Titre : Only Poisoned Your Mind
Auteur :Wolfin Hope
Bêta reader : veronicka
Origine :Twilight
Genre : Yaoi/Slash, Angst, Crime & Friendship/Romance
Couple : multipairings
Disclaimer : Comment dire que j'aimerais avoir une belle horde de loups garous dans mon jardin mais je crois que c'est mieux pour eux qu'ils continuent d'appartenir à Stéphanie Meyer :k, et les acteurs du film à eux même. L'univers et quelques personnages en revanche sont de ma création !
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Partie 11
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"Sam m'oblige à sortir souvent, avec lui, Rejo, Jared et Embry ou n'importe qui d'autre..."
"Vous dites m'oblige, vous ne voulez pas le faire ?"
"Si ! Je me sens en sécurité quand il est là et j'arrive beaucoup mieux à manger depuis...Il vient souvent, je ne sais pas pourquoi avant ce n'était pas le cas, ni pourquoi maintenant ça l'est. Je crois qu'en fait il a du mal à me comprendre et à savoir ce qui est bon pour moi..."
Le psychologue croise les mains sur son bureau et observe son patient qui cligne des yeux et semble incertain.
"Et bien qu'est-ce qui semble donc vous perturber de la sorte ?"
"C'est bizarre mais j'ai l'impression qu'il y a un malaise entre nous, qu'il se sent mal face à moi et ça me perturbe. il n'ose pas m'en parler je pense."
"Pourquoi ne pas le lui demander ?"
"Vous avez sans doute raison, je pourrais sûrement passer chez lui après...Je suis déjà allé voir Jared seul, ce ne sera pas un problème. il faudrait que je retrouve un emploi aussi, c'est juste que pour l'instant je suis continuellement fatigué, mes cauchemars continuent et même si je me sens mieux la journée, les nuits sont horribles..."
Les traits tirés du jeune homme lui donnent raison. La nuit ressemble plus à un long tunnel sans fin qu'à un moment de repos paisible.
Dès sa sortie du cabinet il poursuit sa ligne de conduite, décidé à passer voir Sam, en plus il n'a pas grand chose d'autre à faire et il faut avouer qu'il lui manque, c'est une sensation étrange, ce petit vide qui se forme en l'absence de l'autre. L'agression a dû lui faire développer une prédisposition à la dépendance, quoique ses sentiments envers son aîné sont confus depuis bien avant ce regrettable événement. A bien y réfléchir avant d'aller voir Jake ils se sont embrassés, nuance : Sam l'a embrassé. Mais lui a accepté cet échange et il n'a pas eu par la suite l'occasion d'y réfléchir, c'était passé au second plan. Il a encore des doutes quant à savoir s'il souhaite ou non s'étendre sur le sujet. Lui qui aurait été si direct par le passé préfère aujourd'hui éviter les sujets gênants...
Il fronce les sourcils et chasse cette pensée, Sam lui a répété cette phrase ces derniers jours : "Regarde vers demain, sans penser à ce que tu aurais fait hier." Son aîné lui affirme qu'on change tous mais que, pour autant, il est resté la même personne. Paul s'efforce d'y croire et de l'accepter malgré son absence de repères, ceux qu'il connaissait semblent avoir disparu dans la tourmente.
Cet immeuble, à chaque fois qu'il le voit il se sent tiraillé, entre ses souvenirs et ses regrets. Il traverse le hall propre et désert, salue ensuite une vielle dame sur le palier, ici la politesse minimum est de mise, cependant la vielle mégère de son ancien appartement lui manquerait presque...Un flash où il se voit reprendre sa vie en main, rien qu'un flash. Il n'a pas le loisir de s'y attarder que déjà il tape précautionneusement à la porte. Il croit distinguer la voix de Sam et d'autres, il grimace pour lui même.
Son aîné ouvre la porte, Paul bloque immédiatement sur sa chemise froissée, inhabituelle pour quelqu'un comme lui et lorsqu'il voit un jeune homme passer simplement vêtu d'un jean en arrière plan son cerveau ne va pas chercher plus loin. Il ne prend pas la peine d'étudier la scène et les possibilités, il réagit impulsivement et referme la porte de force, elle claque violemment. Le jeune homme s'interroge après coup sur sa réaction, tandis qu'il dévale les marches d'escalier, plutôt qu'emprunter l'ascenseur. Il est clair que Sam fait ce qu'il veux et si Paul a un tempérament jaloux de base c'est pour le coup totalement déplacé. ça il s'en rend bien compte et puis merde il n'en a rien à foutre. Il en a marre de s'auto-justifier sur tout.
Il stoppe net sa course une fois en dehors de l'immeuble, au juste il va où ? Au final ce n'est pas lui qui a quoi que ce soit à se reprocher, bien qu'accuser Sam serait très mal venu de sa part. Jaloux, parce qu'il aurait préféré que l'autre soit avec lui plutôt qu'à sauter sur le premier minet venu !
"Paul !"
Il se retourne en affichant un air contrarié. Le plus vieux se trouve à quelques mètres, le souffle court, il reprend une inspiration :
"C'est absolument pas ce que tu crois."
