DURANT LE CONTRAT

Etonnamment, le voleur et l'espionne parvenaient à combiner leurs capacités à merveille et avançaient rapidement, tout autant que furtivement entre les pièces du labyrinthe qu'était le quartier général de la guilde. Cependant, plus ils approchaient du lieu où se trouvait le grand chef, plus les gardes et autres membres de la guilde étaient nombreux, sur leurs gardes, bien équipés et forts. Ils tentèrent plusieurs sorties dans des pièces difficile d'accès, mais sans toujours réussir à s'en sortir sans combattre.

Les deux compères étaient essoufflés, mais enfin en sécurité dans un conduit d'aération un peu éloigné des locaux en activités. Si le gobelin pouvait se tenir presque debout là-dedans, la jeune femme était obligée de s'accroupir, au mieux. Elle s'assit carrément pour relâcher la tension. Ils avaient manqué de se faire tuer après une manœuvre un peu trop risquée pour entrer dans le bureau du Capitaine de la guilde et étaient tombés de plusieurs mètres avant de parvenir à se rétablir et à fuir.

-C'était juste ! s'exclama Styx.

-Oui, désolée, je n'aurais pas pensé que ce type viendrait jusque là... souffla Brune.

-En tout cas, je ne m'attendais pas à ce que tu aies atteint ce niveau !

-J'ai gagné en agilité, hein ?

-En tout, je dirais ! ricana Styx, tu lui as carrément fait tourner la tête à ce garde !

Elle eut un petit rire et lui dit:

-Les hommes sont toujours beaucoup plus causant face à une femme qui parvient à les séduire, et je ne te parle même pas de ce qu'ils peuvent raconter sur l'oreiller !

-Et tu fais ça souvent, maintenant ?

-Si c'est le moyen le plus sûr et le plus rapide, oui, sinon, pas forcément.

-Et avec la souplesse que tu as obtenu, ils ne doivent pas s'emmerder !

Elle rit:

-Même pas besoin d'aller jusque là, ces pauvres types sont des affamés qui n'ont plus connu aucune satisfaction quelle qu'elle soit depuis trop longtemps. Du coup, ce n'est jamais très compliqué, ni même très long heureusement !

Styx ricana, puis lui lança:

-À part ça, s'il y a encore dans ce dédale des mecs aussi balèzes que le dernier auquel on s'est frotté, je devrais te demander 200 pièces de plus !

Brune sourit:

-Je t'avoue, je n'avais pas non plus prévu ça ! Mais je suis plus calme avec toi à mes côtés, j'étais confiante sur le fait qu'on s'en sortirait. Enfin, si tu veux, pour compenser, je peux déjà te donner un acompte !

-Tu as de l'or sur toi, peut-être ? se moqua Styx.

-Je ne parlais pas de ça ! sourit la jeune femme.

-Ne me fais pas marcher, ricana le gobelin.

-Quoi, tu ne crois pas que je tienne parole ?

-Oh, je pense qu'une fois le travail terminé, peut-être la réussite te permettra de surpasser ton dégoût ! lâcha le peau verte dans un sourire moqueur.

-J'ai connu des humains cent fois plus repoussants que toi. Et en plus, je ne les appréciais pas.

-Haha, c'est bon à savoir !

-En ce qui te concerne, par contre, je t'apprécie de plus en plus.

-Tu sais que si tu me paies, tu n'as pas besoin de me séduire ! répliqua le gobelin dans un sourire en coin.

Brune rit:

-Ce n'était pas le cas, je disais juste ce que je pensais !

-Oh.

Il y eut ensuite un silence calme, puis Styx demanda:

-Mais avec tes nouvelles... capacités, tu parviens quand même à ne pas être blasée ?

-Comment ça ?

-Je veux dire, ça m'emmerderait de ne plus avoir goût à quelque chose parce que c'est devenu une partie de mon job !

-Oh, je vois, tu parles de coucher avec quelqu'un ! Non, enfin... du moment que je le fais par envie et que le désir est présent, ça change tout ! Je n'ai plus besoin de simuler ou de jouer un rôle, je peux être moi-même et c'est bien plus agréable !

Elle sourit et Styx ricana:

-Content pour toi !

-À part ça, je crois que je me suis démis quelque chose dans le bas du dos, ça me tire violemment !

-Tu te serais blessée durant la chute ?

-Possible... La réception était brutale... tu crois que tu pourrais... vérifier et me remettre droite ?

-Je peux essayer, mais je ne suis pas guérisseur.

