépris en jetant un regard explicite en direction de l'autre.
Draco ouvrit la bouche pour répondre, mais il fut devancé.
« Il m'a aidé à retrouver mon chemin, Monsieur. »
L'autre garçon lui tournant le dos, ne voyait pas le regard presque horrifié que le blond lui jetait.
« Tiens donc...» répondit Lucius d'une voix faussement courtoise, « ... Et vous êtes ? »
«Blaise Zabini, Monsieur. » répondit joyeusement le garçon - Blaise apparemment.
Draco écarquilla les yeux de surprise en remarquant la lueur qui s'était allumée dans les yeux de son père à l'entente du nom du garçon. Il ne savait pas ce que cette lueur signifiait mais il avait soudainement un mauvais sentiment à ce sujet.
« Monsieur Zabini. » dit Lucius, un air calculateur dans les yeux, « Que faites-vous donc vers cette portion de forêt ? D'après mes souvenirs votre maison se situe à une bonne centaine de mètres d'ici. »
« Je me suis perdu. » expliqua Blaise, « Et il m'a sauvé ! »
Draco baissa la tête, n'osant absolument pas croiser le regard de son père.
«Dans ce cas, mieux vaudrait prévenir votre mère, il serait regrettable qu'elle s'inquiète plus qu'il ne faut n'est-ce pas ? » dit Lucius, d'un ton aimable, qui fit frissonner Draco.
« Merci ! » dit Blaise en souriant.
Le blond regardait le dos de son père avec appréhension, tandis qu'il suivait sagement ce dernier et Blaise en direction du Manoir et plus précisément, la salle où se trouvait leur 'cheminée pour invités'. Est-ce que père allait le punir parce qu'il n'était pas sorti assez rapidement ? Parce qu'il avait amené Blaise avec lui ?
Draco sentit les larmes lui monter aux yeux, pourquoi devait-il toujours décevoir son père ?
Lorsqu'ils arrivèrent à destination, son père contacta quelqu'un par la Cheminette et à peine, il se décala ensuite de l'antre et à peines quelques secondes plus tard les flammes devinrent vertes et une femme bondit hors de la cheminée. Elle regarda brièvement les alentours avant que son regard ne se pose sur Blaise, debout non loin de la cheminée. Elle lui fit alors un signe de la main et Blaise bondit presque littéralement dans les bras de sa mère – du moins Draco supposait que c'était sa mère. Elle le réceptionna avec grâce et le serra tendrement contre elle.
« Est-ce que tu es blessé ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi n'es-tu pas à la maison ?» demanda-t-elle, d'une voix douce.
Draco se permit un très rapide coup d'œil en direction de son père. Le chef de la famille Malfoy regardait la famille Zabini, avec les lèvres retroussées et une lueur de dégoût dans les yeux. Draco connaissait ce regard, c'était le regard que père lui jetait à chaque fois que Draco faisait quelque chose indigne d'un Malfoy.
« Non, je vais bien. » répondit Blaise, avec un grand sourire et les yeux brillant d'excitation, « Tu sais quoi ? Y'avait encore ces hommes qui me poursuivaient et je me suis enfui dans la forêt, mais je suis tombé de l'arbre et Draco m'a aidé ! Draco est très, très intelligent et c'est grâce à lui qu'on a réussi à s'en aller quand ils nous ont retrouvés ! Il connait pleins de trucs sur les potions et aussi il a cette super technique pour se retrouver dans la forêt que quelqu'un lui a appris et il m'a amené jusqu'ici ! »
Draco écarquilla les yeux d'horreur et regard avec appréhension la mère de Blaise, est-ce que Blaise voulait se faire punir ou quoi ? Pourquoi parlait-il de cette façon à sa mère ?! Mais à la grande surprise du blond, Mrs Zabini se contenta de sourire.
« Vraiment ? » sourit-elle, avant de lever les yeux vers Draco, « Dans ce cas je lui suis très reconnaissant d'avoir sauvé mon fils. »
« Ce n'était rien, Madame. » répondit poliment Draco, jetant un coup d'œil hésitant vers son père pour être sûr qu'il avait répondu correctement.
Ce très léger mouvement fut suffisant pour rendre visible aux yeux de Mrs Zabini, la coupure sur la joue de Draco – que ce dernier avait d'ailleurs complètement oublié.
« Oh… Mais tu es blessé ! » s'exclama-t-elle, d'une voix horrifiée.
Draco cligna des yeux, ne comprenant pas pourquoi elle réagissait de cette façon, après tout ce n'était qu'une coupure, qui avait arrêté de saigner il y a bien longtemps ! Puis il remarqua que Mrs Zabini venait de tourner la tête vers son père, comme si elle s'attendait à ce qu'il fasse quelque chose.
Le jeune Malfoy retint une expression terrifiée d'apparaître sur son visage. Il comprenait mieux maintenant pourquoi elle avait réagi ainsi, elle devait très certainement se demander pourquoi son père ne l'avait pas encore puni pour s'être blessé de cette manière !
Il tourna la tête vers son père, le regardant avec appréhension.
Cependant Lucius ne semblait pas lui accorder beaucoup d'attention en ce moment même, ses yeux fixés sur Mrs Zabini, l'affrontant mentalement du regard. Il avait les sourcils très légèrement froncé et les lèvres retroussés, signe de son irritation. Puis finalement, presque avec réticence, il parcourut rapidement la distance qui le séparait de son fils.
Draco parvint à réprimer au dernier moment son réflexe de reculer de plusieurs pas, parce qu'il savait qu'une telle chose ne ferait que lui attirer plus d'ennui qu'autre chose.
Il sentit le regard de son père glisser brièvement sur sa joue – très probablement à l'endroit où se trouvait la coupure – une lueur indéchiffrable dans les yeux, avant de sortir sa baguette et la pointer vers Draco.
Ce dernier retint son souffle, essayant de se préparer mentalement à la punition qu'il allait recevoir – quoi que son père avait en tête –mais il écarquilla les yeux de surprise en ne sentant qu'un léger picotement au niveau de sa joue. Chose encore plus incroyable, son père posa sa main sur sa tête et lui ébouriffa les cheveux.
« Est-ce que tu es blessé autre part ? » demanda Lucius, avec un sourire chaleureux et réconfortant, qui aux yeux de Draco était très clairement forcé et qui avait l'air totalement faux. En fait le sourire était aussi étranger à Draco que la touche d'inquiétude qu'il parvenait à entendre dans le ton du chef de famille.
Ce dernier secoua la tête, ne faisait pas confiance à sa voix en ce moment même, tellement il était choqué par les actions de son père.
« Bien. » décréta Lucius, puis il se tourna en direction de Mrs Zabini, « Avez-vous encore des affaires à traiter ici, Lady Zabini ? »
Mrs Zabini afficha un sourire crispé, « Non, Lord Malfoy, je vous remercie encore d'avoir raccompagné Blaise en toute sûreté, nous sommes redevables au jeune Malfoy. »
Lucius hocha brièvement la tête.
Si Draco avait été plus attentif, il aurait très certainement remarqué le regard rempli d'admiration que lui jetait Blaise, ainsi que les éclairs qui semblaient sortir des yeux de des deux adultes malgré le sourire polie qui se trouvaient sur leur deux visages… Mais à cet instant même, Draco n'aurait pas pu prêter plus attention à la situation même s'il l'avait voulu… parce que malgré le fait que son père s'était tourné vers Mrs Zabini, sa main était restée sur la tête de Draco et ce dernier ne pouvait s'empêcher de se pencher légèrement en avant, essayant d'avoir le plus de contact possible avec cette main si chaleureuse sur ses cheveux, un sourire rayonnant sur les lèvres. C'était la première fois que son père – non que quelqu'un – lui donnait un tant soit peu d'affection et il ne pouvait tout simplement pas s'empêcher d'être aux anges.
Mais ce moment ne dura pas longtemps parce qu'à l'instant même où Mrs Zabini et Blaise franchirent l'antre de la cheminée, Lucius retira sa main avec une telle vitesse qu'on avait l'impression qu'il venait d'être brûlé.
Draco leva les yeux pleins d'espoirs vers son père, mais il les baissa immédiatement en remarquant le mépris et le dégoût dans l'expression de Lucius, ainsi que son regard froid et indifférent. Il ne comprenait pas pourquoi ses yeux commençaient à piquer, ni pourquoi son père le regardait de cette manière d'ailleurs. Avait-il fait quelque chose de mal ?
« J'espère qu'un tel incident ne se reproduira pas. » décréta Lucius, d'un ton sec, ses yeux froids dardés sur Draco.
« Non père. » bredouilla le plus jeune, la tête toujours baissée.
« Je devrais te punir pour non seulement être revenu en retard mais en plus pour t'être stupidement blesser… » continua Lucius, « Cependant dû à tes actions irréfléchies la famille Zabini nous doit à présent une faveur, c'est pourquoi je vais laisser passer pour cette fois… »
« Merci père. »
« Regarde-moi. » ordonna le plus âgé, d'un ton clairement agacé.
Draco releva immédiatement la tête, espérant qu'il ne venait pas d'aggraver son cas.
« De quel technique le jeune Zabini parlait-il ? »
L'enfant ne savait pas pourquoi mais il sentit soudainement son sang se glacer dans ses veines, comme si c'était quelque chose qu'il ne devait pas dire.
« M-marquer les arbres pour retrouver mon chemin, père. »
« Qui t'a enseigné une telle chose ? »
Draco fit travailler sa mémoire, essayant désespérément de se rappeler, mais rien ne lui revint.
« Je ne sais pas… » admit le blond, avec crainte.
Lucius plissa les yeux et pendant un court instant Draco eut l'impression de voir des images apparaître dans sa tête. Il était dans les cachots et une personne qu'il n'arrivait pas à voir mais qui lui était étrangement familière. « N'oublie surtout pas ce que tu viens d'apprendre, Draco… Cela te sera utile dans la forêt… » La personne le prit dans ses bras et lui chuchota des paroles incompréhensibles mais qui avaient l'air réconfortantes. Mais alors que Draco allait finalement voir le visage de la personne, l'image se brouilla. Puis il se vit dans la forêt essayant d'expliquer à Blaise pourquoi il marquait les arbres, suivi du moment où il avait utilisé les potions pour s'échapper et avait par la même occasion reçu la coupure sur sa joue.
Draco cligna des yeux, une expression confuse sur le visage, tandis que sa vision redevint normale.
« Retourne dans ta chambre. » ordonna finalement Lucius, une expression indéchiffrable sur le visage.
Et Draco s'exécuta, bien trop heureux d'avoir échappé à la punition pour se poser des questions sur le comportement de son père.
~ BZ&DM~
[Le lendemain]
« Etant donné que la maison des Zabini n'est plus totalement sûr et que Mrs Zabini est dans l'incapacité de s'occuper de Mr Zabini durant la journée, il a été décidé que Mr Zabini passerait quelques temps au Manoir durant la journée. » expliqua Milly, une relativement jeune sorcière que Lucius Malfoy avait engagée pour enseigner le jeune héritier Malfoy.
Mr Malfoy qui venait de sortir son livre, jeta un regard en coin à l'enfant, qui était assis à côté de lui avec un énorme sourire excité sur le visage et balançant ses jambes d'avant en arrière.
