Titre : Only Poisoned Your Mind

Auteur :Wolfin Hope

Bêta reader : veronicka

Origine :Twilight

Genre : Yaoi/Slash, Angst, Crime & Friendship/Romance

Couple : Jared/Embry pour l'instant, Jacob/Paul d'autres peut être à découvrir...

Disclaimer : Comment dire que j'aimerais avoir une belle horde de loups garous dans mon jardin mais je crois que c'est mieux pour eux qu'ils continuent d'appartenir à Stéphanie Meyer :k, et les acteurs du film à eux même. L'univers et quelques personnages en revanche sont de ma création !

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Partie 5

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Le retour à la réalité est d'autant plus difficile que le rêve a été beau. Après son voyage en Californie avec Jacob Paul a bien du mal à redescendre de son petit nuage. Quand on a passé le week-end sur un hippodrome et que l'on s'est fait promettre une escapade à Paris le train train quotidien paraît ennuyeux et sans aucun attrait.

Cela étant il a bien fallu qu'il retourne travailler, bon l'idée de se faire entretenir par son petit ami lui a effleuré l'esprit mais il s'est vite ressaisi. La perspective de vivre tel un parasite est peu glorieuse en y réfléchissant. Les messages qu'ils échangent tout au long de la journée avec Jake l'aident à tolérer son absence, ça fait sans doute très ado pré pubère de s'envoyer des petits mots incessamment mais étonnement avec son cadet ça ne le dérange pas, plus que cela, il adore.

"Arg pas possible t'es grave avec ce mec !"

"Pfff tu dis ça parce que tu viens de te disputer avec Embry."

Ronchonne Paul à l'adresse de son meilleur ami, sans même lever les yeux de l'écran du téléphone portable entre ses mains. A l'entente du soupir attristé de Jared il range son portable et lui accorde toute son attention.

"A propos de quoi au juste ?"

"C'est la faute à Bosco...Encore !"

Trop c'est trop, Paul ne retient pas un rire en s'exclamant :

"Arrête de remettre tes problèmes de couple sur le dos de ce pauvre chien."

Non mais c'est vrai, ce chien a l'air de leur créer plus de problèmes qu'autre chose. C'est certain, sans parler que le caractère psycho-rigide sur les bords d'Embry accordé à celui bordélique et un peu déphasé, il faut l'avouer, de Jared donnent un cocktail régulièrement explosif. Toutefois dans ces souvenirs aucune dispute n'a été plus loin qu'une bouderie de quelques heures.

Il arrivent dans le quartier latino de New York, en vue du 'Cueso Caffe' où ils ont rendez vous avec Rejo, Akira et Leah. Une odeur d'encens à la vanille leur parvient de l'intérieur du vieux bâtiment décrépi. Paul repère leurs amis installés en terrasse, un peu à l'écart.

A peine installés, Jared interroge Leah :

"Sam est pas venu ?"

"Oulah il est stressé comme pas possible avec toutes ces histoires..."

Un frisson général les secoue à cette évocation avant que l'atmosphère détendue ne reprenne le dessus.

"Dis moi Akira on peut savoir pourquoi tu nous fais venir dans le quartier latino, tu devrais pas plutôt nous inviter à boire du saké ?" Demande Paul.

Il faut avouer que l'invitation du japonais est des plus surprenante, sachant qu'il n'habite absolument pas dans ce coin de New York. Rejo se prend la tête dans les mains en faisant la moue :

"M'en parle pas ! Il me traîne ici tous les jours sous prétexte que j'habite à coté..."

"Et pourquoi tu portes des lunettes de soleil alors qu'il n'y a pas de soleil Aki ?" Enchaîne Jared, curieux.

"Pour mater le serveur sans me faire repérer." Le ton égal de l'asiatique le fait tiquer.

"Non mais on est dans la quatrième dimension, c'est un peu too much les lunettes !"

Les autres ricanent un peu et repèrent le serveur en question, un jeune latino à peine majeur et ça Rejo le sait parce qu'il vit dans l'immeuble en face du sien depuis quelques mois. Inutile de préciser que l'intérêt d'Akira pour le jeune homme intrigue ses amis. Paul se lance le premier, sans prendre de pincettes :

"T'es vraiment bizarre, non mais tu vas le traumatiser ce pauvre gosse ! Il est l'antithèse de ton type de mec habituel."

"Ben et alors ? Qui aurait cru que tu te mettes avec un mec comme Black ?"

Un partout, la remarque n'est pas fausse.

"Enfin, je suis d'accord avec Paul il parait un peu jeune..." Intervient Leah.

"L'amour n'a pas d'âge."

"Et ben on aura tout entendu." Grogne Jared sous les rires de Rejo.

Le revirement de personnalité du japonais les laisse sur le cul. Paul en vient à croire qu'un vent d'amour et de paix paradoxale au contexte souffle sur New York ou bien c'est une lubie passagère d'Akira, ça lui arrive régulièrement.

"Et tu comptes t'y prendre comment ?"

Paul se retient d'ajouter qu'il devrait, au préalable, stopper sa consommation de drogue, histoire de ne pas effrayer en plein le gamin.

"C'est simple on va le tester...Il arrive vers nous. Jared embrasse Rejo et pas un truc dégueu hein, faut que ça ait l'air romantique, que ça lui donne envie vous voyez ?" Le ton du japonais demeure neutre.

Leah et Paul ne retiennent pas un rire narquois tandis que Jared et Rejo échangent un regard exaspéré.

"S'il vous plaît !"