-Merci !

Elle se tourna dos à lui en enlevant son haut, restant en soutien-gorge. Styx ne se gêna pas pour mater et ricana :

-Tu as vraiment changé !

-Oh, crois-moi, la pudeur est un luxe que je n'ai plus ! sourit-elle dans un regard par dessus son épaule.

Il ne répondit pas, passant juste ses doigts le long de sa colonne pour tenter de déterminer si une vertèbre était sortie de sa place. Il la sentit effectivement pas loin du bas des reins de Brune.

-Tu avais raison, il semblerait, fit le gobelin en appuyant sur la vertèbre en question.

-Agh... oui, c'est là... merde...

-Je peux essayer de la repousser, mais...

-Je vais me mettre à plat ventre, ce sera plus simple et moins douloureux, si tu veux bien.

-Vas-y.

Elle s'installa sur le ventre et Styx passa au-dessus d'elle, glissant à nouveau ses doigts dans son dos pour repérer la vertèbre déplacée et le sens dans lequel il lui faudrait la remettre, tout ça en faisant abstraction de la peau de Brune.

-Je l'ai... attention...

Elle hocha doucement la tête et il appuya de tout son poids, et surtout avec force, puisqu'il ne pesait certainement pas assez, puis sentit l'os se replacer d'un coup sous ses doigts. Brune lâcha d'abord une onomatopée douloureuse, puis un soupire d'aise:

-Ahh, merci... c'est beaucoup mieux là...

-De rien !

-Tu es vraiment doué de tes doigts, voleur !

Styx eut un rire, tandis que Brune se remettait assise:

-C'est pour ça que je suis le meilleur !

-Tu peux le dire ! sourit la jeune espionne.

Le gobelin eut une moue suspicieuse et Brune éclata de rire:

-Tu n'as pas l'habitude que l'on confirme lorsque tu te vantes, pas vrai ?

-Hin, effectivement. Même celui qui ressemble le plus à un ami pour moi m'appelle encore "Rakash" lorsque je me vante trop !

Il sourit en pensant à Arkail, puis se tourna vers Brune:

-À part ça, j'aime bien comment tu as... évolué.

Elle sourit sans cacher sa joie et le remercia. Encore une fois, Styx resta perplexe face à ce qui semblait être de l'affection de la part de la jeune femme. Puis il se rappela:

-Tu sais que tu as le droit de te rhabiller ?

-ça te gêne ?

-Pas moi, non !

-Alors je suis plus à l'aise comme ça pour l'instant, sourit-elle.

-C'est toi qui voit !

Le gobelin se posa alors dos contre le mur en croisant les bras derrière la tête et en fermant les yeux. Il tenta de ne pas se laisser perturber par le sourire de son amie, mais sur le moment, il avait eu terriblement envie d'accepter l'acompte proposé plus tôt. Il avait toujours trouvé les humaines attirantes, mais à part en payant dans les bordels, il n'avait pas souvent eu l'occasion d'y toucher. En général, bien que pratique pour sa spécialité, son physique n'avait pas l'apparence recherchée par la gente féminine et ça, sans parler de sa tête de gobelin. Il aimait vraiment bien Brune et sachant à présent ce que son travail lui demandait régulièrement, il n'avait pas envie de la forcer ou qu'elle ne se force. C'est en pensant à ceci qu'il sentit soudainement l'odeur de la jeune femme plus proche de lui, puis ses doigts contre son bras. Il ouvrit un oeil pour voir ce qu'elle faisait et elle sourit:

-Je ne suis pas la seule à avoir évolué, tu as pris du muscle on dirait !

-Hin, lorsque je passe au village d'Arkail, on s'entraîne ensemble, et c'est toujours un sacré challenge cette boule de muscle, alors évidemment...

Elle rit doucement, un rire léger, puis lui lança:

-Ca te va bien !

Styx resta à nouveau perplexe et lui demanda:

-Qu'est-ce que tu cherches ?

Elle eut un sourire malicieux:

-À te pousser à me demander l'acompte !

-Tu as perdu la tête ?

-Peut-être... mais j'en ai envie.

Il fixa son regard pour tenter d'y percevoir le piège, mais il n'y vit rien. Elle paraissait sincère de manière désarmante.

-Brune...

