Titre : Only Poisoned Your Mind
Auteur :Wolfin Hope
Bêta reader : veronicka
Origine :Twilight
Genre : Yaoi/Slash, Angst, Crime & Friendship/Romance
Couple : multipairings
Disclaimer : Comment dire que j'aimerais avoir une belle horde de loups garous dans mon jardin mais je crois que c'est mieux pour eux qu'ils continuent d'appartenir à Stéphanie Meyer :k, et les acteurs du film à eux même. L'univers et quelques personnages en revanche sont de ma création !
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Partie 12
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On ne peut pas dire que sa vie est repris un cours normal et à vrai dire, tandis qu'il regarde la pluie s'ébattre contre les carreaux de la fenêtre, il se dit que sa vie ne reprendra jamais vraiment son cours. Elle a été comme interrompue à un moment donné, il admet qu'elle a repris, d'une autre façon.
Il a accepté de s'installer chez Sam, d'abord parce que la présence de ce dernier lui procure un irrésistible sentiment de sécurité et il en a horriblement besoin, ensuite pour s'éloigner de Rejo, à regret. Il est clair que l'espagnol n'a pas tellement compris sa démarche, peut être est-ce une erreur, Rejo voit sans doute les choses différemment. Mais au fond rien ne change, ils sont amis n'est-ce pas ? Ils ne sont juste plus colocataires et ce sera plus simple pour tout le monde ainsi... Il lui arrive de se demander ce qu'en pense Sam, pas grand chose probablement, il n'a jamais eu un tempérament très jaloux, ni même possessif, à l'inverse de lui.
En fait il a le temps de s'en poser des questions, il n'a toujours pas retrouvé de travail et il est souvent seul dans l'appartement trop bien rangé de Sam. Il va au club parfois, donner un coup de main mais il s'y sent mal, peut être parce que là bas il ne parvient pas à repousser le souvenir de Jake qui le hante, leurs premières étreintes qui lui donnent des frissons de frayeur. Alors il reste là, à attendre, quoi au juste ? La guérison miraculeuse, celle qui lui tomberait dessus par hasard. On peut toujours rêver, c'est la seule chose que personne n'a le pouvoir de nous arracher. Pourtant son psy a espacé leurs séances, c'est bien la preuve qu'il évolue positivement non ?
L'eau ruisselle sur les carreaux, les réverbères éclairent la rue déserte. Il est tard et c'est un quartier calme, il se prend à songer que son précédent quartier était plus animé, cependant ici il se sent protégé, à l'abri de ses propres malheurs, en quelque sorte.
Il sursaute et retient un hoquet de surprise, il s'insupporte lorsqu'il réagit de cette manière. C'est son instinct, dès que quelqu'un créé un contact par surprise il a une demi seconde de panique durant laquelle son cœur semble se décrocher, après il se rend compte qu'il ne risque rien.
"Excuse moi."
Sam retire immédiatement la main qu'il avait posée sur son épaule. Paul se tourne afin de lui faire face, agacé. Trop perdu dans ses pensées il a été surpris mais bordel dans cet appart qui d'autre que Sam pourrait bien le toucher ? un fantôme ?
"T'excuse pas !" Il grogne.
Il est désagréable et il le sait. Et malgré sa remarque il se sent comme obligé d'enrouler ses bras autour de la nuque du plus âgé : pour effacer sa réaction précédente et se sentir rassuré. Sam lui rend son étreinte et passe les mains dans son dos, il se sert contre lui. Une présence, juste une présence, et parfois l'aîné ne sait pas quels mots lui dirent pour l'apaiser, alors avec les gestes c'est plus facile. Il lui caresse doucement le dos et Paul soupire en fermant les yeux, la tête reposant sur l'épaule de l'autre.
Comment définir leur relation ? Ils sont un couple, si on veut. Mais Paul se sent complètement handicapé socialement, il veut être avec Sam, oui, mais jusqu'à quel point ? Sa culpabilité et son dégoût de lui même lui font se demander pourquoi autant de personnes s'intéressent à lui, il est sans intérêt ou tout du moins il l'est devenu, il en va ainsi. Son humeur est continuellement morose et il est loin d'être agréable à vivre, il en a conscience en dépit du fait que Sam ne lui fasse aucune remarque à ce sujet. Sans parler qu'il soit incapable de marques d'affections trop poussées : probablement un blocage psychologique. Quand Sam est si proche son corps lui réclame plus mais son esprit lui intime de mettre de la distance, paradoxal, contradictoire, déroutant.