Les deux acteurs abdiquent, à vrai dire l'idée d'échanger un baiser ne les émeut pas plus que ça, ils ont l'habitude de se chauffer pour le besoin de certains shows. Jared saisit donc plus ou moins délicatement le menton de l'hispanique et dépose ses lèvres sur les siennes brièvement avant de se retirer. Au sourire satisfait qu'affiche Akira ils ont rempli leur contrat.

Le jeune serveur latino se dirige vers eux, il ne parait nullement choqué par l'échange entre les deux danseurs. Il arbore un grand sourire engageant, ses yeux ont une lueur malicieuse et sa peau mate contraste avec leur couleur bleu clair. Paul admet qu'il dégage un charme innocent qui est touchant. Mais bon c'est du barmaid japonais complètement déluré dont il s'agit ! Celui qui, à priori, aime se faire attacher au lit ou des trucs dans le style. Nul doute que le latino doit être beaucoup trop ingénu pour pareilles pratiques. Paul se contente de ricaner discrètement alors que le jeune homme prend poliment leurs commandes.

Les boissons arrivées les conversations divaguent en tout sens.

"Au fait Rejo j'en ai une pour toi ! C'est quoi un squelette dans un placard ? "

L'hispanique tire la langue à l'intention de son interlocuteur :

"Mon pauvre Paul tu radotes ! Un Espagnol qui a gagné à une partie de cache-cache...En plus elle est nulle !"

"Moins que toi !"

"Pfff tout dans les muscles rien dans la cervelle !"

Ils rient de concert. Il squattent le café durant une partie de l'après midi, Akira tente des approches subtiles, un peu trop peut être ? vers le jeune serveur ce qui fait marrer Jared à chaque fois. Ils décident de rentrer lorsqu'une fine pluie s'abat sur la ville. Le ciel s'est couvert, transformé en un voile gris opaque.

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L'air froid fouette le visage de Paul, il frissonne et remonte un peu le col de sa veste en cuir. Il est nerveux et fatigué, il a passé la soirée avec ses collègues de travail afin de fêter l'anniversaire de leur patron. Si la fête était très sympa il n'a ainsi pas pu voir Jake de la soirée. Un besoin vital d'être avec l'autre le ronge jour après jour, il se console en pensant que même s'il avait été au Wolf son compagnon n'aurait eu que peu de temps à lui accorder, les messages qu'ils échangent constamment l'y aident.

Il arrive devant son immeuble et distingue la silhouette de Jared adossé à un vieux mur en pierre défraîchi, Bosco couché à ses pieds. Un nuage de fumée blanche s'échappe de la bouche du jeune homme, l'odeur du tabac l'entoure. Paul renifle en s'approchant, les effluves de nicotine lui piquent le nez. Il s'étonne que son meilleur ami soit dehors à une heure pareille. Ils se font signe et le mécano s'adosse à coté de l'autre en silence. Paul refuse la cigarette qu'on lui propose avant de demander doucement :

"C'est quoi le problème ?"

Parce que si son ami fume à approximativement 4h du mat' en bas de leur immeuble c'est qu'il est contrarié, ou triste, ou même les deux ! Jared grimace puis laisse tomber son mégot au sol afin de l'écraser.

"Je me suis disputé avec Embry..."

"Ça n'a rien d'original !" S'amuse Paul.

"Peut être...Du coup je suis parti dès la fermeture du bar, je n'ai pas attendu qu'il termine son service. Le bar ferme à 1h, il est bientôt 4h, il aurait déjà dû rentrer !"

La voix rauque de Jared brise l'obscurité, légèrement inquiète. Son ami tente de le rassurer :

"Il aura peut être été vexé et sera allé chez Aki ou même Sam non ?"

"Il a jamais fait ça ! Akira m'a confirmé qu'il était bien parti dans l'intention de rentrer à la maison !"

Quand il sent la panique gagner son vis à vis Paul décide de le faire parler pour l'occuper, en espérant secrètement qu'Embry rentre entre temps.

"La dispute c'était quoi ?"

"Pfff une connerie...Akira lui a raconté qu'il nous a demandé d'échanger un 'baiser' avec Rejo et tu le connais il l'a mal pris. "

"T'as pris la voiture ?"

Nerveusement à ces mots Jared reprend une clope dans son paquet et l'allume, sa main tremble il doit s'y reprendre à plusieurs fois. Il tire une latte et répond, le regret dans la voix :

"Ouaip...J'aurais pas dû pff...Avec toutes ces histoires morbides j'ai tellement peur qu'il lui arrive quelque chose. Il répond pas au téléphone..."

"T'inquiète pas il a dû aller faire un tour pour se calmer."

Seulement les minutes silencieuses qui s'égrainent rendent son meilleur ami de plus en plus nerveux, anxieux et il envisage le pire des scénarios. Ils finissent par rentrer à l'appartement du couple, Paul ne se résout pas à laisser son ami seul dans l'attente, malgré sa fatigue et son envie de s'écrouler dans son lit et ronfler.

Tout deux affalés sur le canapé devant une chaîne qui passe un vieux film en noir et blanc, Jared se tord les pouces et enchaîne les cigarettes en soupirant, jetant des regards réguliers par la fenêtre.

Vers 6h du matin une vibration sonore le fait littéralement bondir sur son portable il ouvre le message et blanchit. Le manque de réaction du jeune homme pousse son ami à lui prendre le mobile des mains.

