Titre : Only Poisoned Your Mind

Auteur :Wolfin Hope

Bêta reader : veronicka

Origine :Twilight

Genre : Yaoi/Slash, Angst, Crime & Friendship/Romance

Couple : multipairings

Disclaimer : Comment dire que j'aimerais avoir une belle horde de loups garous dans mon jardin mais je crois que c'est mieux pour eux qu'ils continuent d'appartenir à Stéphanie Meyer :k, et les acteurs du film à eux même. L'univers et quelques personnages en revanche sont de ma création !

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Partie 8

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La pluie frappe bruyamment les carreaux de la fenêtre. Le temps est humide et gris, il correspond à merveille avec son état d'esprit des dernières semaines. La vie lui semble ne plus avoir aucun goût, pas même un sens, aussi absurde soit il. Il n'a envie de voir personne, le monde extérieur l'effraie horriblement. Les rares fois où il sort c'est uniquement pour se ravitailler en whisky au bar du coin, et à chaque pas il se sent traqué, observé, épié...En danger. L'alcool est un mince soulagement, un maigre réconfort qui lui permet encore d'ouvrir les yeux et regarder sa pitoyable existence.

Étalé sur son canapé, une bouteille vide dans la main il se dit qu'il est définitivement pathétique. Au fond il voudrait juste oublier l'espace de précieux instants, ses blessures. La honte et la peur qui le hantent et qu'il se refuse à montrer à ses amis, renfermé sur lui même.

Il a toujours pas mal de visites et il se force à ouvrir la porte la plupart du temps, cependant il garde le silence et répond d'une voix vide lorsqu'on lui parle, attendant impatiemment de retrouver sa solitude déprimante. Ses amis lui apportent souvent divers plats et il s'oblige à manger devant eux, histoire qu'on lui foute la paix. Il ne répond plus à ses textos. Akira, Rejo et Leah viennent presque tous les jours voir comment il va, même Embry vient régulièrement, à vrai dire c'est la seule sortie qu'il fait seul. Mais pas Jared, pas un message, pas un signe de vie...Oh Paul sait qu'il lui lui en veut d'avoir menti, encore, et qu'il n'ait pas vu que Jake était louche avant. Quant à Sam il vient souvent mais sa présence le met mal à l'aise, se retrouver avec un homme physiquement capable de le soumettre lui donne de violents frissons incontrôlables. Au départ il lui a même proposé de venir vivre chez lui, le temps de se remettre, des propos qui ont mis le jeune homme hors de lui, entre panique totale et colère. Depuis sa crise d'hystérie Sam vient moins souvent et a cessé de lui casser les pieds avec les rendez vous chez le psy qu'il a manqués. Au final, tout ça lui est égal, plus rien n'a de réelle importance.

Il n'ose plus croiser son reflet dans le miroir. Cette image qu'il renvoie le dégoûte. Il se répète qu'il l'a bien cherché, que tout n'est que mérité, il n'a plus aucune estime de lui même. Alors il noie sa peine à coup de whisky pur, la brûlure dans sa gorge lui fait oublier la douleur de son cœur. En conclusion qui peut bien se soucier de lui de toutes manières ?

Il pense trop souvent à Jake...De temps à autre il se surprend à épier son portable, espérant vainement un message de celui qui l'a pourtant brisé. Est-ce possible de ressentir au delà de la haine, de l'attachement pour son agresseur ? Lorsqu'on est aussi minable que lui, probablement. Il soupire. Pourquoi donc ses songes le mènent vers Jacob Black ? Il doit aimer souffrir, Jared avait bien raison, il aime les choses qui lui fond du mal. Jared...Est il aussi insignifiant pour que son presque frère le laisse tomber au fond du trou sans réagir ? Sûrement...Et puis, le seul coupable c'est lui même.

Il n'a pas prévenu son patron et ne répond pas à ses appels ni à ceux de ses collègues, il y a de fortes chances pour qu'il ait perdu son emploi et ça lui est bien égal ! Bientôt il ne pourra plus payer son loyer et n'aura plus d'appartement. Il rit bêtement à cette idée, il ira sous un pont, après tout personne ne peut le sauver. Seul, dans le froid et dans le noir, jamais il n'aura plus mal que maintenant. Il devrait peut être s'expatrier au Brésil et faire comme si tout allait bien, là bas personne ne sait à quel point son corps a été sali, sa dignité piétinée et sa volonté anéantie.