Mais la jeune femme ne fit que se rapprocher de lui, jusqu'à finalement déposer ses lèvres contre les siennes. Etrangement, ce baiser n'avait rien à voir avec ce que le gobelin avait déjà expérimenté. Cette fois-ci, il sentait l'envie à travers les lèvres de la jeune femme et ça le vrilla de l'intérieur. Elle se mordit la lèvre une fois le baiser terminé et lui souffla:

-Désolée...

Ce qu'il se passa dans la tête de Styx était impossible à décrire par des mots, mais il agit de manière irrépressible, attrapant la nuque de Brune pour renouveler son baiser, plus profondément. La manière dont l'espionne s'abandonna alors à lui, s'agrippant d'une main à son dos et glissant l'autre contre celle qui lui tenait la nuque fit perdre la raison à l'assassin. Il amena son autre main contre la peau de son flanc découvert, puis descendit ses lèvres au cou de la jeune femme, goûtant à sa peau tendre. Brune laissa échapper un soupir d'aise, et alors qu'elle frémissait sous ses doigts, Styx cru brûler de désir. Il défit son soutien-gorge d'un claquement de doigts, amenant ensuite lèvres, langue et dents à sa poitrine, lui tirant une onomatopée de plaisir. Elle glissa ses mains sur les muscles secs des cuisses du voleur et celui-ci défit le bas de la jeune femme avec empressement. Dès qu'elle fut libérée de ses tissus, Styx lui remonta les cuisses sur ses épaules et poussa sur la souplesse de Brune pour ensuite glisser ses doigts à son temple dans un nouveau baiser. L'espionne agrippa le tuyaux passant au dessus d'elle et répondit au baiser de son partenaire en roulant du bassin pour lui laisser le champ libre. Il posa son front contre le sien et fixa son regard alors qu'il glissait un doigt en elle. Brune laissa échapper un gémissement alors qu'il atteignit directement un point sensible chez elle. Puis elle se mordit la lèvre en peinant à garder les yeux ouverts pour soutenir le regard de son amant lorsque celui-ci ajouta d'autres doigts commençant à jouer de sa dextérité sur elle. Elle jura en soufflant le nom de Styx et ferma les yeux sous la montée du plaisir. L'assassin eut un sourire pervers et se lécha la lèvre, avant de ramener cette dernière avec le reste de sa bouche au buste de Brune. Celle-ci commençait à haleter de désir face à l'habileté du voleur. Les joues rosies par les bouffées de chaleur, Brune échappa le nom de son amant, suppliante. Styx sourit en l'entendant, puis lui accorda le baiser qu'elle quémandait en tendant le cou vers lui, retirant sa main pour s'introduire enfin en elle. Ce fut alors à lui d'échapper un râle de plaisir, tandis qu'elle se mordait la lèvre en gémissant. Le voleur glissa sa tête au creux du cou de son amante, commençant à bouger des hanches avec passion, tout en savourant d'entendre le cœur de Brune s'affoler à travers sa jugulaire. Tandis qu'il maintenait la cadence en variant les mouvements, la jeune femme peinait de plus en plus à retenir sa voix, tirant le tuyaux qu'elle tenait sous le délice qu'elle ressentait. Styx se mordit la lèvre en sentant qu'il se perdait à son tour dans une extase indescriptible, mais garda assez conscience pour entendre les supplications de sa partenaire. Brune étouffait de son mieux ses cris:

-T'arrête pas! t'arrête pas ! Encore ! Ouihh!

L'assassin se contint jusqu'à la sentir crisper tous ses muscles et se resserrer autour de lui dans l'orgasme pour se lâcher à son tour dans un râle de satisfaction.

Reprenant leur souffle difficilement, les deux amants se mirent soudainement à rire. Ils étaient en terrain hostile, coincés dans des bouches d'aération qui formaient leur seul refuge, ayant risqué la mort plusieurs fois en peu de temps, et ils venaient de s'envoyer en l'air dans la position la plus compacte qu'il leur était possible de trouver, une situation plutôt improbable. Puis ils reprirent leurs esprits et Brune souffla:

-Whoa... c'était... intense !

-C'est le mot.

Elle sourit et Styx secoua la tête en ayant remarqué les larmes qui embuaient la vue de la jeune femme. Alors ce n'avait pas été du bluff, elle avait vraiment aimé... Il releva ensuite le yeux sur elle, sérieux:

-Occupons-nous de ce contrat... et une fois que tout sera terminé, on reparlera de ça !

-Avec plaisir !

Styx ne sut retenir un sourire en coin avant que les deux ne se rhabillent correctement pour repenser leur stratégie et sortir de leur cachette, remontés et déterminés.