« C'est parce que je voulais voir Draco. » ajouta Mr Zabini.
Le blond ouvrit le livre et regarda son professeur avec attente, comme s'il était en train de se demander pourquoi le cours n'avait pas encore commencé.
« Il l'a complètement ignoré. » songea Milly, en sentant une goutte perler à l'arrière de sa tête.
Voyant que le jeune héritier Malfoy lui jetait un regard insistant, Milly se racla la gorge, « Donc… nous allons reprendre ce qu'on a fait hier, est-ce que vous avez lu le deuxième paragraphe comme je vous l'ai demandé ? »
Mr Malfoy ouvrit la bouche, sans doute dans l'intention de confirmer mais il fut coupé avant même d'avoir pu prononcer un mot.
« Waw, Draco tu sais lire ?! » s'extasia le jeune Zabini, d'un ton admiratif, « Tu es trop intelligent ! Moi je ne sais reconnaitre que quelques mots. »
Le blond serra les dents d'irritation, ravalant sans aucun doute les insultes qui menaçaient de passer la frontière de sa bouche et l'envie de faire remarquer à l'enfant qu'il était un Malfoy et donc que bien évidemment il était très intelligent.
« J'arrive à lire quand les mots ne sont pas compliqués. » répondit finalement Mr Malfoy puis ses yeux glissèrent vers le professeur, « Et oui, j'ai lu le paragraphe. »
« C'est quoi un pagraphe ? » demanda l'autre enfant d'un air confus, tout en inclinant la tête.
« Pa-ra-gra-phe. » corrigea le blond, en parlant lentement et décomposant toutes les syllabes, ne laissant rien paraître de l'agacement qu'il ressentait très certainement.
« Oui ça… para-machin» sourit Mr Zabini, « C'est quoi ? »
L'héritier Malfoy décala son livre légèrement sur le côté pour qu'il soit bien visible pour l'autre enfant et tout en vérifiant que Mr Zabini regardait ce qu'il faisait, il fit glisser son doigt sur le texte délimitant un paragraphe.
« C'est ça un paragraphe. » expliqua le blond. « C'est un groupe de ligne. »
« Oh… d'accord… c'est pas important ! » rit l'autre enfant, puis tout en se penchant avec excitation sur le livre de Draco, « Et donc ça parle de quoi ? »
« Les bonnes manières. »
Mr Zabini fit une grimace, qui indiquait très clairement son opinion sur le sujet. « Mais tu n'apprends pas que ça, hein ? » demanda-t-il, lui jetant un regard plein d'espoir.
« Non. »
Milly ne put s'empêcher de jeter un regard de pure sympathie en direction du jeune Zabini. Le pauvre enfant n'avait sans doute pas encore compris quel genre de personne était l'héritier Malfoy, malgré le fait qu'il n'arrêtait pas de se faire rembarrer depuis le début. Cela faisait déjà environ six mois que Milly enseignait au jeune Malfoy et elle avait réussi à comprendre après deux jours que cela ne servait à rien d'essayer d'être gentil avec lui. Oh ce n'était pas qu'elle détestait le blond, pas vraiment… Mais c'était juste qu'il était déconcertant, troublant et pas attendrissant ni mignon du tout, du moins pas mignon comme un gosse de quatre/cinq ans était supposé être.
En tant que son professeur, elle n'avait absolument rien à redire, Merlin elle était même pratiquement certaine que ce gamin était un foutu génie, tellement il était intelligent. Il arrivait à comprendre et retenir toutes les choses qu'elle lui enseignait la plupart du temps du premier coup. Elle se souvenait encore de leur première heure de cours, elle avait trouvé cela assez déconcertant qu'un parent veuille que son enfant apprenne à lire alors que ledit enfant n'avait que quatre ans, mais qui était-elle pour se plaindre du moment qu'elle avait un salaire ? Alors elle avait présenté au jeune Malfoy un livre avec une succession de mots simples accompagnés d'images qui étaient supposées aider à la lecture. Mais le gosse avait juste glissé ses yeux sur la première page – ignorant complètement les images animées, et ne montrant aucun enthousiaste, au contraire de tous les autres enfants qu'elle connaissait – et lui avait demandé d'un ton complètement dépourvu d'émotions pourquoi les mots n'avaient aucun rapport entre eux et pourquoi est-ce qu'ils n'étaient pas côte à côte comme dans tous les autres livres.
Autant dire qu'elle avait été complètement prise au dépourvu et légèrement vexée de ne pas avoir réussi à déclencher une quelconque émotion chez l'enfant. Le lendemain, elle s'était présentée sciemment avec un livre sur l'étiquette et les bonnes manières et lui demandait de lire un paragraphe chaque jour, dans l'espoir qu'il lui pose des questions sur ce qu'il ne comprenait pas ou qu'il lui admette que c'était juste trop dur pour lui. Mais chaque jour elle l'interrogeait et chaque jour il arrivait à répondre correctement – ou avec quelques petites erreurs qui tenaient plus de détails qu'autre choses. Et il parvenait à faire cela avec une telle facilité qu'elle se demandait parfois à quoi elle pouvait bien servir en premier lieu.
Mais la chose la plus déconcertante chez ce gosse était son manque d'émotion. Il semblait toujours posé, presque nonchalant dans tout ce qu'il faisait. En fait les seules fois où elle parvenait à repérer une quelconque émotion étaient lorsque le gamin faisait une rare erreur ou lorsqu'il n'arrivait pas à retenir quelque chose du premier coup. Dans ces moments là, il semblait toujours se figer sur place comme si la fin du monde venait d'arriver et ensuite jeter un regard hésitant en direction de la porte comme s'il s'attendait à ce quelqu'un vienne pour le ridiculiser ou quelque chose comme ça… Fichu gamin… Il devait sans aucun doute être si persuadé de son intelligent qu'il ne pensait être capable de faire une erreur ou alors il pensait que faire une erreur était quelque chose d'honteux. C'était aussi pour cette raison qu'elle ne lui avait jamais fait un seul compliment –même lorsqu'il parvenait à faire quelque chose d'incroyable et agissait comme si c'était foutument normal – parce qu'elle ne voulait pas aggraver son fichu égo.
Milly sortit finalement de ses pensées et décida qu'il était temps de vraiment commencer le cours, après tout elle était payée pour leur enseigner des choses, pas pour passer son temps à critiquer ses élèves dans sa tête.
Et tandis que les minutes passaient, elle ne put s'empêcher cependant de remarquer à quel point Mr Zabini était bien plus normal que l'héritier Malfoy, et c'était une véritable joie d'avoir quelqu'un la regardant avec confusion et lui dire qu'il ne comprenait pas, pour une fois. Parce que Merlin savait qu'elle n'avait jamais entendu ces mots sortir de la bouche de Mr Malfoy.
Elle était également agréablement surprise par la persévérance de son nouvel élève qui essayait sans cesse de se lier d'amitié avec le jeune Malfoy, malgré le fait que ce dernier ne semblait guère commode. Certes, le jeune Malfoy répondait à chacune des questions posées par l'autre enfant, mais les mots n'étaient ni encourageant, ni accompagnés d'une quelconque émotion. Non juste cette distance, qui donnait l'impression d'être insurmontable et suintait clairement d'arrogance et de mépris.
« Ça sera tout pour aujourd'hui… » annonça finalement Milly, « Mr Malfoy, vous lirez le paragraphe suivant pour demain. Quant à vous Mr Zabini…. »
Elle sortit le livre d'image qu'elle avait apporté, en apprenant l'arrivé d'un nouvel élève, - le même livre qu'elle avait prêté au jeune Malfoy le premier jour – et le tendit à l'enfant.
« Vous devrez essayer de lire les trois premiers mots pour demain. »
Les deux hochèrent sagement la tête et tandis que Milly commençait à s'éloigner, elle entendit très clairement derrière elle, Mr Zabini s'exclamer, « Oh y'a des images, c'est plus marrant que ton livre, Draco ! »
Et elle ne put s'empêcher de sourire de gratitude, merci merlin, enfin un enfant normal !
~BZ&DM~
A l'instant même où Blaise retourna chez lui, sa mère l'examina attentivement de la tête au pied comme si elle avait peur qu'il se soit blessé ou quelque chose comme ça. Blaise ne pouvait que se laisser faire – sachant que cela allait être pire s'il essayait de faire quoi que ce soit – même si intérieurement il ricanait. Mère était vraiment bizarre ! Après tout il était juste allé chez Draco, comment aurait-il pu se blesser ?
« Alors comme s'est passé ta journée ? » demanda finalement sa mère.
Blaise sourit, « Draco est vraiment intelligent ! » s'exclama-t-il, avec adoration, « Il sait déjà lire, tu te rends compte, en plus il dit qu'il ne sait lire que les mots simples mais j'ai regardé le livre qu'il devait lire et y'avait que des mots compliqués ! En plus… il a pleins de professeurs et il doit apprendre pleins de choses ! Moi j'ai rien compris, mais c'est pas grave. »
Sa mère haussa un sourcil, « Tu es sûr que tu veux retourner là-bas, demain ? Ce n'est pas d'une très grande utilité si tu ne comprends rien à ce que l'on t'enseigne. »
Blaise fit la moue, « Mais je veux voir Draco !»
Il vit les sourcils de sa mère se froncer d'inquiétude, avant qu'elle ne s'accroupisse, se mettant à son hauteur et l'étudiant attentivement du regard. Blaise fit de son mieux pour ne pas gigoter mais il n'aimait pas la façon dont elle le fixait comme ça, c'était le même regard que lorsqu'elle cherchait à savoir s'il avait fait une bêtise ou pas… Anxieusement, il chercha dans sa mémoire, essayant de se rappeler s'il avait fait une bêtise ou pas, mais rien ne lui vint…
« Tu devrais inviter le jeune Malfoy à la maison un de ses jours… » suggéra-t-elle alors lentement et avec précaution.
Le visage de Blaise s'éclaira comme un sapin de noël et il hocha joyeusement la tête, effaçant promptement de sa mémoire l'étrange comportement de sa mère. Il se dirigea vers sa chambre, s'imaginant déjà ce qu'ils pourraient faire lorsque le blond viendrait à la maison. Au passage, il croisa Robert le nouveau petit ami de sa mère et le salua d'un geste de la main.
[Trois mois plus tard]
« Arrête de me suivre ! » protesta Draco, mais Blaise l'ignora se contentant de lui sourire.
Draco lui disait toujours d'arrêter de le suivre, mais Blaise savait qu'il ne le pensait pas vraiment, alors il continuait de le faire, tout le temps. Il passait la majeur partie de son temps avec le blond et même si les cours de Draco avaient été si compliqués au début que Blaise se sentait complètement stupide, il n'avait pas abandonné !