1 message de Mon cœur : *Lyscor Hotel sur Firnhall Avenue, chambre 121*

Jared perd ses moyens et son regard affolé cherche secours après de son homologue. Sans savoir quelle déduction en tirer les deux hommes se ruent à l'extérieur et prennent la voiture de Paul. Ce dernier juge l'autre dans l'incapacité de conduire, en dépit du message envoyé Embry ne répond toujours pas au téléphone. Jared s'agite sur le siège passager et perd patience, il hurle à son ami d'accélérer.

Les building défilent rapidement, le ciel s'éclaircit à l'horizon, un vrai matin New-yorkais. Pourtant ils n'ont nul temps d'en profiter. La golf crisse et couine au gré de la conduite mouvementée. Ils parviennent sans encombres à l'hôtel, Paul se gare devant l'entrée, sans prendre la peine de chercher une place plus convenable, la situation lui semble urgente.

L'établissement miteux ne donne pas envie et le vieux réceptionniste ronchonne à Jared de revenir quand celui ci court dans les couloirs, Paul ne s'attarde pas à lui expliquer le problème et se contente de suivre son ami, hors de contrôle. Il l'entend répéter en litanie :

"C'est ma faute, putain c'est ma faute..."

Un écriteau éraflé leur indique clairement : 'chambre 121'

Jared cogne la porte tel un fou furieux en hurlant que quelqu'un lui ouvre. Son ami pose une main sur son épaule, mais le raisonner parait vain, il est dans un état de panique avancée. Et puis il doit l'avouer au fond Paul n'est pas rassuré et se demande ce qu'il se cache derrière cette porte. Les protestations du réceptionniste qui dit appeler la police résonnent en arrière plan, insignifiantes. Par hasard Jared finit par tourner la poignée, la chambre n'était pas fermée à clé.

Leurs cœurs ratent plusieurs battements. En fait le tableau porte à une confusion profonde, troublante. Si Jared se paralyse et refuse d'y croire, cherchant une autre alternative, Paul, lui, a immédiatement compris. Dans la semi obscurité de sang se détache une silhouette immobile, allongée sur le lit. L'air est lourd, une odeur de sexe, de sang et de sueur.

Le jeune homme sent son estomac se retourner tandis que le visage de son ami se décompose à vu d'œil. Par geste réflexe Jared appuie sur l'interrupteur. La lumière rend honneur au lamentable spectacle qui leur est infligé.

La silhouette gémissante sur le lit est bien Embry, allongé sur le ventre et attaché à l'un des montants du lit. Le poignet et la corde, qui ressemble à une corde d'escalade, ensanglantés. il a dû tirer dessus de toutes ses forces pour tenter de se libérer. Étonnement il est entièrement vêtu, les vêtements tachés de sang à de multiples endroits, à l'égal des draps, éparpillés en pagaille.

Paul aperçoit le portable au sol, au pied du lit, ce n'est donc pas leur ami qui a envoyé le message, le violeur a fait en sorte qu'ils le trouvent. Embry tousse et sa respiration est difficile, il n'a pas bougé depuis leur arrivée, il parait si faible, à deux doigts de se briser. A vrai dire il est à peine conscient, difficile d'estimer depuis combien de temps il est ici. Paul a soudain froid et reste là sans agir, trop choqué.

Jared reconnecte à la cruelle et glaciale réalité. Les larmes dévalent ses joues aussitôt, il se jette sur son petit ami, qui sursaute violemment et crispe tout son corps avec la dernière goutte d'énergie qu'il lui reste.

"Bébé...bébé je suis tellement désolé..." Pleure Jared en le détachant.

Embry demeure silencieux et quand il se retourne avec l'aide de son compagnon, il peine à ouvrir les yeux et tremble de tout son corps. De longues traces de larmes marquent son visage tuméfié. Il a de nombreuses plaies, ce qui frappe Paul c'est la violence dont il a été victime mais aussi un petit détail : il a été nettoyé.

Jared, en larmes, répète ses excuses en litanie et commence à secouer Embry dans le but de le sortir de sa torpeur. Paul s'efforce d'oublier le nœud qui s'est formé dans son estomac et attrape brusquement l'épaule de son meilleur ami pour l'éloigner d'Embry.

"Calme toi bon sang !"

C'est peine perdue, Jared est devenu fou, il pleure de désespoir en criant qu'il est désolé et à son tour le corps allongé sur le matelas souillé reprend vie, de violents sanglots le secouent et il articule inaudiblement des 'désolés' qui sonnent vides et creux.

Ils sont perdus, de peur et de rage, leurs émotions s'emmêlent. Jared reprend le contrôle et calme ses larmes. Il sait qu'il doit s'occuper de l'homme qu'il aime. Il lui adresse des paroles douces et calmes en apparence.

Paul se dirige, guidé par des instincts nouveaux vers la salle de bain. Il réprime un haut le cœur à la vue des serviettes de bain humides et couvertes de sang, il imagine ce à quoi devait ressembler son ami avant les 'soins' de son agresseur. Pourquoi son assaillanta-t-il été si violent pour ensuite le nettoyer ? C'est incompatible non ? Il est tiré de ses pensées glauques par des gémissements douloureux.

"J'ai mal, mal..."

"J'appelle une ambulance !"

Paul se précipite pour aider son ami à relever Embry tout en se saisissant de son portable sur lequel il compose le numéro des urgences médicales. Ils maintiennent chacun d'un coté le jeune homme à demi-conscient et avancent lentement. La mine fermée et profondément brisée de Jared fait mal à voir.

A peine la porte de cette chambre maudite franchit toutes sortes de bruits confus les assaillent. Des cris, puis des flashs lumineux.

"Police ! Lâchez cet homme !"

