Bonjour à toutes,

"Alleluia une mise à jour rapide!" devez-vous vous dire. Et bien pour cela, il vous faudra remercier Letilableue pour sa fidélité et Lasiurys pour ses précieux encouragements.

Bonne lecture!


« Mrs Malfoy ? Venez, c'est par là »

La cascade rousse ondula au rythme des bottes qui heurtaient le sol à un intervalle régulier.

Tac tac tac tac tac. Le son était entêtant, elle aurait voulu secouer la tête pour s'en débarrasser. Du silence, elle voulait du silence !

Une odeur d'éther et de peur imprégnait l'atmosphère.

Tac tac tac tac.

Les pas de Draco se fondaient dans les siens et pourtant, elle était certaine de déceler le son caractéristique de ses semelles de cuir battant le carrelage immaculé.

Draco. Il était sien. Enfin.

Il cachait son anxiété derrière une moue condescendante, et rien que pour cela, elle l'aimait encore plus.

« Allongez-vous ici, la sage-femme ne va pas tarder. »

Elle l'avait conquis. Définitivement.

Elle en frémit.

Elle portait le fruit de leur amour, comment pourraient-ils se séparer après ça ?

« Tout va bien se passer. Détends-toi.»

Son souffle chaud contre son oreille la fit frissonner. Il l'aimait. Elle en était sûre.

« Alors Mélisande, comment vous sentez-vous ? »


Après les révélations de la veille, tout s'était déroulé comme dans un songe.

Hermione avait sombré dans un mutisme profond sans que Draco ne sache si cela était du à son taux d'alcoolémie ou à sa culpabilité. Les deux, peut-être.

Depuis, il avait l'impression d'être dans une bulle ouatée où plus rien ne pouvait l'atteindre. Plus de heurts, plus de couteaux en plein cœur. Il avait envie de s'abandonner pleinement à cette mollesse tentatrice et d'errer indéfiniment dans l'ombre bleutée des matins frais.

Se perdre dans Hyde Park et ne plus penser. Anesthésié.

Il s'installa machinalement sur un banc et se raidit imperceptiblement sous la morsure du fer humide.

Une nuit avait suffi pour le vieillir de dix ans son front jadis altier était parsemé de rides, ses cheveux clairsemés paraissaient plus gris que jamais, son regard était celui d'un homme, qui, pensant vivre dans un monde en couleurs, découvre pour la première fois que tout n'est que noir et blanc.

Il venait de perdre le procès le plus intime de sa carrière, le seul sans doute qu'il lui importait réellement de remporter. Il venait de perdre le procès de son existence mais refusait toujours de s'avouer coupable.

Il croyait posséder une tapisserie chatoyante, un trésor de famille émouvant, et il découvrait soudain que ce n'était que bordures effilochées ou nœuds au milieu de fils épars.

Certes, il avait eu tort de ne rien dire à Hermione, sur ce point, il en convenait. Mais n'était-ce pas elle, par ses insinuations répétées, sa jalousie, son manque de confiance -n'était-ce pas elle qui l'avait poussé insidieusement à faire ce choix irrationnel ?

Laissant ses pensées dériver, il imagina un instant comment les choses auraient pu être si, sortant de l'hôpital, il l'avait appelée et lui aurait tout confessé.

Tout aurait pu être si simple.


NOOOOON!

Hermione se réveilla en sursaut, les tempes humides, la respiration agitée. L'image de Mélisande enceinte de Draco lui souleva le cœur, elle ne pouvait pas...ce n'était pas possible...

Elle ferma férocement les yeux, repliée en position fœtale, bouchant ses oreilles et priant pour que toutes ces images cessent leur danse infernale.

Au bout d'une minute qui lui sembla terrifiante, elle parvint à ouvrir craintivement un œil et eut un deuxième sursaut.

Elle était chez elle, dans ce lit qu'elle avait délaissé depuis... ? Elle se refusa à compter.

Elle se hissa sur les oreillers, chassant la nausée qui pointait.

Peu à peu, les souvenirs de la veille lui revinrent par bribes confuses et douloureuses.

Où était passé Draco?

Le drap parfaitement lisse ne lui offrit aucune réponse.

Chancelante, elle posa un pied au sol, puis deux. Neuf pas la séparaient toujours de la salle de bains et de son miroir, qui assurément, n'allait pas être clément.

C'était presque rassurant de savoir que, même au beau milieu du chaos, certaines choses étaient immuables comme cette serviette qui l'attendait, toujours suspendue à la patère.

Elle enfila sans réfléchir sa robe de chambre en satin, jeta distraitement un œil à son réveil -dix heures et huit minutes- et prit le chemin de la cuisine en songeant au nombre de cafés qu'il lui faudrait avant de se réveiller et de se rendre compte que tout ceci n'était qu'un affreux cauchemar.