Il vit le blond tourner en direction de sa chambre et son visage s'éclaira, aller dans la chambre de Draco signifiait qu'ils n'avaient pas cours, ils avaient donc plus de temps pour jouer ensemble ! Pas que Draco jouait énormément en temps normal… Non, Draco passait la plupart de son temps libre à étudier… Il faisait tout ce que les professeurs lui demandaient avec beaucoup d'effort… En général il se mettait au travail dès que le professeur s'en allait… Et lorsque Blaise lui avait demandé pourquoi il travaillait autant alors qu'il était déjà si intelligent, Draco avait levé les yeux de son livre et lui avait jeté un regard étrange…
Il avait ensuite dit d'une petite voix, qu'il y avait beaucoup de mots qu'il ne comprenait pas et n'arrivait pas à lire et il devait donc se préparer longtemps à l'avance pour être sûr de répondre aux questions du professeur.
Alors généralement 'jouer' pour eux signifiait : Draco travaillant durement, pendant que Blaise l'observait tranquillement. Beaucoup d'autres enfants auraient certainement qualifié ça d'ennuyeux, mais cela ne le dérangeait absolument pas… parce qu'il aimait bien observer l'héritier Malfoy.
Il aimait bien voir les sourcils du blond se froncer de confusion tandis qu'il butait sur un mot qu'il ne comprenait pas, ou de frustration lorsque peu importe le nombre de fois où il essayait il ne comprenait pas le sens de la phrase, ou de détermination même lorsque tous les deux mots il devait utiliser le dictionnaire et essayer en plus de déchiffrer la définition.
Il adorait voir les lèvres de Draco s'étirer dans un sourire de satisfaction lorsque finalement il avait réussi à trouver soit la solution d'un problème soit le sens d'un mot/d'une phrase, ou d'enthousiasme lorsqu'il parvenait enfin à réciter sans faute sa leçon, ou de fierté lorsqu'il expliquait à Blaise ce qu'il avait réussi à comprendre du texte.
Mais ce qu'il aimait le plus que tout voir chez le blond était lorsque les yeux gris s'éclairaient à chaque fois qu'il répondait clairement à la question d'un professeur, ou brillaient à chaque fois que Blaise lui disait qu'il était intelligent.
Blaise avait compris depuis le début que Draco était très, très intelligent, et ce qui était encore le plus incroyable pour lui était que Draco n'était pas juste intelligent parce qu'il était né comme ça, mais parce qu'il travaillait dure tout le temps pour l'être !
C'est pourquoi Blaise ne comprenait jamais les réactions de leurs professeurs. Ils n'arrêtaient pas de féliciter Blaise pour des choses que Draco faisaient facilement depuis très longtemps, ils lui disaient que c'était très bien de faire autant d'efforts… Mais ils ne complimentaient jamais Draco, même alors que Draco avait passé toute la journée de la veille à apprendre et comprendre un texte compliqué… Quand Blaise donnait une bonne réponse, les professeurs lui souriaient et lui tapotaient l'épaule. Mais quand c'était Draco, ils se contentaient d'hausser les épaules…
Blaise pouvait voir le visage de Draco se décomposer à chaque fois que le professeur entendait une bonne réponse et faisait comme si Draco n'avait pas fait quelque chose d'incroyable. Il pouvait voir Draco baisser la tête à chaque fois qu'il entendait un professeur complimenter Blaise. Et Blaise se mit à détester les professeurs pour ça, ce n'était pas juste ! Il avait demandé un jour à Milly pourquoi elle ne disait jamais que Draco avait bien travaillé et elle l'avait regardé bizarrement avant de rire et de lui répondre que Draco n'avait pas besoin de compliment.
Et chaque jour, Draco travaillait de plus en plus… Quand Blaise lui avait demandé pourquoi, il avait répondu que si les professeurs ne le complimentaient pas c'était parce qu'il ne travaillait pas assez et que peut-être que s'il arrivait à apprendre plus vite ou faire des choses plus compliqués il arriverait à les impressionner…
Ce jour-là, Blaise avait décidé que puisque les professeurs étaient stupides, il allait être celui qui complimenterait Draco. Enfin plus que ce qu'il faisait déjà d'habitude…
Blaise sourit pour lui-même, se dandinant légèrement sur sa chaise tandis qu'il continuait à observer distraitement son ami. A force de le regarder tous les jours pendant trois mois, il arrivait à deviner maintenant quand le blond pouvait être interrompu dans ses pensées…
« Viens jouer chez moi… » proposa Blaise.
« Non. »
Draco n'avait même pas levé les yeux de ce qu'il faisait, après tout ce n'était pas la première fois que Blaise le lui avait demandé.
« Mère veut que tu viennes ! » insista Blaise, « Elle n'arrête pas de me demander tous les soirs quand est-ce que tu viens ! »
Le blond fronça les sourcils, « Pourquoi ? »
« Je sais pas… »
La conversation s'arrêta là, mais Blaise se contenta d'hausser les épaules. Chaque jour il essayait une nouvelle tactique pour convaincre le blond de venir chez lui, mais il n'avait toujours pas trouvé celle qui marcherait…
Il attendit patiemment que Draco termine, puis il lui demanda de lui expliquer quelque chose sur la leçon d'hier et tandis qu'il l'écoutait, il se demandait très sincèrement à quoi servaient leurs stupides professeurs, parce qu'il arrivait toujours à comprendre plus de chose quand c'était Draco qui le lui expliquait !
Bref… Ce soir-là, comme tous les soirs, sa mère l'attendait de pied ferme devant la cheminée et après son habituel inspection, elle lui demandait comme à chaque fois sa journée. Blaise lui fit un sourire rassurant, lui dit qu'il avait 'joué' avec Draco et casait toujours un compliment sur le blond, soulignant à quel point son ami était toujours aussi incroyable et que non, aujourd'hui non plus il n'avait pas réussi à le convaincre de venir jouer à la maison…
Sa mère lui jetait l'habituel regard indéchiffrable et hochait la tête, tandis que Blaise s'éloignait en direction de sa chambre et saluait au passage Jean (le nouvel petit ami de sa mère).
[Le lendemain]
« Ne me suis pas ! »
Blaise sourit paisiblement, nullement affecté par le ton du blond, et souligna très justement que lui aussi devait se rendre en cours ou sinon les professeurs seront en fâchés contre lui. Draco se renfrognait et accélérait le pas.
Blaise le suivit sans un mot, ayant vite compris qu'il était inutile pour lui de retenir l'emploi du temps de la journée, parce qu'il lui suffisait de toute façon de suivre Draco… Tout cela avait commencé comme une journée normale, jusqu'à ce que Milly demande à Blaise de lire quelques mots aux hasards du livre qu'elle lui avait donné au tout début.
Fier de pouvoir faire ses preuves, il ouvrit le livre à la page qu'elle lui avait demandé 'vingt-sept', (Draco lui souffla discrètement que c'était '2-7') et il cacha les images de la page de gauche se concentrant sur les mots de la page de droite. Milly le regarda avec les yeux ronds et lui demanda d'un air confus ce qu'il faisait.
« Bah je cache les images, sinon c'est de la triche et c'est trop facile ! » expliqua Blaise.
Draco lui avait dit une fois, qu'il ne lisait pas vraiment et qu'il ne faisait que deviner les mots en voyant les images, donc Blaise avait essayé de 'lire' sans regarder les images d'abord et avait effectivement remarqué que c'était beaucoup plus dure !
Blaise fronça les sourcils en voyant soudainement Milly se tourner vers Draco et lui jeter un regard méchant comme si c'était de sa faute. Draco écarquilla les yeux de surprise, mais ne baissa pas la tête, l'affrontant du regard – (parce qu'un Malfoy ne doit pas se laisser impressionner, d'après ce que Draco lui avait dit) – même si Blaise pouvait clairement voir que Draco venait de serrer très fort les poings.
Blaise sentit la colère monter en lui, pourquoi est-ce que Milly était-elle toujours aussi méchante avec Draco ? Ne pouvait-elle pas voir que cela le rendait triste ? Non… Parce que non seulement ces profs étaient stupides mais en plus ils étaient aveugles !
Blaise ouvrit la bouche s'apprêtant de lui dire de ne plus embêter Draco comme ça, mais il sentit ce dernier lui attraper discrètement la manche et secouer tout aussi discrètement la tête. L'héritier Zabini se renfrogna et referma la bouche. Le reste de l'heure se déroula sans autres évènements de ce genre, sauf qu'au moment où Milly était censée s'en aller, elle demanda à Blaise de venir la voir.
« Oui ? »
« Blaise… » commença-t-elle, avec un sourire chaleureux, « J'ai remarqué que tu semblais t'attacher à Mr Malfoy. »
Blaise haussa les épaules, une expression indifférente sur le visage, pourquoi l'appelait-elle par son prénom alors qu'elle appelait Draco 'Mr Malfoy' ?
« Peut-être que tu devrais arrêter d'insister autant… » suggéra Milly, « Après tout il semble être une mauvaise influence sur toi. »
« Pourquoi ? » demanda Blaise, d'un air renfrogné.
« Mais enfin c'est évident ! » s'exclama-t-elle, comme s'il était stupide, « Il n'arrête pas de te dire de ne plus le suivre, cela veut dire qu'il ne veut pas de toi à côté de lui… Et puis il te traite constamment d'idiot et te regarde avec son air supérieur de Malfoy… Il ne s'essaye même pas d'être sympathique avec toi alors qu'il est évident que tu cherches à être son ami depuis le début ! Suis mon conseil, Blaise, rien de bon ne peut t'arriver en étant ami avec Draco Malfoy ! Je suis sûre qu'il ne te considère même pas comme un ami ! De toute façon, ce gamin est incapable d'avoir des sentiments donc ce n'est pas comme s'il allait être triste si tu arrêtais soudainement de lui tourner autour… »
Blaise écarquilla les yeux et jeta un regard horrifié au professeur… cette… cette idiote ! Elle parlait tellement fort, que même s'ils étaient dans un coin de la salle d'étude, il était évident que Draco avait tout entendu ! Tournant lentement la tête en direction de son ami, il ne put empêcher une rage noire de monter en lui en voyant Draco. Le blond avait la tête baissée et le dos droit, ses poings serrés, comme s'il se retenait de pleurer.
« TAIS-TOI ! » cria Blaise, avec colère, sentant quelque chose bouillonner violemment en lui, « Tu racontes n'importe quoi, Draco n'est pas comme ça ! »
« Bien sûr que si… » répliqua calmement Milly, ignorant la crise de colère de Blaise et marchant lentement jusqu'à l'endroit où se trouvait le blond, « Regarde-le… Il ne réagit même pas à ce que je viens de dire, il est évident que si j'avais eu tort, il aurait essayé de nier… »
« C'est parce que t'es stupide que tu ne le vois pas ! » hurla presque Blaise, en courant vers Draco et se mettant entre elle et lui, « Draco… Draco est super intelligent et il est aussi très gentil ! Il… Il me dit de ne pas le suivre, mais il marche toujours très lentement pour que je ne me perde pas ! Il me traite d'idiot, mais à chaque fois que je pose une question, il me répond et m'explique toujours à chaque fois ! Et même si parfois je l'énerve, il me laisse toujours rester à côté de lui ! Et puis c'est parce que t'es bête que tu vois pas quand Draco est heureux, triste ou énervé ! Draco est mon ami alors arrête de dire des choses comme ça sur lui ! »
Milly plissa les yeux, en avançant d'un pas menaçant vers eux « Mr Zabini, je ne vous permets pas de me parler sur ce ton ! »
« C'est toi qui a commencé, stupide ! » répliqua Blaise, avec défi, « Et ne t'approche pas de nous ! Je ne vais pas te laisser faire du mal à Draco !»
