Bonjour à toutes,
Vue la semaine légèrement surchargée que j'ai eue, j'espère que vous apprécierez de pouvoir lire ce chapitre dans les délais impartis !
En tout cas, merci à Oohfemmeluxieuse, never mind the bollocks, Tatsuhei, London 123, Cynthia et Lasiurys pour vos commentaires aussi précieux que sympathiques.
Place à la lecture !
Chapitre 4 :
L'air bourdonnant, chargé d'effluves salines, berçait la petite rue d'une tiède torpeur quand Hermione s'extirpa de sa Mini noire, titubante, légèrement engourdie. De hauts immeubles projetaient en biais leurs ombres allongées, étouffant le grondement de la circulation et l'agitation incessante qui provenaient du front de mer.
Sans hésiter, elle se dirigea vers l'unique boutique de la rue, écrasée entre deux porches, dont l'écriteau vert pimpant était rehaussé d'une fine écriture mauve où l'on pouvait lire A fleur de peau.
L'entrée était encadrée par deux buis taillés tandis qu'un lierre courait le long de la gouttière. La vitrine laissait entrevoir un fouillis de tissus chatoyants où germaient ça et là d'audacieuses compositions.
La clochette tintinnabula gaiement alors que Hermione poussait la porte de verre, surprise par la fraîcheur humide qui régnait dans la pièce.
Les murs récemment repeints, étaient soigneusement grignotés par une multitude d'étagères où foisonnaient diverses espèces de fleurs odorantes, quelques plantes exotiques et d'innombrables bouquets aussi gracieux que déconcertants.
Au fond se dressait le comptoir sur lequel s'alignaient plusieurs bonsaïs et une énigmatique variété de cactus miniatures.
« Maman ! » s'exclama soudain une voix féminine « je ne t'attendais pas si tôt » compléta la jeune femme brune à la silhouette élancée en venant l'embrasser, les mains mouillées.
« Ma chérie, comment vas-tu ? » interrogea-t-elle avec un enthousiasme exagéré. «Je suis partie de bonne heure, j'espère que je ne te dérange pas. »
«Du tout. Ce n'est pas comme s'il y avait foule. » soupira-t-elle en remplaçant l'eau des roses. « Prends les clés de l'appart' dans l'arrière-boutique, tu connais le chemin. »
« Tu ne m'accompagnes pas ? » s'enquit Hermione, gravissant les premières marches.
La déception perçait dans sa voix. Isadora lui adressa un sourire compatissant :
« J'attends une livraison d'hibiscus, je te rejoins tout à l'heure. » assura-t-elle avec douceur.
Hermione acquiesça silencieusement avant de s'engouffrer dans l'escalier en colimaçon. Le bois usé gémissait dangereusement sous ses pas, et durant un vague instant, elle se prit à imaginer qu'elle passait au travers des lattes disjointes. Peut-être que Draco la regarderait enfin si elle était sur un lit d'hôpital ? Peut-être que...
Elle secoua brusquement la tête, affligée par sa propre stupidité.
D'une main un peu tremblante, elle inséra la clé cuivrée dans la serrure. Alors qu'elle franchissait le seuil, elle se sentit soudain fourbue, vieillie; l'irréalité de la situation la frappa brutalement en plein fouet.
Étrange retournement que d'aller vivre chez sa fille -sa fille qu'elle adorait, certes, mais qui ignorait aussi tout du mot 'rangement', nota-t-elle en fronçant les sourcils.
Indéniablement, le salon aurait pu être qualifié de chaleureux si la table n'avait pas été recouverte de croquis en tout genre, le sol jonché de papiers froissés et le canapé assiégé par un tas de linge -visiblement sortant de la machine.
À côté, le ficus, d'une taille déjà honorable, envahissait le mur tandis que le yucca se tordait désespérément en direction de la baie vitrée flanquée de lourds rideaux rouges; un peu plus loin, le philodendron se balançait joyeusement au-dessus d'une collection impressionnante d'orchidées où mauve rosé, blanc vanillé, jaune ambré se mêlaient impudemment.
Un coup d'œil dans la cuisine américaine lui confirma ses craintes : une quantité respectable de vaisselle sale s'amoncelait déjà dans l'évier.
Hermione hésita à peine une seconde avant de pénétrer dans la chambre de sa fille. Teaspoon, son unique compagnon -un chat angora- avait élu domicile sur le lit défait qu'une étagère branlante, surchargée de livres, surplombait.
Elle ferma brièvement les yeux en grimaçant avant de sortir à reculons, honteuse de s'immiscer ainsi dans sa vie.
