Titre : Only Poisoned Your Mind

Auteur :Wolfin Hope

Bêta reader : veronicka

Origine :Twilight

Genre : Yaoi/Slash, Angst, Crime & Friendship/Romance

Couple : multipairings

Disclaimer : Comment dire que j'aimerais avoir une belle horde de loups garous dans mon jardin mais je crois que c'est mieux pour eux qu'ils continuent d'appartenir à Stéphanie Meyer :k, et les acteurs du film à eux même. L'univers et quelques personnages en revanche sont de ma création !

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Partie 9

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Le docteur Darroze lui a conseillé de sortir seulement voilà, il n'est pas suffisamment à l'aise pour cela. Il ne se sent pas menacé par la présence de Rejo, et même dans une certaine sécurité relative lorsque Jared est là...Avec tout autre présence exclusivement masculine c'est une autre histoire alors allez dehors, dans des bars ou soirées grouillant d'individus potentiellement menaçants ? Ah ça non ! Ses seules sorties ce sont ses rendez vous chez le psy. Il en profite donc, d'une certaine manière.

Rejo l'a laissé mais n'a pas attendu, il va visiter sa grand mère durant deux jours, et accessoirement ramener 'leur' chien et le fait de se retrouver seul à l'appartement l'angoisse légèrement. L'espagnol est son repère, sa référence, il peut compter sur lui, sa présence et depuis l'agressionc'est la première fois qu'il part plusieurs jours...Paul s'attend à ce que ce soit Jared qui vienne le chercher, son ami fait de son mieux pour l'aider, bien que tout soit différent, pas comme avant...

Quelle n'est pas sa surprise quand il aperçoit un japonais au look extravagant affalé sur une chaise, un magazine sous le nez. Qu'est-ce qu'Akira peut bien foutre ici ? A moins que ...? Paul refuse d'envisager cette possibilité. Mis devant le fait accompli a-t-il vraiment le choix ? C'est préférable de rentrer accompagné que devoir prendre les transports en commun ! Il salue vaguement l'asiatique, une boule au ventre, il n'a qu'une envie retourner en courant dans le bureau de son praticien.

Akira ne parle pas beaucoup et c'est tant mieux, si ça laisse un coté angoissant planer, il a le loisir de maitriser sa respiration, inspirer et expirer calmement. C'est assez ironique de penser qu'il a justement parlé de ça avec son psy, son manque de confiance en lui et les autres, cette paranoïa et ce stress constant dès qu'il quitte ses zones de confort. Il doit s'ouvrir aux autres, réapprendre à vivre au pluriel. Donner une chance à ses amis et aux gens en général.

Il lui faut tant d'efforts pour ne pas trembler de tout son corps et paniquer, assis là, sur le siège passager de la voiture d'Akira. Lui et Embry s'en sont sortis, alors pourquoi c'est si dur ? Il a beau se répéter que c'est son ami, c'est plus fort que lui, il se sent mal, au plus profond de ses entrailles.

"Ben tu veux manger quelque chose ?"

"Non !" S'empresse de répondre Paul, plus vite il sera rentré mieux il se portera ! Le japonais grogne et décide de tenter autre chose.

"Alors tu te plais chez Rejo ?"

"Nmmh"

Paul se gifle mentalement, s'il ne fait aucun effort, les choses n'évolueront pas et il restera ancré dans sa peur, sur la défensive. Fort heureusement le japonais redouble de conversation, ce qui pourtant n'est pas son point fort :

"Tu devrais repasser au club, tu nous manques tu sais !"

"Euh...Je...Peut être."

Akira acquiesce puis reporte son attention sur la route, une minute passe et il reprend.

"Tiens le procès aura lieu la semaine prochaine."

Jacob Black, le procès, oh non bien sûr il n'a pas oublié et s'il avait le malheur de le faire, ses rêves le rappelleraient à la cruelle réalité. Des tas de questions lui brûlent les lèvres.

"Il est où Jake ?"

Il a utilisé son surnom, c'est plus fort que sa volonté propre, son cœur accélère. Akira se crispe pour finalement répondre d'un ton détaché :

"J'ai pas trop suivi, c'est Sam qui m'a dit pour le procès."

Le silence s'installe mais toutes les pensées du passager voguent vers la personne qu'il hait et aime le plus, malgré lui. Ressentir deux émotions opposées simultanément le fatigue jusqu'à l'éprouver physiquement. Il veut, non, a besoin de savoir. Il est proche de la crise de nerfs, les paroles du japonais ont ravivé des tas de sentiments. Il s'agite et ne parvient plus à garder un calme apparent quand Akira gare la voiture devant l'immeuble de Rejo.

Il sursaute en sentant la main de l'autre sur son bras, il tourne son visage stressé vers lui.

"T'es sûr que ça va aller ?"

