Titre : Only Poisoned Your Mind

Auteur :Wolfin Hope

Bêta reader : veronicka

Origine :Twilight

Genre : Yaoi/Slash, Angst, Crime & Friendship/Romance

Couple : multipairings

Disclaimer : Comment dire que j'aimerais avoir une belle horde de loups garous dans mon jardin mais je crois que c'est mieux pour eux qu'ils continuent d'appartenir à Stéphanie Meyer :k, et les acteurs du film à eux même. L'univers et quelques personnages en revanche sont de ma création !

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Partie 10

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Les cauchemars, incessants. Si la source de ses tourments s'est éloignée les conséquences s'amplifient, jour après jour. Est-ce la voie de la guérison ? Il parait que l'on ressent parfois une plus grande douleur avant la cicatrisation.

L'affection que lui apporte Rejo et le soutien de ses amis, ces choses lui permettent de tenir malgré tout. Il a appris à ne plus être égoïste, il admet qu'il y a des gens qui tiennent à lui, sans savoir pourquoi ils s'intéressent encore à l'épave qu'il est devenu. A peine l'ombre de lui même.

Il accepte de ressortir, mais l'insécurité le guette, il jette sans cesse des regards furtifs de tout cotés. Un serveur dépose deux cafés devant eux. Jared, assis face à lui, remarque l'attitude de son ami. Il lui parle sans discontinuer, tentant de le sortir de sa catatonie. Puis Paul a soudainement le besoin d'obtenir le pardon, de rétablir les liens qu'ils avaient, juste revenir en arrière. C'est son vœu le plus cher.

"Youhouuu"

Jared agite vivement sa main à l'adresse de son vis à vis.

"Hein tu disais ?"

"Je te demandais si tu avais contacté le club de boxe du coup ?"

"Non je me sens pas encore prêt."

L'autre soupire et hausse les sourcils.

"Tu sais t'es bizarre en ce moment, tu changes sans cesse de comportement."

"Ah ?" Répond évasivement Paul, peu concerné.

"Ouais je sais, c'est normal, Embry fait pareil des fois. Mais rendez vous compte que pour nous c'est pas facile de savoir comment réagir !"

Il a sans doute raison, mais il est impuissant face à ce phénomène. Il se contente donc de hocher a tête en enchaînant :

"Au fait que devient le club ?"

Les traits du visage de son ami se crispent et il grimace.

"Le vieux pervers de Black s'est barré, il avait sûrement trop honte, Sam essaie de racheter je crois, mais c'est compliqué !"

Un temps de silence prend place. Sam, c'est vrai que Paul ne l'a pas trop vu ces derniers temps et c'est sans doute mieux ainsi. Il est suffisamment perturbé par le reste. Sans parler des propos d'Edward qui tournoient sans interruption dans son esprit. Il hésite à les admettre, les accepter comme étant la vérité. Et il pense aussi à Billy Black, si Dieu existe pourquoi il s'en sort à si bon compte ? Ah l'accident... Un peu de justice au milieu de cette grande mascarade. L'horrible pensée interdite le prend : comment va Jake ? Dans cette prison, au fond d'une cellule froide. Il est fou, définitivement.

"Dis tu pourras me pardonner un jour tout ce que je vous ai fait subir à Embry et toi ?"

La violente envie de pardon qui prend le dessus, besoin irrépréhensible et puissant. Son ami ouvre de grands yeux effarés, l'air un peu perdu, l'enchaînement des événements le dépasse. On parle des victimes mais rarement des proches des victimes, pourtant c'est presque aussi douloureux. Quand on aime une personne, comme l'amour de sa vie ou comme un frère, on développe une forte tendance à l'empathie et leurs souffrances nous deviennent insoutenables. C'est ce qu'endure Jared, pétrifié dans son incapacité à stopper cet engrenage.

"Mais je ne t'en veux pas ! Jamais, c'est PAS ta faute. Tu n'es PAS coupable. Je t'aime bon sang, tu est le frère que je n'ai jamais eu !"

Paul se sent mieux, soulagé à ces mots, un poids s'envole. Mais le vide, ce trou qui s'est formé dans son cœur, reste, béant et à vif, rien ne semble en mesure de le combler, sauf l'amour envolé auquel il a eu la naïveté de croire. Un simple rire cynique lui échappe et son ami renonce à y trouver une signification rationnelle.

"Viens on rentre, je me sens mal ici."

C'est vrai, les gens qui passent, les éclats de voix, un profond malaise le saisit. Il connaît la suite. Il va rentrer, compter sur Rejo, pour ne pas changer. Il fera quand même des cauchemars qui lui rappelleront ce qu'il voudrait oublier, s'éveillera en sueur et refusera de croiser son reflet dans le miroir lorsqu'il ira se rafraîchir. Peut être que ses songes nocturnes agités auront à ce moment réveillé son colocataire. Alors l'espagnol s'approchera de lui avec sa mine endormie et déposera un bisous sur sa joue en lui disant de se recoucher.

Il ne sera pas rassuré pour autant. Il aime clairement la présence de Rejo mais il a mal et ne se sent pas en sécurité, un mot qui d'ailleurs lui échappe, à peine se souvient il de sa définition. Et lui, être pathétique qu'il est, continue de subir passivement. Avant de se recoucher il donnera une caresse sur la tête du chiot endormi sur le canapé. Jamais il se serait vu abandonner ainsi le combat mais peut on vaincre un ennemi trop fort pour nous ?

