Bonjour à toutes!
Tout d'abord, je voudrais remercier Smirnoff, Khalie et Aurelle pour avoir pris le temps de me laisser une review, ainsi que toutes celles qui m'ont lue.
Aurelle: Ton enthousiasme fait plaisir à lire et ta review m'a beaucoup touchée! J'espère que la suite éveillera également ton intérêt...
A présent, place à la lecture!
Chapitre 2 :
Depuis une bonne dizaine de minutes, Diana multipliait les coups d'œil appuyés à sa montre -qui indiquait presque une heure du matin- espérant que sa mère, perdue dans la contemplation d'un fond de verre, comprendrait le message.
«Tu peux dormir ici» dit-elle devant son absence de réaction.
Hermione ne parut pas l'entendre. Sa main, pensive, se mit à dessiner machinalement les motifs de la nappe.
«Je l'ai trop aimé» confessa-t-elle d'une voix atone, «beaucoup trop pour mon propre bien.»
Diana secoua la tête, consternée, et entreprit de débarrasser la table.
«En fait, je crois que tu vas dormir ici» ironisa le jeune femme. «Le canapé n'est pas fameux mais tu n'es pas en état de rentrer» ajouta-t-elle d'un ton autoritaire.
D'un geste un peu précipité, elle se saisit des assiettes, heurtant un verre, et fit tomber un couteau en équilibre, ce qui lui arracha une grimace exténuée.
«Vous déménagez quand, au fait ?» s'enquit Hermione, lointaine.
«Ah, te voilà de retour sur terre.»
Elle s'activa près de l'évier, puis revint vers la table, une éponge à la main.
«On déménage dans une quinzaine de jours.» «Papa a promis de venir nous aider.» ajouta-t-elle après une seconde d'hésitation. «Tu seras des nôtres ?»
Elle regretta instantanément sa question. Évidemment qu'elle serait là. Ce n'était pas comme s'ils étaient déjà séparés. Ce n'était pas comme s'ils s'évitaient. N'est-ce pas?
Mais la réponse de sa mère la glaça:
«Je ne sais pas.» articula-t-elle doucement. «Je pense m'installer chez Isadora, à Brighton. Un mois tout au plus. Pour réfléchir, au calme.»
Une odeur de toasts et de marmelade, indéniablement féminine, le réveilla de bonne heure.
S'extirpant de la douceur ouatée, Draco enfila rapidement ses vêtements de la veille -froissés, et se dirigea d'un pas mal assuré vers la cuisine.
«Valentina?» interpella-t-il, la voix rauque. «Val'?»
À défaut d'une réponse, il trouva un petit post-it, accroché à un coin de table.
Ton père est arrivé cette nuit. Il n'avait pas l'air très en forme...
Ne t'inquiète pas si je rentre tard, toute la ville est enrhumée en ce moment.
Tendrement,
James
Voilà que son gendre s'y mettait aussi. Pas très en forme.
Il retint un soupir et s'attabla -huit heures moins le quart, déjà.
Draco était peut-être fondateur et directeur du cabinet, il se faisait un point d'honneur à arriver à la même heure que ses employés. Sans compter qu'il devait passer à la maison, histoire d'avoir une allure un peu plus présentable.
Il soupira une nouvelle fois.
Mais quelle idée d'avoir découché? se morigéna-t-il en attrapant un toast.
Avec ça, il allait avoir droit aux regards blessés d'Hermione, à une foule de reproches silencieux et à son petit air de vierge martyr exaspérant.
Dix ans que ce cinéma couvait -comme s'il pouvait la tromper après l'avoir tant adoré...
Et pourquoi tout le monde s'acharnait-il à lui trouver une tête éreintée?
Encore un soupir.
Un grincement de porte suivi de l'arrivée d'une Valentina aux cheveux enturbannés dans une serviette éponge le tira de ses réflexions.
«Papa ! » s'exclama une Hermione rajeunie -même yeux pétillants, même pommettes rosées, même sourire taquin.
Il l'étreignit un peu plus vigoureusement que d'habitude.
« Raconte-moi donc ce qui t'amène pendant que je te prépare un café.» chantonna-t-elle «tu viens tellement rarement !» lui reprocha-t-elle gentiment.
« Ce qui m'amène, ce qui m'amène... » entama-t-il d'une voix éteinte.
Valentina lui lança un regard encourageant.
« C'est ta mère. Elle me rend fou.»
Elle haussa un sourcil, perplexe.
« À ce point-là ? » insista-t-elle, toute bonne humeur envolée.