"Je crois rien du tout !" s'exclame agressivement son cadet. Sam rit franchement :
"Paul on refait les flyers du club...Si tu était rentré tu t'en serais vite rendu compte mais il faut que tu réagisses excessivement, tu vois, tu n'as pas changé !"
L'intéressé se fige et soudain, sans prévenir, il éclate de rire. C'est spontané, sincère et libérateur. La situation lui parait tellement irréelle et absurde qu'elle en devient risible. C'est au tour se Sam de se figer, choqué. Le rire de Paul semble résonner le long des murs en béton, réchauffant le cœur de l'homme face à lui. La sensation de bien être que ressent le plus jeune se calme en même temps que son éclat de rire.
"Quoi ?" Il demande face à la tête ahuri de son homologue.
"C'est la première fois que je te vois rire depuis..."
La phrase reste en suspens, à vrai dire l'aîné en perd ses mots et a peur de commettre une maladresse risquant de briser le sourire qu'affiche Paul. Son sourire s'efface à mesure que Sam se rapproche et il frissonne en sentant ses doigts effleurer son visage. L'ambiguïté du geste confirme le malaise entre eux et le plus vieux retire ses doigts avec un sourire d'excuse.
"Peut être qu'on devrait aller boire un café ?" Il tente.
C'est une invitation à parler, assurément. Paul acquiesce timidement, passablement gêné par l'enchaînement des événements.
"Et l'exhibitionniste et tes flyers t'en fais quoi ?"
Sam sourit de plus belle et déclare joyeusement.
"Ils se débrouilleront sans moi !"
Paul se résigne à accepter l'invitation, quelque peu abasourdi. Sam qui laisse son appartement aux mains de ses 'collègues', lui qui est si maniaque d'habitude et tout ça pour lui proposer gaiement un café en ville ? Le monde s'est mit à tourner à l'envers, finalement ça lui sera peut être bénéfique. Il aurait ainsi la possibilité d'y retrouver de nouveaux repères.
Ledit café devant eux c'est finalement un léger malaise qui flotte dans l'air. Ils sont installés dans un coin tranquille d'un bar cosy, peu fréquenté en semaine. Au moins ils ont un peu d'intimité, le problème réside dans le silence qui plane. Aucun des deux n'est du genre à exprimer ce qui le trouble de vive voix, les voilà bien partis...Paul se demande s'ils vont rester assis là à admirer les tasses de café encore longtemps. La réponse s'impose rapidement : oui. Sam soupire et débute une conversation n'ayant rien à voir, évitant avec soin les zones sensibles. L'autre s'en accommode et le sujet glisse et dérape sur une piste différente, le procès.
"Tu as des nouvelles de Leah ?"
L'aîné grimace à la demande et se laisse aller sur son siège, les muscles de la mâchoire contractée.
"Pas vraiment...Elle a voulu éloigner Seth de tout ça, la situation devenait délicate, il a apparemment eu du mal à accepter qu'on l'accuse."
Pourtant c'est la pure vérité songe Paul. il se racle nerveusement la gorge et sa voix mal assurée rétablit les faits.
"Sam faut que je te dise quelque chose...Mais pas ici."
Il se sentira plus en sécurité seul avec son ami, fermé dans son appartement, à l'abri de l'extérieur et des oreilles indiscrètes. Certainement le coté parano qu'il a récemment développé...
"Ça tombe bien, on devrait aller vérifier qu'ils n'aient pas encore tout cassé chez moi !"
Et à ce sujet Sam n'en rit qu'à moitié, Paul le devine.
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Photographe et autres intrus sont partis, laissant derrière eux un Sam exaspéré. Bien entendu Paul trouve qu'il exagère, toutefois il se garde de lui faire la remarque. L'autre est assez susceptible sur ce point. Il se rappelle trop bien la scène à laquelle il a eu droit pour avoir casser un vase par mégarde, Sam ne s'énerve jamais en temps normal et là ça avait été un vrai feu d'artifice quand à son tour il avait élevé la voix, en fait les voisins s'en rappellent sûrement. Le souvenir lui est agréable et ses yeux divaguent, arpentant l'appartement avant de regarder Sam ranger la vaisselle sale dans la cuisine.
"Alors tu voulais me dire quoi ?"
Paul soupire, ça ne le ravit pas mais il ne peut plus garder ça pour lui.
"Seth savait ce qu'il faisait."
"Comment ça ?" S'étonne Sam, ne s'y attendant pas. Il revient dans le salon et s'installe face à son invité, sur le sofa.
"Il...Je l'ai croisé plusieurs fois au Royal Hôtel et Jake me l'a dit après m'avoir...Violé..."
Le mot fait toujours aussi mal, lui écorchant la bouche au passage, ses lèvres tremblotes, il a ravivé son sentiment de culpabilité et de honte.
"J'ai rien dit...Je suis minable. Pfff Tu dois même pas me croire !"