"Non."

Autant être honnête. Trop de choses se mélangent. D'un coup tout lui revient en pleine tête comme un boomerang. Le monde extérieur et les événements liés à ce dernier refont surface. Il ne sait plus où il en est et la perspective de rester seul à l'appartement, en plus du reste, ne l'aide pas à y voir clair. Il est en proie à une violente frayeur mentale. Un voile noir l'enroule dans un manteau froid, glacial. Il en frissonne de désagrément. Akira parait s'alarmer de l'état de catatonie apparente de son ami :

"Hey Paul ?!"

L'intéressé se dégage brusquement.

"T'inquiète !"

Il claque la portière et se précipite à l'intérieur, ses mains tremblent et il peine à ouvrir la porte d'accès à l'immeuble. Il entend la voiture redémarrer seulement lorsqu'il est entré. Il admet que son comportement ambivalent est difficile à juger. S'il s'est rué ici il regrette déjà sa solitude.

Seul dans cet appartement...Voilà où il en est. Cette indépendance qu'il a un jour revendiquée est révolue, sa solitude tant aimée devenue hantise. Au bout de tout ça, est-il encore un peu lui même ? Il ose un regard sur son reflet dans le miroir : ce qu'il y voit le dégoûte, lui donne envie de vomir. Dans l'obscurité de la salle de bain plus rien ne le rattache à cette putain de vie si ce n'est l'espoir fou et insensé de revoir Jake. Obtenir réparation est impossible, qu'attend il au juste ? Une explication, un moyen de comprendre ?

Entre la rage et la tristesse, la colère et la passion, finalement son malaise prendra fin quand il oubliera la moindre de ces sensations. Et il croise ses propres yeux accusateurs inlassablement, planté devant le miroir. Que doit il faire ? Le temps se prolonge et il en perd la notion. Des coups frappés à la porte le sortent de sa torpeur, enfin en quelque sorte. Il demeure la bouche close, le regard figé.

L'invité doit avoir les clés parce qu'il rentre sans son autorisation. Les lumières de l'appartement s'allument, éclairant la petite salle d'eau restée entre ouverte. Derrière son reflet, dans le miroir, se dessine la silhouette de Sam, il est rouge et essoufflé, il croit distinguer une lueur paniquée au fond de ses prunelles.

"Mais Bon sang qu'est-ce que tu fous dans le noir ?"

La seule réponse est un haussement d'épaule.

"Akira m'a dit que tu n'avais pas l'air bien..."

Cette fois ci Paul rompt le contact visuel avec son reflet et se retourne. D'une part il se sent révolté par la pitié qu'on lui voue incessamment, d'autre part il déteste se sentir acculé. Sam est à la porte, lui contre le lavabo. Il s'efforce de ne pas céder à la peur et choisit de se défendre par l'attaque.

"Ho c'est bon j'vais pas me suicider non plus ! Maintenant bouge de là !" Il crache, acide.

Surpris son aîné se décale. Au moins il est vivant, agressif, soit, mais vivant ! C'est toujours ça. Paul s'assied sur le canapé, il tape nerveusement du pied, dérangé par la présence de l'autre et perturbé par le flot de questions qui lui brûle les lèvres.

Sam fait les cent pas, sans savoir quoi dire. Il finit par leur servir deux verres d'eau.

"Parle moi du procès."

Demande doucement le cadet, c'est inattendu. Sam inspire puis s'assoit à distance raisonnable, il boit une gorgée d'eau, hésitant un instant. Paul a le droit de savoir et en plus s'il ne lui dit pas, d'autres s'en chargeront.

"Il aura lieu vendredi prochain. Seth et Jacob seront jugés, Anthony qui a joué les indics sera aussi entendu."

"Tu y vas ?"

"Oui."

"Nmmmh..."

Le plus jeune avale d'une traite le contenu de son verre, sa gorge était devenue sèche, puis il poursuit, de ce ton trop calme :

"Il est où ?"

"Ben...à la maison d'arrêt de New York en attendant son jugement, ensuite il sera probablement transféré à la prison d'État de San Quentin en Californie, il doit purger sa peine dans son état et sa résidence permanente est là bas."

Un temps de silence et Sam se rend compte de son erreur. Il n'aurait pas dû dire ça, la vérité peut faire plus de mal que de bien, elle n'est pas, contrairement à ce que l'on croit, toujours bonne à dire. Son cadet va encore se blesser et encore une fois, il aura le loisir de s'accuser d'y être pour quelque chose.

"Non Paul...Non."

"Si !"

L'hystérie prend possession de son corps, il ne se contrôle plus. Il se lève et déambule en tout sens, aussi désorganisé que son esprit.

"Je veux le voir ! Je dois le voir !"

Il a moins d'une semaine pour ça, après il sera trop tard.