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Assis dans la voiture il regarde le paysage devenu habituel défiler. Il ne va plus qu'une fois par semaine chez son psychologue et aujourd'hui c'est Akira qui l'y conduit. La présence du japonais ne le gêne pas plus que ça. Cependant un petit truc cloche, lui échappe et le perturbe. Il sait pertinemment qu'Aki a forcé sur la drogue suite à son agression. Cela mis à part le jeune homme a repris le fil de sa vie, la page semble effacée. Son disque dur interne a accepté de jeter la sélection douloureuse à la corbeille, pas le sien !

"Tu n'as jamais l'impression que tu vas mourir ?"

"Je ne vois pas pourquoi ? " S'étonne l'asiatique sans détourner le regard de la chaussée.

"Comment tu peux faire comme si rien ne s'était passé ?"

Après une fraction de seconde d'hésitation l'autre décide de répondre franchement, de son traditionnel timbre sans émotions distinctes :

"Je me suis fait violé et après ? Tu crois quoi ? Avec mon passé ce n'est pas la première fois. Je devrais faire quoi ? M'apitoyer ? Nier ? Au final ça change rien, et si ça va vraiment pas je me prends un bon rail ! La vie est une salope et elle nous enculera tous quoi qu'il arrive alors..."

Paul ne dit rien, la sincérité de ces paroles le bouleverse, car c'est ce que lui refuse d'admettre. La cruauté des termes employés le ramène à la réalité, que s'est il vraiment passé ? Il ne le sait que trop bien, le refuser n'efface rien. Et la nuit, souvent, il le rêve, son viol il le connaît par cœur, il le hante littéralement.

C'est la boule au ventre qu'il franchit les portes coulissantes qui mènent au cabinet du Docteur Darozze, seul. Il a apprit à faire certaine chose sans l'aide de personne. La secrétaire lui sourit et lui fait signe d'entrer. Les couloirs bruns, la porte en bois, lourde. Il la pousse et entre.

"Bonjour Paul, comment allez vous ?"

Le jeune homme ne répond pas. Il s'autorise un long regard par la fenêtre avant de s'asseoir, lentement. Ce n'est pas comme d'habitude et un léger stress se répand dans ses veines, ses lèvres tremblent. L'homme face à lui affiche son éternel visage serein, prêt à écouter son patient.

Une déferlante de sentiments qui se contredisent envahit Paul, la gorge nouée il débute son récit d'une voix faible, reflet de son état intérieur :

"Ce jour là j'étais énervé, et je voulais connaître la vérité, il m'avait menti sur Bella Swan et j'avais besoin de savoir pourquoi. Bien sur l'idée qu'il ait pu être coupable m'a effleuré l'esprit mais je l'ai refusée... Au début il a évité mes questions, il devait s'attendre à ce que j'abandonne afin de ne pas l'agacer, pourtant après le repas j'ai insisté de nouveau... Il était distant alors quand il a commencé à me toucher j'ai trouvé ça suspect puis j'ai pensé qu'il essayait simplement de détourner la conversation..." Il prend une longue inspiration, sa gorge est sèche et douloureuse. "En fait à partir du moment où j'ai clairement refusé ses avances tout a dérapé. Il m'a jeté sur le lit, j'étais trop surpris pour réagir, après il a appuyé sur ma main blessée et frappé, à cet instant j'ai compris. La peur, l'horreur, la souffrance, j'ai cru mourir, dans ses yeux... Il était si cruel, vide d'empathie. J'ai prié silencieusement, à chaque mots je recevais un coup et...Il...Il m'a pris de force !..." Des larmes de confusion dévalent ses joues et il continue en bredouillant. "C'était long, tellement long et j'avais si mal, j'aurais tout donné pour que ça s'arrête, je me suis senti sali, j'ai honte, je voulais me débattre mais j'étais attaché. Je suis si faible, je me dégoûte, j'aurais dû empêcher ça..."

Ce sont de gros sanglots qui dégoulinent sur ses joues désormais, se mettre à nu ainsi fait resurgir ce qu'il veut à tout prix enterrer six pieds sous terre. Le Docteur pose ses mains à plat sur son bureau et déclare sans se départir de son calme légendaire :

"Vous n'êtes pas coupable, vous lui avait dit d'arrêter non ?"

"Oui..."

"Et qu'a-t-il fait ?"

La lame d'un couteau aiguisé tournoie dans la plaie.

"Il...Il a continué...Il m'a ...Violé..."

Enfin, l'admission, accepter les faits. Ses pleurs ont cessé, les joues humides il soupire, de soulagement mais de douleur parallèlement.

"C'est lui le coupable, Jacob a abusé de vous. Vous n'y êtes pour rien."

Bon sang que ça fait mal d'entendre ça. Car oui force est de constater que Jacob est son violeur, son bourreau. Attachement ou non c'est la personne qui a détruit sa vie, irréversiblement. Leurs liens ressemblent à un vague tissu de mensonges et de trahisons.

Une foie sortie de la salle de consultation il se sent comme après un match de boxe éprouvant. Il a juste envie de dormir, terrassé par le manque de sommeil accumulé. Il songe qu'il pourra sûrement tourner une page de son carnet une fois rentré, il s'allongera ensuite paisiblement sur le canapé, Pirate (le chien!) lové contre lui. Oubliant l'espace d'un court instant ses propres souvenirs.