En proie aux doutes et cette peur si connue, celle du rejet, qu'il ne soit pas jugé crédible par son interlocuteur. L'aîné soupire pensivement en observant le visage déconfit face à lui. Exprimer ses sentiments, rassurer, parfois les mots ne sont plus capables de faire le lien. Sa main se lève lentement, laissant à son cadet l'occasion de se reculer, elle effleure les cheveux bruns, du bout des doigts. Outre le geste tendre et rassurant c'est dans les deux orbes brunes que Paul lit sa réponse. Jamais il n'avais prêté attention au regard torturé que Sam pose sur lui et il frissonne malgré lui. Immédiatement l'autre retire sa main et se détourne, bien sûr qu'il le croit de toute façon.
Le silence prend place, difficile de définir s'il est pesant ou apaisant. Paul observe son vis à vis prendre le paquet de cigarettes et en allumer une, une certaine classe même dans cette tâche anodine. Il tire une longue latte, ça semble le détendre. En fait l'autre sait que ça le détend, Sam fume depuis aussi longtemps qu'il s'en souvienne, à l'instar de Jared, mais moins fréquemment. Il le fait dans le but de se détendre, lorsque la situation ou son travail le stresse trop.
Quant à lui les rares fois où il a fumé c'était, pour la plupart, une latte sur la cigarette que Sam lui tendait. Le geste rejoint ses pensées et il accepte la cigarette que lui tend son compagnon, non pas qu'il en ait réellement envie. Pour autant il avale la fumée irritante et toussote, accompagné d'un sourire amusé de l'aîné.
"Je vois que tu t'y es toujours pas mis !"
"Et toi tu devrais arrêter !" Rétorque Paul en lui rendant la tige fumante.
A nouveau le silence, la glace à du mal à se briser. Sam tape du pied nerveusement sur le sol en tirant les dernières lattes du mégot qu'il écrase ensuite dans le cendrier, face à lui.
"Je t'ai jamais vu aussi nerveux." Constate simplement l'autre, espérant ainsi débloquer la situation inconfortable.
"En fait je ne suis pas nerveux..." Un temps de suspens durant lequel leurs prunelles s'évitent habilement. "...Je me sens coupable."
Un ricanement sinistre lui répond.
"T'es pas vraiment coupable dans cette histoire ! T'as essayé de me prévenir c'est moi qui..."
Sam lui coupe la parole :
"J'aurais dû te retenir ce soir là, en fait j'aurais même dû te retenir bien avant ça..."
Un pincement au cœur, une violente envie de hurler. Pourquoi avoir des regrets maintenant ? Les émotions qui se mélangent pour finalement se sentir perdu. Au fond Paul se le demande : qu'est-ce qui aurait pu se passer après ? Sam l'a embrassé, lui a choisi de partir sans même y réfléchir, obsédé par Jake. Qu'en est il de ses sentiments ? La confusion règne en maître.
"Éteins la lumière !"
"Pardon ?"
"Fais ce que je te dis !"
L'aîné s'exécute, circonspect. Le noir prend place, seul les lumières des réverbères extérieurs projettent quelques ombres dans l'appartement, dont la silhouette debout près du mur de Sam, qui ne s'est pas rassis. C'est stupide mais Paul se sent plus à l'aise dans l'obscurité, au moins ses expressions n'y sont pas visibles et se livrer lui parait plus simple, il espère que l'effet sera le même sur son interlocuteur. Son psy a raison, il doit se voir un avenir et il a besoin de savoir pour construire son futur, éviter de nouvelles erreurs et des non dits malheureux.
"Ça n'aurait rien changé si j'étais resté, j'avais trop soif de vérité, je serais quand même allé voir Jake le lendemain..."
Un soupire lui répond, suivi du murmure faible de la voix grave :
"C'est pas ça...Depuis le début je le sentais pas, le fils du patron débarqué de son école, trop parfait. Au départ j'ai pensé que tu voulais juste t'amuser avec lui, comme d'habitude. Quand j'ai compris que tu étais vraiment attaché à lui j'ai ravalé ma jalousie mal placée, et après il était trop tard, il avait trop d'emprise sur toi pour que tu écoutes qui que ce soit. Je m'en veux parce que je n'ai pas su protéger une personne importante pour moi et ça je ne me le pardonne pas."
"Ouais...Tu te sens coupable quoi..."
Paul ne sait pas trop quoi en penser, il a peur que les sentiments de son aîné ne soient dictés par la culpabilité, le temps qu'il passe avec lui, au final ça ne pourrait être qu'une douce illusion. Il s'est déjà fait avoir une fois.
"Paul, je veux pas que tu crois que je fais tout ça à cause de ce qui s'est passé. C'était pareil avant, quand tu es venu, je...Tout ce qu'on s'est dit et quand je t'ai embrassé. J'aurais aimé pouvoir te parler ce soir là, m'expliquer aussi sur certaines choses mais c'était déjà trop tard. Après j'ai pas voulu en reparler, tu allais suffisamment mal , je ne voulais pas te perturber, je ne savais pas trop comment m'y prendre avec toi. La vérité c'est que tu as toujours énormément compté pour moi, même si je ne le montre pas. Avant que tu ne claques la porte j'aurais aimé te dire combien tu m'as manqué durant ces deux années, et aujourd'hui ça n'a pas changé."