"Et merde"

Grogne Paul entre ses dents. Il se souvient que le vieux réceptionniste a dit appeler la police. Comme s'il était transporté dans une autre dimension, tout se déroule sous ses yeux et son impuissance le tue. Il comprend que Jared a raison, l'horreur s'étend sous leurs pieds et les avale les uns après les autres dans un vide sans fond, il est temps d'y mettre fin.

Les policiers prennent en charge Embry malgré leurs protestations et il leur faut s'expliquer quant à leur présence. Ils sont conduits au poste, son meilleur ami se débat comme un diable et un agent est obligé de lui donner quelques coups de matraques avant qu'il ne se calme.

Ils ne restent pas longtemps au poste de police et leur destination première est l'hôpital. Pas de surprise, Embry a bien été violé, s'ensuivent encore des questions...Ils échangent un regard entendu, ils savent ce qu'ils leur restent à faire...Sauf que Paul sait pertinemment que son ami va être accaparé par son petit ami, il devra jouer ce coup là en partie seul.

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Les jours s'écoulent, sombres et tristes. Plus personne n'a l'envie de rire, les sourires leur écorchent les lèvres. Jared a doublé sa consommation de tabac. Paul se sent pris dans un étau qui se resserre inexorablement autour de lui, même si sa complicité avec Jake et leurs moments à deux lui permettent de garder un minimum le moral. Il est tiraillé entre deux états d'esprit : une plénitude et un bien être total en présence de son cadet et un horrible sentiment de danger le reste du temps, qui est bien trop souvent là à son goût.

Il sort rapidement de l'hôtel de Jacob, ce soir il lui a remis tous les rapports liés à l'affaire et Jared s'étant vu accordé des congés il décide de se rendre immédiatement chez lui, les documents en sa possession. Malgré l'heure tardive il sait pertinemment que son ami sera accoudé à sa fenêtre, une clope au bec, ses yeux autrefois vifs et joyeux totalement vides, Bosco couché devant la porte de leur chambre d'où Embry refuse obstinément de sortir. Cruelle scène renouvelée chaque jour.

Au détour d'un couloir il croit distinguer Seth mais ne prend pas la peine de vérifier ses soupçons, ce gosse est irrécupérable et finira de toute façon par mal tourner.

Le trajet en voiture lui parait interminable, sa hâte le fait conduire n'importe comment. Il se résigne à se calmer en voyant que s'exciter à taper du pied et accélérer par à coup ne l'aidera pas à arriver plus vite. Ses songes s'emplissent indépendamment de sa volonté...Un puissant désir l'enflamme, son corps réagit à une force inconnue, dissipe et imaginaire qui le relie à Jacob. La foudre traverse chacun de ses muscles, le transcende de l'intérieur. Ce qu'il ressent relève de l'inexplicable, il étouffe, meurt de chaud subitement. Tout s'efface, seul le regard de braise de son amant résonne en lui.

Il se met à transpirer, impuissant face à ce phénomène. Il se rend compte qu'il bande, à tel point qu'il en a mal. Il repense aux exercices de concentration qu'il faisait régulièrement alors qu'il était encore boxeur. Il lui faut bien le reste du trajet pour parvenir à un état de calme relatif et une absence d'érection. Comment peut il désirer spirituellement une personne au point d'en avoir physiquement envie ? Ses propres sentiments le dépassent.

L'urgence de la situation l'oblige à se ressaisir tandis qu'il sort vivement de sa voiture. Il se précipite jusqu'à l'appartement de ses amis et entre, sans prendre la peine de frapper. La scène est telle qu'il l'attendait. Son meilleur tourne à demi son visage aux traits tirés vers lui, une fumée opaque s'échappe de sa bouche.

"Il refuse toujours de sortir de la chambre, il ne veut pas me voir ni me parler, c'est à peine s'il mange. Il refuse tout contact avec qui que ce soit...Sauf Bosco. La psy dit que c'est normal que je doit lui laisser le temps sans le forcer à me parler ni à tolérer ma présence, je dois attendre, prêt à le soutenir, je suis impuissant...Bordel !"

Ho oui ça Paul le sait, la situation rend son ami fou, de rage, de tristesse. Après l'hôpital, les dépositions aux enquêteurs, Embry s'est muré dans un cocon solitaire et silencieux, en écartant même Jared, d'un seul regard blessé et profondément désolé.

Bien entendu au stade où sont les choses le club 'Wolf' est clairement visé d'une quelconque façon que ce soit, se sentant coupable Billy Black a offert un suivi psychologique aux victimes et aux proches, et a accordé une semaine de congé à Jared. Maigre consolation. D'après Jake des agents infiltrés vont surveiller le club de prêt, pourtant le sentiment d'insécurité globale demeure. Mais en l'occurrence il a entre ses doigts de quoi les aider à sortir de ce tourbillon infernal, ou tout du moins essayer.

"Tu devrais te calmer sur le tabac..." Il murmure, avant d'enchaîner : "J'ai récupéré les documents..."

L'absence de réponse est significatif. Son ami lui arrache les documents puis s'assied sur le canapé, les yeux dans le vague. Le moment va être dur. Il remarque les doigts qui se crispent sur le dossier concernant Embry. Bien sûr tout ça c'est illégal, mais quelle importance ?

Il épluche les feuillets toute la nuit durant, à bout de nerfs, tenus par leur seule volonté.

"On ne sait rien de plus qu'eux." Conclut Jared.