Au même moment, Milly se retrouva mystérieusement propulsée en arrière, comme si un bouclier s'était soudainement érigé entre elle et les enfants. Se redressant avec rage elle sortit sa baguette, un sort sur le bout des lèvres quand une voix glaciale l'interrompit.
« Lancer des sorts sur des enfants, miss ? » susurra la voix, « Ce n'est certainement pas digne d'un professeur. »
Elle pâlit soudainement. « Je… ce… »
« Peut-être que Mr Zabini, ci-présent, avait raison concernant votre intelligence… Que peut-on en dire, lorsqu'un enfant de cinq ans est bien plus perspicace que vous ? »
Voyant que Milly ne comptait pas lancer de sort sur eux finalement, Blaise tourna finalement la tête en direction du nouvel arrivant. C'était le parrain de Draco. Blaise l'avait toujours trouvé très effrayant, mais Draco semblait toujours être très heureux de le voir et ne semblait pas effrayé du tout en sa présence… Le parrain de Draco avait les yeux fixés sur quelque chose qui se trouvait non loin de Blaise, avant de les tourner vers l'héritier Zabini avec une lueur étrange dans les yeux… Qu'est-ce que c'était déjà ? Appro–quelque chose –tion…
« Mr Zabini… » dit le parrain de Draco, d'une voix calme, «… peut-être qu'il serait plus souhaitable d'amener Draco quelque part d'autre… loin d'ici de préférence. »
Blaise fronça les sourcils, « Hum… Il peut venir chez moi, monsieur ? »
Le parrain de Draco haussa un sourcil avant de finalement se tourner vers Draco, il avait le même regard que la mère de Blaise quand elle regardait s'il était blessé ou pas « J'en toucherai un mot à son père. » dit-il, en hochant la tête.
Blaise lui fit un petit sourire – il était toujours aussi effrayant, mais il l'était un peu moins quand il regardait Draco – avant d'agripper le poignet du blond et le tirer vers la salle où il y avait la cheminée. Le simple fait que Draco se laisse faire et soit aussi silencieux était la preuve qu'il n'allait pas bien, alors Blaise accéléra le pas, courant presque jusqu'à la salle en question… Presque, parce qu'il se rappelait que Draco lui avait dit qu'un Malfoy ne devait pas courir dans les couloirs.
Lorsqu'ils arrivèrent chez lui, il fut surpris de voir que sa mère était déjà à la maison, mais il l'ignora et se précipita directement jusqu'à sa chambre, sa main toujours fermement agrippé au poignet du blond.
Il était en colère. En colère contre Milly et tous les professeurs pour avoir traité Draco ainsi. Contre Draco pour ne pas s'être défendu du tout, même si Blaise avait l'impression que son ami était effrayé de le faire, qu'il était effrayé d'être puni ou quelque chose comme ça. Contre lui-même pour ne pas avoir dit tout ça plus tôt. Contre les parents de Draco parce que c'était de leur faute que Milly était devenue leur professeur.
Blaise se tourna alors vers son ami et le regarda attentivement pour la première fois depuis qu'il l'avait entraîné hors de chez lui. Draco avait la tête légèrement baissé, mais il pouvait encore voir que ses yeux étaient légèrement humides, le blond tremblait légèrement…
Et Blaise comprit. Draco avait envie de pleurer, il était triste et en colère à cause de ce que Milly avait dit, mais il se retenait de pleurer. Blaise ne l'avait encore jamais vu pleurer. Draco lui avait dit un jour que pleurer était indigne d'un Malfoy.
« Pleure… » ordonna gentiment Blaise.
Draco écarquilla les yeux et secoua la tête. « Pleurer… est indigne d'un Malfoy. » dit-il d'une voix tremblante. « Un Malfoy ne doit pas pleurer même s'il a très mal… même s'il est triste… même s'il ne comprend pas pourquoi personne ne l'aime alors qu'il fait toujours de son mieux… même –»
La voix de Draco se brisa et il renifla, retenant désespérément ses larmes.
Blaise sentit lui-même ses yeux le piquer, il voulait l'aider… il voulait tellement aider cette personne qui l'avait sauvé dans la forêt… cette personne si incroyable et intelligente… Mais du haut de ses cinq ans, il se demanda…
Que puis-je donc faire ?
Il n'était pas intelligent comme Draco… Il ne comprenait pas grand-chose au monde des adultes…Il était faible… Il avait même eu besoin de Draco pour le sauver dans la forêt, contre des adultes…il ne connaissait rien en magie, il n'avait même pas encore de baguette… et il n'y connaissait rien en potion non plus, pas comme Draco… Et la réalité le frappa…
… je ne peux rien faire…
Il serra les poings de frustration… Est-ce que cela voulait dire qu'il ne pouvait que rester là à regarder Draco se retenir de pleurer ? Pourquoi ne pouvait-il rien faire ? Si seulement il était plus grand, il aurait pu réfléchir un quelque chose ou au moins utiliser la magie ! Si seulement il était plus intelligent, comme Draco, il aurait très certainement trouvé une solution… Si seulement… Si seulement… Si seulement quoi ?
Si seulement je pouvais le protéger…
Blaise, sans qu'il ne sache pourquoi, sentit soudainement le besoin de rire avec dérision, comme si quelqu'un l'avait soudainement possédé… C'était stupide, il n'avait que cinq ans, bien sûr qu'il n'avait pas la possibilité de protéger quoi que ce soit… Plus tard… Lorsque Blaise pourrait contrôler sa magie et utiliser une baguette, alors peut-être qu'il recevrait le pouvoir de protéger la personne qu'il voulait…Mais en attendant…. Il devrait se débrouiller avec le peu de capacité qu'il avait.
Blaise s'humecta les lèvres. « Pleure… » souffla-t-il, « Tu en as envie alors pourquoi tu ne le fais pas ? »
Draco le fusilla du regard et secoua obstinément la tête, son corps tremblant toujours de larmes et sanglots retenus. « Un Malfoy –»
« Oui mais ici tu es chez moi… » coupa Blaise, « Si tu es chez moi, alors tu sois dois suivre mes règles… Tant que tu es ici, tu n'as pas besoin d'agir comme un Malfoy… Personne ne te verra… Tu as juste besoin d'être Draco. »
Draco frissonna soudainement, sentant comme si quelqu'un venait de lui retirer sa cape, ou quelqu'un chose qui le recouvrait sans qu'il ne s'en rende compte.
« Tu peux courir dans les couloirs si tu veux, tu peux dire du mal de ses stupides adultes, tu peux oublier les bonnes manières, tu peux dire tout ce qui te passes par la tête et… tu peux pleurer si tu le veux. » Blaise eut un petit sourire narquois, « Tu peux pleurer même si c'est vraiment pas cool, mais c'est pas grave parce que je suis là pour te consolrer ! »
~BZ&DM~
Est-ce que vous avez déjà eu l'impression que soudainement le mur sur lequel vous preniez appuis disparaissait et que vous tombiez en arrière sans pouvoir rien y faire ? C'était exactement l'impression que j'avais à cet instant même, tandis que les larmes coulaient à présent à flots de mes yeux. C'était stupide… Presque comme si j'avais eu besoin de l'autorisation de cet idiot pour pleurer.
Je pleurais et lui se contentait de me regarder comme l'idiot qu'il était avec un petit narquois sur les lèvres. Il devait sans doute être satisfait de m'avoir faire pleurer.
« C'est stupide ! » grinçais-je entre deux sanglots, « Même si on est chez toi, je reste quand même un Malfoy ! Ce n'est pas comme ça que ça marche ! Et puis c'est 'consoler' idiot ! »
Blaise sourit de toutes ses dents, « Mais ça fait du bien de pleurer de temps en temps, non ? »
« Non. » reniflais-je, « C'est mouillé, j'ai la tête qui tourne, les yeux rouges, le nez qui coule… et je n'arrive même pas à m'arrêter, c'est horrible ! »
Blaise fit un bruit pensif en étudiant mon visage, « Ouais t'as raison. »
Déjà qu'en temps normal mes regards noirs ne lui faisaient rien, mais là avec le torrent qui dégoulinait de mes yeux, c'était encore moins crédible que d'habitude. « De toute façon c'est de ta faute ! » sifflais-je.
« Comment ça c'est de ma faute ? »
« Tu as dû faire quelque chose ! Ce n'est pas normal ! Sinon pourquoi est-ce que je me mettrais soudainement à pleurer alors qu'avant j'arrivais à me retenir ?! »
Il inclina sa tête sur le côté, clignant des yeux, « Parce que tu en avais envie ? »
« Qui aurait envie de pleurer, idiot ?! »
Et cet abruti ne trouvait rien de mieux que de ricaner. « C'est important d'évacer sa colère, tu sais ! »
J'avais la désagréable impression que je venais de perdre contre lui…et pour une certaine raison cela m'irritait énormément de perdre contre quelqu'un qui ne savait même pas prononcer des mots correctement. Est-ce que cet abruti savait même ce qu'il était en train de dire ?
« C'est 'évacuer sa colère'. »
« Oh oui, voilà, ça ! » sourit Blaise, « Jouons à 'je dis ce que je pense' d'accord ? »
Je fronçais les sourcils, essayant de transmettre rien qu'avec mes yeux embués ce que je pensais d'une telle chose. Je ne voulais pas parler, je n'aimais pas le fait que ma voix soit devenue aussi tremblante.
« Je commence alors… » annonça Blaise, « Milly est idiote. »
« Un idiot n'a pas le droit de traiter les autres d'idiots. »
« Oui, mais elle est plus bête que moi alors j'ai le droit ! Même ton parrain a dit que j'étais plus perspi-quelque chose qu'elle. »
« 'Perspicace'. » corrigeai-je.
Et tandis que je l'écoutais continuer à dire du mal de Milly et dire à voix hautes plusieurs des pensées qui m'avaient traversé l'esprit, je réalisais avec un léger sursaut que même si les larmes étaient toujours là, j'avais également un sourire sur le visage. Je ne me rappelais pas avoir pleuré auparavant – je l'ai sûrement fait avant, et c'était sans doute pour ça que père m'avait puni pour m'enlever cette sale habitude – mais je savais que je ne souriais pas souvent… Et Blaise avait non seulement réussi à me faire pleurer mais en plus sourire en même temps… Et étrangement même si cela m'irritait un peu qu'un idiot puisse faire quelque chose comme ça, cela m'était égal… Qu'est-ce que c'était donc que cet étrange sentiment qui me donnait envie de sourire encore plus ?
[Trois ans plus tard]
« Ne me suis pas. »
Blaise me fit le même sourire amusé à chaque fois que je lui disais cela, c'est-à-dire pratiquement tous les jours.