Il opina du chef.
« Tu sais, son dernier roman n'a pas été bien accueilli par la critique... » reprit-elle pragmatiquement « les ventes ont chuté, cela doit probablement la miner plus qu'elle ne le laisse paraître. »
«Pour ça, oui» murmura Draco « Six mois qu'elle n'écrit plus, et j'ai pu lire maintes fois dans son regard qu'elle m'en tenait pour responsable. »
Elle esquissa une moue consternée.
« C'est sans doute plus facile pour elle de t'accuser que de reconnaître simplement que
l'inspiration s'est tarie. »
Il releva brusquement la tête, l'irritation obscurcissant ses prunelles.
« Et jusqu'à quand sa foutue carrière de pseudo-écrivain va interférer avec notre vie privée, hein ? Jusqu'à quand? Tu peux me le dire? Est-ce que moi je l'assomme avec mes procès, ou avec ce foutu dossier Stephens qui m'est tombé sur les bras ? »
Posant une main apaisante sur l'épaule paternelle, Valentina suggéra doucement :
« Elle devrait peut-être chercher un véritable travail, ça lui occuperait l'esprit.»
« Tu plaisantes ! » s'enflamma-t-il de nouveau. « J'ai tout fait pour qu'elle n'ait pas besoin de travailler depuis ta naissance. Elle a pu se consacrer à ses foutus bouquins comme elle l'entendait, n'importe quelle femme aurait rêvé d'être à sa place ! Et laisse moi te dire que ce n'est pas avec ses revenus de pacotille qu'elle aurait nourri la maison ! »
Il y eut un silence embarrassé. Quelques rayons de soleil jouaient avec une cuillère abandonnée et le voile de dentelle qui ornait la fenêtre laissait deviner un ciel outrageusement bleu.
« Pourquoi tu ne parlerais pas avec elle ? » demanda-t-il enfin dans une vive inspiration.
Valentina eut un sourire navré :
« Tu sais bien qu'elle ne m'écouterait pas.»
Il l'invita à développer d'un froncement de sourcil.
« La communication n'a jamais était évidente entre nous. Elle est beaucoup trop intrusive à mon goût peut-être parce que je suis la petite dernière, j'en sais rien...Et puis, elle a toujours été un peu jalouse de notre proximité.»
Draco se sentit soudain terriblement vieux.
Toutes ces tensions, tous ces non-dits le rongeraient jusqu'à la moelle.
« Il n'y a qu'Isadora qui pourrait lui faire entendre raison » conclut sombrement sa fille. « Tu as de ses nouvelles d'ailleurs ? » ajouta-t-elle en mordant férocement dans un toast.
« Hermione en a sûrement moi pas» répondit-il dans une bouffée d'amertume.
Ils se dévisagèrent longuement.
« Ce n'est pas parce qu'elle prend fait et cause pour maman qu'elle ne t'aime pas.» affirma perspicacement Valentina. « Tu n'as jamais été très disponible pour elle, comprends-là.»
«Quand elle est née, j'étais embarqué dans un procès impossible tout en essayant de monter mon propre cabinet ! » gronda-t-il. « Alors excuse-moi de ne pas avoir été très disponible.» siffla-t-il, acerbe.
« Au début, tu travaillais soixante-dix heures par semaine, ensuite je suis arrivée. » enchaîna-t-elle sans se démonter. « Le timing n'a pas joué en ta faveur et personne te blâme, reconnais simplement que tu as sans doute manqué quelque chose avec Isadora. »
Draco se prit la tête entre les mains.
« Dis plutôt que j'ai tout raté.»
À peine venait-il d'insérer la clé dans la serrure, que l'étrange calme qui glaçait la maison le saisit.
D'un geste automatique, Draco glissa ses doigts jusqu'à l'interrupteur, et la lampe, fièrement posée sur une commode Louis-Philippe, inonda le vestibule de sa lueur safranée.
Il se défit de son pardessus anthracite et l'abandonna négligemment sur le dossier d'un fauteuil avant de gagner le salon où il se servit une généreuse rasade de brandy.
Après quelques gorgées, il dénoua sa cravate et déboutonna le haut de sa chemise, l'air pensif.
À quoi s'était-il attendu ? À ce qu'elle lui bondisse dessus, exigeant des explications ? À ce qu'elle vienne machinalement l'embrasser, comme souvent ces temps-ci ? À ce qu'elle reste cloîtrée dans leur chambre, prétextant une violente migraine ?
