Bonjour à toutes !

L'aventure Douce Déliquescence s'achevant ici, je voudrais remercier du fond du cœur toutes celles (ceux?) qui m'ont accompagnée durant ces trente-deux mois de publication en dépit des délais parfois honteusement longs.

Lasiurys, Smirnoff, khalie, Aurelle, Oohfemmeluxieuse, Ely Malfoy, nevermind the bollocks, London123, Tatsuhei, Cynthia, Guest, TheRedDress, imen, Letilableue, lilou, darkwinterpoems, Kiwoo, Sscg, Matalyx, et Elisendre vous avez toute ma gratitude pour avoir pris le temps de me faire part de vos impressions, pour m'avoir encouragée, bref, merci à vous sans qui cette histoire ne serait que lettres mortes.

Merci également à JKR pour m'avoir gentiment prêté Hermione et Draco (elle le regrette peut-être, d'ailleurs, étant donné ce que je leur ai fait subir.)

Bonne lecture !


Ils se retrouvèrent sur la chaussée éblouissante avant même d'avoir réalisé qu'ils étaient sortis du tribunal. Désorientés, incapables de se rappeler par où ils étaient venus, ils fixaient le trottoir l'air atone. Hébétés.

« Alors, ça y est, c'est fini... » dit Draco en fixant un point imaginaire. « Je crois que je ne réalise pas encore.»

« Ne fais pas cette tête » répondit Hermione avec un sourire de façade « à l'heure qu'il est, ta mère est sûrement en train d'allumer un feu de joie. »

Il réprima un léger rire. « Tout de même...tu ne te sens pas un peu bizarre, toi ? »

Elle se mordilla la lèvre inférieure quelques instants avant de déclarer d'une voix étrangement calme: « J'ai l'impression qu'un bout de papier vient d'annuler trente ans de ma vie, comme si tout ça n'avait été que du vent... »

Ils avaient signé sans aucune difficulté les innombrables déclarations qui ratifiaient le divorce. Ils avaient signé sans larmes, sans cris, sans injures et sans qu'une seule goutte de sang ne coule.

« On a fait pour le mieux, non ? » demanda Draco en lui jetant un regard en biais. « Peu de couples ont la chance de vivre un divorce aussi paisible que le nôtre...Pour ma part, je suis soulagé que les choses se soient faites à l'amiable...connaissant nos caractères respectifs, j'avais un peu peur que... enfin, tu vois.» conclut maladroitement son ex-mari.

Hermione acquiesça nerveusement et il devina à son visage ostensiblement tourné vers l'autre côté de la rue qu'elle tentait de masquer ses larmes. Il délibéra un instant sur la conduite à tenir -lui poser la main sur l'épaule ? - mais se contenta de rester planté là, se balançant machinalement d'un pied sur l'autre.

« Au fait, t'ai-je dis que j'avais mis fin à mon contrat avec Carver ? » dit-elle d'une voix enrouée.

« Ah bon ? » Draco parut surpris. « Je pensais au contraire que tu aurais besoin d'écrire, après...après tout ça... » Elle hocha négativement la tête. « Apparemment, je te connais encore moins bien que ce que je croyais. » murmura-t-il.

« Écrire m'aurait rappelé sans cesse nos premières années de mariage et je n'ai pas vraiment besoin de ça...» Sa voix demeura en suspens. « Mon appartement à Eastbourne, notre divorce, » reprit-elle avec un regain d'assurance, « c'est une nouvelle vie maintenant, alors autant que les démons de l'écriture restent où ils sont.»

Tandis qu'elle se mouchait, Draco l'observa avec acuité, l'enveloppant de son regard pénétrant comme s'il la voyait pour la première fois.

« Est-ce que tu regrettes notre mariage ? » demanda-t-il brusquement. « Tu crois que c'était une erreur ? »

Il avait baissé les yeux et regardait avec attention le bout de ses chaussures comme si elles détenaient un savoir universel.

Hermione avait beau le connaître depuis trente-deux ans, elle fut presque déstabilisée par cette question qui trahissait tant d'incertitudes. Même le jour de leur divorce, cet homme insaisissable parvenait encore à la surprendre. Elle sourit intérieurement.