Depuis trois ans ma routine n'avait pas fondamentalement changé. Blaise venait toujours à la maison et me suivait toujours partout où j'allais. Ensuite on se dirigeait vers la salle d'étude pour le cours du jour. Les professeurs ne réagissaient toujours pas à mes bonnes réponses, mais à présent ils évitaient de dire quoi que ce soit concernant mon amitié avec Blaise ou mon 'apparente apathie et arrogance', même s'ils n'en pensaient sans doute pas moins… Je pouvais pratiquement voir écrit sur le front, qu'ils ne m'aimaient pas, qu'ils pensaient que j'arrivais à répondre aussi facilement à toutes leurs questions parce que j'étais arrogant et trop intelligent. Je ne leur en voulais pas, parce que je suis arrogant et fier de mon intelligence, même si elle venait d'un dur travail et pas juste naturellement, comme ils le pensaient. Mais quelque part, c'était peut-être pas mal qu'ils continuent de penser que je suis une sorte de génie, ou quelque chose comme ça.
Leur 'nouveau' comportement venait très probablement du fait que Milly avait non seulement été virée et n'arriverait sans doute plus jamais à retrouver une place dans la société sorcière. Du moins c'était ce que Severus lui avait dit.
Cependant ils continuaient à complimenter Blaise pour ses efforts, et fait assez surprenant cela me dérangeait beaucoup moins que lorsque j'avais cinq ans. Il était évident par contre que cela énervait Blaise au plus haut point et en plus cet idiot s'était senti si coupable qu'il n'arrêtait pas de s'excuser auprès de moi toutes les deux minutes, me suivant partout avec une mine misérable et avait même durant un moment arrêté de faire ses devoirs sérieusement pour ne plus avoir de compliments. Au moins il n'avait pas crié sur les professeurs comme il l'avait fait pour Milly, c'était déjà ça… Au final, il avait fallu que je l'ignore (véritablement ignoré à savoir ne plus lui adresser du tout la parole) pendant trois jours pour qu'il comprenne la leçon et arrête son stupide comportement. Cela ne l'empêchait pas cependant de jeter des regards noirs aux professeurs derrière leurs dos.
Ensuite, je faisais mes devoirs pendant que Blaise me regardait faire – de temps en temps lui aussi faisait les siens, mais il disait que c'était plus marrant de me regarder faire. Et donc c'était seulement une fois que j'avais terminé que Blaise commençait à me poser des questions sur ce qu'il ne comprenait pas. Je le lui expliquais – même si parfois je le soupçonnais de faire semblant de ne pas comprendre certaines choses pour que je le lui explique – et répondais à toutes ses questions, tout en ponctuant quelques réponses d'un 'idiot'. Allez savoir pourquoi, mais il semblait rayonner à chaque fois que je le traitais d'idiot.
Et finalement – c'était le plus grand changement par rapport à trois ans auparavant – il me demandait si je voulais aller chez lui, je lui répondais alors 'non', il souriait, m'agrippait le poignet et m'entraînait de force vers la cheminée. Une fois arrivés, sa mère était toujours là, près de la cheminée et nous étudiant d'un rapide coup d'œil avant de nous sourire. Blaise s'occupait alors de lui raconter aussi rapidement que possible notre journée et m'entraînait vers sa chambre, tout en saluant au passage John – du moins il me semblait que c'était John aujourd'hui – le nouveau petit ami de sa mère.
Et nous commencions à jouer à 'je dis à ce que je pense'. Oui moi aussi j'avais commencé à participer, même si je trouvais ce nom de jeu complètement ridicule, mais je devais avouer que cela me faisait du bien de temps en temps. Je ne me souviens même plus comment Blaise avait réussi à me convaincre de jouer mais importe.
Et tandis que je l'écoutais se plaindre au sujet de 'cours ennuyeux', je ne pouvais m'empêcher de songer que j'avais bien fait de ne pas l'avoir abandonné dans cette forêt. A ce moment-là je n'aurais jamais imaginé, que cet idiot allait devenir l'une des seules personnes avec qui je pouvais être 'juste Draco' et surtout mon meilleur ami.
Puis il y a eu cet incident.
Je me rappelai encore de la terreur et l'horreur que j'avais ressenties dans mon cercueil, en entendant mon père jeter tous ses sorts sur Blaise. Je pouvais l'entendre hurler et je ne pouvais que rester emprisonner dans ce cercueil sans rien pouvoir y faire. Je sentais des larmes couler de mes yeux et une partie lointaine de mon esprit remarqua qu'encore une fois Blaise avait réussi à me faire pleurer… Sauf que cette fois, je me sentais complètement misérable.
Le pire avait été lorsque Blaise s'était réveillé avec cette cicatrice sur la main sans savoir pourquoi et avait été terrifié, non pas à l'idée d'être blessé à nouveau, mais parce qu'il pensait avoir perdu ma confiance… et moi je n'avais pu que le regarder dans les yeux et lui mentir sur ce qui s'était passé… Maintenant avec un peu plus de recul, je me demandais si Blaise n'avait pas en fait vu facilement au travers de mon mensonge et avait simplement fait semblant de me croire…
Blaise avait toujours été très perspicace et observateur quand cela me concernait. Parfois il lui suffisait d'un simple coup d'œil pour savoir ce que je pensais… Un jour je lui avais demandé pourquoi il n'essayait pas de se concentrer sur quelqu'un d'autre, mais il m'avait alors répondu avec un sourire en coin que je pouvais observer les autres pour lui et le lui dire si je voyais quelque chose d'important.
Ce genre de commentaire, surtout après cet évènement me rendait à la fois heureux et misérable. Depuis plus de trois ans, je savais que si je me retournais je verrai Blaise derrière moi… Mais j'étais terrifié à l'idée de me retourner et ne plus le voir… Et si un jour Blaise en avait marre de mon comportement ? Et s'il trouvait d'autres enfants plus amusants que moi avec qui jouer ? Et s'il était encore blessé par ma faute et ne voulait plus être mon ami ?
Savait-il que 'ne me suis pas' était ma manière de lui dire 'bonjour' ? Savait-il que mes 'idiots' pouvaient parfois remplacer 'Merci d'être avec moi' ? Savait-il que même si je disais 'non' lorsqu'il proposait d'aller chez lui, j'étais en fait très impatient de pouvoir y aller ?
Je ne pouvais qu'espérer que oui, parce que mine de rien j'y tiens à cet idiot.
~BZ&DM~
[Juin 1996]
Lysanna Zabini était une femme prudente et méfiante, mais surtout prévoyante, qui n'aimait pas dépendre des autres et spécialement pas des hommes. Le seul homme à qui elle aurait confié sa vie sans hésiter était son défunt premier époux et le seul homme qu'elle avait véritablement aimé. Elle était une femme forte aux yeux du publics, certains l'avaient même surnommé la 'veuve noire' parce que chacun de ses maris avaient mystérieusement connu une fin tragique, évidemment elle niait tout implications.
Mais cela était déjà une toute autre histoire, non le fait était que Lysanna ne dépendait de personne. Elle avait réussi à maintenir le statut 'neutre' que son époux avait voulu pour la famille Zabini, pendant la guerre… Ou devrait-elle dire la 'Première Guerre' ? Après tout la résurrection du Mage Noir n'avait été un secret que pour ses aveugles du Ministère…
Quoi qu'il en soit, elle avait également réussi à élever la famille Zabini aux rangs de deuxième plus puissante famille de Sang Pur après les Malfoys, évidemment. Et l'une des rares familles de Slytherin n'ayant aucune alliance avec eux. Autant dire, qu'elle avait eu des sueurs froides, lorsque onze ans auparavant Lucius Malfoy l'avait contacté par Cheminette, lui annonçant que Blaise se trouvait chez lui.
Blaise…
Oui, Lysanna Zabini avait très peu de points faibles, mais son fils, l'être le plus important à ses yeux, était définitivement l'un d'eux. Son plus gros point faible, plus exactement. Elle avait imaginé le pire en franchissant cette fichue cheminée, mais même lorsque rien d'exceptionnelle ne s'était produit ce jour là, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir cette boule d'angoisse s'insinuer dans son ventre. Lucius Malfoy complotait quelque chose et elle n'aimait pas ça.
La situation s'empira un peu plus lorsque Blaise avait insisté pour passer du temps auprès du jeune Malfoy. Son fils en parlait avec tant d'admiration et de joie qu'elle avait pensé avec horreur qu'il avait été ensorcelé ou empoisonné… Cependant, tandis qu'elle l'étudiait du regard à la recherche d'un éventuel maléfice, une explication remonta à la surface de son esprit… Elle avait décidé alors décidé d'éliminer immédiatement cette possibilité de son esprit, après tout Blaise était encore trop jeune, il n'avait que cinq ans, cela n'était pas possible !
Mais un léger doute persistait toujours dans son esprit, la tiraillant à chaque fois que Blaise rentrait de chez les Malfoy et s'émerveillait de l'intelligence du jeune Malfoy… Il n'y avait qu'une seule solution, elle devait le rencontrer, pour pouvoir mettre les choses au clair une bonne fois pour toutes.
Bien sûr cette occasion ne se présenta que bien plus tard… trois moins plus tard en fait…Ce jour-là, comme tous les autres jours, elle attendait l'arrivée de son fils, même si elle savait pertinemment qu'il ne rentrerait que dans deux ou trois bonnes heures. Même après trois mois elle se méfiait toujours de cette famille et voulait s'assurer que son fils soit en bonne santé lorsqu'il franchirait la cheminée. Sauf que soudainement, son fils apparut tirant derrière lui le jeune Malfoy.
Lysanna, après s'être remise de sa surprise, allait se précipiter vers son fils pour exiger des explications, mais elle s'arrêta net en remarquant quelque chose de très, très perturbant. Autour de Blaise et du jeune Malfoy se dressait un étrange dôme. Il était instable et entourait à peine les deux enfants mais il était bel et bien là… C'était de la magie. La magie de Blaise… La magie des Zabini.
Et ce qu'elle avait redouté se révéla exacte, Blaise venait d'être officiellement nommé héritier légitime des Zabini, à cinq ans, et apparemment le jeune Malfoy était son Lord. Merlin… C'était complètement insensé…
Inspirant profondément pour essayer de calmer ses nerfs, elle avait alors parcouru la distance jusqu'à la chambre de son fils, où il s'était enfermé avec l'invité impromptu. Elle avait écouté leur conversation et même si elle n'avait compris l'exact contexte et avait réussi à deviner un peu près ce qui s'était passé. La réaction de Blaise ne l'avait pas surpris, l'apparente apathie du jeune Malfoy et son refus de pleurer l'avait pas contre légèrement inquiété – après tout il restait un enfant du même âge que Blaise, même s'il était un Malfoy – mais ce qui lui avait causé le plus gros choc – encore plus que Blaise atteignant son héritage magique – avait été que Blaise avait clamé le jeune Malfoy. Même si apparemment, il n'avait eu aucune idée de ce qu'il avait fait. Bien sûr, il n'avait pas encore la capacité de le clamer complètement, mais c'était déjà assez incroyable pour un enfant de son âge.
Lysanna avait alors soupiré et réalisé à cet instant même que cela n'allait certainement pas être les seuls choses étranges qui allaient se dérouler dans sa vie.
Elle s'était alors mise en tête de surveiller de près le jeune Malfoy à chaque fois qu'il venait chez elle et en voyant la manière avec laquelle il interagissait avec son fils, elle ne pouvait s'empêcher de l'apprécier, même s'il était un Malfoy. Et ce fut à ce moment-là qu'elle avait décidé de commencer à rassembler tous les livres qu'elle avait concernant la Magie Ancestrale des Zabini.