Il se sent pareil à une vulgaire merde, ça résume bien le fond du problème, qui n'en est pas un. Il ricane et avale une gorgé du liquide ambré, des larmes de rage perlent au coin de ses yeux. Salope de vie. Ses paupières tombent d'elle même...Il lutte, il déteste dormir, parce qu'il revoit en boucle et dans les moindres détails son horrible viol. Plus de repos pour lui, seulement une torture constante.

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Toute cette angoisse l'habite, hante son appartement. L'air est lourd, l'atmosphère étouffante. Les vapeurs d'alcool de la veille lui piquent encore le nez. Une fois encore il s'est fait abuser, durant son sommeil. Il a senti ces mains qui le salissent et le frappent sans remord, la douleur présente dans son corps et son âme qui se déchire, des milliers de morceaux se disloquant dans l'espace. Un horrible parallèle s'impose à lui, ce secret que Jake lui a confié, son propre viol, l'origine même de son mal. Il réprime une remontée acide, il sue abondamment, victime de son stress.

Quand il ouvre les yeux le soleil filtre à travers sa fenêtre, il s'est endormi sur le canapé, des bouteilles vides posées au sol. Il n'a plus aucune notion du temps, de l'heure qu'il pourrait être. Et ce sont des coups frappés à la porte qui le ramènent à la terre ferme. Les coups se font plus vifs et Paul grogne.

"Hey Paul ! Je sais que t'es là ! Allez ouvre, tu vas pas me laisser dehors !"

Il reconnaît la voix de Rejo à travers la porte. Il n'a vraiment pas envie de compagnie là tout de suite, ni jamais en fait.

"Dégage ! J'suis fatigué."

Mais l'hispanique ne se démonte pas et tape de plus belle contre le bois en insistant pour qu'il vienne lui ouvrir. Agacé, et surtout les coups résonnent désagréablement dans sa tête, Paul se lève et va déverrouiller la porte rapidement pour aussitôt retourner s'affaler dans son canapé.

L'espagnol retrousse le nez en entrant et grimace à la vue qui lui est offerte. C'est sûr que les odeurs ne sont pas des plus fraîches, ni lui d'ailleurs, il devrait penser à se laver ! L'image renvoyée correspond bien à son degré de pathétisme : Un t-shirt et un vieux jean troué, partiellement sales, l'appartement parcouru de déchets vides et bouteilles, quelques verres qui traînent...Bah il n'est pas maniaque et puis, quelle importance ?

Paul s'apprêtait à replonger dans son coma déprimant, noyé par la honte et la culpabilité, confus dans ces sentiments mais l'air de son invité surprise l'interpelle. Rejo a les mains sur les hanches, son regard est déterminé et son visage sérieux, presque contrarié.

"Bon maintenant ça suffit !"

C'est marrant ce contraste, il est petit, pas très impressionnant mais sa voix est assez grave à ce moment là. Le propriétaire des lieux ne répond pas.

"Sam m'a dit que tu n'es toujours pas allé chez le psy mais moi j'ai décidé de t'y amener !"

"Pffff j'en ai pas besoin." Soupire Paul en passant les mains sur son visage.

"Bien sûr que si ! Toi même tu n'y crois pas à tes salades !"

"Et puis peux pas y'aller comme ça !"

Paul n'y croit pas, c'est vrai. Cependant il ne croit pas non plus à pouvoir espérer aller mieux par un quelconque miracle. Le vieux Billy pris de remords lui aura sûrement payé des séances avec le meilleur psy de l'état, en tout cas ce n'est pas lui qui se les est offertes ! Mais à moins que ce gars est une baguette magique qui efface les derniers mois de sa vie merdique, il ne servira à rien. L'espagnol n'est pas de cet avis, et de la détermination il en a à revendre, guidé par son naturel joyeux et plein d'espoir.

"Oh que si ! Écoute moi bien tu as peut être fait renoncer les autres mais moi je vais pas rester là à rien faire. Je vais t'y traîner s'il le faut tu m'entends ?"

Paul étouffe ce qui s'apparente à un rire narquois. Non mais c'est vrai quoi, il veut bien croire qu'il a perdu quelques kilos et une bonne partie de sa masse musculaire, mais l'espagnol miniature le traîner à proprement parler ?