"Hors de question !"

"Je m'en fous de ce que tu penses !"

"Bordel je te laisserai pas faire."

Sam commence à éprouver de la colère, il a conscience que perdre la maîtrise de soi n'aidera en rien, pourtant en dépit de son self contrôle c'est plus fort que lui. Ça crève les yeux que Paul est encore accro d'une manière des plus malsaines à cette ordure, et ça, ça le tue.

"Je demande pas ton avis !"

Dans ce monde parallèle qui l'habite une seule idée l'obsède et personne ne l'en fera démordre, quoi qu'il en coûte ! Plus Sam tente vainement de le résonner plus ses propos sont agressifs, voir mauvais.

"Mais Rejo lui m'emmènera ! T'as jamais rien su faire pour moi, continue d'être égoïste ça te va si bien."

Il se met à crier, à tel point que Sam, à défaut de pouvoir se contenir plus longtemps décide de claquer la porte d'un sinistre 'Puis merde fais ce que tu veux, ça changera pas'.

Seul. Il est seul et la tension retombe. Il est fatigué, terriblement fatigué. Son sommeil s'articule autour de rêves sombres et glauques, ne changeant pas ses habitudes moroses. Et pourtant il a une conviction : il va revoir Jake.

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Jared a essayé de l'en dissuader, il sait combien son meilleur ami peut lui en vouloir de retourner voir la cause de leurs malheurs, pourtant ça ne l'arrête pas. Il a pris soin de ne rien dire à son psy lors du rendez vous de la veille. Sam est en pétard. Rejo tapote nerveusement le volant tout en conduisant, ça n'a pas été facile de le convaincre mais l'espagnol est incapable de dire non. Ce coté doux et joviale qu'il a, l'empêche de s'opposer aux autres. Cela étant ça ne veut pas dire qu'il soit d'accord, Paul en a conscience.

Pirate, c'est le nom du petit chiot pelotonné sur le siège arrière, couine piteusement. C'est vrai qu'il ressemble à un labrador et un peu à Bosco mais il a une tête trop chou et le passager l'adore, bien qu'il ne l'admette pas devant son ami, celui ci serait trop content !

La maison d'arrêt se dresse devant eux. L'heure des visites a sonné, plusieurs véhicules sont stationnés sur un parking, les hautes grilles le séparent de l'objet de ses maux, deux gardes en uniformes se tiennent, droits comme des i...Au moins il ne se sent pas décalé ici, au milieu de la folie humaine.

Le fait que Rejo reste dans la voiture avec leur chien ne l'empêche pas de franchir les grilles, de présenter ses pièces d'identité, de se laisser conduire dans la salle commune des visites. Il est seul face à son destin, son cœur bat la chamade tandis qu'il s'assied. Il transpire, une peur légère et diffuse se répand dans son corps.

Puis il le voit et le temps semble se stopper net. Enchaîné des mains aux pieds, vêtu d'une combinaison gris pâle. Paul devine que son corps n'a rien perdu de sa superbe, seul son visage trahit les nuits agitées qui l'agitent, ses cheveux habituellement impeccablement coiffés sont en bataille, un peu trop longs. Une barbe de quelques jours renforce ce coté négligé. Il est beau. Ce qu'il éprouve dégoûte Paul, on ne trouve pas son agresseur beau, non ? Pourquoi est-il là au juste ?

Égal à lui même Jake prend place en face de l'autre, statufié en plein débat intérieur. Comment savoir où est la justice ?

"Paul...Je suis heureux de te voir. Tu as l'air d'aller bien ?"

Est-ce hypocrite ? Le concerné a les mains moites, les yeux fuyants, mal à l'aise. Son homologue poursuit :

"A dire vrai je ne croyais pas que tu me visiterais !"

"Moi non plus..."

La peur lui noue la gorge, Jacob l'effraie bien entendu, mais au delà, il l'attire, tel un aimant. La gravité est trop forte et a raison de sa faiblesse humaine.

"Je...Je..."

Il quoi au juste ? Jake sourit tendrement et place un doigt sur sa bouche.

"Shhh...J'ai déjà oublié tout ça."

Paul ne comprend pas vraiment, il est perdu d'avantage si cela est possible. Il se rappelle d'une chose importante et qui lui sert le cœur, une profonde compassion envers son vis à vis le saisit et ses yeux affichent l'inquiétude .

"Tu dois le dire pour ton père !"

Jake rit doucement :

"Mon avocat veut que je me décharge ainsi, pour être honnête je m'en tape de la prison, mais je vais évoquer les faits, histoire d'humilier plus encore ce vieux con. Vois tu la honte et le dégoût je ne les éprouve plus, que pourrait il m'arriver de pire que ce qui m'est déjà arrivé hein ?"