Une silhouette maussade dans le salon attira brutalement son attention.

« Val ? Que fais-tu ici...? »

C'était la voix éraillée d'une vieille femme, une voix rongée par l'alcool. Elle se fit peur.

Sa fille était froidement assise sur le sofa, ses yeux rouges plongés dans le vide. Hermione se sentit transparente et c'était probablement la sensation la plus désagréable qu'elle ait déjà expérimenté. Dire qu'elle croyait avoir atteint le summum la veille !

« Je te hais. »

C'était à peine un murmure mais son intensité était telle qu'il semblait résonner dans la pièce comme un cri déchirant.

« Si tu savais combien je te hais, tu n'oserais même plus poser les yeux sur moi. »

Valentina fixa durement sa mère, la mettant au défi. Hermione baissa piteusement les yeux.

« Val... »

« Ne m'appelle plus jamais comme ça ! » Cette fois, c'était un véritable cri. « À partir d'aujourd'hui, je suis Valentina Lowell et tu n'es absolument plus rien pour moi. Sache-le. »

Sa voix était redevenue basse et menaçante, ressemblant étrangement à celle de Draco dans ses jours sombres.

« Je sais que tu ne me pardonneras jamais. » Elle attendit quelques instants dans l'espoir vain d'entendre sa fille nier ses propos. « Et pourtant, je suis désolée, vraiment. »

Voyant Valentina statufiée, plus raide que la Justice, elle reprit : « Je croyais...que ton père me trompait. Et j'avais toutes les raisons du monde de le croire ! » ajouta-t-elle avec véhémence.
« Alors hier, toutes ses simagrées, toute cette hypocrisie, tout ce beau monde qui pavoisait.. j'en ai été révulsée. Pendant trente ans, j'ai essuyé des regards condescendants, pendant trente ans, dans l'ombre de Draco, j'ai essayé d'être l'épouse parfaite, la mère aimante...alors tout ce cirque, hier... »

Hermione prit une vive inspiration.

« Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes ni à ce que tu me pardonnes...mais tu dois savoir que lorsque j'ai pris la parole, je n'avais pas du tout prévu d'aller...jusque-là. » Elle se gratta la gorge.

« Je pensais faire quelques réflexions piquantes au sujet des joies de la belle-famille...mais pas ça. Pendant trente ans, j'ai tout contrôlé. Du moins j'ai essayé. Pour prouver que j'étais digne d'être l'épouse de Draco pour prouver que j'étais digne d'être ta mère... »

Elle balaya d'un revers de main les larmes qui perlaient.

« Alors hier, une brèche s'est ouverte et toutes mes émotions s'y sont engouffrées. Sur le moment, ça m'a fait un bien fou. C'était délectable, c'était jouissif j'avais l'impression de revivre, mais ça n'a pas duré, et après... »

Quelque part au fond d'elle, Hermione réalisa que c'était peut-être la première fois qu'elle parlait à cœur ouvert avec sa fille. Que c'était probablement les paroles les plus sensées qu'elle ait prononcé depuis longtemps. Et tout était gâché par sa faute. Quelle ironie.

« Je ne suis pas venue pour te demander des explications ou entendre tes jérémiades. » répliqua Valentina sans aucune émotion. Sa voix avait un éclat dur et métallique qui lui donna envie de pleurer.

« Je vais partir en voyage de noces avec mon mari et je refuse que tu détruises aussi cela alors mettons une dernière fois les choses au clair : tu as trois semaines pour faire tes bagages car à mon retour, sache que tu seras définitivement sortie de ma vie. Et j'espère que tu auras cessé d'empoisonner celle de papa par la même occasion ! »

La jeune femme scruta sa mère durant un dixième de secondes, la bouche figée dans une grimace de dégoût, et attrapant son pardessus ivoire, elle tourna les talons -Hermione remarqua d'ailleurs qu'elle portait toujours les chaussures de son mariage. C'était déjà si loin.

Puis, le claquement sec de la porte d'entrée retentit dans le silence et elle fut de nouveau seule.


Ce fut un autre claquement de porte qui la tira de sa torpeur.

Elle avait sombré dans une telle léthargie que trois semaines auraient pu s'écouler sans qu'elle ne ressente la moindre sensation de soif, de faim ou de fatigue. Remuer ses orteils lui était devenu infiniment douloureux tant ses membres étaient engourdis; mieux valait ne pas bouger tout compte fait.

Des jambes apparurent soudain dans son champ de vision. Draco. C'était probablement le seul homme sur terre, qui, même en plein tsunami émotionnel, arborait toujours des chaussures impeccablement cirées.

