Bonjour à tous,

On se rapproche lentement mais sûrement de la fin de cette histoire qui comptera 13 chapitres. Merci à imen (tu peux être rassurée, cette fiction sera bel et bien terminée un jour) et Lasiurys, mon plus fidèle soutien.

Comme toujours, vos réactions sont aussi attendues qu'appréciées.

Bonne lecture!


Un coup de coude bien senti et un concert de chaises gémissantes l'arrachèrent à sa contemplation au moment même où Draco se penchait vers elle, la foudre palpable dans son regard.

« Hermione » prononça-t-il d'une voix basse « peux-tu s'il te plaît porter un toast comme tout le monde et cesser de te ridiculiser au mariage de ta propre fille ? »

Elle lui adressa un pâle sourire d'excuse, et, avec la nonchalance de ceux qui ne se sentent guère concernés, elle se tint péniblement debout -fichus escarpins qui lui broyaient les orteils- leva son verre d'une main un peu tremblante et retomba dans la contemplation indolente de ce vin à la robe dorée, hypnotisée par les reflets changeants derrière leur prison de cristal.

À la voix claire de Diana se succéda celle du frère du marié -Philippe, ou quelque chose comme ça- qui redit sensiblement les mêmes choses, le trémolo d'émotion en moins et une fois l'étalage de bons sentiments terminé, ils se donnèrent une franche accolade sous le regard humide de leurs parents.

Après quelques applaudissements polis, Hermione retrouva avec un soupir de satisfaction le confort de sa chaise molletonnée. Voyant que tous entamaient leur foie gras sans plus de cérémonie, elle repoussa son assiette avec un pincement de lèvres digne de sa belle-mère et, faisant fi des œillades venimeuses de son mari, elle se laissa aller à une douce somnolence.

oOo

« Madame » esquissa une voix grave, étonnamment chaleureuse -assurément, ce n'était pas un membre de la famille- « avez-vous terminé ? »

Hermione battit des paupières et eu un léger mouvement de recul en découvrant deux grands yeux vert amande qui la dévisageaient d'un air interrogateur.

« Peut-être préférez-vous autre chose ? » demanda-t-il en désignant l'assiette demeurée intacte.

Elle balaya sa proposition d'un geste, et le serveur, totalement déconcerté, offrit la vision comique d'un poisson hors de l'eau durant une fraction de seconde.

« Ne vous donnez pas cette peine, Harry » dit-elle finalement en avisant son badge, « il semblerait que ma chère fille ait soigneusement réuni ce soir mes préférences en matière culinaire. »

Hermione eut un rire désabusé tandis que le dénommé Harry tentait de cachait son malaise derrière une grimace compatissante.

« Je ne suis pourtant pas très difficile » reprit-elle d'un air parfaitement innocent « petite, je n'avais pas intérêt à rechigner à table, croyez-moi ! Pour ma mère, le goût était une affaire d'éducation au même titre que la lecture... mais les oies gavées jusqu'à ce que mort s'ensuive, très peu pour moi » acheva-t-elle férocement.

« Hermione, cela suffit ! » gronda Draco d'une voix d'outre-tombe tandis que le serveur disparaissait les bras chargés. « Pour l'amour du Ciel, cesse de promener ton petit regard de femme battue sur l'assemblée » siffla-t-il entre ses dents. « Je te rappelle que tu es l'instigatrice du divorce, alors cesse de te comporter comme si tu portais toute la misère du monde sur tes épaules !»

Draco se détourna sans un mot et se joignit avec un sourire affable, à la conversation animée des jeunes époux, laissant une Hermione exaspérée ressasser dans son coin.

Elle le connaissait suffisamment pour deviner toute la douleur qui se cachait derrière ses paroles acerbes mais pour la première fois, elle avait senti tout le mépris qu'elle lui inspirait, pendant un quart de seconde, son masque s'était fendillé et elle avait vu la haine déformer ses traits.

La haine qu'elle lui inspirait.

Cette révélation lui souleva le cœur. Jusqu'à cette nuit, elle avait douté du bien-fondé de sa décision.