Il ricana à mi-voix.
Pas une note de musique, pas une once de parfum.
Il avait passé sa journée à ruminer des excuses, aussi sincères que maladroites, et voilà qu'il ne trouvait que le silence.
Et cette absence qui lui semblait la pire des injures.
Ce fut le bruit caractéristique du verrou qui le tira de sa léthargie. Combien de temps s'était-il assoupi ? La jardin n'était plus qu'ombres mouvantes se détachant sur le ciel d'ardoise.
Hermione apparut, les yeux gonflés, engoncée dans un trench beige qui ne lui seyait guère au teint.
« Tu es là. »
« Carver voulait me voir. » répondit-elle laconiquement.
Elle s'affaira quelques instants dans l'entrée et il devina son agacement, alors qu'elle ramassait son pardessus pour le ranger dans la penderie.
« Et ? » ajouta-t-il, les yeux dans le vague.
« J'ai trois mois pour leur envoyer un manuscrit. Passer ce délai, le contrat sera rompu. »
« Eh bien...ce n'est peut-être pas une mauvaise chose » hésita-t-il « tu aurais bien aimé changer d'éditeur, je crois ? »
« Ne sois pas idiot » grinça-t-elle entre ses dents. « Tu sais très bien que...peu importe » conclut-elle pour elle-même. « Je suis passée chez le traiteur chinois en revenant. Il y avait du monde, je ne pensais pas rentrer si tard » indiqua-t-elle en déposant deux sacs en papier sur la table basse.
Elle vint s'asseoir face à lui et ébaucha un sourire.
« Ta journée s'est bien passée ? »
Il ne cilla pas et c'est à peine s'il eut conscience de retenir sa respiration.
« J'ai dormi chez Val' » lâcha-t-il enfin. « J'ai pas osé te prévenir, il était déjà tard ».
« Je ne te demande aucune justification. » déclara posément Hermione.
Il inspira bruyamment, la mâchoire crispée.
« Je te le dis, c'est tout » répliqua-t-il sèchement. « Avant que tu n'ailles t'imaginer je-ne-sais-quoi ! »
Elle haussa les épaules et expliqua entre deux fourchetées :
« Je sais, j'ai vu Valentina en fin de matinée. » Elle déglutit et s'essuya la bouche nonchalamment « Néanmoins, je suis contente que tu me le dises. »
Obscurément soulagé, il mâcha consciencieusement sa bouchée tout en la détaillant -que pouvait bien cacher tant d'indifférence ?
Une alliance et deux perles d'oreille en guise de bijoux. Très peu de maquillage.
Toujours cette sobriété qui frôlait l'austérité.
Draco nota qu'elle portait le pull en cachemire noir qu'il lui avait offert pour ses quarante-cinq ans.
Elle s'était encore arrondie depuis, et force était de constater qu'il ne la trouvait plus aussi désirable que durant leurs jeunes années. Cette pensée lui procura un mélange indéfinissable de tristesse et d'embarras.
Posséder le cœur et le corps de la femme qu'il aimait avait été la source d'une telle exaltation, d'une telle jouissance !
Puis, au fil des années, sa main avait mémorisé chacune de ses courbes, et l'odeur, et le goût de sa peau étaient devenus moins enivrants.
« Comment avons-nous pu en arriver là ? » soupira Hermione, en dévisageant longuement son mari.
Il émanait de son regard une troublante sérénité -de la résignation, comprit-il plus tard.
« Nous sommes devenus des étrangers » reprit-elle dans un murmure, « nos conversations se réduisent à des banalités...c'est tellement.. »
Sa voix se brisa.
Draco remua sur son siège, mal à l'aise. Que pouvait-on répondre à cela ? Ses mots l'atteignaient plus qu'il ne voulait l'admettre.
Désemparé, il s'avança lentement sur le bord du fauteuil, se pencha au-dessus de la table basse, et, avec une douceur infinie, s'empara de cette main qu'il avait tant chérie.
Eh oui, j'ai (encore) voulu rompre le cliché comme quoi Hermione-était-une-femme-parfaite-à-qui-tout-réussit. Vous ne m'en voulez pas trop?
J'espère que ce second chapitre vous a intrigué / interpellé / enthousiasmé ?
J'ai hâte de lire vos impressions, vos questions ou vos critiques!
(Pour celles qui souhaitent que je réponde par MP, n'oubliez pas de vous identifier ou de me laisser une adresse mail. Merci!)
En vous souhaitant un excellent week-end,
Ilda