Elle se rappelait encore des fois où elle avait surpris des conversations sans queues ni têtes entres les deux enfants, pendant qu'elle écoutait à leur porte. Blaise récitait des choses comme « Rectangle – maison – cercle – carré – croix - triangle? »
Et le jeune Malfoy, non Draco, lui avait répondu, « Mais non ! C'est rectangle barré – maison – cercle – carré barré – triangle et croix ! Ce n'est pas dur pourtant. »
Elle avait alors presque pu imaginer la moue qu'avait fait son fils tandis qu'il avait marmonné « De toute façon j'irai pas là-bas sans toi alors c'est pas grave. »
Pour sa sérénité d'esprit, elle avait décidé d'arrêter d'écouter à ce moment là et ne pas essayer d'imaginer où Blaise pouvait bien pu traîner encore.
Lysanna sourit sereinement, tandis qu'elle se remémorait ses souvenirs passés et ne put s'empêcher de pouffer en se rappelant un souvenir en particulier.
[10 ans plus tôt]
« Bien alors assure-toi de ne pas te faire kidnapper cette fois, je ne pars que pour deux petites heures, tu t'en sortiras ? »
Blaise leva les yeux au ciel et allait répondre, mais il croisa le regard de Draco et avait très certainement jugé qu'il était plus important de répondre à son ami. Fichu gamin, sans sens des priorités.
« Oui, c'est ça la vraie personnalité de ma mère. » chuchota-t-il sur le ton de la conversation, « Maintenant qu'elle sait que je suis en sécurité elle devient complètement isponsable ! »
« 'Irresponsable'. » corrigea Draco, machinalement, mais avec un air clairement amusé sur le visage.
Il avait fallu beaucoup de temps – presqu'un an – pour que le blond se sente assez confortable pour parler naturellement en présence de Lysanna et de ce fait elle ne pouvait s'empêcher de ressentir de la tendresse en l'entendant, même s'il était évident que l'enfant riait à ses dépens.
« Très bien. » dit-elle d'un ton faussement vexée, « Puisque je suis aussi irresponsable, la prochaine que tu te fais kidnapper je ne viendrais pas te chercher mais j'irais me marier avec Roger à la place !»
Blaise inclina la tête sur le côté, puis sourit de toutes dents, « Pas grave, Draco sera là pour me sauver… De toute façon je préfère être kidnappé que de devoir venir à ton mariage. Encore. »
Elle ouvrit la bouche dans l'intention de répliquer mais Draco la devança en demandant d'un ton confus, « Roger, ce n'était pas celui de la semaine dernière ? Je croyais que c'était Edward maintenant ? »
Blaise se mit alors à ricaner, « Elle ne se souvient même pas du nom de la personne avec qui elle sort…»
Elle leva les yeux au ciel, les sermonna tous les deux gentiment pour la forme et s'en alla, non sans avoir lancé tous les sorts de protections qu'elle connaissait sur la maison au préalable bien évidemment.
[Retour à l'instant présent]
Le sourire de Lysanna se fana cependant quand les souvenirs joyeux furent remplacés par quelque chose de bien plus désagréable : le jour où Blaise était revenu à la maison avec une cicatrice à la main et ses souvenirs effacés.
Ce jour-là non seulement elle avait ressenti la rage et l'envie d'aller assassiné Lucius Malfoy dans les heures qui suivaient – puisqu'il ne faisait aucun doute qu'il était le coupable de tout ça – et puis si Blaise était blessé alors Draco ne pouvait pas être dans un meilleur état. Mais en voyant le regard de sa mère, Blaise avait secoué la tête et lui avait doucement mais fermement dit qu'il ne voulait pas qu'elle fasse quoi que ce soit. Il lui avait ensuite expliqué ce dont il se rappelait et le fait qu'il était certain que Draco lui avait menti pour le protéger.
Lysanna avait alors fermé les yeux, soupiré profondément et lui avait alors expliqué pour la première fois la capacité qu'il possédait. Il n'y avait pas d'échappatoire, et elle l'avait su dès le moment où Blaise était devenu l'héritier légitime que quelque chose comme ça allait se produire tôt ou tard.
Blaise avait alors hoché la tête et même si à cette époque là, il n'avait pas tout à fait compris l'entière implication de tout ça, il avait compris qu'il détenait un moyen de protéger Draco s'il le voulait.
Lysanna était une femme prévoyante, c'est pourquoi lorsqu'elle reçut une lettre de son fils il y a moins d'un an, lui demandant de passer à 'l'étape supérieure', elle avait immédiatement compris ce qu'il avait voulu dire et lui avait envoyé tous les livres qu'elle avait rassemblé bien des années auparavant sur la magie ancestrale des Zabini. Elle ne fut pas le moins du monde surprise, lorsqu'à Noël, Blaise était revenu à la maison et avait hérité son titre de Lord.
Lysanna était une femme prévoyante, c'est pourquoi lorsque quelques instants plus tard elle entendit son fils rentrer à la maison, ses bagages de Hogwarts à côté de lui et lui faire face avec le visage grave, annonçant qu'il était très probable qu'il ne parviendrait pas à maintenir la statut neutre de la famille Zabini, elle ne fut guère plus surprise que ça. Elle se contenta donc de soupirer et de lui indiquer une pièce contenant des objets et des savoirs lui permettant si besoin de survivre dans un camp un peu plus noir.
~BZ&DM~
Dans cet endroit étrange sans ciel, ni sol, tout était entouré de noir… Tout sauf un seul chemin sinueux, qui semblait flotter. Un petit garçon métissé aux cheveux bruns et aux yeux amandes regardait les alentours avec frayeur. Le chemin ne semblait commencer qu'à l'endroit où il était debout et jetant un regard en arrière il ne vit qu'une multitude de noir. Déglutissant, le garçon commença à avancer d'un pas tremblant. Puis au loin, il vit une toute petite lueur, accélérant la cadence, il se rendit compte que ce qu'il voyait n'était pas une lueur… Mais un autre garçon. Un garçon blond. Un garçon dont il ne pouvait voir que le dos.
D'aussi loin que je me souvienne, j'avais toujours suivi Draco, métaphoriquement et physiquement. Même pour les études, Draco avait toujours de l'avance sur moi… Mais ce n'était pas grave, parce que même si ce n'était que petit à petit je commençais à le rattraper… Je comprenais de mieux en mieux ce que disaient les professeurs, surtout que je redemandais à Draco de m'expliquer après les cours… Le jour où Draco avait pleuré en ma présence avait été comme deux grands bonds en avant et je sentais que je n'étais plus si loin de lui que ça… J'étais tellement heureux que Draco se soit ouvert à moi, qu'il puisse parler si librement en ma présence… et je me sentais si proche de le rattraper… Oh ne vous méprenez pas, ce n'était pas que je détestais être derrière Draco, cela ne me dérangeait pas particulièrement, après tout cela signifiait que s'il tombait j'étais derrière pour le rattraper… Mais c'était en quelque sorte mon petit défi personnel de pouvoir finalement marcher à ses côtés…
Le petit garçon métissait grandissant petit à petit, tout comme le garçon blond. Et au fur à mesure qu'il grandissait il parvenait à faire des pas de plus en plus grands. Bientôt il serait capable de rattraper le garçon blond…Après tout il n'était plus qu'à trois ou quatre pas derrière…
Puis il y a eu l'incident de la cave. Celui où j'étais supposé n'avoir aucun souvenir et qui m'avait laissé une belle petite cicatrice à la main… Je n'en voulais pas à Draco pour la cicatrice, après tout ce n'était pas sa faute et à présent assez de détails m'étaient revenus pour me permettre de deviner grossièrement ce qui s'était réellement passé… Et lorsqu'il avait cru nécessaire de me mentir pour me protéger, ce fut comme si j'avais trébuché et l'avait laissé prendre encore plus d'avance sur moi…
Soudainement il se sentit trébucher et tomber. Horrifié, il leva les yeux et se rendit compte que le garçon blond avait continué à avancer sans lui. Savait-il au moins qu'il avait été suivi ? Le garçon métissé, ayant à présent l'allure d'un enfant de huit ne put que regarder avec frayeur le blond s'éloigner, se relevant avec des jambes tremblantes il resta tétanisé sur place. Etait-ce trop tard ? Pouvait-il encore le rattraper ?
Mais en rentrant chez moi ce jour-là et après quelques explications maladroites de la situation à mère, elle m'avait expliqué brièvement et assez simplement pour que mon esprit d'enfant puisse comprendre de quoi elle parlait. J'avais appris ce jour-là que j'étais l'héritier légitime de la Noble et Ancienne Lignée des Zabini et ce, depuis mes cinq ans… Mais surtout le plus important : j'avais quelque part enfoui en moi la capacité de protéger Draco. Je savais que je ne pouvais pas encore utiliser cette capacité, mais le simple fait de savoir qu'elle existait me permettait à nouveau de faire un pas en avant.
Il poussa un léger glapissement en sentant une main douce se poser sur son dos et le pousser très gentiment en avant, le forçant à reprendre sa poursuite. Il n'était pas trop tard, il pouvait encore le rattraper.
Puis après cela, Pansy était arrivée de nos vies. Au départ je l'avais vu comme une espèce de parasite qui monopolisait le temps que Draco était supposé passer avec moi. Après tout jusqu'à très récemment j'avais été le seul ami de Draco et j'avais espéré que cela resterait ainsi pour plus longtemps et puis c'était une fille. Mais j'avais vite compris que non seulement Pansy n'arrivait pas à deviner d'un seul coup d'œil ce que Draco pensait mais qu'en plus elle se sentait seule – et puis elle ne venait pas si souvent que ça – alors j'avais appris à supporter sa présence et même finir par l'apprécier à force.
Et finalement était arrivé le temps où nous étions tous assez âgés pour aller à Hogwarts. Merlin Hogwarts… durant les cinq années que j'y avais passées l'expression « faire trois pas en avant et deux en arrière » n'avait jamais semblé aussi vrai…
Durant notre première année, j'avais senti que quelque chose n'allait pas, Draco avait semblé étrangement distant et refusait de parler même quand j'avais essayé de l'y forcer. Je savais juste qu'il lui était arrivé quelque chose et que c'était apparemment la faute de Snape. Durant cette année-là, je le sentais augmenter la cadence et moi, pauvre idiot que j'étais, n'avais aucune idée de comment suivre la cadence.
Il avait à présent onze ans et il découvrit avec résignation que le garçon blond s'était à présent mis à courir. Et même lorsqu'il essayait de l'appeler pour lui dire de ralentir, il fut complètement ignorer. Et lui était condamné à suivre le même rythme, peu importe le nombre de fois où il essayait il n'arrivait pas à courir…
Notre deuxième année ne semblait pas mieux, Draco était encore plus distant, il était évident qu'il avait des secrets et pire encore il semblait comploter avec des Gryffindors, plus précisément Granger. Je sentais qu'il commençait bien dangereusement à s'éloigner, au point que j'avais peur de ne même plus pouvoir apercevoir sa silhouette. Alors j'avais fait ce que je pensais de mieux, avec Pansy, après l'avoir retrouvé évanoui dans un couloir, nous l'avions forcé à révéler la vérité. Je ne sais pas si c'était parce qu'il était pressé par le temps ou s'il avait vraiment besoin d'en parler à quelqu'un, mais il nous avoua ce jour-là qu'il détenait un objet lui permettant de surveiller une certaine personne et que cette personne avait des ennuis, cela avait un rapport avec la chambre des secrets apparemment, et qu'il devait absolument prévenir Dumbledore.