La vision de cet homme harassé, égaré dans la clarté grise de l'aube avait éveillé en elle des sentiments qu'elle pensait à jamais enfouis.

Si l'amour-passion appartenait à une époque définitivement révolue, elle s'était découvert cette nuit des reliquats de tendresse et d'espérance.

Mais de toute évidence, elle avait eu tort.

Leur couple n'était qu'une ruine, un terrain vague, stérile, où pas même le pardon ne consentirait à germer.

oOo

Le tintement de l'argent et du cristal emplit soudainement l'immense salle de réception, tirant les convives de leur dégustation avec un haussement de sourcil ou un regard surpris. Aussi loin que chacun se souvienne, on ne portait pas de toast au milieu du repas.

Draco jeta un coup d'oeil nerveux à sa femme -que diable fabriquait-elle encore ?- et son inquiétude grandit sensiblement quand il la vit se lever, tout sourire, et déambuler d'un pas presque sensuel autour de la table d'honneur.

« Mes chers amis » entama-t-elle d'un air faussement jovial « je ne connais pas la moitié d'entre vous et je me fiche éperdument de l'autre, mais en tant que bonne épouse Malfoy depuis près de trente ans, j'ai appris l'hypocrisie sous la tutelle de ma vénérable belle-mère... » elle fit une légère courbette en direction de Narcissa qui la fixait les narines frémissantes, « permettez donc que je vous gratifie de ce charmant qualificatif. »

Elle finit son verre d'un trait et reposa l'élégante flûte sur la table la plus proche dans un silence tendu.

« Cependant, je ne saurais abuser de cette délicieuse capacité qui consiste à dire précisément ce que l'auditeur a envie d'entendre ainsi je vous prie de m'excuser par avance pour ces quelques petites vérités qui risquent de vous écorcher les oreilles. »

Le regard acéré, Hermione parcourut un instant son auditoire, constatant avec satisfaction que cette introduction n'avait laissé personne indifférent. Certains semblaient mystérieusement captivés, d'autres tentaient vainement de délimiter l'exacte frontière entre humour et sarcasme enfin, une poignée de trentenaires drapées d'orgueil la dévisageaient d'un œil torve.

Mais qu'importe.

Seule comptait l'étrange palpitation qui tenait en émoi la table d'honneur. Dans son dos, elle pouvait presque deviner sa belle-mère se pencher vers Draco, son visage lifté figé dans une perpétuelle expression d'indigestion, et critiquer vertement l'évident manque de tenue de « cette parvenue qui ose porter notre nom.»

« Commençons par les élus du jour » chantonna Hermione en se tournant vers les mariés qui lui adressèrent un petit sourire crispé. « Ma chère Valentina, tu penses naïvement vivre un conte de fées, mais si tu m'autorises un conseil, attends de goûter aux joies de la belle-famille pour affirmer que tu as trouvé le prince charmant. Si tu ne connais que la moitié des humiliations que j'ai endurées, alors tu pourras t'estimer heureuse. »

Là encore, elle devina la respiration sifflante de Narcissa qui, sans la main ferme de Draco sur son poignet aurait déjà bondi de son siège.

« Quant à toi, James » reprit-elle, « je suis ravie de t'annoncer que tu as hérité de la belle-mère la moins envahissante qui soit -non pas que je ne trouve rien à redire chez toi- il s'agit juste d'un pur et simple désintérêt, ton beau-frère Carl peut d'ailleurs en témoigner. »

« Maman, je t'en prie ! » s'exclama Diana à mi-voix, les mains entortillées dans sa serviette de coton écrue, « tu ne devrais pas... »

Sa voix se perdit dans les murmures outragés et les cliquetis des couverts qui agitaient les premières tables -manifestement, la plaisanterie avait assez duré.

Hermione émit un petit claquement de langue désapprobateur. « Je vois que vous avez la capacité de concentration d'un enfant de cinq ans un peu de silence s'il vous plaît, je n'aime pas les gens dissipés. »

Draco s'approcha d'elle, l'air vaguement paternaliste. « Hermione » dit-il avec une douceur feinte en posant une main hypocrite sur son épaule « Merci pour cet intermède...divertissant » -le mot lui arracha une grimace- « néanmoins, je suis certain que nos invités seraient ravis de pouvoir finir leur plat avant qu'il ne soit trop...trop froid. »

D'un geste ferme, il l'entraîna vers la table d'honneur et durant une seconde d'espoir, il crut sincèrement qu'elle allait le suivre sans faire d'esclandre.