Il a envie de croire en sentant les bras puissants autour de lui que ses problèmes vont disparaître, il se sert plus fort contre Sam, l'étouffant si c'était possible. Ses mains tremblent et s'accrochent au t-shirt de son partenaire. Une sorte de panique incontrôlable et inexplicable monte en lui et l'autre semble s'en apercevoir, il l'oblige à s'éloigner un peu et le regarde tout en ramenant une main près de son visage délicatement. Ce regard qu'il pose sur lui en lui caressant la joue avec le dos de la main, Paul le déteste. Il s'y imagine tout un film, comment Sam peut le regarder comme s'il était la plus belle chose du monde ? En même temps il pencherait plus pour la compassion ou même la pitié, il n'a jamais su lire quoi que ce soit dans les belles prunelles brunes de son vis à vis. Et il déteste ce regard.
D'un coup il se jette brusquement sur les lèvres de son compagnon, c'est une fuite en avant, une façon d'échapper à ce qui l'insupporte. Il l'embrasse avec hargne et force et l'autre répond instantanément en saisissant son visage en coupe. Leurs langues dansent sauvagement ensemble, ça n'a rien de sensuel c'est brut. Paul a saisi le col du t-shirt de Sam pour s'assurer une meilleure prise tandis qu'il sent ses doigts descendre de son visage à son cou, puis dans son dos, passer sous son sweat. Le contact avec sa peau le fait frissonner. Il intensifie leur échange buccal si cela est possible, son corps réagit aux attentons de l'autre et à leur baiser. Les mains de son partenaire qui massent maintenant son dos des omoplates aux reins le rendent dingue et il ne sait pas trop si c'est une bonne chose.
Sam finit par briser le contact de leurs lèvres brusquement avant de descendre au niveau de son cou, Paul gémit légèrement quand une langue taquine sa peau rendue sensible. Tout semble s'enchaîner sans qu'il ne contrôle le déroulement des événements. Il touche Sam à son tour, ses doigts trouvent habilement le chemin jusqu'à sa braguette, tout en effleurant au passage ses abdos. Il ne sait pas trop ce qui le pousse à se montrer si pressant, fuir ce qui l'effraie, probablement.
Les doigts de Sam frottent son érection à travers le tissu de son jean, il gémit encore avant de se sentir poussé lentement contre le mur. L'autre en profite pour dégager son visage de son cou et leur regards se croisent. C'est à cet instant précis que les éléments font un salto dans la tête de Paul, il se rend compte de la situation et l'envie qu'il lit dans les iris de son homologue le terrorise littéralement, peut importe qu'il ressente lui même cette envie.
Il est pris d'une panique soudaine et brutale, il asphyxie, sa respiration devient difficile. Une crise d'angoisse ça ne se contrôle pas, ça vous prend dans ses griffes et ne vous lâche plus. Sam se rend rapidement compte qu'il y a un problème et remet une distance raisonnable entre leurs deux corps bouillonnants.
Paul se concentre et tente de respirer calmement. Il se hait, s'en veut, culpabilise et autres joyeusetés du genre mais par dessus tout il en veut à son mental de ne pas suivre son corps. C'est juste que malgré ses efforts il revoit des fractions de son viol, quand Sam le touche il s'entend hurler sur ce lit, Jake au dessus de lui, ignorant ses supplications. Et c'est trop, beaucoup trop. Il sent le bout des doigts de son partenaire qui frôlent son visage et il entend sa voix où perce une pointe d'inquiétude :
"Mingan qu'est-ce qui se passe ?"
Le surnom affectueux et la voix en apparence calme de son aîné rassurent partiellement Paul. Toutefois ses yeux suppliants lui reprochent cette question, il n'a pas tellement envie d'expliquer ce qui se comprend aisément sans mot. Il est attiré dans les bras de Sam et il s'y laisse aller, ça finit de faire taire ses angoisses, pour l'instant. L'autre finit par le repousser gentiment et se détache définitivement de lui, Paul prend soin d'éviter son regard, baisser les yeux, c'est une chose qu'il n'aurait jamais faite avant, mais ça, c'était avant ! (on pourra toujours lui offrir les lunettes de la publicité pour Noël !)
"Tu vas où ?"