Paul hoche la tête et résume le profil dressé par la criminelle :

"Le fait qu'il mette ses victimes sur le ventre et les nettoie après l'agression manifeste une forme de regret, il refuse d'affronter en face leurs souffrances. Il porte des gants et des préservatifs donc aucune trace sur les scènes de crime. Le seul lien de ses victimes c'est le Wolf, pas d'autres points communs. Il est assez fort pour maîtriser physiquement des victimes telles que Greg...C'est une personne qui connaît le club et ses employés, membres, proches ou habitués et il nous connaît suffisamment bien puisqu'il t'a envoyé un message après l'agression. Mais ça prouve aussi qu'il n'a nullement eu l'intention de tuer ses victimes..."

Jared le fixe, pensif. Il tire une longue latte de sa cigarette et tousse bruyamment.

"Pour moi tout le monde est suspect seul toi et moi avons un alibi puisqu'on était ensemble à ce moment là." Il ajoute, la voix morne, vide d'émotions.

Leur cerveau est out, et Paul est submergé par une peur panique. Une paranoïa intense mais brève. Jared est-il réellement capable de soupçonner les gens qu'ils côtoient au quotidien, leurs amis ? ...Forcément, l'amour de sa vie a été violé par l'un d'eux, probablement.

"Oui mais qui aurait un intérêt à faire ça ? Le profil indique que c'est une agression vers le club..."

Jared tousse encore une fois avant de répondre :

"Et bien, si on est logique n'importe qui voulant couler la boite de l'intérieur, des concurrents ont pu fourvoyer des employés, ou alors un ex mal intentionné, une histoire passionnel, ça se voit souvent ! En même temps le début des viols concorde presque avec l'arrivée de Jacob, c'est quand même bizarre."

Paul évoque Edward, seulement ils en arrivent à la même conclusion, il leur manque des éléments, sur la vie des uns et des autres, sur tout et au final ça ne les mène nulle part. Ils se jurent de continuer à chercher, lire et relire ces foutus rapports le lendemain, le sur lendemain et les jours suivants. Ils finissent par s'endormir sur le canapé, qui fait aussi office depuis peu de lit au pauvre Jared.

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Les choses n'évoluent pas toujours dans le bon sens, ou tout au moins dans le sens qu'on voudrait leur donner. Et cet adage, Paul le vérifie. Jared s'enfonce petit à petit, il fume en continue, enterre ses poumons pour oublier les problèmes. Il a dû reprendre le travail et Momo, Paul se relaient pour veiller sur Embry, qu'il se refuse à laisser seul en son absence. Et il n'accepte pas de le laisser avec quelqu'un d'autre que ses deux amis, les deux seules personnes en qui il a encore confiance, la méfiance s'est immiscée sournoisement dans leur vie, omniprésente désormais.

L'enseigne éteinte du 'Wolf' se dessine devant lui, il est clair que les viols à répétition ont fait baisser considérablement la fréquentation du club, pourtant les employés qui restent, y mettent leur cœur, en dépit de la peur et la tristesse, il semble que personne n'abandonne.

Billy Black est rentré exprès de Los Angeles pour épauler son fils et Sam dans cette épreuve. Tout naturellement Paul a accepté de faire des heures supplémentaires au club afin d'aider ses amis. Tout le monde est à cran, une susceptibilité vole dans l'air qu'ils respirent et Jared en particulier lance des regards accusateurs en permanence, comme si le coupable était là, tout près. La vie a-t-elle encore un sens pour lui après ce qu'a subi sa moitié ? Et Paul lit dans ses yeux qu'il serait à même de tuer par vengeance, les événements transforment les gens, emmenant les plus doux à un fantasme sadique sans limite.

Il pousse la porte de derrière, malheureusement la joie et l'ambiance apaisante habituelles se sont évaporées. Les saluts sont silencieux, presque distants. L'agitation d'avant soirée n'est pas présente chacun s'affaire à sa tâche mécaniquement. Il distingue Jacob, seul dans une loge, son portable à la main. Attiré comme un aimant, il a envie de sentir l'autre contre lui, que son cœur batte à l'unisson du sien.

Jake sent sa présence et fait volte face. Durant les courts instants où leurs prunelles se cherchent et s'accrochent, une chaleur envahit Paul, il est bien, enfin. Son cadet approche doucement, il peut sentir d'où il est, la tension qui émane de ses muscles tendus. Naturellement, mû par un besoin similaire il se serre dans les bras, fort, très fort. Savoir l'autre si proche, l'enserrer pour tenter de préserver sa sécurité si cela était possible. Ils restent ainsi un long moment, puis Jacob resserre encore son étreinte, l'aîné en aurait presque mal mais hors de question de protester !

"Fais attention à toi."

Paul ne répond rien, peut-il promettre ce qu'il ne tiendra pas ?

"S'il te plaît, soit prudent, j'ai peur pour toi..."

Paul s'attendrit de la voix suppliante de son partenaire et ne peut que céder.

"Ok."

Satisfait le plus jeune défait l'étreinte. Il s'apprête à l'abandonner complètement quand Paul saisit son visage en coupe, il caresse délicatement son menton du bout des doigts. il en a tellement envie qu'il prend le temps de contempler cette bouche si parfaite, ces lèvres pulpeuses, elles l'invitent à les croquer, avidement. Jake clôt ses paupières et lui réduit la distance afin de coller ses lèvres aux siennes. La sensation est délicieuse et électrisante, addictive même. Il s'efforce d'embrasser son vis à vis avec toute la passion qu'il détient dans son cœur, ses doigts effleurent délicatement le contour de son si beau visage.

Le baiser devient plus intense et Paul peine à y mettre fin, à contrecœur il brise malgré tout le contact en chuchotant, son souffle s'écrasant sur les lèvres de son homologue :

"Ne t'inquiète pas."