"Pourquoi avoir fait tant de mal, tu aurais pu porter plainte, ou même m'en parler..."

"Ho arrête ! Le psy dit que je suis cynique mais je n'ai pas fait ça par pur plaisir, c'était une vengeance. Je sais que c'est mal mais je ne regrette pas. Ne fais pas cette tête là, j'avais pas prévu ce qui t'es arrivé, tu aurais pu l'éviter !"

Les sentiments qui frappent Paul de plein fouet le laissent sans voix, tétanisé. Le garde annonce la fin de la visite.

"Je pense souvent à toi tu sais, je vais pas t'oublier..."

Sont les derniers mots du détenu face à un interlocuteur choqué, perdu serait un euphémisme. La douleur dans sa poitrine augmente et son cœur tape à s'en faire mal. La terre se dérobe sous ses pieds et le ciel lui tombe sur la tête. Les sentiments contradictoires sont toujours présents, haine, dégoût et amour, compassion. Et Jake lui a asséné un nouveau coup l'envoyant plus bas encore, au fond du trou. Il se sent soumis, impuissant et coupable. Et de surcroît il a peur, il est un être pitoyable.

Mécaniquement il franchit les portes de la maison d'arrêt, retour à la case départ. Il est pris dans un filet de sentiments qui font le Yo-Yo, s'amuse avec lui, à ses dépends. Peut il continuer à être blesser ainsi au gré du vent ? Il finira par tomber face contre terre et ce jour là, qui le relèvera ? Certainement pas Jacob...Ses espoirs sont vains et morts avant d'avoir pu éclosent.

Il s'assied sur le siège passager, dans un silence de plomb. Rejo n'ose pas le moindre mot et le petit chien couine à l'arrière réclamant de l'attention. Paul parvient à tout garder en lui, il se contente de fixer la ville qui défile à travers la vitre ignorant les soupirs inquiets du conducteur.

"Dis moi on pourrait aller boire un verre ce soir ?"

L'espagnol est surpris par la demande, doutant du bienfait de la chose. Pourtant il accepte. L'avantage avec Rejo c'est qu'il ne le contrarie jamais, et ça rassure Paul, en surface seulement.

Voilà comment quelques heures plus tard il se retrouve dans un bar latino du quartier, affalé sur le comptoir, une musique rythmée résonnant dans ses oreilles. Une foule dense l'entoure et c'est très drôle mais il n'est pas en stress total, probablement l'abus d'alcool ! Rejo a du mal à se faire respecter et atteindre le bar, il a quitté des yeux Paul quelques secondes et galère à le rejoindre, entre les bousculades, les connaissances à saluer, les gens bourrés...

"Une tequila siouplait !"

Quémande Paul au barmaid qui le regarde de travers, il avise Rejo qui est enfin parvenu à son but :

"Rejo faudrait penser à le rentrer ton pote, il va mal finir !"

Avec tout le mal du monde il tire Paul par le bras et traverse le bar. L'autre tient à peine debout. Il le traîne tant bien que mal, incapable de le soutenir mieux que ça. Ils titubent et zigzaguent sur le trottoir, Rejo veille à éviter les badauds et groupes formés devant certains établissements, leur appartement est à deux rues d'ici.

Le trajet est difficile et se fait dans la souffrance, petit à petit le visage de Paul s'assombrit, les vapeurs d'alcool lui donnent des idées maussades. Arrivé devant leur immeuble il se laisse tomber sur les marches en pierre froide. Il n'en bouge plus, en dépit des efforts de son ami qui lui intime de se lever afin qu'ils rentrent, désespéré.

Paul se prend la tête dans les mains et laisse échapper un faible :

"Au fond ce que j'ai toujours voulu c'était juste d'être aimé..."

Rejo s'agenouille face à lui et le secoue doucement, des sifflets hargneux le pressent dans sa tâche.

"Pourquoi j'ai du le payer si cher ?"

Les trois gars qui arrivent vers eux Rejo les connaît de vue, ils sont loin d'être fréquentables et s'ils ne veulent pas d'ennuis ils ont intérêt à rentrer, et vite !

"Paul s'il te plaît faut rentrer !"

Il le secoue avec frénésie et commence à s'affoler, il n'a jamais été très téméraire et si la présence de Paul en temps normal peut le rassurer là il ne voit pas de quelle façon s'en sortir. Autrement qu'en dégageant rapidement. Un dieu quelconque a dû l'entendre car son compagnon se lève et consent à le suivre docilement. Il était moins une, il claque la porte avec un profond soulagement.