La crainte d'être abandonné le pousse à cette question, les mots bloquent dans sa gorge alors que Sam lui a tourné le dos et a fait trois pas en direction de la cuisine.
"Prendre une douche."
"Tu m'en veux ?"
Cette fois ci Sam se tourne à demi et lui adresse un sourire qui se veut rassurant.
"Bien sur que non !" Devant l'air peu convaincu du plus jeune il ajoute :"Et puis va falloir que j'aille bosser !"
Paul est resté vers la fenêtre, il a écouté l'eau de la douche couler dans la pièce d'à coté. Avant de partir Sam lui a proposé pour la énième fois de la journée de venir au club, il a refusé. Puis la porte de l'appartement s'est refermée, le laissant seul dans cet appartement avec pour seule compagne sa détresse.
Il a compté les gouttes de pluie tombant du ciel pour tenter de s'occuper l'esprit, en vain. Dès que Sam n'est plus là tout refait surface et le submerge, comme un enfant auquel on retire ses brassards en pleine mer. Il s'en rend compte, sans cesse il a besoin que ses amis lui retirent la tête de l'eau, le maintiennent en surface.? Dépendance, le mot qui lui glace les sangs et dont il est victime. Victime, encore un mot qui lui donne la nausée et le définit pourtant si bien. Pathétique en conclusion.
Sam travaille beaucoup, et lui tient à se tenir à l'écart du club, en partie à cause de Rejo, même si c'est stupide et que ce dernier lui a répété plusieurs fois qu'il ne voyait pas de problème en la situation actuelle. En fait il est sûrement trop dépressif pour comprendre le mode de pensée des gens joyeux à l'instar de l'hispanique. Finalement il se punit pour rien et s'y complaît.
Ces moments de solitude sont les plus dangereux, parce qu'il se laisse sombrer dans sa peine, noyé dans la culpabilité et la honte. Plus besoin de masquer ses émotions ni les renier, il les accueille à bras ouverts. Il doit bien resté une heure ou deux prostré devant la fenêtre, à regarder sans vraiment la voir la rue déserte. Son mal être finit par lui couper les jambes, il se laisse glisser lamentablement contre le mur, les yeux dans le vague. Il n'a qu'une envie, saisir son portable et appeler au secours, n'importe qui ! Il ne le fera pas, trop las d'être perpétuellement faible, pleurant l'attention des autres. Il n'a qu'à se secourir lui même !
Les minutes s'égrainent, il les voit défiler sur l'horloge, accrochée au mur, face à lui. Ses orbes brunes parcourent le salon et s'arrêtent sur un buffet en chêne massif, il croit se souvenir que Sam y range ses bouteilles de whisky, à ce moment précis c'est trop tentant.
Il se lève, et machinalement ses pas le conduisent à la cuisine, un verre, puis jusqu'au buffet, une bouteille de whisky. Le liquide ambré qu'il verse dans son verre lui apparaît être sa seule issue, histoire de se sentir bien, ivre de bonheur, juste un peu. Il prend son temps avant de le porter à ses lèvres, appréciant l'odeur alcoolisée du liquide. Une dernière inspiration avant qu'il ne vide son verre, d'une traite longue et douloureuse. Sa gorge le brûle et il doit retenir sa régurgitation. La grimace qui barre son visage n'est rien, rien d'autre que le reflet du mal qui le hante.
Petit à petit, verre après verre, il se sent grisé. Ses problèmes lui semblent bien futiles, sans importances et surtout, le meilleur dans ses ressentis, c'est la sensation de puissance qu'il a, plus de peur, il est prêt à franchir des montagnes. Échoué sur le canapé, en épave, il sourit bêtement en fixant le plafond, à la limite du malaise éthylique. Il est bien là, perdu dans les méandres de l'alcool, le sang ampli de ce doux poison et avec l'impression que sa tête va exploser.
La notion du temps a cessé d'exister cependant il est à peine surpris quand il entend la porte s'ouvrir, son état ne lui permet pas de réelles réactions. Il rit niaisement, sans raison, il cherche à se redresser mais n'y parvient qu'à moitié, peinant tout en s'agrippant à l'accoudoir du canapé. Son manque de discrétion alerte rapidement le nouvel arrivant et une lumière vive l'éblouit subitement. Il plisse les yeux en grognant et se les cache d'une main.