Il retient un hoquet de surprise quand il aperçoit Sam dans la salle d'attente, c'est bien la dernière personne qu'il souhaite voir après son terrible récit. Il envisage une seconde de se cacher derrière le mur et sortir en douce, puis finalement que fera-t-il après ? Trop tard de toute façon... L'autre l'a vu, et semble tout aussi mal à l'aise.

"Hey..."

Vu l'entrain qu'il y met il à l'air ravi d'être ici, Paul se contente de le fusiller du regard, un peu vexé. Et surtout, peu enclin à parler. Il suit donc en silence son aîné, il a conscience de ne pas lui rendre la tâche aisée, Sam joue avec ses clés de voitures et ça il le fait uniquement lorsqu'il est nerveux.

Un frisson parcourt le corps de Paul tandis qu'il s'assied coté passager. Il ne se sent pas à sa place, il a toujours détesté laisser Sam conduire lors de leurs rares sorties, c'était un rituel, une sorte de caprice personnel que l'autre lui accordait. L'aîné ressent le besoin de justifier sa présence quand il démarre la voiture.

"Désolé Rejo ne pouvait pas venir et Aki avait un rendez vous..."

Et la remarque agace profondément le plus jeune, le blesse même. Il est un boulet, un poids à traîner pour ses amis. Il déclare sombrement :

"T'inquiète, la prochaine fois j'irai seul."

"Mais..."

"Normalement je ne devrais pas avoir oublier comment on conduit !"

Sam s'autorise un demi-sourire en repensant à la Push, des années en arrière. Alors qu'il n'avait pas 15 ans, Paul a débarqué au volant d'une voiture, Jared et lui n'ont jamais su d'où elle venait, mais Paul avait vraisemblablement déjà une attirance particulière avec les voitures et un don certain pour la conduite.

"C'est inné ça chez toi !"

"Sans doute."

"Au juste Jared et Embry voudraient qu'on passe manger chez eux, si tu es d'accord ?"

"Ouais... Comme ça je verrai l'immeuble où un temps j'ai eu mon appart..."

"Soit pas cynique, ça va s'arranger."

Paul ricane et tourne la tête en direction de l'extérieur, se fermant totalement à l'autre. Il se sent minable et n'a aucun désir de partager cet état d'esprit. Il sait qu'il met des murs entre Sam et lui, et au fond, c'est mieux ainsi. Durant le trajet c'est sa vie passée qui défile, ces lieux si familiers, le square, le bureau de tabac et enfin son immeuble, là d'où il s'est senti arraché de force, faute de moyens. C'est de la rage qu'il ressent alors et il retient des larmes haineuses en serrant les poings.

Le jeune homme se ressaisit et remet tant bien que mal ses émotions en ordre ne sachant pas trop si remettre les pieds ici lui fait plus plaisir que ce n'est douloureux ou l'inverse. Il passe devant Sam, se sentant ainsi plus en sécurité et s'oriente facilement dans les couloirs pour finalement s'arrêter brusquement sur le pas de la porte. Il la franchissait si souvent avant ! Immobile, il demeure paralysé. Sam se décide donc à sonner, se collant presque à lui pour ce faire. Si les battements de son cœur accélèrent malgré lui, Paul se sent fortement mal à l'aise. Par conséquent il s'écarte abruptement et l'autre lui adresse un regard d'excuse, visiblement perdu face à ses comportements. La soirée s'annonce délicate en tout point, une pensée qu'ils partagent tandis qu'Embry leur ouvre la porte.

C'est étrange de constater à quel point le couple semble avoir retrouvé ses repères. Paul a l'impression de faire un retour dans le passé et il s'y laisse porter, soulagé de pouvoir s'imaginer retourner en arrière. Embry a tout préparé, Jared n'a jamais su cuisiner, ça il s'en souvient du temps où ils ont été colocataires, intoxication alimentaire garantie ! Le plus jeune membre du couple donne des ordres à l'autre qui s'y plie docilement en ne râlant que rarement. Ils ont toujours fonctionné ainsi mais un détail interpelle Paul : Jared semble mettre un point d'honneur à ne pas contrarier son amoureux, semblant surveiller chacun de ses mouvements, la moindre de ses réactions.

Ils sont assis à cette table tout les quatre, une profonde nostalgie embaume l'air ambiant. La douce mélancolie de souvenirs agréables. Les trois autres parlent mais lui pense silencieusement. Aux disputes cultes de Jared et Embry, aujourd'hui trop calmes. Aux fous rires partagés ici même, l'insouciance qu'ils avaient alors. Parfois les regards échangés avec Sam lorsque leur deux amis quittaient la table, un simple sourire qui scellait alors leur secret. Ça l'a amusé un moment, puis c'est devenu un poids, mais bien moins lourd que celui qu'il porte maintenant. Il ne se rend pas compte qu'il a les yeux dans le vague, partie dans un autre monde bien lointain.

Une main sur son épaule le fait sursauter de surprise et d'inquiétude avant qu'il ne se rende compte que c'est seulement Jared qui s'est levé et placé à ses cotés, la mine inquiète. Paul bloque sur son visage puis passe à celui de Sam, qu'il ne déchiffre pas pour terminer par Embry, une lueur désolée au fond des prunelles.