Il avait douze ans et terrifié à l'idée de ne plus pouvoir ne serait-ce qu'apercevoir le blond. Mais il pouvait toujours le poursuivre même s'il ne le voyait pas, après tout il lui suffisait de suivre le chemin.
Là encore j'avais pensé faire des progrès, je pensais que puisse que j'étais déjà au courant pour l'un de ses secrets il finira par me révéler avec le temps les autres choses qui le tracassaient. J'étais toujours loin derrière lui, mais même si ce n'était qu'un petit peu, je me rapprochais.
Il avait toujours douze ans et poussa un soupir de soulagement lorsqu'il parvint de nouveau à voir distinctement le dos du blond. Il savait qu'il n'allait pas tarder à le rattraper, après tout il avait appris à courir.
Très sincèrement, j'aurai dû me douter que tout cela n'allait que s'empirer durant notre troisième année. Draco semblait avoir de plus en plus de secrets et de plus en plus de problèmes. Non seulement il était revenu de vacances avec une blessure au bras – oui je savais que sa blessure n'était certainement pas dû à l'hyppogriphe qu'il avait énervé mais très certainement son ordure de père – à nouveau je me sentais impuissant, c'était encore un énorme pas en arrière. Il y avait aussi la chose qui devait dater de notre première année – celle où Snape était impliquée – qui apparemment l'inquiétait encore plus – un autre pas en arrière. Le fait que depuis quelques temps Draco semblait sortir tous les soirs pour aller Merlin ne savait où.
Il avait treize ans et même s'il parvenait toujours à voir le blond, ce dernier semblait avoir décidé de ne plus marcher en ligne droite, mais tourner n'importe où et n'importe comment. Des chemins se créaient là où il voulait aller. Et un sentiment d'effroi apparut alors chez lui, si jamais il le perdait à nouveau de vue, il ne pourrait pas deviner quel chemin le blond aurait pris….
Cependant je sentais la distance se raccourcir légèrement lorsque Draco était venu me demander conseil au sujet de Sirius Black. Mais j'avais su pertinemment à l'époque que si la distance était moins grande ce n'était pas parce que j'avais miraculeusement trouvé le moyen de bondir en avant mais tout simplement parce que Draco s'était arrêté un tout petit moment pour m'attendre.
Il avait toujours treize ans et il vit le garçon tourner dans un coin et disparaître de son champ de vision. Terrifié il accéléra le pas et lorsqu'il tourna à son tour, il vit le garçon blond se retourner pour lui jeter un court regard (il avait les yeux gris) avant de disparaître encore une fois dans le chemin de droite. Il sourit et prit à son tour le chemin de droite.
La quatrième année… j'avais l'impression que plus les années passaient plus les secrets de Draco s'accumulaient et impliquaient de plus en plus de personnes. Je savais que Draco était parti s'entraîner quelque part, mais je n'avais absolument aucune idée de pourquoi. Et de nouveau il semblait si accablé et stressé que cela en devenait ridicule, comment pouvait-il s'attirer toujours plus d'ennuis chaque année ? Et pourquoi par Merlin ne pouvais-je rien faire pour l'aider ? Et si seulement il pouvait juste me parler ! Non en fait la seule avancée que j'avais pu faire cette année-là était qu'il avait commencé à me parler des problèmes avec son père. Je lui avais fait la promesse de trouver un moyen pour l'aider, même s'il ne semblait guère convaincu de mon utilité. Je ne lui en voulais pas, après tout qu'était censé pouvoir faire un adolescent de quatorze ans contre le chef de famille de l'une des plus influentes familles ?
Il avait quatorze ans et avait essayé désespérément à plusieurs reprises de faire se tourner à nouveau le blond vers lui. Il n'avait réussi l'exploit qu'une seule fois, mais cette seule fois avait été suffisante pour le pousser à vouloir accélérer le pas. Parce qu'il avait vu encore une fois les yeux du blond. Et ses yeux gris criaient presque leur détresse.
Durant l'été de ma quatrième, j'avais essayé sans réel succès d'utiliser ma Magie Ancestrale sur commande. Mère m'avait alors expliqué qu'il me manquait sans doute une meilleure motivation pour passer à l'étape supérieure.
Notre cinquième année… Merlin, je ne savais pas si je devais la considérer comme la meilleure ou la pire de toutes. Je savais qu'il avait dû arriver quelque chose à Draco durant les vacances, quelque chose de dangereux – du moins plus dangereux que tout ce qu'il faisait d'habitude – et Pansy était apparemment au courant… Mais comme il avait l'air d'aller mieux, alors j'avais laissé couler, après tout l'important était qu'il avait quelqu'un pour le soutenir, peu importe si ce n'était pas moi…
Puis il y a eu Nott…
Très sincèrement, je n'avais pas particulièrement prêté attention à lui durant ces dernières années, comme j'avais déjà dû le dire, je n'étais observateur que lorsque cela concernait mes meilleurs amis, alors pour le coup celui-là je ne l'avais pas vu venir… Mais alors pas du tout. Je dois avouer que je ne l'aimais pas… et j'étais très certainement jaloux de lui… Ce mec arrivait de nulle part et semblait parvenir à voir au travers du masque de Draco comme si de rien n'était… Je savais que je n'étais pas la seule personne à comprendre Draco : Pansy y arrivait également très bien, mais elle, c'était parce qu'elle avait des années et des années d'expériences…Contrairement à Nott, qui n'avait essayé d'approcher Draco que depuis le début de l'année et ça… ça m'énervait à un point, cela en devenait presque ridicule…
Quoiqu'il en soit, le problème Nott, n'était pas quelque chose de mon ressort, Draco avait le droit de sortir avec absolument qui il voulait et moi je n'avais pas mon mot à dire là-dessus. C'est pourquoi j'avais essayé de cacher mon irritation du mieux que je pouvais durant l'année. Mais je ne pouvais m'empêcher d'avoir l'affreuse sensation, que Nott était déjà bien plus proche de rattraper Draco que moi et cela me terrifiait énormément…
Il avait quinze ans et pour la première fois depuis qu'il était ici, une autre personne était apparue. Cette autre personne était arrivée de nulle part et n'était qu'à quelques mètres du blond. Il pouvait sentir la colère monter en lui, pourquoi cette personne serait-elle plus proche alors qu'elle venait d'arriver ?! Ce n'était pas juste.
Lorsque Draco m'avait demandé de l'aide pour son entraînement, j'étais heureux… Heureux de connaître un autre de ses secrets, pas parce que je lui avais tiré les vers du nez, mais parce qu'il s'était volontairement confié à moi. J'avais pensé que cet entraînement allait me permettre de pouvoir enfin arriver à sa hauteur – comme chaque petit progrès que je faisais, d'ailleurs.
Il avait toujours quinze ans et pour la première fois, le blond se tourna vers lui et lui tendit la main, dans un appel silencieux à l'aide. Il comprit et accéléra le pas du mieux qu'il pouvait.
Mais j'avais senti instinctivement que cela n'allait pas être suffisant, qu'avec mes simples capacités j'allais très rapidement me faire encore dépasser et cette fois, il était possible que je ne puisse plus du tout raccourcir la distance. Alors je m'étais mis à envisager la possibilité d'utiliser ma Magie Ancestrale, de devenir officiellement le Lord Zabini… Cela me tiraillait de l'intérieur, n'étais-je pas encore trop jeune ? Etais-je assez puissant pour l'utiliser ?
Mon hésitation avait pris fin, lorsque j'avais entendu Draco expliquer la raison pour laquelle il se battait. J'avais toujours su que Draco était mêlé à différents problèmes de relativement hautes importances, mais j'avais seulement réalisé à cet instant-là que Draco avait déjà pleinement compris la situation : nous étions en guerre que nous le voulions ou non, et si nous voulions avoir une chance de survivre, il fallait s'en donner les moyens. Le soir-même j'avais envoyé un hibou à mère et le lendemain j'avais été accueilli par de très, très nombreux ouvrages sur les Zabini : mon entraînement avait commencé.
Il avait encore et toujours quinze ans et soudainement il baissa les yeux et se rendit compte que la raison pour laquelle il était aussi lent par rapport au blond était parce qu'il avait des poids attachés à ses chevilles. Il n'avait même pas eu conscience de leur présence jusqu'à maintenant… et il savait maintenant que s'il voulait avoir une chance de le rattraper il devrait trouver un moyen de les retirer.
A chaque occasion, je m'étais rendu dans la salle spéciale que mère m'avait indiqué et j'avais travaillé d'arrache-pied non seulement pour connaître sur le bout des doigts l'histoire de la famille Zabini mais également pour réussir à utiliser ma magie Ancestrale sur commande. Cela avait été laborieux, je me rappelais que certaines nuits j'avais été tellement fatigué que je m'écroulais littéralement dès que j'atteignais mon lit. Il y avait également eu cette fois-là, où j'avais été trop crevé pour être prudent et n'avait pas pris la peine de vérifier que la salle commune était vide avant de descendre. Pansy et Draco m'avaient vu tomber du plafond et m'avaient regardé avec des yeux ronds. Draco bien sûr c'était assez rapidement remis de son choc et avait pris les choses avec son flegme habituel, bien qu'il n'avait pas raté l'occasion pour se moquer de moi et évoquer la fois où j'étais tombé de l'arbre. Mais je n'abandonnais pas parce que je savais que chaque jour me rapprochait de plus en plus de mon but. Petit pas par petit pas.
Les vacances de Noël avaient signé mon entrée officielle dans le monde des adultes, j'étais devenu Lord Zabini et il ne me restait plus qu'à utiliser le rituel pour faire de Draco mon Lord. Pour la première fois de ma vie, j'avais senti le pouvoir et le potentiel en moi. J'avais acquis la capacité de réellement protéger Draco et rien ni personne ne pourra m'empêcher de le faire. Ce fut d'ailleurs la première chose que je fis en surprenant Draco avec son père.
Il avait encore et toujours quinze ans, même s'il avait soudainement l'impression que son esprit était plus vieux et que son corps était bien plus jeune. Il avait enfin réussi à retirer ses poids, cela lui avait pris du temps et beaucoup d'énergie… Il avait même perdu de vue pendant un court moment le blond en essayant de les retirer… Mais ce n'était pas grave, parce qu'à présent il courait tellement plus vite…
Je ne savais pas comment Lucius Malfoy avait pu être au courant pour la malédiction des Zabini ni jusqu'où il en savait, mais le point positive était qu'il en avait su assez pour ne pas prendre mes menaces à la légère. Je savais que ma simple position de Lord Zabini et le fait que je pouvais 'clamer' Draco ne pourraient l'éloigner que pour une durée limitée, s'il y avait quelqu'un capable de contourner ce genre de problème cela devait bien être cette ordure. Mais au moins, ce jour-là je l'avais obligé à se retirer momentanément du conflit et l'avait forcé à revoir ses positions. C'était déjà une victoire – aussi minime soit-elle. Ce jour-là je m'étais senti si proche de Draco, la distance était tellement courte à présent que je savais que si je tendais le bras je parviendrai à frôler son dos.