Étonnamment Sam ne s'agite pas en tout sens, à quoi bon ? Il prend le temps d'analyser très clairement la situation. Il soupire en distinguant les deux bouteilles de whisky sur la table basse, dont l'une est vide. S'il n'approuve pas ce qu'à fait Paul il est en mesure de le comprendre, qui n'aurait pas été tenté d'oublier un peu, quel qu'en soit la manière ? Il pourrait aussi se responsabiliser quant à la situation, il aurait dû être là, mieux le soutenir, lui accorder plus d'attention, l'aimer mieux peut être. Mais la culpabilité n'arrangera rien, il le sait.
Alors doucement, presque avec prudence il s'approche de la masse étendu sur le canapé et s'assied à coté. Paul le dévisage en clignant des yeux à plusieurs reprises, un sourire résultant de sa consommation abusive ancrée sur les lèvres. L'image fait de la peine à son aîné, mais il ressent aussi une profonde indulgence, il ne peut pas en vouloir à son cadet comme il ne doit pas s'en vouloir. Ce n'est pas leur faute, pas vraiment. L'une de ses mains caresse tendrement la joue de l'autre et il murmure :
"Est-ce que ça va ?"
Sa voix semble ramener Paul à la réalité, il parvient à se redresser et fixe intensément son vis à vis.
"Non." Son ton reste bas et étrangement calme. "Couche avec moi !"
Abasourdi, Sam ne sait que répondre et quand son compagnon commence à lui agripper sauvagement le t-shirt et à embrasser ou plutôt dévorer son cou il comprend bien que plus rien ne va. Il tente de repousser son assaillant sans trop de brusquerie, en vain.
"Arrête t'es complètement saoul."
Il retient un gémissement et s'efforce de repousser le plus jeune, c'est sur s'il s'écoutait il se laisserait bien aller dans une étreinte charnelle seulement voilà ce serait une grosse erreur. Face au désaccord de l'aîné, Paul l'agace et il se dégage farouchement pour ancrer ses prunelles dans celles de l'autre :
"Et alors ? ça t'a jamais dérangé de me baiser bourré ou pas !"
"Cette fois c'est différent et tu le sais !"
Sam a haussé le ton, histoire de jouer à sonorité égale. Il a peur de se montrer blessant et en même temps il ne peut pas nier certaines choses. Si ces mots l'atteignent ce n'est que pour mieux le préserver. Paul se renfrogne immédiatement et se laisse retomber piteusement sur le canapé en croisant les bras.
"Tu fais chier !"
"Moins que toi."
Conclut Sam, son cœur se serre à la vue des larmes silencieuses qui parcourent lentement le beau visage torturé de son aimé. Il ne demande qu'à prendre sa souffrance mais ce n'est pas possible. A défaut donc, il caresse ses cheveux en fermant les yeux, de façon à ne plus le voir pleurer. Ils finissent par s'endormir l'un contre l'autre sur le canapé étroit, baignés dans l'odeur âcre et désagréable du whisky.
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Son nez le brûle, il a comme un ronronnement infernal dans le crâne, il grogne puis gémit plaintivement. Son corps entier lui semble lourd, engourdi, il a dû passer sous un rouleau compresseur. Les événements lui reviennent en mémoire avant qu'il n'ouvre péniblement les paupières. Il aurait préféré oublier, effacer son disque dur mais s'il été en mesure de le faire il effacerait un tas d'autres choses antérieures à sa soirée d'ivresse. Il ressent une grande honte, il aimerait juste pouvoir se cacher, s'enfoncer dix pieds sous terre et ainsi éviter une confrontation avec Sam... D'ailleurs ou est-il ? Si ses flous souvenirs sont exacts ils se sont endormis ensemble, après qu'il ait tenté de l'allumer puis chialer comme une gonzesse. Il devrait peut être se rendormir finalement, c'est la meilleure chose à faire...