« Est-ce que je t'ai vraiment empoisonné la vie ? » chuchota-t-elle les yeux mi-clos, redoutant la réponse.

« Hermione ! » sursauta-t-il. « Je ne t'avais pas vue, tu m'as fait peur ! »

« Je sais, je suis la femme invisible, c'est récurrent ces temps-ci » cingla-t-elle à voix basse en lui jetant un regard noir.

Draco s'assit lourdement dans un fauteuil face à sa femme.

« Va-t-on poursuivre les hostilités jusqu'à ce que mort s'ensuive ou peut-on trouver un compromis comme les adultes que nous sommes ? » s'exaspéra-t-il en se servant un verre de brandy.

« Pourquoi t'a-t-il fallu douze ans pour m'avouer quelque chose dont tu n'es apparemment pas coupable ? » répliqua-t-elle vivement.

« Bon sang, Hermione, tu veux vraiment reparler de ça ? Cela ne te suffit pas de savoir la vérité une bonne fois pour toutes ? »

« Parce que tu crois que la vérité peut effacer d'un seul coup douze ans d'interrogations et de doutes ? » s'écria-t-elle. « Reconnais que tu as eu tort, au moins ! »

« J'ai eu tort, oui, mais qui est-ce qui était morte jalousie dès qu'une femme me regardait d'un peu trop près, hein ? Cela ne t'a pas effleurée une seule seconde que j'ai fait ça pour te protéger ? Du moins, je le croyais. » ajouta-t-il amèrement.

Hermione le dévisagea brièvement, toujours prostrée sur le canapé.

« Valentina veut que l'on divorce. Que je n'empoisonne plus ta vie. » annonça-t-elle platement.

Ce fut au tour de Draco de l'observer silencieusement, ses doigts caressant machinalement le verre.

« Et toi, que veux-tu ? » s'enquit-il au bout d'un long moment.

« Je ne sais pas. Il n'y a plus trop d'espoir pour nous, hein ? » demanda-t-elle avec un pauvre sourire.

« Hermione, si tu ne veux pas divorcer, je t'en prie, dis moi que ce n'est pas juste pour des raisons financières ! » s'exclama-t-il les yeux brillants.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda-t-elle, perplexe.

« Quand nous avons abordé le sujet pour la première fois, je t'ai dit que tu sortirais perdante d'un divorce. » Il hésita un peu. « Tu te rappelles? » Elle acquiesça.

« Ce n'est pas entièrement vrai » déclara Draco sans la regarder. « Je veux dire, nous nous sommes mariés sous le régime de la séparation des biens donc théoriquement, tout ce qui est ici n'appartient qu'à moi. Mais si tu veux divorcer, si tu le veux vraiment parce que ma vue te fait horreur, alors je ferai en sorte que tu aies une pension confortable. »

« C'est très généreux de ta part, Draco. » murmura Hermione.

« Je ne veux pas que tu restes pour l'argent. Je veux que tu restes parce que tu crois encore un peu en nous ou pour n'importe quelle autre raison, tant que ce n'est pas pour l'argent. S'il te plaît. »

Elle l'avait rarement vu aussi désemparé.

« Si nous devons divorcer, ce ne sera pas parce que ta vue me fait horreur... J'espère que tu me crois. » ajouta-t-elle, voyant qu'il ne bronchait pas.

Draco but pensivement une gorgée de brandy.

« D'ailleurs, je suis désolée pour toutes les choses que j'ai pu dire lors du mariage, je sais que Valentina ne me le pardonneras pas, et bien sûr, tu as tous les droits de m'en vouloir... En fait, la question serait plutôt de savoir si tu veux divorcer !» ajouta-t-elle dans un petit rire amer.

« Evidemment, j'aurais préféré que tu dises tout cela en privé, surtout que c'était incroyablement humiliant... Mais, à mon plus grand malheur, je ne suis pas capable de te haïr plus d'une heure.» soupira-t-il.

Les deux époux échangèrent un long regard, et durant un fraction de seconde, chacun crut deviner quelques reliquats de tendresse dans les yeux de l'autre.

« J'aurais voulu te rendre heureuse, mais partout où je regarde, je ne vois que l'échec. » reprit doucement Draco. « Peut-être que te laisser partir est le meilleur que je puisse t'offrir. Peut-être, effectivement, que nous devrions divorcer. »


Plus que deux chapitres avant la fin! Pas d'adultère ou de haute trahison, et pourtant, le couple se délite peu à peu. Quels sont vos ressentis? Vos paris quant à la fin de cette histoire?

Dans l'attente de vous lire,

Ilda