Rejo ne se démonte pas, il est loin de pouvoir s'imposer par sa force physique, mais il sait que c'est un avantage dans cette situation, Paul ne craint pas sa présence et puis il est tenace et décidé à parvenir à ses fins, pour le bien de son ami. Et donc il lui saisit le bras et le tire, il parvient à le faire chuter du canapé et en bandant tous ses muscles dans l'effort il avance courageusement vers la porte, tirant derrière lui son lourd fardeau humain.

Combien de temps ? Une éternité il lui semble. Une ébauche de sourire passe sur le visage de Paul qui se dégage aisément de la prise et se redresse. Il ne sait plus tellement sourire et il a peur, de franchir ses portes en plein jour, sortir dehors, là où le danger rôde. Mécaniquement il saisit sa veste et Rejo prend ses clés de voiture, lui n'en ayant pas. Et il accepte de suivre l'espagnol qui descend les escaliers, marche après marche, un grand sourire scotché aux lèvres.

Paul ne parle pas, il n'en a pas besoin de toute façon, Rejo fait la conversation pour deux, au moins il n'a pas à se soucier de faire semblant avec lui. Il regarde les paysages bétonnés défiler sous ses yeux fatigués, assis dans sa si fidèle voiture, pour la première fois coté passager. Avant ça ne serait pas arrivé, sa vielle golf, personne ne pouvait en effleurer le volant. Tant de choses changent malgré nous.

Il se demande silencieusement quel est l'intérêt d'aller voir ce psy qui va lui demander de raconter son agression une énième fois et en revivre les détails immondes pour ensuite lui rabâcher de tourner la page, d'aller de l'avant. Si c'était si simple, il n'aurait besoin de personne ! Et il n'espère même pas qu'on puisse l'aider.

Le cabinet de son prestigieux praticien se trouve en plein cœur du quartier de Manhattan. Une grosse pendule lui indique 11h. Il déteste cette agitation et tous ces gens qui grouillent et se bousculent. C'est une zone de danger intense et vaste. Rejo parvient à se garer juste en face du cabinet, une sacré chance !

Le silence toujours de mise, ils traversent la rue, Paul veillant à se tenir assez proche de l'autre, ce qui est en fait inutile mais son ami représente son seul repère ici. Il le suit sagement à l'accueil puis dans un couloir pour prendre place sur une chaise, à coté de lui dans ce qui semble être la salle d'attente. Les couleurs sont chaudes, on s'y sentirait presque bien. Ils sont seuls et c'est tant mieux, Paul tape nerveusement du pied, l'espagnol a saisi un magazine people qu'il feuillette distraitement. L'aîné aimerait avoir la capacité d'en faire autant, prendre un magazine et le lire paisiblement, détendu. Hélas ce n'est pas le cas.

Fort heureusement l'attente est courte. Une secrétaire vêtue d'un tailleur gris et de grosses lunettes noires, un chignon remontant ses long cheveux blonds, entre doucement dans la salle.

"Monsieur Lahote ?"

L'intéressé se crispe, la femme est mignonne et souriante mais il n'est plus sensible à ces choses là. Il tourne instinctivement son visage vers l'espagnol qui lève les yeux de sa lecture, il a besoin d'un encouragement et il l'obtient, le sourire rassurant et sincère de Rejo lui permet de prendre appui sur ses deux jambes et suivre la secrétaire.

Il est tendu, à en avoir mal aux muscles. Il aurait préféré que son ami puisse venir cependant c'est impossible, c'est une consultation privée. Il résiste à l'envie de faire demi tour et rentrer chez lui en courant, enfin il s'oblige au courage. Il déglutit quand la jeune femme ouvre une lourde porte en bois foncé et se pousse pour lui laisser l'accès. Ses pas continuent tout seul, la porte se ferme dans un cliquetis derrière lui et il frissonne.

Un homme d'une cinquantaine d'année est assis derrière un petit bureau, de fines lunettes remontées sur le nez. Il a le visage carré et les cheveux grisonnants. Dans sa position Paul devine qu'il est de stature moyenne, il mesure le degré de danger et estime qu'il ne nécessite pas qu'il reparte dans l'immédiat. L'homme se redresse en le voyant et sourit.