Malheureusement pour lui la réalité le rattrape, des bruits provenant de la cuisine lui martèlent le crâne. Il prend une inspiration et se redresse, il a la bouche pâteuse, probablement mauvaise haleine et en plus ses membres sont courbatus par la nuit passée sur le canapé. Il regarde silencieusement son aîné qui s'active dans la partie cuisine de la pièce, il ne semble pas l'avoir remarqué. Paul se met à songer. Cet homme qu'il voit, il l'a toujours voulu au fond et ce dans tous les sens du terme pourtant si aujourd'hui qu'il l'a il n'en profite pas autant qu'il le voudrait. Il est bloqué, sentimentalement et sexuellement. Et ça le frustre, horriblement, sa propre frustration s'additionne à celle que doit ressentir son compagnon et c'est cette dernière qui le dérange le plus. Oui de savoir qu'il est incapable de combler la personne sensée être la plus importante dans sa vie. A vrai dire il a du mal à se positionner dans sa relation avec Sam. Et puis, il ne mérite pas que Sam prenne soin de lui de la sorte, toutes ces attentions, c'est trop ! Et lui que fait il ? Il n'est même pas capable de lui donner son corps, à défaut de son cœur.
Quand ses yeux croisent ceux du plus âgé il a du mal à soutenir l'échange, ce reflet de condescendance qu'il devine dans les prunelles presque noires l'achève. Il en vient à se demander si à choisir, la colère de Sam n'aurait pas sa préférence. Pourquoi faut il qu'il le ménage à ce point ? Est-ce que ça l'aide à aller mieux ? Il n'en sait rien. Ce dont il est certain c'est que son passé s'est envolé, laissant derrière lui un goût amer, celui du regret.
Il revoit le parallèle qu'il s'est fait en voyant Jared et Embry, ils sont différents, leur couple est différent. Il y a un avant et un après viol, on ne peut pas y couper. Et Sam et lui c'est pareil, il voudrait revenir en arrière mais il a beau se le répéter, ce n'est pas possible. Sur cette triste conclusion il se lève enfin.
"Ça va mieux ?"
C'est Sam, forcément, sa voix est calme.
"Mmmmh"
Un vague gémissement, c'est le seul son qu'il a la force de produire, l'autre ne lui en tient pas rigueur et continue de lui parler un peu, notamment de son rendez vous chez son psychologue. Il avait presque oublié ce détail, tout paraît futile et sans importance, Paul perd l'intérêt pour la vie, le sens même qu'elle avait avant pour lui.
Il a insisté pour aller chez son psychologue seul, parce que la solitude ne vous juge pas, elle est froide et insensible, vous laisse tranquillement vous morfondre et pleurer intérieurement sur votre sort. Elle lui a fait peur dans un premier temps, maintenant il s'y plaît. Plus la peine de s'y poser de questions ni même d'y chercher les réponses, personne ne les lui demandera. Une sorte de répit éphémère. Éphémère oui...
"Et vous vous sentez comment dans cette situation ?"
Paul détourne les yeux en répondant :
"Mal !"
"Vous voudriez que les choses soient différentes ?"
"Oui...Non..." Il soupire, voilà qu'il s'embrouille dans ces propos, s'il savait et bien il ne serait pas là ! "Je sais pas... Je veux dire parfois je me mets à la place de Sam il ne peut pas deviner ce que je pense ni ce que j'attends de lui, surtout si moi même je ne le sais pas ! Peut être que je devrais prendre du recul mais je suis incapable d'être sans lui, il me rassure, je me sens en sécurité avec lui."
"Vous lui faites confiance ?"
Aucune réponse, parce que Paul ne sait pas quoi répondre à cela, la confiance lui semble être un artifice, elle n'existe pas vraiment, ce n'est qu'une vaste illusion. Il soupire encore, son thérapeute interprète ce signe comme une négation et poursuit :
"Et votre ami Rejo, vous sembliez proche, ne plus le voir vous blesse, vous pensez que c'est la meilleure solution ?"
Cette fois les propos de Mr Darroze oblige le jeune homme à porter son regard sur son interlocuteur, il demeure coi quelques secondes, réfléchissant.
"Et bien, j'ai cru que pour lui, ça le serait."
"Mais vous n'êtes pas à sa place... Paul ne refusez pas les choses qui vous font du bien."
C'est le fouillis dans son cerveau, au final il a voulu mettre de la distance avec Rejo parce que si lui avait été à sa place c'est ce qu'il aurait voulu. Il a commis une erreur, l'espagnol n'arrête pas de tenter de revenir vers lui, de prendre de ses nouvelles et il se complaît à les blesser tous les deux en voulant s'éloigner malgré tout. Rejo reste son ami, un ami très proche qui l'a énormément soutenu et ça, il ne peut pas l'oublier.