« Je...Draco, je... je suis vraiment fière que tu sois le père de mes enfants... On a vécu des moments formidables tous les deux... » Elle prit une profonde inspiration. « La seule chose que je regrette, c'est d'avoir mis tant de temps à reconnaître que nos chemins s'étaient éloignés. Ces derniers mois , que dis-je, ces dernières années , on était devenu invisible l'un pour l'autre; je n'étais qu'un meuble de plus dans une maison désertée, et à mes yeux, tu étais devenu un homme plein de secrets qui ne jugeait plus sa femme digne de les partager... »

Elle essuya furtivement une larme.

« Si tu savais combien j'ai pu te détester dans ces moments-là ! Et ce qui me révoltait le plus, c'était de savoir que tous ces ressentiments détruisaient peu à peu notre histoire, de savoir que je m'étais trompée, que finalement, nous étions comme les autres et que nous ne résisterions pas aux ravages du quotidien...Crois-moi, haïr l'homme qu'on a épousé est une sensation que j'aurais préféré ne jamais connaître. » ajouta-t-elle à voix basse.

« Pourquoi ne m'as-tu jamais rien dit ? Pourquoi ne m'as-tu pas quitté plus tôt ? » déglutit péniblement Draco.

« J'ai longtemps gardé l'espoir que... que quelque chose changerait. Et puis, je suppose que je manquais de courage.» Elle haussa les épaules. « Enfin, c'est inutile ressasser tout ça, maintenant. »

Hermione esquissa un pauvre sourire.

« Tu es sûre que ça va aller ? » s'enquit-il doucement..
« Oui, oui, ne t'en fais pas. »
« Tu ne dis pas ça juste pour me faire taire, n'est-ce pas ? »
« Non, vraiment. On a pris la bonne décision. » affirma-t-elle en le regardant droit dans les yeux.
« Alors, j'en suis heureux.»

Le temps d'un sourire, ils se sentirent incommensurablement soulagés. Libres.
Une légère brise leur caressait le visage, le mois de Juillet était déjà bien entamé et l'été s'annonçait étonnamment clément. C'est une belle journée pour un adieu, songea Draco.

« J'imagine qu'on aura l'occasion de se revoir, même si les repas de famille avec Valentina risquent d'être... compromis » reprit Hermione au bout d'un moment.

« Laisse-lui encore un peu de temps un jour, ce ne sera plus que de l'histoire ancienne. »

« Je suis étonnée que tu sous-estimes à ce point les rancœurs familiales. » soupira-t-elle.

« Ne te rends pas malade, Hermione. Tu ne peux rien changer à ce que tu as dit, alors, à quoi bon te torturer ? »

Elle fronça les sourcils. « Je viens de perdre mon mari... je ne tiens pas à perdre le peu de famille qui me reste. »

Il l'attira à lui et la serra précautionneusement dans ses bras. Elle lui parut un peu guindée - cela faisait tellement longtemps qu'ils n'avaient pas partagé le moindre contact ! - mais doucement, elle finit par se laisser aller, sa tête allant même jusqu'à reposer contre son épaule.

« J'ai compris quelque chose grâce à toi » lui chuchota-t-il à l'oreille. « J'ai compris que l'amour, aussi fort soit-il, ne faisait pas tout. »

Pour toute réponse, Hermione l'embrassa furtivement sur la joue avant de relâcher leur étreinte.

Elle papillonna des yeux tout en jetant un coup d'œil à sa montre en or blanc -celle que Draco lui avait offert pour ses quarante ans.

« Je vais y aller, j'ai encore un peu de route à faire. »

Il fit un bref signe de tête. « Tu sais qu'on aurait fêté nos trente ans de mariage en septembre ? » demanda-t-il soudain.
« Oui, j'y ai pensé l'autre jour. Quand j'étais jeune, je me demandais ce que mes parents pouvaient bien ressentir après tant d'années de vie commune...je suppose que je sais maintenant. »

Draco acquiesça pensivement. « Je suis garé par-là je crois » dit-il en désignant une rue transversale.

« Vas-y, ils vont t'attendre au bureau. D'ailleurs, pour les honoraires de l'avocat, comment veux-tu que l'on fasse ?» s'inquiéta-t-elle.

« Laisse, c'est un ami. Il me le doit bien. »

« Entendu. Eh bien...je crois qu'il est vraiment temps d'y aller alors... » Elle parut hésiter quelques secondes avant d'ajouter : « Bon vent, Draco. Je sais que quoi qu'il t'arrive, tu t'en sortiras toujours. Tâche juste d'être heureux. » conclut Hermione avec un sourire embué.