"Qu'est-ce qui se passe ?"

Au fond la volonté n'y est plus. Son courage s'échappe, il lui glisse entre les doigts et le paysage s'effrite, cette belle illusion du passé lève le voile sur la cruelle vérité. Il voudrait fermer les yeux et refuser, revenir sur son admission, continuer de s'enterrer et se mentir à lui même. Et puis en fait il ne sait pas ce qu'il veux, plus rien sans doute. Une sorte de couinement plaintif lui échappe, quitte à être pathétique autant l'être jusqu'au bout ! Jared commence à paniquer, bien qu'il tente de masquer ses émotions. Paul parvient à se tourner en direction de Sam et demande, en veillant à éviter son regard.

"Je veux rentrer..."

C'est soudain, son meilleur ami est visiblement déçu et bredouille des paroles qu'il ne capte pas tandis que Sam hoche la tête affirmativement, le visage fermé.

"Mais...Mais et le dessert ?" C'est Jared.

"Désolé..."

"Mais..."

Embry coupe la parole à son petit ami en posant la main sur son avant bras, stoppant son geste en vue de retenir Paul.

"Laisse le mon amour, ça ne sert à rien."

Il distingue Jared murmurer quelque chose et prendre Embry dans ses bras pour le serrer fort, très fort. Dans son état de semi-conscience il remet mécaniquement sa veste, imité par son aîné et envie le couple en face de lui. Ils ont ce que lui a rêvé d'avoir aux prix de sa dignité, sa vie... En dépit de ce qu'il a toujours affirmé.

Sam parait embarrassé, il voudrait le pousser en direction de la porte mais hésite à le toucher. Son cadet le comprend et se dirige vers l'entrée en saluant vaguement le couple d'un signe de main, ils échangent quelques mots avec Sam et la porte se referme. Pourtant il n'est pas soulagé, absolument pas. Il marche devant, la nuit noire les accueille et elle ne lui fait pas peur, étonnamment. Il aurait voulu prendre la place conducteur mais il n'a ni la force ni la motivation d'en faire la demande, il s'assied donc sur le siège passager.

La conduite du plus vieux est brusque, inhabituelle et représentative de son état d'esprit. Paul sait qu'il est énervé, pourquoi ? Il s'en fiche à vrai dire, probablement à cause de lui, il est devenu une tare, une plaie infectée qu'il est impossible de soigner. Il voit au loin le pont de Brooklyn et en vient à se demander s'il serait capable de sauter de là haut. Il suffit d'un pas, d'une fraction de seconde de folie mêlée à l'inconscience et la douleur s'effacera définitivement. Une fois jeté dans le vide plus de retour en arrière possible. Un soupir las lui échappe.

Il compte les secondes, il sait que Sam va finir par briser la glace, d'une manière ou d'une autre, sa capacité de rétentions émotives arrive à bout. Les yeux rivés sur l'extérieur sombre, il prononce mentalement, comme pour se calmer : un, deux, trois, quatre...

"Mais parle à la fin !"

C'est une supplication, l'aîné est à bout d'arguments, Paul comprend qu'il aimerait l'entendre s'exprimer, mais sur quoi, pourquoi ? La subtilité de l'art à converser lui a toujours échappé de toute façon. Sam ne saura pas mener cette conversation délicate et ses autres amis préfèrent éviter les sujets qui fâchent, au fond il est seul. Et inévitablement il repense à Jacob, et ses paroles habiles qui pouvaient lui faire dire tout ce que l'autre souhaitait savoir. Oublier, même son esprit le torture, sans répit.

"Pour dire quoi ?"

C'est plus un murmure qu'il adresse à lui même.

"N'importe quoi !"

Sam est un garçon calme à la base, et en d'autres temps il se serait enorgueilli de pouvoir le faire sortir ainsi de ses gonds, d'entendre cette voix proche de l'affolement, emplie d'incompréhension. Seulement maintenant ça ressemble juste à quelque chose sans importance, égal à tout le reste.

"Je n'ai plus rien à dire."

Et le silence pesant reprend sa place de droit dans l'habitacle de la voiture, l'aîné tapotant nerveusement sur son volant. Il abandonne, à l'instar des autres avant lui. Qui voudrait chercher à lui sortir la tête de l'eau alors qu'il s'enfonce de son propre gré, évitant les bouées de sauvetage lancées à la volée. Son psy avait probablement tort, il est prédisposé à l'auto-destruction, ou bien c'est le contre coup de l'acceptation de son viol, qu'il rejette finalement. Cela ne peut être qu'une vaste blague, le programme a forcément planté à un endroit, une erreur de système. Non...En fait c'est sa vie, sa misérable vie.

La voiture s'arrête, le moteur aussi. Paul en déduit que l'autre désire le raccompagner, peut être même parler avec Rejo. Il décide de stopper son imagination, car force est de conclure que le monde ne tourne pas autour de lui. Il sursaute violemment lorsqu'une main sur son bras le force à se retourner avant de le relâcher. Face à lui les yeux de Sam le transpercent et il se contente de les éviter.

"Tu as forcément des choses à dire."

A la vérité non. Il soupire en réponse.

"Tu soupires, tu regardes ailleurs, mais jamais la réalité !"