Son cadet lui adresse seulement un petit sourire en coin et attrape l'une des mains de Paul qu'il presse légèrement dans la sienne. Il est repris rapidement par les vibrations incessantes de son mobile. Par respect l'aîné s'éclipse, le monde a décidé de le faire chier, il trouve l'amour et il faut que ça se transforme en un combat contre le monde extérieur et ses atrocités. Une pointe d'inquiétude le saisit, Jake a l'air fatigué et ça, ça n'annonce rien de bon.

Il rejoint le bar où, à sa surprise ce sont Rejo et Jared qui s'affairent mais pas Akira. Paul pense au pire, instantanément et vue la mine des deux autres ils le rejoignent sur ce point. Stupide n'est-ce-pas ? Il se morigène, l'asiatique peut bien être allé aux toilettes.

Il les saluent et l'hispanique le regarde plein d'espoir.

"Désolé je sais pas où il est..."

Le silence lourd de sens reprend ses droits. Jared regarde bizarrement son meilleur ami. Une nouvelle fois c'est le petit espagnol qui prend la parole, nerveux.

"Dis moi Paul tu voudrais pas me raccompagner ce soir ?"

Paul acquiesce, Rejo vient à pied ou en bus en général mais il est clair qu'il a la trouille maintenant.

"Cool tu me ramèneras aussi." Affirme Jared, qui pour une raison inconnue n'a pas non plus sa voiture.

La peur est leur amie commune, certains s'en cachent, d'autres l'expriment mais tous, sans exception savent qu'elle est là, les entoure dans son manteau inquiétant et leur laisse entrevoir la pire des issues. Qui sera le prochain ? Telle est la question que tous se posent. Moi ? Toi ? Lui ?

Paul croit entendre des éclats de voix entre Sam et Jake, leur conversation est apparemment animée. Puis plus rien, seul le bruit paisible des bouteilles que Jared manipule.

Sam déboule dans la salle, agité comme jamais. Rejo se fixe sur lui et demande vainement :

"Il est où Akira ?"

Le gérant s'approche du bar et s'y cale à coté de Paul en soupirant lourdement.

"Je...Il s'est fait agresser hier soir."

La nouvelle tombe, attendue, quelques frissons traversent l'ensemble des personnes présentes.

"La police va débarquer, on n'ouvrira pas ce soir, rentrez chez vous."

Le choc est rude. Jacob arrive à ce moment précis et confirme les dires du gérant avant de filer appeler son père. Les visages se décomposent tour à tour, puis chacun se résigne à cette fatalité.

Le trajet en voiture se fait, une fois encore, dans un silence morbide, à peine supportable. Cependant que dire ? Rejo évoque l'idée de passer voir Akira, mais ils jugent finalement qu'il vaut mieux le laisser un peu tranquille, ils iront ce week-end. Paul s'arrête devant l'immeuble de l'hispanique qui le remercie chaleureusement avant de quitter la voiture. Le conducteur prend soin d'attendre qu'il soit entré à l'intérieur pour repartir, la prudence est une vertu devenue indispensable.

Seul avec son meilleur ami, celui ci ouvre enfin la bouche après avoir balancé son mégot de cigarette par la fenêtre.

"J'ai relu les dossiers, un nom apparaît, tous les hôtels n'ont pas pris de nom sauf le dernier : Bella Swan. Je n'ai rien trouvé sur elle mais je vais voir avec Momo s'il a une connaissance qui peut faire quelque chose."

"Putain ! Ça veut dire qu'il a une complice ?...De toute façon c'est sûr qu'il ne peut pas tout faire seul, des repérages, les agressions...Et sans aucune trace, c'est trop pour un seul homme."

"C'est sûr." Termine Jared.

Les buildings et enseignes clignotantes défilent, inlassables, égales à elles mêmes, peu ébranlées par la terre qui tourne autour d'elles. Et Paul se rêve devenir capable de ne voir que son propre bonheur sans penser aux malheurs des autres, égoïstement. Après un temps où seul le bourdonnement du moteur ne rompt le silence Jared reprend la parole :

"Je m'inquiète pour toi."

"Hein ?" S'étonne Paul, éberlué.

"T'as pas l'impression que t'en fais trop avec ce Jacob ?"

Sachant que Jared n'est pas le genre à faire la morale aux autres il est d'autant plus étonné et puis, il ne voit pas vraiment où il veux en venir.

"Je vois pas où tu veux en venir !"

Son ami soupire en rallumant une cigarette.

"Je sais pas mais c'est comme si tu était obnubilé par lui, tu lui voues une admiration de dingue. Enfin je sais pas mais je dirais que tu l'aimes à en crever."

"Et même si ?" Grogne Paul, peu à l'aise par le tournant que prend la conversation.

"Mais c'est pas bon, c'est malsain de focaliser toute ton affection sur lui, t'es sûr qu'il ressent la même chose au moins ?"

"Bordel Jar' arrête ça." S'agace Paul.

"On dirait un petit chiot à la botte de son maître...Hé non laisse moi finir." Jared lève un doigt pour intimer le silence à son ami, désireux d'exposer son point de vue. "Tu diras ce que tu veux mais à chaque fois ça se termine mal, tu choisis les mauvaises personnes. D'abord Lilith puis ce mec i ans, et maintenant Black ? Tu vas le nier mais quand t'es amoureux ça finit mal et tu te retrouves dans un sale état !"