« Toi aussi. Tu le mérites. » répondit-il à voix basse.

Ils échangèrent encore un regard tandis qu'elle s'éloignait de quelques pas, et, dans un dernier sourire, Hermione disparut.


Voilà, « ça y est, c'est fini » pour reprendre les mots de Draco.
J'espère que celles qui priaient pour un happy-end ne sont pas en train d'aiguiser leurs couteaux, ou de vider une boîte de kleenex ?

Personnellement, je ne trouve pas que ce soit une fin horriblement triste, juste un dénouement logique et inéluctable – plusieurs d'entre vous ont remarqué mon souci du réalisme et c'est toujours dans cet esprit que j'ai écrit ce chapitre, en espérant que ce soit convaincant.

D'une certaine façon, Hermione et Draco se sont « redécouverts » dans la lumière du divorce (l'un et l'autre se rendent comptent qu'ils ne connaissaient pas leur conjoint aussi bien que ce qu'ils imaginaient) de même, leur dernier dialogue est à la fois le plus long et le plus apaisé de toute l'histoire, ce qui, a mes yeux, est lourd de sens.
D'ailleurs, peut-être vous en êtes-vous aperçu, ce changement avait été amorcé au chapitre précédent, lors de leur rendez-vous dans un café (lieu neutre qui fait office de transition entre la maison conjugale et la rue devant le tribunal) où la discussion entre les époux oscille entre gène, affection et froideur.

Le défi de cette fic, c'était de dépeindre un couple confronté à sa propre fin, sans qu'il y ait la moindre circonstance aggravante. Pas d'adultère, de trahisons, de meurtre, de menaces de suicide, de conflits liés à l'argent et autres joyeusetés que l'on peut rencontrer dans ce genre de situation; juste un couple des plus banals qui se voit rongé par les doutes et les non-dits.
A vous de me dire si le pari est gagné... !

Pour ma part, j'aime à croire que ce dernier chapitre est, d'une façon un peu tordue (typiquement ildaéenne), le plus heureux de tous : les masques sont tombés avec les convenances, il n'est plus question de lassitude et de morosité, de rancœurs et de regrets, juste deux êtres qui ont reconnu leurs erreurs et qui se rendent mutuellement leur liberté, précisément parce qu'ils conserve(ro)nt toujours une forme de tendresse et de respect l'un pour l'autre.
D'ailleurs, vous avez vu combien Hermione et Draco se sourient?

Enfin, je voulais que Diana et Valentina, avec leur petite vie parfaite et quelque peu insipide, forment un contrepoint ironique au couple parental qui, lui, se délite et voit ses illusions voler en éclats. Je ne crois pas que l'on puisse avoir beaucoup d'empathie pour elles, qu'en pensez-vous ?
Sinon, je reconnais ne pas avoir beaucoup creusé le personnage d'Isadora, mais des trois sœurs, c'est sans aucun doute celui qui a l'air (enfin, j'espère) le plus « vrai », non?

Un dernier mot pour conclure, j'avais prévu de longue date que la fin de cette histoire correspondrait à la fin de leur mariage, mais bien sûr, libre à vous d'imaginer une suite si le cœur vous en dit.

Vos avis, quels qu'ils soient, sont attendus avec impatience !

Ilda


P.S : pour répondre à la question de lilou, oui, je vais continuer de publier d'autres histoires – le début de la prochaine, intitulée Le Mal du siècle, sera d'ailleurs en ligne pas plus tard que mercredi prochain.
En voici le résumé :

Septembre 1814.

Derrière l'or et le marbre se cachent les non-dits et Hermione Granger, jeune gouvernante fraîchement entrée au service de l'illustre famille Snape, va le découvrir à ses dépens alors qu'un monde fascinant – et surtout, un homme – s'offrent à elle.

Des brumes anglaises aux vallons verdoyants de Toscane, elle deviendra peu à peu, entre éblouissement et amertume, l'indispensable souffle de vie d'une âme tourmentée et tandis que le passé rôde, dans l'ombre progresse le mal du siècle.

En espérant vous y retrouver nombreux, je vous souhaite à tous une bonne rentrée !