Après avoir monté avec peine les escaliers jusqu'au 2ème, l'espagnol aide Paul à s'asseoir péniblement sur le canapé. L'autre soupire de lassitude et le retient par le bras. Rejo consent à s'asseoir à ses côtés, surpris par le geste, surtout que son vis à vis somnole à moitié. Il ne s'attendait pas plus à la suite : Paul se love contre lui, lui faisant penser à un petit chat qui réclame des caresses. Il sourit vaguement, peut importe combien on tente de lutter à l'extérieur on a tous un profond besoin d'affection au fond.

L'hispanique passe doucement les mains dans les cheveux de l'autre, lui massant ainsi le crâne, la tête de Paul qui est à moitié allongé, calée sur son torse. Peut être que c'est bizarre mais Rejo ne saurait lui donner cette tendresse, dans la mesure ou cela peut le l'autre se sent bien, juste bien, baigné dans ce cocon de tendresse. Et le plus vieux s'endort paisiblement, bercé par son cadet qui caresse incessamment ses cheveux, n'osant pas défaire l'étreinte, de peur de le réveiller.

Un interlude de douceur qui les porte dans un sommeil calme et sans rêves où les cauchemars ne seraient plus que de lointains souvenirs, à peine visibles. La nuit les porte dans leur indolence...

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Sur le matin Rejo n'ose pas bouger, malgré le fait que la moitié de son corps soit engourdi par le poids de son colocataire. A vrai dire il n'a pas franchement envie de bouger, le sentiment de réconforter l'autre est si présent qu'il le conforte dans une certaine satisfaction.

Le réveil est plus délicat pour Paul, l'abus d'alcool de la veille a laissé des traces et son cerveau fonctionne au ralenti. Paradoxalement, si avant il ne l'aurait jamais avoué, l'affection donné par son ami lui a permis de réchauffer un peu son cœur, le temps d'une nuit seulement...Il apprécie cette relation qu'il développe avec le petit espagnol, ça ne remplacera sans doute pas le vide qui l'habite, mais ça fait du bien. Il n'a aucun problème de contact physique avec lui, aucune peur, il est comme libéré d'un poids.

Il se frotte les yeux en acceptant la tasse de café que l'autre lui tend gracieusement quand la sonnette retentit, stridente. Elle lui fait d'ailleurs affreusement mal à la tête. Il grogne pour la forme et c'est bien entendu Rejo qui se décide à aller ouvrir la porte. Et vu le capharnaüm que fait leur invité à peine rentré ce ne peut être que Jared. Un sentiment de soulagement envahit Paul, au moins il ne lui en veut pas...

Leur ami s'assied afin de boire le café avec eux, il a même pris la peine d'amener des croissants frais. Le sujet de Jacob est soigneusement évité, la politique de l'autruche est sans doute la plus facile à suivre sans risquer de blesser quiconque. Les choses semblent suffisamment délicates ainsi et unanimement ils voudraient fermer les yeux et laisser s'effacer la douleur des événements passés. Juste oublier, si simplement...

Les conversations futiles et sans intérêt s'enchaînent, entraînant des rires, pourtant ceux-ci ne ressemblent plus à ceux d'avant, il y manque le bonheur à l'état brut, celui qui vous fait sourire quand vous vous levez le matin. S'il fait semblant d'aller bien, les autres feront semblant de le croire, et la spirale de ce mensonge les aspirera, encore et encore. Les pensées de Paul commencent à s'assombrir mais, une fois n'est pas coutume, c'est la voix de Rejo qui le tire de ses songes :

"Dis Paul pourquoi tu ne reprendrais pas la boxe ? Tu as du temps libre." Il évite de préciser que cela est dû à sa perte d'emploi couplé avec son manque d'envie de sortir le soir. "ça te ferait du bien non maintenant que ta main va mieux ?"

En premier c'est l'horreur qui submerge l'intéressé. Soit la boxe il adore ça et en a fait des années durant mais les vestiaires sont commun à son bon souvenir, ce qui implique une éventuelle douche commune. L'angoisse totale ! Ensuite il parvient à relativiser, l'idée l'attire malgré tout, il voudrait juste pouvoir continuer de s'appuyer sur sa béquille, incapable de marcher sans. Il répond donc :

"Ben tu viendrais le faire avec moi ?"

Le visage de l'espagnol passe par toutes les couleurs de l'arc en ciel et il ouvre de grands yeux effrayés sous le rire moqueur de Jared. Il bégaie avant de parvenir à s'exprimer distinctement :

"Non mais ça va pas ? J'ai pas envie de mourir et d'être couvert de bleus non plus. Hors de question !"

Oui bon en même temps Paul s'en doutait un peu. Rejo faire de la boxe ? Quelle drôle d'idée lui a traversé l'esprit ? Il se tourne vers son meilleur ami, plein d'espoir, lui a un profil à priori plus prometteur, seulement :

"Non...Tu sais que j'aime pas les sports de combat, à la limite tu m'aurais dit un sport collectif...Quoique je peux pas me permettre de débarquer au taf avec des marques de coup tu vois ! Nan je vais continuer de faire des pompes dans mon salon, c'est plus sûr !"