Avec un sentiment croissant de lassitude, elle alla déposer ses affaires dans la chambre contiguë: la pièce était exiguë mais c'était la seule qui fut relativement ordonnée. Quelques reproductions de célèbres tableaux -Monet, Van Gogh, Turner, Renoir- étaient encadrées, à la manière d'une chambre d'hôtel impersonnelle.
S'approchant de la fenêtre qui donnait sur la rue, elle aperçut sa voiture à travers le fin voilage, et, pour la centième fois depuis le début de la journée, s'inquiéta de la justesse de sa décision.
Que faisait Draco à cette minute ?
Sa montre en or blanc -qu'il lui avait offert pour ses quarante ans- indiquait à peine dix heures. Était-il allé au cabinet ? Avait-il pris un jour de congé ? Était-il seul ? Pouvait-il être...
« Maman ! » interpella Isadora en pénétrant dans la pièce. «Tu remarqueras, j'ai fait l'effort de ranger ta chambre! »
Elle esquissa un sourire mais il lui sembla que ses lèvres étaient figées par l'amertume.
« Viens, je voudrais te montrer les compositions que j'ai envisagées pour le mariage de Val' » reprit- elle avec bonne humeur.
Hermione la suivit machinalement jusqu'au salon, où, avec animation, sa fille se mit à détailler le chemin de table, croquis à l'appui « cannelle » et « amaryllis » furent néanmoins les seuls mots qu'elle retint.
« Crois-tu que Val' aimera ? C'est le cinquième que je fais et elle n'est jamais satisfaite.» déplora aigrement Isadora.
« Tu connais ta sœur » murmura-t-elle pour toute réponse.
« Elle veut de l'original, mais de l'original classique. Comme tous ceux qui viennent ici, en fait ! » s'exclama-t-elle avec acidité. « Ils n'ont toujours pas compris que je ne fais pas de vulgaires bouquets de tulipes ! » conclut-elle en débarrassant le linge propre.
Hermione s'assit sur le canapé, pensive. En vérité, elle ne parvenait même pas à comprendre pourquoi Valentina avait demandé à Isa de s'occuper de la décoration florale alors qu'elles étaient si...différentes. Qu'elles soient en désaccord lui paraissait presque inévitable.
« Elle pourrait au moins s'estimer heureuse que je ne la fasse pas payer » maugréa Isadora en revenant dans la pièce. « Surtout que ce n'est pas comme si l'argent coulait à flot en ce moment. »
« Mauvais chiffre d'affaire ? » demanda Hermione, subitement ramenée à la réalité. « C'est la saison des mariages pourtant... »
« Pff, ils veulent tous du standard, quelque chose qui soit dans la norme. » Elle eut une moue de dégoût. « N'empêche que j'ai un prêt sur le dos. » grinça-t-elle.
« Tu as besoin que l'on t'avance ? » interrogea Hermione, mal à l'aise.
« Arrête maman, tu n'as pas trois sous à ton nom. »
Hermione se crispa.
« Je te signale que j'ai un peu d'argent de côté. »
« Grand bien t'en fasse, il te sera sûrement utile si tu te sépares de papa. » affirma pragmatiquement Isadora.
« Nous n'en sommes pas encore là. » coupa-t-elle sèchement à mi-voix. « D'ailleurs, peut-être que tu devrais lui demander de t'aider... »
« A papa ? » s'écria-t-elle, « hors de question ! De toute façon, il refuserait. Il a toujours désapprouvé mon idée. »
« Il n'a simplement pas compris ton choix... » tenta d'apaiser Hermione. « Après avoir fait UCL, il faut avouer que c'était plutôt inattendu... »
« C'est non. »
« Comme tu voudras » soupira Hermione.
Les deux femmes échangèrent un long regard, et toutes deux comprirent quasi simultanément que la distance qui s'était inexorablement tissée entre elles avaient eu raison de leur complicité d'antan.
« En tout cas, je suis contente que tu sois là » déclara Isadora d'un ton un peu trop enjoué, en lui tapotant la main.
« Moi aussi » mentit Hermione, les yeux légèrement embués.
Valentina se retourna une énième fois -froissements étouffés des draps, soupirs, bâillements : une heure qu'elle cherchait en vain une position propice à l'endormissement.
Pourtant, après une journée aussi harassante que celle-ci -à croire que tous les cas sociaux de la ville s'étaient donnés rendez-vous- le sommeil du juste aurait déjà dû la gagner.
« Tu devrais prendre un cachet » murmura succinctement James.