C'est beaucoup, beaucoup à assimiler en même temps. Surtout que les choses ne sont plus ce qu'elles étaient. Paul rêve d'un retour en arrière, deux ans en arrière afin de changer le cours des choses, rayer Jacob Black de son existence au passage. L'ironie prend le pas sur le réconfort des paroles prononcées, une ironie teintée d'amertume.
"Ça n'a pas changé, sauf qu'entre temps je me suis fait violé Sam, violé."
L'immonde mot lui brûle la bouche jusqu'au palet, mais puisqu'il faut donner un nom à cet événement...Le nier n'efface rien. Il distingue les poings de Sam qui se serrent. Paul sourit tristement, apparemment si lui admet son ami a plus de mal.
"Tu vois...Je peux pas faire comme si de rien était, ça ne m'aide pas !"
La voix grave de Sam le surprend par son calme et sa douceur :
"En fait pas du tout, je voudrais juste faire partie des choses qui te rendent la vie plus agréable, non l'inverse ! Alors tu peux me dire tout ce que tu veux, je suis prêt à tout entendre si ça peut te soulager."
Paul manque de s'étrangler, peut être qu'il admet avoir été violé mais en aucun cas il ne souhaite l'étaler, dévoiler cet horrible souvenir. Pourtant il semble que c'est ce que Sam attend. Et ça, ça le panique. Il s'agite sur le canapé, perdant peu à peu sa contenance.
"Je...Tu..." Il lui semble que face à son trouble son homologue lui donne des paroles apaisantes mais il ne les capte pas. Au lieu de cela il se lève, son corps secoué de spasmes.
"Tu veux que je t'explique comment je me suis fait violé ? Comment j'ai été humilié, la honte et le dégoût que je ressens encore ? La façon dont j'ai perdu ma dignité, ma vie...Non ça fait mal, beaucoup trop mal."
Il n'entend plus son aîné, son corps a succombé au flot violent d'émotions, il pleure encore, trop fréquemment à son goût. Les larmes salées sur ses joues l'enragent davantage.
"Alors ne m'oblige pas à le faire..." Il articule péniblement, à bout de forces.
Sa vue se brouille, ses idées s'enfuient, il se trouve horriblement faible. Il ne distingue pas Sam qui se rapproche prudemment, il sent juste deux bras puissants s'enrouler autour de ses épaules dans une étreinte réconfortante. Il profite de cette sorte de répit, voulant juste oublier, tout oublier l'espace de précieuses secondes. La chaleur du corps de l'autre le rassure, Sam dépose quelques baisers contre ses cheveux en resserrant sa prise. Paul s'accroche désespérément à sa chemise, il voudrait rester là, à attendre que sa peine s'estompe, juste sentir le corps de son aîné l'enrouler dans une caresse réconfortante.
Sans le lâcher Sam les fait se rasseoir sur le canapé et le plus jeune se cale plus confortablement, ses sanglots ont cessé et il ferme les yeux. L'impression de quitter la terre, d'abandonner ses tourments, il tente de l'imprimer afin de la garder en mémoire.
"Mingan..."
Ce surnom, ça signifie Loup Gris pour certaines tribus amérindiennes, dont celle d'où été native la mère de Sam, il a toujours surnommé ainsi Paul quand ils étaient ensembles, seuls tous les deux. Étrangement, l'emploi de ce surnom affectif fait battre le cœur du concerné, comme s'il reprenait un peu vie.
"...Tout ce que je veux c'est ne plus jamais te voir pleurer."
La sincérité des mots et la chaleur sécurisante des bras qui l'entoure, fatigué, épuisé, Paul sombre lentement, bercé par l'étreinte. Le néant du sommeil l'attire, il n'y résiste pas, pour une fois il se sait à l'abri des cauchemars, au moins le temps d'une nuit.
"Tshe menuateten." (Je t'aime en Amérindien)
Prononce tendrement Sam lorsqu'il est sûr que l'autre est endormi. Il a conscience que Paul n'est pas prêt à accepter ses sentiments. Cependant il refuse de faire machine arrière, de louper sa chance encore une fois et risquer de blesser son cadet, c'est une issue inenvisageable. Il se jure mentalement de ne plus jamais, à aucun prix, le laisser se détruire tel qu'il le fait si bien.
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"Tsss Jared pourquoi tu prends ça ?"
"Ben Embry a écrit navets c'est bien des navets ça !"
Paul se moque de son ami en le considérant, tenant fièrement une poignée de radis dans sa main gauche, la liste des courses dans la main droite vissée sous son nez.
"Non ce sont des radis !"
"Pffff"
Devant l'air dépité de son meilleur ami l'autre saisit deux navets qu'il lui tend. Jared grimace, circonspect et quelque peu vexé, plusieurs clients de la grande surface lui lancent des regards amusés.
"Ben c'est des minis navets, je vois pas la différence tsss !"
"Sois pas de mauvaise foi." Déclare son ami tout en mettant les vrais navets dans un sac en plastique prévu à cet effet.
"Pfff...Non mais genre toi tu t'y connais en légumes maintenant ? Je ne sais pas si je dois blâmer Sam ou Rejo pour ça."
"J'ai de la culture moi c'est tout."