La voix se fait plus vive et il sursaute encore en grognant, sans bouger pour autant :

"Laisse moi..."

"Tu peux pas continuer à fuir de la sorte."

Si il le peut. Un nœud se forme dans sa gorge et il ne parvient plus à articuler quoi que ce soit.

"Je veux bien t'aider mais si tu ne parles pas c'est compliqué pour nous tous." Propose Sam d'un timbre plus doux.

Un ricanement sinistre brise la nuit noir, Paul sent ses émotions lui échapper et affluer en lui, créant un chaos intérieur.

"C'est facile parce que c'est pas toi qui a été violé !"

C'est la deuxième fois qu'il le dit et ça fait mal, entretenant sa blessure. Il se retourne et s'apprête à gagner l'entrée de l'immeuble, décidé à mettre fin à la conversion désagréable.

"Non mais la vérité c'est que tu as peur."

Paul se crispe, et plus encore quand une nouvelle fois la main sur son bras l'oblige à s'immobiliser, il ne se retourne pas tout de suite cependant.

"Tu crèves de peur et tu te donnes même pas la peine de te battre, t'as plus aucune volonté."

Il aurait voulu pleurer, crier, ou au moins égaler l'énervement de son homologue. Mais rien, rien et cette absence de réaction agace Sam davantage. Il attrape fermement le visage de l'autre et l'oblige à le regarder droit dans les yeux. Paul ressent simultanément du stress, de la haine, de la colère, du soulagement, tout y passe tandis que son ami continue en haussant le ton :

"La vérité c'est que tu as des choses à dire mais tu t'obstines à fermer ta gueule et à subir parce que c'est ce que tu as toujours fait ! Tu voudrais qu'on te regarde crever dans ton coin peut être ?"

Paul ferme les yeux tellement la tension présente dans le corps de l'autre presque collé au sien le perturbe, le laissant hésiter entre une improbable sécurité et la panique.

"Bordel réveille toi ! Bats toi un peu ! Arrête de subir bon sang !"

C'est la première fois que Sam lui hurle littéralement dessus et ses pâles supplications pour qu'il le lâche font chou blanc. La voisine du dessus tape contre son volet pour leur intimer de se taire. Le sentiment de perte de contrôle, de prise au piège, de danger poussent Paul à une réaction purement défensive. Il envoie une droite puissante directement dans le visage de Sam, sur la pommette mais son poing dérape un peu sur l'arrête du nez. L'impulsion du mouvement ne lui permet pas de le maîtriser totalement.

Sam recule d'un pas en gémissant, sa main vient se plaquer sur son visage. A cet instant son cadet aimerait se retrouver six pieds sous terre, oubliant la honte qu'il ressent. Certes le plus vieux a crié, mais il ne l'a ni menacé, ni agressé, ce n'est pas la bonne personne contre laquelle il se défend, ça il s'en rend compte.

"Je...Je...Désolé."

L'aîné s'essuie le sang qui perle de son nez et grimace dans l'obscurité.

"Ben je préfère te voir comme ça. Bonne nuit."

Et il l'abandonne là, la nuit sera mauvaise. Paul regarde Sam entrer dans la voiture, un main encore sur son visage abîmé, puis la voiture repartir lentement dans la rue étroite. Et la nuit, déserte, il demeure statique plusieurs longues minutes, à se poser des tas de questions. Les mots de son ami résonnent, blessants, mais tellement vrais. Pourtant il voudrait hurler sa douleur, hélas la honte, la peur, la pudeur le censurent. Il se rend compte qu'il arrive au bout de ses résistances physiques et psychiques, s'il ne se décharge pas de ses souffrances il finira enseveli dessous. Admettre son viol et une chose, l'accepter en est une autre, le surmonter semble bien loin et l'oublier parait impossible.

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Les propos de Sam l'ont fait cogiter, bien sûr. Une partie de lui voudrait se battre, braver ses peurs et l'autre ne demande qu'à s'enfoncer dans la douce décadence post-traumatique. Elles se séparent et le déchirent, ne sachant pas de quel coté pencher. Ses cauchemars sont toujours aussi présents, lui faisant successivement revivre son agression et des scènes où il voit Jacob enfant, hurler et se débattre face à son propre père.

Les images violentes produites par son subconscient l'empêchent de se reposer convenablement et il développe des troubles alimentaires, il vomit régulièrement, dégoûté. Il n'a pas eu le courage de s'inscrire au club de boxe et de toute manière il n'est physiquement capable d'aucun effort trop intense. Le manque de sommeil, son estomac devenu fragile, le tunnel s'allonge au fur et à mesure qu'il marche. Il sort de temps en temps pour faire plaisir à Rejo et Jared, mais cela reste rare.

Il apprécie sincèrement leur soutien. Ils prennent des pincettes avec lui et les seuls moments encore apaisants de sa vie sont ceux qu'il passe sur le canapé en compagnie de Rejo et Pirate, leur chien. Au moins il se sent normal et oublie ses problèmes l'espace de précieuses minutes. L'espagnol a une bonne humeur à toute épreuve, une joie de vivre que rien ne tarit. Trop sans doute, ça en devient pesant pour Paul. Jared, quant à lui, prend mille et une précautions en sa présence, c'est presque désagréable. Et il n'a pas vu Sam depuis leur altercation, il a reçu quelques message auxquels il n'a pas pris la peine de répondre, il ne répond plus à personne à vrai dire. A quoi bon entretenir des relations qui finiront quoi qu'il arrive.

