Bonjour à toutes!

Un grand merci à Ely Malfoy, nevermind the bollocks, Oohfemmeluxieuse et london123 pour vos reviews qui se sont révélées être une source de motivation particulièrement efficace! Continuez comme ça, vous m'en verrez enchantée!

Bonne lecture, et rendez-vous en bas de page!


Chapitre 3 :

Draco remua sur son siège, mal à l'aise. Que pouvait-on répondre à cela ? Ses mots l'atteignaient plus qu'il ne voulait l'admettre.

Désemparé, il s'avança lentement sur le bord du fauteuil, se pencha au-dessus de la table basse, et, avec une douceur infinie, s'empara de cette main qu'il avait tant chérie.

Du pouce, il caressa délicatement ses phalanges -Hermione tressaillit imperceptiblement, sa main était tiède, un peu moite.

« Tu ne me touches plus depuis des mois. » souffla-t-elle en gardant les yeux ostensiblement rivés sur leurs mains entrelacées. Elle avala d'un trait son verre de whisky, et c'est tout juste si elle fit attention au liquide ambré qui lui écorcha la trachée.

« Tu ne me désires plus. »

Ils s'enfoncèrent dans un silence oppressant, un de ces silences qui engourdissent muscles, pensées, rêves et espoirs.

« Tu vois, tu ne cherches même pas à nier. » reprit-elle d'une voix tremblante « Tu ne me désires plus. Je le sais, je le sens. Je le lis dans chacun de tes regards, dans chacun de tes gestes... »

Draco resserra fébrilement son étreinte, broyant de ses doigts pâles cette main tant embrassée, l'épiderme frémissant d'une rage impuissante, le cœur palpitant.

« Hermione » balbutia-t-il le souffle court, « Hermione » répéta-t-il d'un timbre rauque. « Je voudrais tellement...je ferais...»

« Non, pas cette fois » l'interrompit-elle d'un ton péremptoire. « je t'ai donné des milliers de chances sans même que tu n'en aies conscience. Je n'en peux plus d'attendre, Draco. »

Elle se dégagea de son emprise et débarrassa distraitement les restes qui jonchaient la table basse.

« J'ai eu tort de croire que les choses s'arrangeraient d'elles-mêmes » reprit-elle calmement, « la mascarade a assez duré, tu ne crois pas ? »

Il se leva brusquement :

« J'ignorais que notre couple était une mascarade » répondit-il, glacial. « Ose prétendre que je ne t'ai pas rendue heureuse ! J'ai tout fait pour te rendre heureuse ! Tout !» éclata-t-il soudain.

« Heureuse ? » insista-t-elle, cinglante. « Parce que tu crois peut-être qu'avoir un mari passant plus de temps avec ses secrétaires ou ses clientes qu'avec propre sa femme correspond à ma notion du bonheur ? »

«Tu es grotesque, Hermione » siffla-t-il.

« Tu ne me vois plus ! » hurla-t-elle, les larmes aux yeux « je suis devenue transparente ! Plus je grossis, moins tu me remarques -si ce n'est pas ironique, ça !»

« Mais qu'attends-tu de moi, bon sang ? » répliqua-t-il, les poings crispés.

« Je ne sais pas ! » s'époumona-t-elle « je ne sais pas ! »

Draco esquissa un rictus moqueur.

« Nous voilà bien partis. »

« Regarde ! » s'écria-t-elle en exhibant de son sac un journal froissé. « Lis donc la critique de mon dernier roman dans le Times !»

« Cela date déjà de quatre ou cinq mois, Hermione » répondit-il avec lassitude. « Trimbaler avec toi ce bout de papier ne t'avancera à rien. »

«Fort bien, fort bien. »

Elle prit une grande inspiration et déclara d'une voix théâtrale :

« Hermione Malfoy « la femme du très réputé Maître Malfoy vient de publier son dernier roman Le jardin des oliviers aux éditions Usborne. »

Elle eut une grimace amère.

« Vingt ans après son premier ouvrage Une vie de maître, best-seller acclamé par la critique, H.J Malfoy reste toujours aussi fidèle à son genre de prédilection. » singea-t-elle avec grandiloquence.