Jared grogne en réponse et l'autre sourit, ils reprennent leur quête, guidé par la liste des courses rédigée de la main d'Embry. Eux en seraient incapables et d'ailleurs Jared ne fait jamais les courses seul, sauf pour se faire pardonner après une dispute avec son cher et tendre. Et en plus ça le rend grognon, bien sûr ces choses là amusent Paul, il a l'impression que le cours de leur vie a repris, paisiblement normal.
Tandis qu'ils déambulent entre les rayons à la recherchent d'un tas de produits qu'ils ne savent que moyennement où trouver, il pense. Paul sait qu'il va mieux, un peu. Il se rend compte qu'il est bien entouré. Rejo est toujours aussi adorable et souriant en toutes circonstances, il passe énormément de temps avec Sam. Peut être que leur relation est difficile à définir mais avec lui il se sent en sécurité, protégé et il est prêt à l'accepter. Avant ça l'aurait sans doute révolté de se sentir ainsi, mais on évolue tous, de gré ou de force. et enfin, Jared, son complice qui est là avec lui, simplement. Rien n'est gagné mais il mange, sourit même et a commencé à chercher du boulot. La voix de son ami le tire de sa rêverie.
"Au fait tu passes beaucoup de temps avec Sam..."
Paul choisit d'ignorer la remarque, souhaitant laisser l'autre développer son point de vue. Jared hésite un peu, de peur d'aborder un sujet glissant, c'est vrai que certaines choses ont irrémédiablement changé et Paul en soupire de dépit.
"Bon ce que je veux dire c'est que, s'il se passait quelque chose tu me le dirais cette fois ?"
Les souvenirs qui blessent, un tas de regrets, le désir de ne plus commettre les mêmes erreurs.
"Oui..."
"Bien ! Façon j'ai déjà briefé Sam à ce sujet, vous m'aurez pas ce coup ci !"
"Il se passe rien alors..."
Jared se retourne brusquement et lui fait face, en le montrant du doigt dans une pose tout à fait ridicule, ce qui lui vaut plusieurs coup d'œils amusés. Décidément il va devenir la risée du supermarché !
"Ouais mais vous êtes proches quand même, t'es resté plusieurs fois chez lui le soir !"
"Comment tu ?" S'agace Paul. "...Et puis je m'en fous pour l'instant y'a rien."
"Pour l'instant ça laisse suggérer une suite !" S'enthousiasme Jared.
"Tiens la farine." Esquive habilement l'autre, ne sachant que répondre.
Son meilleur ami se contente de lever discrètement les yeux au ciel en attrapant le paquet de farine. Il remettra le sujet sur le tapis quoi qu'il en soit.
Il terminent leurs courses sans encombres, seulement deux ou trois gaffes sans gravité. Jared continue de râler lors de leur passage en caisse. se disputer avec Embry ne lui a jamais réussi, tout ça encore à cause de Bosco et de qui aurait dû le sortir. Après un 'merci' peu aimable de son ami à l'adresse de la pauvre caissière, qui elle n'y est pour rien dans cette histoire, ils regagnent la vieille golf de Paul.
A peine a-t-il allumé le moteur que Jared pousse un nouveau soupir à fendre l'âme et ferme les yeux.
"Tu veux pas qu'on aille jusqu'au canal ?"
La voiture démarre et s'engage sur le parking, aucunes autres paroles échangées. Le canal...A mesure que la route défile, dévoilant un paysage plus verdoyant, dissipant les building, ses mains se crispent sur le volant. Un retour en arrière se superpose avec les images actuelles, une nuit, en présence de Jake. Il a de son propre chef souillé cet endroit si précieux à ses yeux. L'ombre de son agresseur rôde dans son esprit, au bout du compte il est incapable de se défaire totalement de son emprise.
La verdure s'étend face à eux, le canal ronronne tranquillement. Le soleil illumine le tableau sans en faire trop. La vieille golf s'arrête net dans un crissement de pneus, suivi d'un bruit de ferrailles suspect. Le regard mélancolique de Paul se porte sur l'horizon infini, la ville qui s'ébat au loin et mécaniquement il imite son ami : s'extrait de la voiture et claque la portière sans précaution.
Il regardent un moment droit devant eux, constatant l'écart qui s'est creusé entre leurs rêves et leurs vies. Il y a des années de ça ils ont refait le monde à ce même endroit, aujourd'hui ce monde s'est envolé, laissant derrière lui un goût amer. Jared s'assied directement sur l'herbe humide, imité par son compagnon. Il s'amuse à arracher des petites touffes d'herbe, la brise légère caresse son visage qu'il tourne en direction de Paul.
"Alors avec Sam ?"
"Je sais pas comment ça évoluera, je suis pas sur de moi sur ce coup..."
"Peu importe, en tout cas si ça te fait du bien c'est le plus important, depuis que vous passez du temps ensemble t'as carrément l'air mieux !"
L'autre s'autorise un demi sourire à cette remarque, touché.
"Je me sens bien avec lui, je sais qu'il tient à moi mais jusqu'à quel point suis-je capable de lui faire confiance ? J'en sais rien... "
"Ouais c'est clair qu'il tient à toi ! Rejo n'est pas trop jaloux ?"