"Monsieur Lahote quel plaisir de vous voir enfin ! Docteur Darroze...Mais je vous en prie asseyez vous."

La voix est calme sans être soporifique, rassurante peut être ? Toujours est il que le jeune homme accède à la demande du praticien et prend place sur le confortable sofa brun en face du bureau, à sa gauche une large fenêtre donne sur la rue animée. Son regard se perd sur l'extérieur, le soleil brille et lui chauffe la joue. Il angoisse par avance en imaginant les questions que le Docteur pourrait lui poser, il ne le regarde pas directement, préfère rester ailleurs le plus longtemps possible.

"De quoi voulez vous parler ?"

"Hein ?"

Paul est hébété, il n'a jamais été voir un psychologue auparavant, mais il pensait être obligé de parler en long, en large et en travers de son agression...N'est il pas là pour régler ses 'problèmes' ? Tout compte fait il est bien content d'y échapper ! Le silence demeure pourtant, il ne sait pas trop quoi raconter à son vis à vis, s'il ne se sent pas menacé, il n'a pas pour autant l'inspiration d'un artiste.

Le praticien lui reste détendu, sans le presser. Voyant que son client demeure coi il demande doucement :

"Et bien si vous commenciez à me raconter votre enfance ? Si vous le voulez bien."

Son enfance ? Ce sujet est facile, du moins il en parle aisément. Du coup il se détend enfin complètement, rassuré. S'il ne voit pas comment tout ça peut l'aider il parle, une personne est là pour l'écouter autant en profiter !

Si au début le jeune homme bute timidement sur les mots, chose inhabituelle pour lui, il prend de l'assurance au fur et à mesure qu'il compte sa vie à la Push, l'absence de son père qui ne lui a pas manqué et la dépression récurrente de sa pauvre mère qui a fait ce qu'elle a pu face à cet enfant difficile qu'il était. Ses amitiés profondes avec Sam et Jared, surtout Jared, quand tout était si parfait à son goût. Il aborde ses difficultés scolaires par moment, ses embrouilles aussi. Il reconnaît que l'absence de figure paternelle lui a donné la sensation de manquer de cadre, d'autorité. Si les souvenirs avec Sam et Jared sont heureux, en parler forme une boule dans sa gorge, maintenant tout est fichu en l'air, ne lui reste plus que ses joyeux souvenirs. Il dit cela à voix haute, toutefois il n'en évoque pas davantage.

Le praticien ne le quitte pas des yeux, les mains jointes il l'écoute patiemment. Plus que ça, Paul a l'impression qu'il entend et comprend ses mots. Le temps passe mais le jeune homme aurait des tas de choses à dire, finalement. Ces parties de sa vie infimes, sans importance aucune, qu'il est même agréable d'évoquer. Personne ne le jugera ici, n'est ce pas ? Soudainement, il conclut tristement :

"Vous savez, aujourd'hui je voudrais juste arracher la page, tout oublier."

Le praticien ouvre lentement un tiroir situé sous son bureau en lui répondant :

"Paul, la vie ce ne sont pas des pages que l'on arrache afin d'échapper à des sentiments qui nous semblent trop difficiles ou douloureux à assumer. C'est un livre interminable duquel on tourne des pages, plus ou moins agréables mais qui, dans tous les cas, font ce que nous sommes. On ne peut pas retourner en arrière mais les pages restent, derrière nous."

Il sort un carnet relié dans un cuir caramel et le pose sur son bureau, le poussant vers son patient. Intrigué et peu sûr de lui ce dernier le saisit et l'examine, il constate que les pages sont numérotées de 1 à 50 recto/verso, un petit marque page vert émeraude est accroché en première page.

"A chaque fois que vous considérez avoir vécu ou fait quelque chose qui vous permet d'avancer dans votre vie, de vous sentir mieux, je veux que vous tourniez une page."

"Mais comment ?"

"Vous êtes seul juge de cet exercice, ce carnet vous appartient désormais."

La voix sereine du praticien finit par le convaincre. Certes il ne voit pas vraiment l'intérêt de tout ça. Nonobstant il consent sans protestation à revenir à la consultation suivante et celle d'après. C'était bien loin de ce qu'il a pu imaginer et parler à ce psy lui permet de se vider de ses émotions, bizarrement. Et en rejoignant Rejo dans la salle d'attente il tourne la première page de son carnet.