« Si le portrait de cette société italienne en proie aux changements -on se situe en 1866- est presque saisissant de réalisme, on ne peut pas en dire autant de l'intrigue. La romance n'a aucun charme tant les ficelles sont évidentes, les passages historiques sont alourdis par une documentation trop abondante et c'est péniblement que l'œuvre parvient à son terme. »

« Attends, attends, ce n'est pas fini ! » prévint-elle devant l'exaspération croissante de Draco.

«De plus, notons que la verve des débuts avait déjà laissé place à un mécanisme bien huilé dans Il fut un temps – son cinquième roman. Il apparaît désormais que son inspiration, à défaut d'être tarie, se soit bel et bien essoufflée.
Douze romans en vingt ans de carrière, un chiffre honorable dirons-nous.
»

Hermione fut secouée d'un rire dégoulinant de cynisme tandis que sa tête dodelinait au rythme de ses soubresauts.

« Tu vois ! Tu vois ! » dit-elle en brandissant le journal « même ce crétin de Jones a vu que mon inspiration s'était essoufflée ! Évidemment qu'elle s'est essoufflée, j'étouffe ! J'étouffe dans cette maison, j'étouffe dans cette ville ! Tous nos faux-semblants m'étouffent ! Tu m'étouffes ! »

« Hermione, tu t'égares complètement » prononça-t-il sèchement en la faisant asseoir. « Tu ne devrais pas mélanger l'alcool et les médicaments. »

Elle haussa les épaules avec insolence, puis, sentant sa vue se brouiller, elle s'allongea sur le canapé, recroquevillée en position fœtale.

Draco revint avec un gant humide qu'il lui apposa prudemment sur le front. Quelques gouttes d'eau glacée dégoulinèrent le long de ses tempes avant de se perdre dans son abondante chevelure.

Subitement dégrisée, Hermione soupira les yeux mi-clos:

« Tu ne sais pas ce que c'est. Tu ne sais pas ce que c'est d'être rongée par le doute, à tel point que tout autre idée devient stérile. »

« Contrairement à ce que tu sembles croire, défendre un client nécessite parfois une certaine dose d'inspiration. » répondit-il d'un ton égal.

« Les clients véreux, sans doute. »

Draco leva les yeux au ciel -visiblement, elle ne lui avait toujours pas pardonné d'avoir défendu il y a trois ans un homme passablement riche, soupçonné du meurtre de sa femme.

« Quand j'ai commencé à écrire, j'étais tellement enthousiaste que je parvenais à oublier tout le reste. Inutile de te préciser que cet état de grâce n'a pas duré bien longtemps.»

Il la dévisagea longuement -un vague sourire nostalgique flottait sur ses lèvres.

« Pourquoi ne me fais-tu pas confiance ? » demanda-t-il enfin d'un ton adouci. « Donne-moi une seule bonne raison. »

Hermione se tourna, enfouissant son visage dans un coussin de velours vert.

« C'est plus fort que moi » avoua-t-elle dans un murmure. « J'ai épousé un homme talentueux, charismatique, ambitieux, et tu es resté cet homme. Tandis que moi... »

« Tu veux dire que tu viens de me faire toute une crise à cause d'un stupide complexe d'infériorité ? » s'exclama-t-il, ahuri.

Elle lui fit face brutalement.

« Tu n'as rien compris ! »

« Je t'en prie, développe » ironisa Draco.

« J'essaye de te dire que nos chemins se sont trop éloignés pour que nous formions encore un couple viable ! Arrêtons de nous leurrer!»

Il la scruta, abasourdi, trop stupéfait pour sentir qu'une part de lui-même venait de s'effondrer.

« Ne prends pas cet air étonné! Tu veux une preuve ? » questionna-t-elle avec véhémence. « Tu veux savoir ce qui a changé ? »

Elle prit appui sur son coude, se redressa, légèrement chancelante, et se mit à arpenter nerveusement le salon.

« Quand nous nous sommes mariés, tu me soutenais dans toutes mes initiatives, tu te rappelles ? C'est à cette époque que j'ai commencé mon premier roman, même s'il m'a fallu dix ans pour l'achever. »

Il acquiesça, un peu déboussolé. Son discours manquait cruellement de cohérence -venant d'Hermione, c'était fatalement déroutant.

« Je me sentais aimée, sécurisée, mais libre ! » exulta-t-elle. « En un mot, vivante ! »

Elle s'immobilisa tout à coup, perdue dans la contemplation de ses chaussures -des mocassins en cuir brun.