Paul s'étonne du sérieux de la question, ce n'est pas comme s'il entretenait une liaison avec l'espagnol ! Il fronce les sourcils.
"Il devrait ?"
Jared parait pris au dépourvu, à l'image d'un gosse qui vient de dire une bêtise, dévoiler un secret qu'il avait juré de ne pas répéter.
"Euh...Laisse tomber !"
"Non tu déconnes ! Je croyais qu'il voyait quelqu'un en plus ?"
"Raaaah Paul putain lâche moi ! T'auras qu'à voir ça directement avec lui ! J'en ai marre d'encaisser les problèmes des autres en plus des miens !"
Explose Jared, sa voix rauque s'éraillant sur les fin de phrase. Il extirpe nerveusement un paquet de clopes de la poche de son jean, ainsi qu'un briquet. Paul se rend compte qu'à force de se concentrer sur ses propres problèmes il en a oublié que son ami pouvait aussi vivre une période délicate. Son ami a besoin de se sentir soutenu, d'avoir des repères solides pour avancer et il a, à l'instar de lui même, perdu ses si solides repères dont Embry et lui étaient les piliers. Le problème de Rejo passe au second plan, il s'en veut de ne pas avoir remarqué la détresse de Jared.
"Excuse moi Jar'...Je me doute que c'est pas facile pour toi non plus."
"Ouais..." Souffle le dénommé en recrachant un nuage de fumée opaque. Il poursuit, en inhalant de la fumée :
"Avant je pouvais compter sur vous, vous étiez là pour me soutenir, me remettre sur les rails, et là c'est à mon tour de le faire mais...Je suis pas assez fort pour ça."
"Tu sais je suis toujours là, ça n'a pas changé." Murmure péniblement Paul.
"Tout a changé, qu'on le veuille ou non. Bordel parfois je ne reconnais plus mon propre mec et il m'arrive de me demander ce que je fous là ! J'ai beau l'aimer de toute mon âme c'est dur, l'entendre hurler la nuit, le voir souffrir c'est insupportable. Le pire c'est que j'ai l'impression de ne plus le comprendre par moment. Et merde je te dis ça à toi, la personne la plus mal placée...Faut croire que je suis à bout, désolé..."
La peine et la fatigue qui se lisent sur le visage habituellement joyeux de son ami touchent Paul. Parce que malgré ces propos maladroits tout ce qu'il a voulu c'est les protéger, ne pas les blesser, fidèle et dévoué. Ce sont des qualités que Jared a depuis aussi longtemps qu'il se souvienne, son ami est en quelque sorte indéfectible.
"T'excuse pas, tu sais t'as le droit d'en parler même si c'est facile pour personne. Peut être que ça vous aiderait, Em' et toi ! C'est vrai que je suis mal placé mais je comprends ce qu'il éprouve, des fois tout devient confus. Mais Jared t'assure un max, t'es un mec génial et Em' le sait !"
Souhaitant redonner le sourire à son ami Paul rit doucement en lui pressant amicalement l'épaule.
"Tu sais quoi si t'étais célibataire je rêverais de sortir avec toi."
"Hé aie ! Mais c'était sincère !" S'esclaffe Paul en esquivant un coup.
Le sourire qui étire désormais les lèvres de Jared le rassure. Voir les autres tomber lui est impossible, encore moins l'une des personnes les plus importantes de sa vie. Son coté protecteur est resté, prêt à reprendre le dessus, à veiller sur ses amis, de la même manière qu'il l'a fait par le passé. Et qui veille sur lui pendant ce temps ?
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La jalousie de Rejo soulevée par Jared lui trotte dans la tête sans discontinuer, ça le perturbe. Il se sent profondément mal à l'aise à ce sujet sans même savoir de quoi il en retourne. Encore un mensonge, des sentiments non dévoilés et des non dits. Mais il s'efforce de ne pas établir de pronostics avant que les jeux ne soient faits, pour lui il n'y a jamais eu aucune ambiguïté avec l'hispanique et il lui semble étonnant que ce dernier puisse ressentir autre chose que de l'amitié. Il a besoin d'y voir clair.
Après avoir garé la voiture au coin de la rue il se précipite vers son immeuble. Il s'arrête net lorsqu'il manque de percuter Sam, trop préoccupé par ses réflexions pour le remarquer.
"Hey !"
Son aîné l'attrape par le bras, surpris. Paul grimace, contrit.
"Qu'est-ce que tu fait là ?"
Sam sourit distraitement, passablement amusé par cette réaction.
"Bonsoir, moi aussi je suis content de te voir ! ...T'as oublié qu'on avait prévu d'aller manger au japonais ?"
Paul ferme les yeux brusquement et se traite mentalement d'abruti, non pas qu'il est vraiment oublié.
"Non non..."
"T'as l'air préoccupé ?"
"Nmmmh Tu peux m'attendre là deux minutes ?"
En fait il ne lui laisse pas le temps de répondre et se dégage sans douceur pour entrer dans l'immeuble. ça le gêne de planter Sam ainsi, il y a un risque qu'il soit parti quand il ressortira, si ça lui noue l'estomac il reste obsédé par les propos de Jared.