« Mais au fait, Draco » entama-t-elle avec un sourire mielleux « puisque tu es là, préfères-tu leur annoncer ou je m'en charge ? »

« Hermione » interrompit-il d'une voix menaçante.

« Enfin, Draco, cela ne prendra qu'une minute, ne sois pas si timide. » répliqua-t-elle, ingénue.

Elle vit son mari serrait les poings devant sa fausse naïveté incroyablement irritante.

Décidément, elle s'amusait de plus en plus. Parfait.

« Je suis sûre que bon nombre d'entre vous se demande comment le grand Draco Malfoy, cet avocat aux accusations implacables et aux défenses musclées a pu épouser une... -comment dites-vous déjà, Narcissa?- ah oui, une parvenue qui n'aurait jamais vu une seule de ses lignes publiée, si elle n'avait pas été la femme de Maître Malfoy. »

« Hermione » gronda-t-il. « Tu te ridiculises. »

« Oh, je t'en prie Draco. »Elle eut une petite inspiration de femme d'affaire affairée, « cela fait trente ans que je me ridiculise avec toutes les simagrées que ta mère tente de m'inculquer, alors pour une fois, ridicule ou pas, je compte bien dire tout ce que j'ai sur le cœur.»

Il afficha un masque de profond ennui mais ses yeux sombres reflétaient toute sa colère . Dire que ce matin même, il l'avait priée de laisser leurs différends de côtés afin de ne pas gâcher le mariage.

Il étouffa un juron.

« Mes chers amis, laissez-moi vous rassurer : vos interrogations n'ont plus lieu d'être car je m'apprête justement à reprendre sous peu mon nom de jeune fille. Oui, vous l'aurez compris, Draco et moi divorçons ! » claironna-t-elle dans un silence de mort.

Du coin de l'œil, elle vit sa belle-mère réprimer un petit sourire satisfait un peu plus loin, Diana avait l'air d'avoir avalé une bouchée de travers et Valentina avait le visage enfoui dans sa serviette.

Quand à Isadora, elle était invisible, comme toujours.

« Pour finir, permettez-moi de rétablir une dernière vérité : vous avez tous l'image d'un Maître Malfoy bourreau de travail, mais.. »

« Hermione, CELA SUFFIT ! » rugit le principal intéressé.

« Oh ! Draco ! » s'exclama-t-elle d'un ton angélique « une vérité dite à moitié n'a aucune saveur, laisse-moi terminer, veux-tu ? »

Elle poussa un léger soupir et continua comme à regret : « je disais donc, l'emploi du temps de Maître Malfoy n'est pas aussi studieux que vous l'imaginez puisqu'une de ses occupations favorites consiste...eh bien, un peu d'imagination messieurs-dames : que peut bien faire une homme aussi charismatique, aussi talentueux ? Un homme admiré par toute la gente féminine ? Je vous laisserai donc méditer sur le nombre de ses maîtresses ! »

Hermione sentit son futur ex-mari se raidir, quelques pas derrière elle mais avant qu'elle ait pu analyser plus avant les diverses réactions il lui enserra le poignet tel un serpent s'enroule autour de sa proie et lui cracha à l'oreille :

« Dans la voiture. Maintenant ! »


Verdict?

J'ai eu un mal de chien à écrire ce chapitre, je voulais notamment créer un effet dynamique autour de notre Hermione et des regards qui convergent vers elle..à vous de me dire si c'est réussi. Comment la trouvez-vous sinon? J'imagine qu'elle peut paraître un peu (trop) radicale sous certains aspects mais il me semblait qu'une femme brisée dans sa confiance pouvait vraiment aller très très loin...non?

Toutes vos suppositions (plus ou moins réalistes) concernant la suite de l'histoire sont évidemment bienvenues!

à bientôt,

Ilda