Dès qu'il s'est retrouvé seul dans son appartement son mal être a repris le dessus, trop puissant pour lui seul.

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Deux fois par semaine Paul se rend chez son psy, ou plutôt Rejo l'y amène. Très vite il s'est senti capable d'évoquer de lui même ses relations en général, puis Lilith et même Sam, si douloureux les souvenirs puissent ils être. En revanche jamais son viol. Il évoque souvent l'hispanique, parce que celui ci est souvent là, sa présence ne le gêne plus du tout, bien qu'ils parlent peu. Enfin, l'autre ne se tait jamais de toutes façons. Les trajets en voiture et ses visites chez le psy sont ses seuls réconforts.

En parallèle il continue de sombrer, s'enfoncer dans un trou noir sans fond. Son propriétaire lui a réclamé les loyers de retard, qu'il n'a pas pu payer. Il sera bientôt sans logement, ses amis désespèrent de le voir un jour reprendre le dessus, Rejo mis à part et Jared...Jared n'est pas là. Les seules nouvelles qu'il a sont celles que lui donne Embry, le regard désolé et la mine compatissante.

Il ne sort pas, boit encore dans l'espoir d'échapper à sa solitude et ses cauchemars récurrents. Il dort si peu et mal que de grosses cernes ne quittent plus ses yeux. Et il continue à se demander ce que devient Jake, sans oser poser la question à qui que ce soit. Il ne comprend pas à quoi ça rime d'aller raconter sa vie en esquivant les vrais problèmes à son psy, pourtant là bas il est bien.

Le nez appuyé contre la vitre il regarde les building, il n'a pas reconduit depuis son accident, sans en connaître la raison. Il sent l'inquiétude de Rejo qui conduit en lui jetant des coups d'œil furtifs.

"Tu ne devrais plus rester seul."

Paul se garde de lui faire remarquer que seul ou pas il n'aura bientôt plus de toit !

"Je veux dire prend au moins un chien, ma grand mère a eu une portée, c'est décidé le week end prochain je t'en rapporte un !"

"Nmmmfff" Grogne Paul ne sachant pas si l'idée est bonne ou pas.

"Bon et puis je dis ça, sait-on jamais. Tu peux venir chez moi si tu veux, c'est pas très grand mais depuis que mon coloc est parti c'est un peu vide...Toi aussi tu serais sûrement mieux avec moi que tout seul à ruminer tes idées noires."

"Peut être..."

Le jeune homme élude la question et manifeste son envie de ne pas la poursuivre en s'appuyant un peu plus contre la vitre. Il ne sait pas ce qu'il veut, ni ce qui est bon pour lui, en fait il ne l'a jamais su...

En entrant dans le bureau de Mr Darroze Paul s'assied, salue le docteur. Le silence, puis de violents sanglots le prennent, il s'écroule lamentablement. L'homme face à lui ne parait pas surpris et attend, le laissant évacuer son chagrin.

"Et bien et si vous me disiez ce qui vous contrarie ?"

"Pfff je suis pitoyable !" Rage Paul.

"C'est faux. Vous êtes juste un être humain avec ses forces set ses faiblesses, vous contraindre à ne pas ressentir vos émotions ne vous aidera pas à allez mieux."

"Oh et bien j'aurais bientôt plus d'appart...Je suis seul, je me dégoûte et j'ai honte ! Je ne sais pas ce qu'il vous faut ? Dès que je suis seul, ce qui veux dire la plupart du temps, tout resurgit et j'ai beau essayer, je n'oublie pas !" S'énerve le jeune homme en s'agitant sur le sofa.

"Et bien il me semble que vos amis sont là pour vous ? Ne devriez vous pas apprendre à aimer ce qui vous fait du bien ? Sans plus chercher à justifier vos ressentis."

Aimer ce qui lui fait du bien...Sans doute ! Tout être humain normalement constitué fonctionne ainsi, lui a dû être raté à la naissance ! Le praticien poursuit :

"Vous m'avez beaucoup parlé de Jared, de l'importance qu'il a pour vous, et du fait qu'il vous en veut. Il vous manque ?"

Un pincement horrible au cœur, Paul hoche la tête.

"Ils sont tous géniaux, Rejo s'occupe beaucoup de moi...Mais Jared c'était comme un frère." Sa voix se brise.