Il monte les escaliers quatre à quatre et fait littéralement irruption dans l'appartement, il repère Rejo assis tranquillement sur le canapé, le chien sur ses genoux, son sourire habituel aux lèvres. Quelque chose se brise, il a l'impression de devoir casser ce joli tableau, il se sent immonde sans réellement comprendre pourquoi. Ses yeux affolés fixent l'espagnol qui vient de le remarquer.
"Ben Paul, ça va pas ?"
L'intéressé se rapproche du canapé dans le silence, incapable de s'exprimer.
"Bah ? Tu veux boire un truc chaud ça te fera du bien ?"
Quand Rejo commence à se lever l'autre lui fait signe de se rasseoir et prend place coté de lui, il inspire longuement, prenant l'élan nécessaire à cette conversation qu'il redoute douloureuse.
"Je veux rien...Je...J'ai...Juste besoin de parler."
"Vas y je t'écoute !"
A quoi bon y aller par quatre chemins ? Le résultat sera le même de toute manière. Ses épaules s'affaissent malgré lui.
"Est-ce que tu as des sentiments pour moi ?"
L'autre a arrêté de caresser le chien et le regarde, ahuri et surtout, mal à l'aise. Un long silence s'ensuit puis :
"Oui mais..."
"T'as compris ce que je voulais dire !" Le coupe Paul d'une voix autoritaire.
"Je..." Le sourire sur le visage enfantin s'est fané. "Je...Oui..."
"Mais je...Je comprends plus rien !"
Tout s'emmêle, un tas de questions se bouscule, un peu de déception aussi, il perd un repère important.
"Écoute Paul je...Pourtant j'ai rien fait pour ça je te le jure."
L'espagnol parait troublé, un peu inquiet aussi.
"Putain Paul depuis que je te connais j'ai flashé sur toi, mais j'ai toujours su que c'était pas possible entre nous, je voulais rien de plus qu'une relation platonique. Quand tu allais mal c'était l'occasion de prendre soin de toi et de me rapprocher, mais je l'ai pas fait dans un but quelconque, juste pour toi."
"Je comprends pas comment je n'ai rien pu voir !"
Voilà le constat de Paul, depuis des années et bien avant son agression il n'a rien vu, absolument rien. Et il s'en veut horriblement, il se trouve cruel et insensible, perdu dans ses propres problèmes il en a oublié les sentiments des autres...Et chaque jour il remue malgré lui la souffrance de l'un de ses meilleurs amis.
"Non mais enfin...Tu te fait du mal pour mon bien en m'hébergeant ici !"
Cependant, certaines choses deviennent claires, limpides. Le dévouement et la générosité de Rejo ne pouvaient être dictés que par un amour pure et sincère, son affection débordante aussi. La constatation l'achève, entre son trouble et la douleur qu'il a pu causer à l'autre il ne sait que choisir.
"Je t'ai déjà dit tu peux rester autant que tu veux, je sais parfaitement que tu as des sentiments pour Sam, pas pour moi..."
La voix triste contraste avec le sourire qui barre ce joli visage et Paul est affreusement mal, s'il reste il finira par lui donner de faux espoirs et pourtant, il se dit qu'au fond Rejo avait tout pour le rendre heureux. Les choses semblaient si simples et naturelles avec lui. Seulement le cœur a ses raisons que la raison ignore et le sien a un soucis de fonctionnement, ce n'est plus à prouver...
"Je vais partir à la fin de la semaine."
"Mais tu iras ou ? C'est pas..."
"Je veux pas te faire plus de mal, s'il te plaît.."
Prendre la dure et bonne décision, arrêtez d'être égoïste, pour une fois, et se reprendre enfin en main, pour le bien de tous. Pour le reste il se débrouillera.
"Je dois sortir, pardon..."
Une dernier regard désolé et une violente envie de fuir, loin du malheur de l'autre, de l'état émotionnel dans lequel il va être par sa seule faute. Il s'étonne de ce que l'on peut cacher derrière un sourire à toutes épreuves, derrière une joie de vivre pourtant si honnête.
La nuit glaciale le fait frissonner, le froid le prend par tous les pores de sa peau et ce à travers sa veste. Il constate avec un étrange soulagement que Sam l'a attendu : il est adossé au mur, une cigarette portée à ses lèvres. S'il devait définir son ressenti ce serait plus de l'apaisement. Sam le rassure à un tel point qu'il en arriverait presque à se trouver pathétique.
Son aîné lui sourit en coin en le voyant, Paul devine qu'il est toutefois un peu tendu. Il s'approche doucement et tout aussi délicatement lui retire la cigarette des mains afin de la porter à se bouche. Il tire une longue latte, s'étouffer avec la fumée lui est salvateur et il aimerait s'évaporer dans l'air froid, comme elle, libéré de ses états d'âmes. Sam reprend la cigarette qui lui revient de droit et soupire légèrement.
"Bon on y va ? Je commence à avoir froid moi !"
"En fait je préférerais marcher un peu si ça te dérange pas ?"