Il n'est plus ce qu'il était, désormais totalement asocial et dépressif, faible au possible. Le Dr Darroze dit qu'il doit cesser de végéter et refaire des projets, se voir un avenir, se projeter. Trouver la clé de la porte verrouillée qui le bloque et contre laquelle il se cogne avec douleur. Pourquoi ? C'est le mot qui revient incessamment. Comprendre pour accepter ? Ses cauchemars, son incapacité à aller de l'avant le poussent à croire qu'une mince lueur d'espoir se trouve dans cette réponse.

Assis les yeux dans le vague, les pensées à dix milles lieux, il ose enfin interroger son praticien :

"Vous pensez que Jacob aurait été différent si son père n'avait pas abusé de lui ?"

Pour la première fois son psychologue parait embêté et soupire longuement.

"Chaque cas est différent mais les abus subis répétitivement par un enfant créent de graves séquelles."

Paul est dubitatif, au fond Jake n'est pas fautif et n'a fait que reproduire ce qu'il avait subi.

"Toutefois Jacob était apparemment en pleine possession de ses facultés, il avait conscience du bien et du mal et de ce qu'il faisait. Il est pleinement responsable de ses actes que rien ne justifie. Les traumatismes de ce type peuvent induire des comportements sociaux et des déviances diverses allant jusqu'au troubles mentaux. Cependant Jacob a agi par vengeance, il savait ce qu'il faisait et l'avait planifié, il a commis ces agressions en pleine possession de ses facultés mentales et physiques."

"Mais il n'a pas pu me mentir n'est-ce pas ?"

"Il y a des questions auxquelles je ne suis pas en mesure de répondre."

Au fond ni le pourquoi ni le comment n'existent, les faits sont là. Et la cruelle constatation s'impose à un Paul démuni qui murmure :

"C'est drôle mais j'ai voulu croire qu'il m'aimait, et quand j'y repense il n'a pas eu de gestes ou de mots le prouvant, il avait juste besoin de me contrôler comme un stupide pion. Pourquoi faut il que je l'aime alors ?"

"Parfois nos sentiments sont confus, c'est normal après le traumatisme que vous avez subi, vous vous êtes créé une bulle et avez refusé qu'elle n'éclate."

"J'ai cru que ce serait différent..."

Le mal saisit son cœur abîmé, qui pourra un jour panser cette trop grande blessure ? Le trou semble se creuser un peu plus chaque jour, malgré lui. Il se rend compte que comprendre n'est pas facile, l'individu est unique et son mode de réflexion l'est aussi. Finalement, il n'est qu'une erreur sur le chemin de Jacob Black, une tâche sur son plan impeccable. Et il en a payé le prix, mauvais endroit, mauvais moment ou était-ce inévitable ? Sam et Jared, eux, l'avaient mis en garde.

Les pieds traînants, le manque d'envie apparent il regagne l'extérieur des bâtiments, seul. La solitude ne l'angoisse plus vraiment, il a apprivoisé ses craintes ou plutôt s'est volontairement isolé socialement.

A son retour, seul, il a rapidement fait d'ouvrir la porte de l'appartement, le petit chien beige lui saute dessus en couinant, il sourit légèrement en l'attrapant dans ses bras. Le chien lui semble peser bien lourd, il le repose sur le sol. Ce simple effort a fatigué tous ses muscles. Il découvre un petit mot de son colocataire lui indiquant son absence pour la journée et peut être plus. S'il s'était un peu plus intéressé à lui il saurait de quoi il en retourne, mais ce n'est pas le cas.

Il avise le journal du jour sur un plan de travail et s'en saisit négligemment. En bas de la page à droite, il se fige, paralysé. Il a peur de comprendre, mécaniquement il se rend à la page indiquée, un petit encadré résume ce triste fait divers.

"Un jeune homme se suicide par pendaison au Royal Hôtel de New York. Hier après midi un peu après 16h, le service d'étage a retrouvé Edward Masen, pendu dans sa chambre. Le rapport d'enquête préliminaire établit sa mort la veille au soir aux alentours de 23h et tous les éléments laissent penser à un suicide. Le jeune homme était témoin dans le procès du violeur en série Jacob Black, incarcéré depuis peu à la prison d'état de San Quentin, en Californie..."

Paul stoppe sa lecture, l'horrible conclusion d'une abominable histoire. Edward, ce garçon arrogant n'aura pas survécu à ses sentiments bafoués. Ses paroles reviennent à la mémoire du jeune homme, ses mains tremblantes serrant le papier journal : " abusé, moi aussi, de toutes les façons possibles. Réfléchis à tout ça, tout était faux." Et il est mort, le cœur en miettes. "Moi je m'en fous je dis ça pour toi,... t'as des amis qui sont là pour toi, tu t'en remettras !" Edward n'avait pas cette chance.

Une chance oui ! Le choc émotionnel face à la nouvelle, un électrochoc aussi. Il est faible, pathétique, pitoyable et se demande à quel point il est possible de sauter du pont de Brooklyn, peut être...Mais si la force lui manque il refuse de finir ainsi, tué par son propre monstre intérieur. La volonté, le courage et l'insolence, il ne les a plus depuis bien longtemps, il reste alors la détermination et l'instinct de survie.