« Ce qui a changé aujourd'hui » reprocha-t-elle à voix basse « c'est que je te fais honte. Parfois. Pas tout le temps. Mais dans ces moments-là, ce que je devine dans tes yeux me tue à petit feu. »


Les premières lueurs de l'aube baignaient la chambre d'un halo pourpre, enveloppant les meubles vernis de doux reflets changeants.
Hermione s'attarda une fraction de seconde devant la fenêtre, l'esprit embrumé par une longue nuit blanche. Quelques nuages carmin, orange saumoné et rose pâle ornaient l'horizon rougeoyant, et cette profusion de couleurs lui parut vaguement réconfortante.

Soudain, des pas se firent entendre dans les escaliers l'instant d'après, Draco se tenait dans l'encadrement de la porte, dissimulant à peine son humeur massacrante -séquelle d'une nuit passée sur le canapé.

« On peut savoir ce que tu fais? » gronda-t-il en désignant les vêtements empilés sur le lit.

« Cela ne se voit pas peut-être ? » répliqua vertement Hermione. « Je vais chez Isadora. »

« Tu te réfugies dans les jupons de ta fille, maintenant ? » cingla-t-il. « Tu sais ce que c'est, ça ? Abandon du domicile conjugal ! »

« Ne joue pas à l'avocat avec moi » prévint-elle entre ses dents. « Toi et moi savons très bien pourquoi je m'éloigne quelques semaines. La discussion est close.»

« La discussion n'est absolument pas close ! Dois-je te rappeler qui ramène l'argent ici ? Tu ne peux pas être stupide au point d'envisager un divorce, tu en sortirais perdante et je crois que tu le sais. » conclut Draco avec un sourire faussement satisfait.

« Mais qui a parlé de divorce ? » interrogea-t-elle, caustique. « Tu m'as devancée, vois-tu, je n'y avais pas encore songé. » acheva-t-elle sarcastiquement.

Elle entreprit de ranger méthodiquement ses affaires dans la valise, s'efforçant d'insuffler à chacun de ses gestes une nonchalance feinte.

« Ose dire que tu ne m'aimes plus, Hermione. » menaça-t-il sourdement. «Dis-le. Dis-le, et je te laisserai partir, si c'est vraiment ce que tu souhaites.» finit-il d'une voix éteinte.

Hermione s'assit sur le lit, vacillante, incertaine et inspira les yeux clos, lentement, comme si elle se délectait de chaque bouffée d'oxygène. Enfin, elle avoua douloureusement :

« Je t'ai aimé de tout mon être, Draco. Avec passion, avec violence, avec rage. Grâce à toi, j'ai effleuré l'absolu et je t'en serai à jamais reconnaissante. » Elle déglutit. « Aujourd'hui, c'est par désespoir que je t'aime, ou par habitude, je ne sais pas...Et en avoir pris conscience me dévaste, tu comprends ? »

Il hocha silencieusement la tête.

« Ne m'en veux pas, s'il te plaît. J'ai besoin de réfléchir tranquillement, et l'air marin me fera le plus grand bien. Comme je te l'ai dit hier soir, Londres m'étouffe.» expliqua-t-elle patiemment, les yeux humides.

À nouveau, il acquiesça, muet.

Finalement, il reprit la parole, le visage fermé, le regard perdu, et souffla d'un ton désincarné :

« Alors, on se reverra au mariage de Valentina. »


J'espère que ce chapitre "huis-clos" ne vous a pas trop ennuyé ou déboussolé? Que pensez-vous de cette Hermione légèrement hystérique et un brin accusatrice? Vos commentaires m'intéressent toujours autant!

Rassurez-vous, la pluralité des points de vue revient dès le prochain chapitre et le temps des remises en question s'amorce tout doucement. (Oui, Hermione et Draco ne vont pas passer leur temps à hurler, c'est promis!)

Avant de conclure, un petit mot à l'attention de toutes celles qui suivent cette fic -et d'après les "Story Alert", vous êtes assez nombreuses: je vous remercie très sincèrement de me lire, mais est-ce vraiment utile de préciser qu'un petit signe de vie de votre part serait des plus agréables?

Merci à toutes et bon week-end!

Ilda