Il avait toujours quinze ans et était à présent juste derrière le blond, mais ce qu'il vit lui glaça le sang. Si le blond continuait ainsi il courait droit dans un mur d'épines. Il tendit alors le bras, attrapa la chemise du blond et le tira fort en arrière, le protégeant du mur.
Plus tard dans l'année, j'avais fait de Draco mon Lord, et il avait pris les choses relativement bien. Mais maintenant que j'y pense, sa réaction n'était pas si surprenante que ça, Draco avait déjà subi tellement de merdes dans sa vie, qu'il devait juste encaisser tout ce que la vie lui jetait à la figure et vivre avec. J'avais stupidement pensé être arrivé au but, mais la réalité m'avait frappé en plein fouet le jour où Draco fit une 'crise' devant moi et que j'étais incapable de l'en protéger. Je n'avais eu aucune idée de ce qui avait pu causer et cela me frustrait de ne pas pouvoir l'aider.
Il avait à présent tout juste seize ans, mais il ne se sentait pas mieux pour autant, lorsqu'il avait sauvé le blond, ce dernier s'était retourné avec un petit sourire aux lèvres, avait ensuite jeté un regard compréhensif à la main qui maintenait encore sa chemise et gentiment se défit de la prise. Le blond contourna alors le mur d'épine et recommença à marcher.
Le truc avec Draco c'est que dès que vous avez l'impression de le comprendre enfin ou de savoir tout ce qui le tracasse, vous vous rendez vite compte qu'en fait ce n'est pas du tout le cas. Vous avez l'impression de l'avoir à portée de main et la seconde d'après il se révèle en fait être à une centaine de mètre plus loin. C'était ce que j'avais ressenti en écoutant les explications de Draco, ce jour-là dans les toilettes. Et manifestement je n'étais pas le seul si on considérait la tête qu'avait fait Nott à ce moment-là, bien entendu j'avais plus d'expérience dans ce domaine-là, alors mon expression n'avait pas énormément changé durant l'explication. C'était là l'un des avantages à avoir passé plus de onze ans avec Draco Malfoy : savoir s'adapter et suivre le mouvement.
Il avait toujours seize ans et alors qu'il tendit la main dans l'intention d'agripper fermement l'épaule du blond tout juste devant lui, sa main toucha du vide. Parce que le blond était soudainement de nouveau très loin devant lui.
Draco avait été victime d'un sort ? Ok. Ce sort était définitif et était manifestement la cause de sa sensibilité à la magie ? Pourquoi pas. Pour être sûr de pouvoir survivre il devait s'assurer que Potter survive, c'est pourquoi il le surveillait constamment ? Compréhensible étant donné l'étrange obsession que Draco semblait avoir pour le Survivant depuis quelques années. Et Potter – et par extension Draco aussi – recevait des visions de Vous-Savez-Qui, ce qui était la raison pour ses 'crises' ? Cela expliquait certainement pourquoi ni Nott ni moi ne pouvions empêcher ces fichus crises, après tout elles venaient du Seigneur des Ténèbres et de Potter. Potter avait eu une vision durant les OWL's d'histoire, lui montrant que Lord Black avait été capturé, mais cela était manifestement un piège parce qu'il était toujours à Hogwarts et maintenant Potter avait comme projet d'envahir le bureau d'Ombrage pour vérifier que Lord Black était là où il devait être, mais il ne l'y trouvera pas parce que Lord Black était à Hogwarts et Draco devait immédiatement empêcher Potter de faire une connerie plus grosse que lui ? Et bien, Merlin, qu'attendons-nous, faisons-le !
Il avait toujours seize ans et sa vision du monde devint soudainement plus vaste. Il voyait encore les innombrables chemins qu'il y avait derrière lui, il voyait toujours le chemin qui le reliait au blond, il voyait encore dans un chemin adjacent au sien l'autre garçon qui était apparu récemment regarder avec des yeux perdus le blond. Mais à la place du noir qui était censé entouré tout le reste, il voyait à présent une sorte d'énorme flamme verte au loin que le blond semblait observer toutes les trois secondes, la flamme verte était relié au blond par un fil rouge. Et il comprit alors que depuis le début le blond suivait ce fil pour se diriger vers la flamme.
Sauf que la flamme semblait avoir une partie sombre qui de temps en temps semblait se propager jusqu'au blond.
Puis Lord Black mourut… et le parrain de Draco avait apparemment disparu. Je ne savais pas contre lequel j'étais le plus en colère. Contre Lord Black pour faire autant souffrir Draco ou contre le Snape pour l'avoir abandonné au moment où Draco en avait le plus besoin. Bien sûr, nous étions là pour lui, mais je savais pertinemment que ce n'était pas suffisant. Pansy… Granger… moi… Nott… Aucun de nous quatre n'avaient réussi à le faire se confier à nous… je lui avais proposé de le clamer, le retirer définitivement du joug de son ordure de père, même si l'ordure était à présent à Azkaban. Bien sûr Draco avait refusé et avait même sorti une connerie au sujet d'une fille pour espérer me distraire, comme si j'allais essayer de me trouver une petite amie alors que mon Lord était en danger !
Il avait encore et toujours seize ans et le temps semblait s'être ralenti, s'il y avait eu quelque chose comme la notion du temps dans cet endroit en premier lieu. Il ne parvenait pas à voir le visage du blond, mais il pouvait voir à la façon dont il avançait que quelque chose n'allait pas. D'après ses souvenirs, le blond marchait en suivant un chemin prédéfini et surtout il marchait toujours droit. Mais là il le voyait zigzaguer comme si soudainement ce qui lui avait permis de suivre un droit chemin avait disparu.
Il vit alors d'autres personnes apparaître, essayant de tendre la main au blond et le guider, mais le blond les ignora, se contentant de leur sourire gentiment et leur montrer un autre chemin à suivre. Quand son tour arriva, le blond fit la même chose pour lui, il lui montra quelque chose au loin pour le distraire tandis que lui continuait à suivre un chemin qui le menait directement à la partie sombre de la flamme verte.
Et tandis que je regardais Draco s'éloigner dans le couloir, j'avais serré les poings. Contrairement à ce que Draco pensait, je savais pertinemment qui se trouvait actuellement chez lui… Draco semblait parfois oublié que j'étais capable de voir au travers de son masque, que j'avais su dès le début qu'il me mentait en disant qu'il serait en sécurité en rentrant chez lui durant l'été… Mais dans ce cas pourquoi je ne l'ai pas empêché de rentrer, vous demandez-vous ? Pourquoi ne l'ai-je pas clamer même contre son gré ? Parce que même si je serais prêt à le protéger même contre le Seigneur des Ténèbres s'il me le demandait, je savais que je ne ferais jamais le poids… Si je l'avais empêché de retourner au Manoir, Vous-Savez-Qui l'aurait traqué et Draco serait devenu un traître à son sang, une cible…
Il avait seize ans et il regardait le blond s'éloigner, sans qu'il ne puisse faire quoi que ce soit. Il aurait pu tendre le bras et essayer de tirer le blond vers lui avant qu'il ne soit trop tard, mais il avait l'horrible sensation que s'il le faisait, il causerait la chute du blond… Alors il le regardait avancer lentement vers la partie sombre tout en serrant les poings.
Et à présent me voilà… J'avais dit à Draco que j'allais partir en avance, mais la vérité était que j'étais resté… Debout sagement sur la voie 9 ¾, légèrement à l'écart… Je l'avais observé sortir quelque chose dans sa poche, prononcé avec une expression amère sur son visage quelques mots et disparaître dans un tourbillonnement typique d'un portoloin. Mon regard dériva alors vers la porte du wagon duquel Draco était descendu et je vis Nott. Il était debout les bras ballants et il regardait avec des yeux vides l'endroit où s'était trouvé Draco une seconde plus tôt… Ah… Il avait manifestement compris aussi… Il dut sentir mon regard sur lui parce que l'instant d'après ses yeux se tournèrent vers moi et il poussa un profond soupir s'ébouriffant les cheveux nerveusement.
« Pourquoi ?! Je croyais l'avoir cerné et il se met à faire des choses comme ça ! »
« C'est Draco. » répondis-je en haussant les épaules, puis le jetant un regard en coin et lui offrant un sourire amer « Tu peux te faire dépasser par les évènements… Tu peux avoir l'impression d'être tellement loin de lui que tu es pratiquement dans un autre univers... Tu peux trébucher et sentir la distance augmenter encore plus… Tu peux te sentir paralyser… Mais si tu n'arrives pas à trouver le moyen de te relever et de continuer à marcher, tu le perdras complètement sans pouvoir le rattraper.» Je marquais une courte pause, puis ajouta avec un haussement d'épaule, «Il y a beaucoup d'autres chemins qui te permettront de le rejoindre sans passer par le même que lui. Tu n'es pas obligé de le suivre, juste le retrouver. »
Nott fronça les sourcils, mais avant qu'il n'ait pu me répondre, je lui fis un salut de la main et activa mon propre portoloin.
Il avait seize ans et regarda le blond disparaître dans la partie sombre. Regardant à côté de lui, il vit l'autre garçon regarder cette même disparition, d'un air désemparé. L'autre garçon semblait incapable de bouger, alors il lui fit un léger signe de la main et montra avec un petit sourire les innombrables chemins qui étaient à présent apparus devant lui.
Son regard se tourna alors vers l'endroit où le blond avait disparu.
Je n'eus aucun mal à trouver mère, après tout elle m'attendait toujours au même endroit chaque année depuis onze ans.
« Mère… » annonçai-je, « Il est probable que la Noble et Ancienne Lignée des Zabini ne pourra pas rester neutre durant cette guerre. »
Si Draco pensait que j'allais rester sagement caché pendant que lui risquait sa vie, c'était mal me connaître. Après tout, j'étais, je suis et je serais toujours de son côté, même si cela impliquait que je devais le suivre dans le camp du Seigneur des Ténèbres.
L'adolescent poussa un soupir et fit un pas en direction de la partie sombre. Il s'était encore fait dépasser, mais ce n'était pas grave parce qu'il savait qu'il lui suffisait de prendre cette direction pour retrouver le blond et même s'il n'arrivait jamais à le rattraper il continuerait à le suivre. Petits pas par petits pas.
THE END.
Voui, donc voilà l'interlude Blaise... Hum que dire ? Déjà j'espère que l'interlude vous a plu, j'ai beaucoup aimé écrire du point de vue de Blaise surtout quand il était petit :p Ensuite je suis désolée si l'interlude est un peu confus, avec tous les différents PoV et les différentes chronologies.
Bref... Merci énormément pour vos reviews, et waw au prochain chapitre on entame le tome six ! Je n'ai aucune idée de quand le prochain chapitre sera publié, mais même si ça tarde à venir je vous jure que je n'abandonnerai pas la fic :p
See Ya !