Il lui apparaît comme étant possible que la solitude et son renfermement sur lui même ne soient pas la bonne issue. Se laisser aller et porter par tout ça, sans même essayer de nager à contre courant, ça lui ressemble si peu. La personne qui lui a dit les choses, celle qui le contredira si nécessaire, si ça fait mal il en a sans doute besoin.

Non sans appréhension il tape rapidement son message : « Tu peux venir chez Rejo ? »

'Répertoire' Envoyer à 'Sam'

La peur du rejet, que l'autre puisse lui en vouloir ou le trouver trop insignifiant pour mériter son attention. Tout ça s'emmêle mais pour une fois, il croit avoir pris la bonne décision, si petit soit le pas en avant. Seulement l'attente l'agite et il compte mentalement les secondes. La vibration du portable dans sa main le fait sursauter.

1 nouveau message de Sam : *Ok je viens dès que la réunion est terminée.*

L'angoisse le reprend, il aurait sans doute dû s'y attendre, Sam a toujours fait passer son travail avant le reste, lui y compris. Il tente de patienter et se rassurer comme il peut, il caresse longuement le chiot couché paisiblement au pied du canapé. Ses songes virevoltent et lui échappent, il se prend à envier son chien, jouir d'une vie simple et savoir se contenter de bonheurs insignifiants.

Les minutes semblent défiler à une lenteur accablante, menant Paul dans les catacombes de son désespoir. Au fond peut être compte il trop sur l'autre ? Pour quoi au final ? Il se relève subitement, en proie à un stress qu'il ne connait que trop bien, l'anxiété le gagne. Il fait les cents pas dans le salon, un nœud à l'estomac. Toutefois il est incapable de régurgiter quoi que ce soit, il a le ventre vide.

Son malheur s'amplifie lorsqu'il a l'idée d'aller se rafraîchir le visage à la salle de bain, il croise par mégarde son triste reflet. La pleine lumière lui renvoie cette image désolante et un parallèle s'affiche dans un coin de son esprit.

Ce garçon fier et attirant, celui qui souriait négligemment d'une façon désintéressée et qui jouait de son charme à longueur de temps, plein d'assurance. Celui que ses amis aimait appeler à l'aide, parce qu'il était une personne fiable et solide, dont on appréciait simplement la présence. Celui qui portait les poids sur ses épaules sans ciller.

Aujourd'hui le reflet face à lui brûle ses rétines. Cet hommes aux traits tirés, 10 kilos en moins, le visage vidé d'émotions, les yeux éteints. Un personnage terne et ennuyeux, sa confiance envolée au profit de sa solitude intense. Il se fait pitié et son seul désir est de tuer l'homme qu'il voit. Il hait ce qu'il est devenu au plus haut point sans pour autant parvenir à haïr la cause de ses problèmes : Jacob Black.

Ses mains crispées sur le lavabo, ses dents se serrent douloureusement et ses bras tremblent, il ne parvient pas à détacher son regard du terrible reflet affligeant. Est-il si faible ? Alors c'est ça l'image qu'il renvoie aux autres, à ses précieux amis ? Il est presque soulagé que Jacob ne le voit pas ainsi, aussi absurde que ce soit.

Il ferme les yeux à plusieurs reprises, mais le tableau demeure identique. Cette faiblesse qu'il dégage il la refuse, de tout son être, de toutes ses forces restantes. Il n'admet pas ce qu'il voit. Une rage soudaine l'envahit, le replissant d'une énergie nouvelle. Un violent coup de poing suivi d'un bruit de verre brisé, du sang sur la main mais quel soulagement !

Devant lui le miroir brisé et couvert d'une fine giclée de sang ne le nargue plus, enfin ! La douleur vive dans ses phalanges ne l'alarme pas plus que ça, il n'a pas vraiment besoin de sa main foutue pour foutu. De vagues éclats de voix lui parviennent, il n'y prête guère attention, les voisins gueulent comme des chiffonniers dans cet immeuble. Les coups sur la porte d'entrée le ramènent à la réalité, il en avait presque oublié Sam... Il sort de la salle de bain et prend soin de refermer soigneusement la porte, et se dirige vers la cuisine, histoire de soigner sommairement sa main.

Au même moment son aîné entre sans y avoir été invité, Paul ne s'étant pas donné la peine de lui dire d'entrer. Son visage est un peu rouge et il est essoufflé, légèrement paniqué aussi. A cet instant le plus jeune se sent tel un objet de foire, l'autre le dévisage étrangement, se demandant bien ce qui peut trotter dans ce petit cerveau déglingué. Finalement c'est Sam le plus désorienté des deux, il arpente l'appartement du regard.

"Mais bon sang qu'est-ce que tu fous ? La voisine m'a hurlé dessus qu'un cambrioleur avait cassé ta fenêtre ?!"

Il aurait aimé, tout aurait été si simple, juste un cambrioleur, pas de viol... Sam remarque sa main et fronce les sourcils, contrarié.

"Non mais tu fais vraiment n'importe quoi ? on peut pas te laisser seul 5 min !"

Le ton employé pique Paul au vif et il retire brusquement sa main lorsque l'autre tente de s'approcher pour l'examiner. Sa voix est extrêmement agressive :

"Ça va j'ai besoin de personne !"