Un profond soupir lui répond, décidément il se dit que ses amis sont des petites natures...Cela étant lui même ne sait pas s'il sera capable de le faire ou non. Ils passent à un autre sujet et Paul prend énormément sur lui pour accepter l'invitation à aller boire un verre avec ses amis.

Toute l'équipe est là, Sam mis à part et il se demande silencieusement si l'autre homme lui en veut. Après tout il a raison : il n'en fait jamais qu'à sa tête.

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Paul regarde par la fenêtre, la pluie tombe sans discontinuer et de gros nuages gris se relaient pour mieux les menacer. Cependant l'animation New Yorkaise n'a pas cessé, l'agitation demeure égale à son habitude, parapluies en plus. Il reporte son attention sur le Docteur Darroze. A vrai dire il aborde des sujets sensibles mais ça ne le gêne plus, au contraire, il accorde toute sa confiance au praticien. C'est pour cela qu'il lui conte les jours précédents, la visite à Jake, les réactions de ses amis...

"Pourquoi faut il que je sois attiré par ces choses qui me font du mal ? Mes amis ont raison, il suffirait que j'apprenne à aimer ce qui me fait du bien. Pourquoi je me fais du mal ? Vous croyez que je m'autodétruis ? Pfff ce serait tellement plus simple si je pouvais aimer quelqu'un comme Rejo, lui au moins me soulage !"

Le praticien fait signe à Paul de se rasseoir, ce dernier s'étant un peu emporté, agacé par lui même, intrigué par ses problèmes relationnels.

"Calmez vous Paul..."

Il poursuit uniquement lorsque son client se rassoit, tapant nerveusement du pied.

"Vos réactions ne sont pas auto destructrices rassurez vous. Vous n'avez pas eu de figure paternelle étant enfant, vous projetez ce besoin dans vos relations, vous recherchez cette autorité, une personne qui ait de l'ascendance sur vous parce qu'ainsi vous éprouvez une forme de sécurité, en parallèle vous souhaitez être aimé. Les deux ne sont pas incompatibles, il faut juste que vous cessiez de les dissocier. Accepter d'avoir des sentiments et les admettre permet bien souvent un retour, tout le monde n'est pas en mesure de lire en vous si vous ne vous confiez pas. Apprenez à vous exprimer. Tenez lorsque Sam a fini par céder et partir de chez vous, vous auriez aimé qu'il insiste et vous empêche d'aller voir Jacob ?"

Paul réfléchit un quart de seconde.

"Peut être..."

"Voyez. Votre comportement indique une chose et votre esprit en veut une autre, la personne face à vous peut elle le deviner ? Je vous répète d'apprendre à exprimer vos ressentis. Vous devriez tenter de remercier, vous excuser et pardonner toutes les personnes susceptibles de l'être dans votre entourage, selon vos sentiments, sans vous poser de questions."

Le jeune homme acquiesce, dubitatif et peu emballé par l'exercice.

"Le procès a lieu dans deux jours. J'ai peur."

"C'est normal. ne reniez pas cette peur."

"Je ne sais pas comment tout ça va se passer, je resterai à l'extérieur avec Rejo. Sam, Leah, Jared et Embry seront à l'intérieur. Je me sens minable, vous savez Embry et moi étions les seuls à être en mesure de témoigner et d'apporter des preuves recevables. J'ai refusé catégoriquement et lui va devoir revivre ça encore une fois. Au début il a refusé, puis finalement il a accepté, je sais bien que Jared sera là, pas loin, mais ça me fait mal pour eux. Au fond c'est ma faute et c'est moi qui aurais dû être à la barre. Et pourtant...Je ne suis pas même capable d'être dans cette putain de salle, assis à entendre Sam décrire dans quel état misérable il m'a retrouvé. Je suis si faible..."

Et le psychologue écoute, parce qu'après tout ça fait partie de son travail. Son calme égal est apaisant, sécurisant et Paul se détend.

"Ne vous jugez pas pour des crimes que vous n'avez pas commis, ce n'est pas vous le coupable."

En dépit du climat de confiance, en dépit du professionnalisme de son docteur, ce sujet le dérange, il en change sans transition :

"Au fait, je vais peut être reprendre la boxe..."

"Oh ! C'est une merveilleuse idée ça !"

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Les heures passent trop vite, elles sont trop vives et amères, trop douces et caressantes. Trompeuses surtout. Il sont assis là, sur les marches du tribunal, à l'extérieur du grand 'spectacle'. Il est à coté de Rejo, Quil, les époux Cullen, Jasper et d'autres membres du personnel forment un petit groupe un peu plus loin. Akira est aussi au procès finalement, un choix qui étonne Paul par ailleurs.