"Et bien il faut parfois du temps aux gens, comme pour vous, afin de prendre conscience de ce qui compte pour eux. Vous lui en voulez ?"

"..."

C'est difficile à dire. Son meilleur ami l'abandonne tandis qu'il traverse la pire période de sa vie. Il aimerait juste qu'il soit là, comme il laisse Rejo l'être et comme les autres essaient.

"Soyez prêt à lui pardonner lorsqu'il reviendra. Pour votre propre bien. Accueillez les bras ouverts ces choses qui sont capables de vous rendre heureux."

Pour la première fois Paul a une conviction, bien maigre et faiblarde mais présente. Il sait que la route est longue et le but loin d'être atteint...

"J'ai envie de m'en sortir."

"C'est une bonne chose, vous devriez essayer de sortir, allez y avec votre ami Rejo, vous semblez proches et sa présence vous est agréable non ? Et laissez une chance à vos amis de continuer à faire partie de votre vie, ils ne vous jugent pas, sachez le."

En regagnant la salle d'attente il s'arrête à l'embrasure de la porte et constate : L'hispanique est plongé dans la lecture d'un magazine pour femmes, il faut dire qu'à force il les a déjà tous lus !

"J'accepte !"

Rejo lève des yeux étonnés vers lui.

"Comment ça ?"

Paul prend son inspiration, il va falloir qu'il fasse une phrase longue, qu'il établisse lui même une communication, mais il peut le faire !

"Je pense que tu as raison, si tu es d'accord j'aimerais bien venir chez toi, pendant quelque temps..."

"Génial !"

S'exclame son compagnon, il balance le magazine sur la table basse et bondit sur ses pieds, pour mieux lui bondir dessus, pendu à son cou. Ah oui, il va falloir qu'il s'habitue aux débordements affectifs du mini espagnol qui va lui servir de coloc' ! Il sourit vaguement, il devrait y arriver !

Dans la voiture, pendant qu'il tourne discrètement une page de son carnet Rejo est tout excité et il débite un flot de paroles aussi impressionnant en quantité qu'en inutilité.

"Bon reste plus qu'à aller chercher le chien ! On va l'appeler comment au juste ?"

Ah ça, Paul n'en a aucune idée. Et il s'en fiche. Il ferme les yeux, bercé par un rayon de soleil et appuie sa tête contre le siège. Pour la première fois il s'endort, d'un sommeil calme et sans rêve.

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Le ciel est couvert mais le temps doux, la fenêtre ouverte Paul se fixe sur l'horizon : lui n'a aucune limite, il est libre et indépendant, au sens propre du terme pas comme lui qui a essayé de se revendiquer ainsi. Au fond il réalise que Rejo est devenu son unique repère, sa béquille si l'on veut. S'il le laisse, il tombe. C'est triste d'être ainsi dépendant, faible et fragile.

Aujourd'hui il quitte définitivement son appartement, son propriétaire l'a quasiment mis à la porte et puis il en à marre d'être seul, ça l'oblige à dormir et par conséquent à cauchemarder. Tous leurs amis, excepté Jared les ont aidés à emballer et transporter le peu d'affaires qui lui appartient, heureusement l'appartement lui était loué meublé. C'est avec un petit pincement au cœur qu'il envisage son départ. Il a vécu beaucoup d'événements marquants ici, mais peut être est-il temps de les laisser derrière lui et prendre un nouveau départ ?

Alors pourquoi en dépit de ses bonnes intentions il ne parvient pas à se sentir bien ? Il regrette le Paul d'avant parce que l'image qu'il croise chaque matin dans le miroir aujourd'hui ne lui fait plus envie. Être quelqu'un d'autre semble plus facile que vivre dans sa propre peau.

Trois coups sont toqués à la porte, vu l'heure ce ne peut pas déjà être Rejo. Un instant la méfiance doublée d'une légère angoisse prend place, il se ressaisit mais reste près de la fenêtre.

"Entrez !"

La porte s'ouvre doucement et Embry entre dans l'appartement.

"Salut Paul."

"Oh" le soulagement teinte la voix du plus âgé. " Ça va ?"

Embry hoche la tête, étrangement il n'a pas fermé la porte derrière lui, geste qui intrigue l'autre. Il se racle la gorge et déclare d'une voix sèche et autoritaire, qui ne lui est apparemment pas destinée.