« Tu sais bien que je préfère éviter. »
« Alors ne te mets pas dans un état pareil pour une histoire de bouquet. » grogna son compagnon. « On pourra toujours en commander à un autre fleuriste. »
« Ce n'est pas Isadora le problème, quoique ses idées d'amaryllis ne me séduisent pas franchement. » Elle eut un reniflement dédaigneux. « Est-ce que tu te rends compte que ma mère s'est installée à Brighton ? » chuchota Valentina d'un ton pressant.
James se hissa sur son coude de façon à lui faire face :
« Tu n'es pas l'assistante sociale de ta mère, Val. » affirma-t-il en la regardant dans les yeux -autant que l'obscurité ambiante le permettait. « Cesse de t'inquiéter pour tes parents, veux-tu ? » Il lui caressa doucement la joue. « Je suis sûr que ça va s'arranger. »
Elle hocha la tête, expirant profondément.
« J'espère que tu as raison. » conclut-elle en clignant des yeux.
« Mais oui » la rassura-t-il « ce ne sont que des enfantillages. »
« Des enfantillages ? » demanda-t-elle sèchement. « Des enfantillages, vraiment ? Ils ne vivent plus sous le même toit et tu appelles ça des enfantillages ? » répéta durement Valentina, sa voix brisant soudain le silence qui enveloppait la chambre.
« Ils sont mariés depuis près de trente ans, Valentina » entama patiemment James -on eut dit qu'il s'adressait à un enfant. « Et concrètement, il n'y aucune raison pour que cela change. Alors oui, j'estime que ce sont des enfantillages.» termina-t-il un peu froidement.
« Pourquoi cela ne pourrait-il pas changer ? » répliqua-t-elle vertement. « Un couple évolue forcément, même s'il arrive que les directions divergent ! » s'écria Valentina.
« Ce n'est pas vraiment le moment de parler de ça » coupa-t-il « il se fait tard. »
« James » interrompit-elle fermement. « Ne peux-tu pas envisager simplement qu'ils ont cessé de s'aimer ? Qu'ils ne sont plus heureux ensemble ? »
« Là, c'est toi qui projettes tes propres peurs sur leur histoire, me semble-t-il » souligna-t-il perspicacement. « Quelques soient leurs distensions passagères, ils ne se sépareront pas -pas plus que mes parents ou ceux de Carl. On ne se sépare pas après trente années de vie commune. Point final. »
Valentina se redressa brutalement, arrachant au lit un grincement.
« Alors c'était ça ta demande en mariage à Noël ? » demanda-t-elle, acerbe. « Une façon de t'assurer que j'allais t'appartenir pour le restant de tes jours ? » Elle alluma sa lampe de chevet d'un geste vif. « Merci de m'avoir avertie aussi clairement ta notion du mariage. Il était temps.» nota-t-elle avec ironie.
« Calme-toi, Valentina, et sois gentille, ne fais pas l'amalgame entre les embrouilles de tes parents et notre couple. »
« James, dis moi que tu ne t'apprêtes pas à m'épouser pour une question de confort, ou pire, de conformisme. » prononça-t-elle d'une voix atone.
« Mais je te retourne la question ! » s'exclama-t-il, un brin sarcastique. « Valentina, arrête de te voiler la face, il n'y a pas plus conformiste que toi. À tel point que trois rouleaux de cannelle dans un bouquet te donnent des boutons ! Et puisque tu me demandais mon avis, je les trouve très bien les compositions de ta sœur ! » finit-il avec véhémence.
« Eh bien, si tu le prends comme ça... » commença-t-elle en se dégageant des couvertures « je sais ce qu'il me reste à faire. »
Il la retint énergiquement par le poignet.
« Valentina, tu es conformiste, sache-le. » reprit-il d'un ton neutre. « Mais ce n'est pas pour autant que je ne t'aime pas. Ma demande en mariage était sincère. Alors, évitons de tout gâcher. S'il te plaît. » implora-t-il en s'approchant doucement d'elle.
Pas de Draco dans ce chapitre...pas trop déçues ? Patience, il revient dès le prochain !
J'ai voulu clarifier ici (ou embrouiller, à vous de voir !) la relation que Hermione entretient avec sa fille 'préférée' et développer un peu plus le couple Valentina/James.
A propos de ce jeune couple, si vous avez remarqué des similitudes de caractères ou d'attitudes entre eux et le couple formé par Hermione/Draco, rassurez-vous, c'est voulu. Vous en saurez un peu plus dans le prochain chapitre !
Merci à toutes celles qui seront au rendez-vous et à bientôt,
Ilda