Ah ça oui Paul s'en rappelle de Lilith, son premier amour, il était en dernière année d'études secondaires mais elle a déménagé quand ils sont passés en classe supérieure, il n'a plus jamais eu de nouvelles. Après ça il s'est juré de ne plus aimer...Jusqu'à Sam...Bon c'est vrai il a mal vécu les séparations, mais Jared exagère sur ce point là ! Il n'a pas le temps de protester, son ami continue :

"Bref c'est pas le moment que tu te fasses larguer quoi."

"Sympa ta franchise !"

S'amuse Paul, décidé à ne pas trop prêter crédit aux paroles de son ami, il s'inquiète pour lui mais n'a pas l'air de saisir la dimension de sa relation avec Jake, tant pis. Jared recrache de la fumée et sa voix rauque hausse d'un ton, mécontent :

"Tu t'aperçois même pas qu'à chaque blessure tu te renfermes un peu plus pour te protéger, le fond du problème c'est que tu aimes les choses qui te font du mal."

L'intéressé prend sur lui pour ne pas s'arrêter au milieu de la route et coller une droite monumentale à son passager, qui selon lui dépasse très largement les bornes. Il l'excuse du fait qu'en ce moment avec Embry la situation est loin d'être facile.

"Dis plutôt que ça te fait chier que je sois avec ton patron !" Il conclut.

"Pas du tout, ça aurait été Sam je l'aurais pris différemment."

A la remarque désinvolte Paul freine d'un coup sec. Donc d'après Jared Sam n'est pas une chose qui peut lui faire du mal ? C'est peut être l'occasion de remettre les pendules à l'heure.

"Hé mais tu fous quoi ?" S'exclame Jared, paniqué en attendant les voitures klaxonner.

"Ce qu'je fous ? Écoute moins bien ! Le mec d'il-y-a 2 ans c'était Sam et tu l'as dit toi même ça a plutôt mal fini ! Donc arrête de cracher sur Jacob, lui il m'a rien fait pour l'instant !"

Il tape du poing sur le volant avant de redémarrer brusquement, son ami a la bouche entrouverte, hébété. Le trajet se termine sans un mot, chacun digère les paroles de l'autre. Et Paul sait que Jared va lui en vouloir d'avoir caché la vérité si longtemps, après tout c'est sensé être son meilleur ami.

Et soudain, une pluie battante s'abat sans répit sur le pare-brise, l'obligeant à ralentir considérablement. Les aléas de la vie.

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.

Paul n'a pas revu Jared, et il n'a pas cherché à avoir une quelconque discussion avec lui. Bien entendu ça le blesse que celui qu'il considère presque comme un frère puisse lui en vouloir mais de son coté il a du mal à digérer les propos qu'il a tenu sur sa relation avec Jake.

Après quelques jours de fermeture le Wolf a pu ré-ouvrir, au plus grand soulagement de tous, parce que le club fermé c'est un peu la fin tragique d'une histoire.

Alors qu'il se dirige vers le bar il est surpris que Jared le salue joyeusement. Il répond, sur la défensive et l'aide à ranger les verres. Son ami se mord la lèvre à plusieurs reprises et il le connaît suffisamment pour savoir que c'est un tic nerveux.

"Bon allez parle, c'est quoi le problème ?" S'impatiente Paul.

"Ben...Écoute je t'en veux toujours pour ne m'avoir rien dit au sujet de Sam et toi mais c'est pas tellement le moment...J'ai un service à te demander..." Sa voix est mal assurée, hésitante.

"Vas y."

"Tu voudrais pas rester à la maison avec Embry demain soir ? Je dois bosser et Momo peut pas...Je veux pas le laisser seul toute la nuit !"

"T'inquiète y'a pas de problème. Et on lâche rien hein !?"

Ils échangent un regard intense, non ils ne vont rien lâcher et tenter de trouver le coupable des agressions.

"On lâche Rien." Confirme Jared avant d'ajouter : "Mais plus de secret ok ?"

"Marché conclu."

Pour appuyer ses dires Paul donne une accolade amicale à l'autre, puis dans un même mouvement ils se figent. En face d'eux se tient Akira dans l'embrasure de la porte. Ils clignent des yeux sous la surprise.

"Mais...Mais..." Bégaie Jared.

Le japonais leur adresse un signe de main et effectue les mêmes gestes qu'il aurait fait en temps normal. Sam arrive à ce moment là et s'arrête net, choqué.

"Qu'est-ce que tu fous là ?"

Tous les trois sursaute au ton employé, agressif. Akira souffle d'agacement et pose les mains sur les hanches. Paul remarque que malgré sa détermination il a les traits tirés et les yeux injectés de sang, ses mains tremblent légèrement, il a dû forcer sur la drogue.

"Bon que ce soit clair pour tout le monde. Je vais pas arrêter de vivre à cause d'un petit con qui se croit apparemment plus malin que nous. Maintenant j'aimerais juste travailler."

L'asiatique a crié, obligeant toutes les personnes présentes à l'entendre et son regard accusateur défie chacun d'entre eux. En l'absence de constatation il reprend ce qu'il avait entrepris : nettoyer le bar.

La soirée débute et demeure calme, peu de clients, ce qui semble normal après les récents événements. Sam et Jacob se disputent à plusieurs reprises durant la soirée mais Paul n'y prête pas trop attention, il a promis de raccompagner Rejo chez lui et ensuite il rejoint Jake à son hôtel. Il attend donc plus ou moins patiemment que l'espagnol ait terminé son travail. Il le regarde danser sans vraiment le voir, ses pensées sont ailleurs, entre l'enquête et l'homme de sa vie, quelque part par là.