Ironie du sort, le soleil brille, illuminant la grande place du tribunal. Le résultat, voilà ce que tous attendent, qu'en est il ? L'histoire va-t-elle prendre fin ? Ah non...La vie ce n'est pas comme un livre que l'on ferme et jette lui a dit son psy...Malheureusement ! Ses yeux se perdent sur le ciel bleu quand il s'entend murmurer, d'une voix semi-réelle :

"Merci pour tout."

Rejo se tourne dans sa direction et l'interroge du regard.

"Je...Tout ce que tu fais...C'est...Sans toi je m'en serais jamais sorti."

L'autre ne peut retenir un sourire sincère.

"Ça m'a fait plaisir de faire ça pour toi, tu n'as pas à me remercier !"

Peut on être si pur et honnête, si dépourvu de méchanceté, innocent et pourtant conscient de la terreur humaine ? Paul est fasciné et lorsque l'espagnol lui dépose un léger bisous sur la joue il se répète qu'il a finalement beaucoup de chance dans son malheur.

Le glas a sonné, l'heure des vérités est arrivée. Le cœur de Paul se serre à en étouffer et rate plusieurs battement d'affilée. Les premières personnes à sortir sont Jared et Embry, ce dernier a l'air secoué et son compagnon a passé un bras autour de ses épaules et le tient serré contre lui, lui murmurant des mots de réconfort. De près les suivent Sam et Akira, visages fermés. Puis ils sont assaillis.

D'après Sam, Jacob s'en sort bien, il a été condamné à 9 ans de prison ferme, son avocat, le meilleur de l'état au demeurant, a plaidé les circonstances atténuantes et appuyé le manque de preuves utilisables. Jake a donc bien évoqué les viols qu'il a subit dans son enfance, ce qui a nécessité une suspension d'audience, tout l'auditoire étant choqué. Billy Black a dû se retirer. Et Paul sait que Jake aura une remise de peine, il ne restera pas plus de 5 ans ans sous les verrous, injuste ou justifié ? Il n'en sait rien. Le condamné était aussi une victime.

Aucune poursuite n'a été retenue contre Anthony qui a témoigné en disant qu'il ne savait rien, qu'il avait seulement été payé pour rendre un service, et il a paniqué en comprenant. De toute façon il ne pourra pas rester dans l'état sans papier. Seth lui a tout nié en bloc, et a certifié avoir été manipulé et utilisé. Au final il n'a pris que du sursis. Et Paul a envie de vomir quand il le voit passer, escorté par sa sœur, le regard fuyant. Il savait très bien ce qu'il faisait...

"Hey Paul t'es sûr que ça va ?"

Sam lui passe une main devant les yeux, inquiet. Sans savoir qui de son corps ou de son cerveau le guide, le jeune homme se retrouve dans les bras de Sam, s'accrochant de toutes ses forces à sa chemise.

"Merci...Merci."

L'aîné est pris au dépourvu.

"Euh...Je..."

Avant de serrer à son tour son ami dans ses bras, précautionneusement, il chuchote doucement :

"C'est fini. Tout est terminé."

Paul aimerait le croire. Mais les bras chauds qui le réconfortent ne suffisent pas à lui faire oublier que rien, absolument rien n'est terminé. Le combat continue, chaque jour de cette vie horrible devenue sienne. Il s'entend parler si bas qu'il se demande s'il a bien dit ces mots :

"Je t'ai jamais remercié mais si t'étais pas venu ce soir là, je ne sais pas comment ça se serait terminé..."

Il a bien dû murmurer cette phrase car l'autre le serre plus fort étouffant sa peine du même coup. Paul se sent un peu mieux, le Docteur avait raison, remercier ses amis lui fait du bien. La sensation est de courte durée quand il distingue Jake qui sort de tribunal, escorté. Il se détache rapidement de Sam et le fixe, subjugué, inlassablement attiré vers lui. Il est à une dizaine de mètres pourtant il distingue dans les moindres détails les traits de ce magnifique visage, il voudrait pouvoir le toucher du bout des doigts une dernière fois, se dire que tout ça n'est finalement qu'un tissu de mensonges, se sentir à nouveau aimé.

Puis leur regard se croisent, dans les yeux sombres de Jacob, il ne voit que cette étincelle habituelle, il ne parvient pas à y lire quoi que ce soit d'autre...Ce sourire en coin lui transperce le cœur, est-il fou ? Il oublie la notion de réalité, la logique, et perd toute rationalité. Pris d'un violent élan de nécessité il esquive un geste en avant. Une poigne de fer s'enroule autour de son poignet et le stoppe net, il se crispe, ses muscles se tendent et il serre les dents. Il s'oblige à ne pas protester et ferme les yeux pour oublier que l'homme qui le fait vivre en le tuant, disparaît dans une voiture, escorté par les agents des forces de l'ordre. Rien n'est terminé...