Le plus vieux plisse le nez dans l'obscurité mais finit par prendre les devants en se décollant du mur. Ils marchent côte à côte, seul le bruit irrégulier des moteurs résonne dans la nuit.
"Au fait t'es allé faire quoi pour me planter comme ça ?"
Au son de la voix Paul sait que l'autre ne lui en tient pas rigueur, Sam est patient et tolérant, il se surprend à lui trouver des qualités aujourd'hui alors qu'il y a deux ans il lui aurait attribué tous les défauts du monde. Peine de cœur, sans doute...Il pense furtivement à l'hispanique qu'il a laissé dans l'appartement, seul. Il se félicite d'avoir accepté l'adoption du petit chien, finalement ce n'est pas lui qui en aura le plus besoin.
"Rejo a des sentiments pour moi."
"Hein ?"
Vraisemblablement il n'est pas le seul à avoir été aveugle au vu de la tête de son compagnon. Il hausse les épaules, que dire de plus ? Il ne souhaite pas le cacher à Sam mais parallèlement il ne peut pas étaler les déclarations de l'hispanique, par respect. Il a déjà peur d'avoir perdu en partie son amitié ou tout du moins que leurs rapports ne soient plus ce qu'ils étaient et cela, il le sait malheureusement inévitable. Avec toutes les conséquences que ça entraîne...Il soupire en devançant son ami.
"Il faut vraiment que je retrouve un travail, pourtant les garages c'est pas ce qui manque à New York ! J'ai dit à Rejo que je partirai la semaine prochaine...Je préfère ne pas rester."
Sam le rattrape par le bras et l'oblige à stopper sa marche précipitée et lui faire face. Paul évite de le regarder droit dans les yeux, c'est une chose qui le perturbe grandement depuis leur conversation sur leur relation.
"Tu sais ma proposition pour travailler au club tient toujours, en plus on manque vraiment de personnel en ce moment.."
Les mots de l'aîné sont hésitants, il a peur que cela semble déplacé à son interlocuteur, après tout le club est l'objet de mauvais souvenirs pour lui. Il poursuit :
"Et tu peux toujours venir chez moi en attendant, j'ai une chambre d'ami tu sais !"
Le fait qu'il se sente obligé de donner cette précision amuse Paul, au fond ce n'est pas le problème, il ne sait juste pas ce qu'il veux.
"Y'a deux ans j'attendais que ça, alors ce serait sûrement étrange que je l'obtienne aujourd'hui non?"
"Moi aussi j'attendais ça, j'ai juste cru que tu ne me supporterais pas à longueur de temps, tu étais tellement indépendant !"
"A l'extérieur seulement..." Chuchote Paul.
Ils se sont mal compris, soit, plus rien ne sert d'en parler. Les jours passent et il se découvre, naïf et dépendant à sa propre insu. Il est presque plus facile de se tromper soi même que de tromper les autres. Quoique...Rejo lui a démontré l'inverse. Il entend distinctement un souffle agacé briser le silence. Il ose enfin croiser les prunelles sombres de Sam, si intenses qu'il ne parvient plus à se détourner. Il aimerait lire dans ce regard, et comprendre.
La main de l'autre qui tient fermement son avant bras relâche un peu la prise tandis que l'autre vient se loger au niveau de sa nuque, délicatement. Le corps du plus âgée s'est collé au sien, les battements du cœur de Paul ont considérablement accéléré. Il se crispe légèrement dans l'attente de la suite, sans savoir qu'elle sera sa réaction. Les doigts caressent doucement sa nuque, le faisant frissonner, il peut sentir le souffle chaud de Sam sur son visage. il se perd et ne parvient plus à distinguer le coté rassurant et la peur, tout semble si confus encore une fois.
Alors c'est son corps qui réagit de lui même, naturellement, comme en souvenirs des centaines de baisers qu'ils ont déjà échangés. Ses lèvres effectuent les derniers millimètres qui le séparent de celles de son partenaire, plus hésitant. Elles se lient l'une à l'autre avec un contact d'abord pareil à un effleurement, puis rapidement plus intense. Ils ferment les yeux sous la pression et les mains de Sam reprennent des prises plus fortes tandis que celles de Paul s'accrochent aux épaules de son aîné, dans un geste proche du désespoir. En fait il cherche un refuge, une apparente sensation de sécurité dans les bras de l'autre. Leur échange buccal se prolonge en surface uniquement, mélange de force et de tendresse que Sam brise lentement. Pour autant il ne lâche pas Paul, son visage reste près du sien, le touchant presque.
Enrôlés sous la nuit sombre et froide, ils se disent qu'ils n'ont pas besoin de mots dans l'immédiat. Bien souvent ce sont ces derniers qui brisent ce que l'on ne sait exprimer. Paul se promet de réfléchir aux propositions de son compagnon, à défaut de comprendre ce qu'il vient de se passer. Au fond il doit admettre que la présence de Sam le pousse à aller mieux, à se sentir capable d'être mieux. Pourquoi continuer à refuser l'évidence ? Il n'est plus capable d'avancer seul.
"Rappelle-toi de nous comme une larme posée sur la joue du temps." Marrodeur
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