Il est dans son monde intérieur tandis qu'il roule en direction des quartiers latino, à vrai dire Rejo a pris l'habitude qu'il le ramène presque tous les soirs. L'hispanique est mort de trouille et la présence de Paul le rassure, certes en cas d'agression surprise ça ne changerait rien mais avoir un mec baraqué et ancien boxeur à ses cotés ça rassure.

"Y'a un truc bizarre...Je crois que je devrais t'en parler..."

Le conducteur sort de sa torpeur et jette un coup d'œil à son passager.

"Vas y."

"Tu te rappelles du mec sur lequel Aki avait flashé au café de mon quartier ? Anthony il s'appelle."

"Ouaip et ...?" Encourage Paul.

"Ben j'y ai réfléchi et sa date d'emménagement dans l'immeuble face au mien concorde avec le début des agressions. Juste avant qu'Aki ne soit agressé ils ont commencé à se fréquenter...Et maintenant il a disparu de la circulation, ça fait beaucoup de coïncidences tu trouves pas ?"

"J'admets que c'est bizarre, il est peut être lié à tout ça ? Appelle moi si jamais tu le vois rôder par ici."

"Merci...Tu te poses pas la question de qui sera le prochain parfois ?" Rejo soupire à sa propre remarque et retient un frisson d'angoisse.

"Si..."

Paul écoute l'autre, il sent qu'il a besoin de se confier, d'exprimer ses craintes.

"J'ai un sale pressentiment comme si j'étais traqué, que j'étais le prochain numéro sur la liste. Parfois j'ai envie de me tirer d'ici pour y échapper."

C'est compréhensible et le conducteur ne peut que soutenir son ami, peu importe ses choix :

"Si tu penses que ça pourra te mettre en sécurité alors vas y, tu pourrais aller chez ta grand mère non ?"

"Non. Je crève de trouille et j'ai jamais été très courageux mais je ne partirai pas en vous abandonnant, je préfère faire face à cette tragédie avec vous plutôt que de fuir, seul."

La détermination qu'il lit dans le regard de Rejo laisse Paul pantois. il est ému aussi parce qu'il se rend compte qu'ils sont une famille, une famille unie et soudée qu'un psychopathe est en train de blesser et disloquer. Désormais il a deux obsessions, Jake et retrouver l'agresseur qui tue à petit feu les personnes les plus importantes de sa vie.

.

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Installé sur le canapé de l'appartement de Jared et Embry Paul se tortille dans tous les sens, il a affreusement mal au cul, il faut le dire ! Jacob n'y a pas été de main morte quand ils ont fait l'amour. En outre la nuit s'est révélée intéressante, si Jake a nié connaître une certaine Bella Swan, en revanche Paul a appris des informations capitales, et qui explique en partie les disputes entre son amant et son ex. Sam souhaite racheter le Wolf pour en devenir propriétaire, ce qui est étrange c'est qu'il n'en ait parlé à personne.

Le jeune homme est perdu dans ses réflexions, les dossiers de l'enquête étalés devant lui sur la table basse. Ils ont forcément loupé quelque chose, un détail...

Embry est dans la chambre, s'il accepte maintenant de saluer ses invités et reparle même avec son petit ami, il demeure assez isolé. D'après Jared c'est normal et la psy dit qu'il est en bonne voie. Quelle n'est donc pas sa surprise quand Embry ouvre la porte de la chambre, en pyjama. Il reste à hauteur de la porte, Paul ne bouge pas afin de ne pas le brusquer et le fixe, attendant...Il ne sait trop quoi en fait.

La voix d'Embry est faible, brisée et lui serre le cœur.

"Je vais te donner les éléments manquants mais tu dois me jurer de ne pas en parler à Jared, j'ai peur pour lui et de ce qu'il pourrait faire."

L'amour que Paul lit dans les yeux larmoyants de son ami le transperce, lui brûle les entrailles. Il aime Jared plus que tout, au dessus de ses propres mots, c'est évident. Et lui voudrait tous les protéger, même si pour ça il doit mentir à son meilleur ami et dégrader leur relation, tant pis !

"Vas y Em'."

La silhouette amaigrie prend une grande inspiration et se lance :

"Vous êtes les deux seules personnes en qui j'ai encore confiance parce que lors de mon v..." Il bute sur le mot. "Agression vous étiez ici tous les deux. La personne qui m'a fait ça elle me connaissait. Elle savait que j'étais asthmatique, il n'a pas eu l'intention de me tuer, il ne m'a pas bandé la bouche il m'a dit que si je me taisais il ne toucherait pas à Jared. Il savait que je ne crierais pas, il savait que j'aimais assez Jared pour ça."

Embry est en larmes à la fin de son témoignage mais quand Paul esquisse un geste vers lui il se retourne et ferme la porte derrière lui, seul le bruit de ses sanglots fleure à travers le bois. Le cerveau de son invité fonctionne à plein régime.

Peu de personnes peuvent savoir pour l'asthme d'Embry et pour son réel attachement envers Jared et qui a un intérêt à faire tout ça ? L'horrible conclusion lui retourne l'estomac, un dégoût profond l'envahit et une rancœur tapissée au fond de son cœur resurgit, vivace. Il refuse d'y croire, de tirer des conclusions hâtives et il se jure de mettre tout ça au clair dès le lendemain matin sans ne faire tremper ou mettre en danger aucuns de ses amis. Il se jure de les protéger, l'ignorance est mère de la sécurité.

"La vie, c'est une boite d'instruments qui piquent et coupent. A toute heure nous nous ensanglantons les mains." Alphonse Daudet