Les sentiments absurdes, ces pensées malsaines s'embrouillent dans son esprit, un voile opaque semble obscurcir sa perception des choses. Ses paupières s'ouvrent, Jake a disparu, à l'égal de la main sur son poignet, désormais il est seul. Seul, ce mot résonne, le laissant planté là, les yeux grand ouverts. Ses amis pensent sans doute qu'il perd la tête et ce n'est pas totalement faux ! Une violente envie d'appeler son psy le prend, il saisit son portable dans la poche arrière de son jean quand ses yeux tombent sur un jeune homme à la silhouette élancée. Il le reconnaît. Edward Masen, l'ex de Jake. Il est proche de la rupture.

Sans s'en rendre compte il s'est éloigné du groupe formé par ses amis, se tenir à l'écart, tenter de fuir sa propre vie. Il s'accule lui même, dos au mur il s'y laisse porter et lève les yeux vers le ciel : l'ironie veut qu'il soit bleu sans aucun nuage. Sa surprise frise l'horreur, pourquoi cet Edward se trouve à quelques mètres, marchant dans sa direction ? Il ne parvient même plus à déglutir, sa gorge sèche le pique. L'homme à la peau claire s'arrête à distance raisonnable, lui qui était dans son souvenir si arrogant affiche un visage doux, presque avenant mais Paul répugne à lui faire confiance. Cela étant, coincé entre le mur et lui il n'a aucun moyen de l'esquiver discrètement. Il ne sait pas s'il doit être énervé, agacé on encore effrayé, intrigué aussi...

"Salut..."

La voix posée et légère s'élève et danse dans l'air ambiant, devant la bouche close de Paul l'autre poursuit :

"Je suis désolé que notre première rencontre ait été un peu abrupte..."

Les secondes s'égrainent et Edward comprend vite qu'il ne doit pas attendre de réponses en retour.

"Tu avais l'air très attaché à Jacob. Oublie le."

Un nœud à l'estomac et la violente envie d'hurler, la voix menaçante répond enfin :

"Tais toi..."

Ses mains tremblotent et Edward soupire longuement avant de reprendre d'un ton las :

"Et qu'est-ce que tu attends, tu crois quoi au juste ? Il n'y a pas eu que toi ! Jacob a un problème."

"Tu dis n'importe quoi ! N'importe quoi !" Se persuade Paul, sa volonté s'ébrèche...

"Il faut que tu passes à autre chose, ce gars a des déviances, moi aussi j'y ai cru puis il a commencé à être obsédé par sa vengeance, je ne croyais pas qu'il irait jusqu'au bout avant de réaliser quand il m'a laissé à San Diego qu'il m'avait abusé, moi aussi, de toutes les façons possibles. Réfléchis à tout ça, tout était faux. Toi aussi il t'a impressionné avec ses paroles bien tournées, ses costumes et son argent n'est-ce pas ? Il savait diriger la conversation, diriger tout court sans que tu ne le vois, te faire te sentir inférieur et en admiration devant lui. Mais que t'a t-il livré au fond, t'a t- il seulement donné de quoi alimenter tes fantasmes d'amour ? A voir ta tête, même pas !"

Paul suffoque, parce qu'il ne veut ni entendre ni croire tout ça, ça fait mal. Il voudrait se boucher les oreilles et effacer son disque dur. A mesure de ce discours des larmes silencieuses dévalent ses joues et une part de lui refuse toujours d'admettre la dure réalité : il doit se décrocher de Jake.

Edward lève les yeux au ciel et reprend, excédé :

"Moi je m'en fous je dit ça pour toi, tu fais ce que tu veux maintenant mais je crois qu'il a fait assez de mal comme ça, t'as des amis qui sont là pour toi, tu t'en remettras !"

Un dernier soupir et le jeune homme tourne les talons, le laissant seul et pris dans un étau froid. La panique l'envahit, il ne parvient plus à diriger ses émotions, son cœur se serre. Il plaque une main contre, ses jambes se dérobent sous lui et il se retient à l'aide du mur de pierre, au fond de ses prunelles luit un éclat perdu, abandonné. Il a l'impression qu'on a jeté son âme aux requins, dans les tréfonds de l'océan pacifique, là où personne n'ira plus la chercher, son cœur avec coule lentement.

Dans ce tableau noir et sans vie, les visages paniqués de ses amis défilent, ils s'agitent autour de lui, conscients qu'il est terrassé par une crise de panique brutale. Ni leurs mots apaisants, ni leurs gestes n'effacent la douleur qui le lacère de l'intérieur même si le calme revient, extérieurement.

"La vie n'est pas un rêve parfait." Clo