"Ouais j'ai déjà entendu ça quelque part..."

Pour autant l'aîné ne se défile pas, il reprend plus fermement sa main et son cadet se contente de grimacer sans retirer sa main blessée. En fait il songe, la vérité c'est qu'il a besoin des autres, il en est même dépendant. Aujourd'hui il remet en doute le bien fondé de cette phrase qu'il a si souvent balancée, notamment à Sam. Des souvenirs en rafale, voilà ce qu'il lui reste et un tas de regrets... Mais des regrets il en a moins que son ami il le lit dans son regard fixé sur le bandage qu'il s'applique à lui mettre. Et Paul se laisse faire docilement, sa précédente frénésie l'a épuisé.

"Alors tu me dis comment tu t'es fait ça ?"

"J'ai cassé le miroir de la salle de bain."

L'échange est neutre jusque là.

"Mais..."

"Ça défoule."

"Tu pourrais t'inscrire au club de boxe comme te l'ont suggéré Rejo et Jared plutôt non?"

Des reproches, toujours des reproches, encore des reproches. Il ne serait jamais assez bien pour les autres, au fond Jake était aussi comme ça lui insinuant des putains de reproches. Pour le cas présent, il reconnait qu'il mérite tous les reproches du monde. Il ricane sinistrement et se lève du canapé où ils s'étaient assis puis ose faire face à son vis à vis. Son corps tremble légèrement, signe de son anxiété mêlée à l'énervement.

"Putain mais tu m'as bien regardé ? Je vais tomber raide mort au premier coup simple !"

"T'exagère." Tempère Sam, cependant il détaille le plus jeune et force est de constater que le changement physique des dernières semaines fait peine à voir. Nouveau rire amer.

"Arrête...Je sais même plus qui je suis, je me reconnais plus." Paul commence à paniquer, ses muscles se crispent dans le but vain de stopper les spasmes qui agitent ses bras. "Celui que j'étais a disparu, je me hais, Sam je me hais..."

La fin ressemble à un appel au secours. L'aîné a le cœur serré par les mots du plus jeune, si douloureux et désespérés. Il se lève à son tour et prend le visage tourmenté de l'autre entre ses mains, l'obligeant à ancrer ses prunelles sombres dans les siennes.

"Tu est resté le même pour moi. Je te jure que tout va bien se passer."

Et à ses mots emplis d'une émotion intense il prend finalement Paul dans ses bras en le serrant fort, priant silencieusement tous les dieux dont il a connaissance. L'autre accepte l'étreinte, inexplicablement soulagé. Les minutes passent sans qu'ils ne bougent parce que Sam se dit qu'ainsi personne ne peut plus atteindre Paul et ce dernier pense qu'il est à l'abri de ses tourments.

"Faut que j'aille travailler, normalement je devrais être au club..." Articule doucement le plus vieux en se détachant, l'autre soupire.

A dire vrai il n'a aucune envie de rester seul et il ne sais pas à quelle heure va renter Rejo, s'il rentre avant le lendemain ! Contre sa volonté ou indépendamment une de ses main reste accrochée à la chemise de Sam, refusant de le voir partir.

"Je croyais que tu n'avais besoin de personne..." Murmure celui-ci.

"J'ai menti. Y'a un tas de choses sur lesquelles je me suis menti à moi même parce que c'était plus simple ainsi."

Face au silence il ajoute inaudiblement :

"Reste s'il te plaît."

C'est bien la dernière chose à laquelle il s'attendait de la part du manager responsable et dévoué à son métier, mais ce dernier le sert à nouveau contre lui en lui assurant qu'il ne part pas. Un cocon apaisant lui procure un sentiment proche de la sécurité, il se laisse porter par se sentiment reposant. Pour une fois il se sent à nouveau important pour quelqu'un, sans savoir si c'est une bonne chose.

Sam finit par se détacher de lui, qui s'assied machinalement sur la canapé, soudain excessivement fatigué, le chiot vient immédiatement le rejoindre en couinant tandis que Sam se dirige vers la salle de bain. Il ne tarde pas à revenir.

"Bon alors on peut aller manger en ville ?"

Paul grogne distinctement son désaccord.

"Allez ça te ferait du bien de sortir un peu." Insiste L'autre.

"Sam j'te jure que là je suis vraiment épuisé."

L'aîné ne peut qu'attester de la vérité et il se dirige naturellement vers la cuisine.

"Demain alors ?"

"D'accord... Mais t'es pas censé travailler ?" Ironise Paul tout en caressant machinalement Pirate, lové sur ses jambes.

"Je suppose que je ne travaille pas toute la journée..."

Touché, mais ça Paul ne le dira pas, il préfère l'exprimer à sa façon.

"Super donc tu vas partager ton temps entre ton travail et ton pote dépressif assez stupide pour se faire violer par son mec ? Ta vie va devenir passionnante !"

Sam se fige mais ne répond rien. Il reprend finalement ses gestes habiles et précis, choisissant d'ignorer la remarque.

"T'embête pas à cuisiner, tu sais j'ai du mal à garder ce que je mange alors..."

"Je peux t'assurer que tu vas tout manger et tout garder !" Affirme la voix autoritaire du plus âgé.

"Le temps n'endort pas les grandes douleurs, mais il les assoupit." George Sand