"Y'a quelqu'un qui voudrait te parler avant que tu ne partes."

Il se retourne et s'adresse à la personne derrière lui :

"Allez !"

Il ressort et semble pousser la personne réticente à entrer d'elle même. C'est Jared qui se trouve sur son palier.

"Bon ben je vous laisse hein !" Clame Embry en claquant la porte.

Le cœur de Paul rate plusieurs battements. Jared est debout devant la porte, les épaules voûtées et les yeux hagards, un peu perdu. Ses traits sont tirés et il empeste le tabac à des mètres à la ronde, son visage creusé. En tout cas plus que la dernière fois que son meilleur ami l'a vu, il y a plus de deux mois, mois qui lui ont paru interminables. Il demeure figé, les mots ne veulent pas franchir le seuil de ses lèvres. L'autre est dans un état similaire.

De longues minutes s'écoulent ainsi, sans aucun bruit et bercées dans l'atmosphère lourde de la pièce. Si Paul essaie de capter le regard de son vis à vis, celui ci l'évite soigneusement, yeux rivés sur le sol. Ils se connaissent si bien que l'autre devine combien Jared est mal à l'aise, pour une raison inconnue.

"Je...Je...Je..."

Il ne parvient pas à aligner deux mots, sa voix est fortement enrouée, à la limite du sanglot étouffé. Paul reste de marbre, attendant une explication, une demande, ou même une insulte, il ne sait pas trop. Jared lève enfin les yeux vers son ami...Et là, des larmes silencieuses dévalent ses joues, pareilles aux chutes du Niagara. Il les essuient au fur et à mesure sans qu'elles ne cessent et d'une voix timide, gênée, il murmure inaudiblement :

"Pardon...Je suis désolé, tellement désolé."

Il ne parvient pas à se calmer mais continue, cherchant à tout prix à s'expliquer et accéder au pardon de son ami, figé dans la même position depuis son arrivée, il sait que Paul ne dira rien, il le connaît si bien :

"Je t'en voulais tellement au début, je voulais t'envoyer à la figure tes mensonges et ta naïveté, te dire que je t'avais prévenu, Embry m'en a empêché. Dieu seul sait à quel point je l'en remercie puis quand j'ai compris combien tu étais mal il était trop tard...J'ai tellement honte, je me sens nul, ma honte est si grande que je n'osais pas revenir vers toi. Dans le cas inverse tu aurais été le premier à mes cotés et moi je n'ai pas su être là. Je me le pardonnerai pas."

En larmes Jared constate l'absence de réaction de son ami.

"Vas y! Frappe moi ! Insulte moi ! Dis moi que je suis un gros con !"

Et à son tour Paul pleure, il tombe à genoux sur le sol. Contre son gré un liquide salé dévale ses joues. Bien sur les paroles de l'autre le blessent en partie, mais le soulagent aussi, beaucoup, un poids s'est envolé de ses épaules bien trop chargées.

Jared s'affole en voyant que son ami s'est mis à pleurer, c'est tout sauf ce qu'il voulait. Instinctivement, parce que si la situation avait été différente il l'aurait fait de toute façon, il se dirige vers lui et s'agenouille pour l'entourer de ses bras. Le contact ne créé aucune peur, au contraire ça le réconforte. Tous les deux, envers et contre tout, depuis le début il en va ainsi. Paul lui rend donc l'étreinte et ils sanglotent ensemble, trop heureux de se retrouver.

"Moi je te pardonne"

Murmure Paul quand il est calmé. L'autre le relâche et sourit faiblement :

"Merci..."

Il sont assis à même le sol, face à face, les sentiments confus.

"Au fond tu avais raison sur un point...Ce qui m'est arrivé je l'ai bien cherché !"

"Non non !" S'indigne Jared en se relevant. "C'est faux ! Tu ne pouvais pas savoir ! Je sais que plus rien ne sera comme avant mais je serais là pour toi, quoi qu'il arrive !"

Il tend une main que Paul saisit et le relève. Plus rien ne sera comme avant...C'est bien ça qui lui fait peur...Cependant dès que son ami partira il ira prendre son carnet et tournera une nouvelle page, l'histoire continue...

'La foudre et l'amour laissent les vêtements intacts et le cœur en cendres.' Proverbe Espagnol