Il se détend considérablement pour la suite de la séance et il échange encore un peu avec son psychologue, il a bien sur évoqué son incartade avec l'alcool pourtant il est persuadé qu'il ne recommencera pas, il a bien trop honte de la façon dont tout ça s'est terminé. Le docteur le laisse partir après lui avoir demandé d'effectuer un travail sur lui même d'ici à sa prochaine séance dans 15 jours : accepter de lâcher prise et redonner sa confiance à ses proches.
Il y songe en conduisant : confiance. Confiance ? Confiance ! Il en a oublié jusqu'à sa définition. Il réfléchit, secoue sa mémoire à la recherche d'un souvenir mettant en scène la confiance. En fait sa confiance elle est partie en prison avec Jacob Black, celui même qui l'a bafouée. Il n'a pas la clé et s'il l'avait il risquerait de libérer aussi son bourreau. Il claque de la langue, agacé tout en grillant un feu rouge, tant pis personne ne l'a vu ! Et puis, le trafic est fluide, pour une fois la ville serait presque calme et agréable, seuls quelques ronronnements de moteurs et éclats de voix pour briser l'ambiance apaisante. Ou alors c'est juste qu'il passe dans une rue peu fréquentée...
Il décide en cours de route de bifurquer vers des routes qu'il connaît bien, un sentiment assimilable à une certaine joie prend place. Bizarrement il sait que l'espagnol ne lui en voudra pas et au fond de lui il espère que ça n'a rien à voir avec les sentiments qu'il lui porte. Et la perspective de retrouver son ami et ex colocataire le ravit, il y a des gens qu'on ne peut pas oublier, occulter, ils restent quoi qu'il en soit.
Un petite pointe de stress lui noue la gorge au moment de frapper à la porte, une fois cette dernière ouverte, le stress s'envole. Rejo lui adresse un grand sourire, assez habituel en fait. Paul se rappelle rarement l'avoir vu tirer la tronche, c'est sans doute pour ça qu'il apprécie autant sa présence dans la situation actuelle. Il se retrouve bien vite avec l'espagnol pendu à son cou, bon ça aurait pu être gênant mais l'autre a toujours eu des marques d'affections débordantes, pas uniquement pour lui qui plus est, alors il accepte volontiers l'étreinte en souriant pour lui même.
"Merde tu m'as manqué !"
Il s'entend ronchonner en relâchant l'autre, il ne se connaissait pas si expansif, sans doute qu'avec Rejo il a plus de facilité à laisser aller ses sentiments, après tout ce dernier l'a vu dans ses pires états.
"Toi aussi ! J'ai cru que t'allais bouder jusqu'à la fin de ta vie !"
"Je boudais pas d'abord !"
Ils pénètrent dans l'appartement et Paul s'amuse à constater que rien n'a vraiment changé. Son hôte reprend :
"J'aimerais vraiment qu'on reste amis, je veux dire comme avant, je t'assure ça me suffit et je le vis très bien."
Le sérieux de Rejo l'interpelle, c'est aussi ce qu'il veux, parallèlement lui n'aurait pas pu accepter la situation inverse, toutefois il n'est pas l'espagnol. Ils sont dissemblables, fonctionnent différemment, voilà tout. Et tant que l'autre l'y encourage, pourquoi se priver de sa compagnie ?
"C'est aussi ce que je veux !"
Et il a l'impression que ça va déjà beaucoup mieux, une ombre au tableau en moins même s'ils en restent bien d'autres. Au moins il a ses amis et le soutien dont il a besoin. Pour la première fois depuis son agression il ressent la plénitude, il est bien, juste bien et si la délicieuse sensation ne dure que quelques brèves secondes c'est déjà énorme. Il se promet de tourner une page de son carnet en rentrant.
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"Mais Em' chéri comment je pouvais savoir ça moi ?" Pleurniche Jared.
"Tu a été à l'école pourtant, il me semble ?"
Rétorque l'intéressé. Paul sourit, amusé par leur dispute. A vrai dire ça lui occupe l'esprit, les futilités sans importance, ces choses là qu'il a failli oublier... Ce n'est pas pour autant que lui le sait par ailleurs, ce qui ne l'empêche pas de lancer :
"Ppfffff Jared même moi je le savais !"
Son ami le fusille du regard, une lueur franchement étonnée s'est allumée au fond de ses prunelles châtaignes, il de gros doutes quant à l'honnêteté de Paul sur ce coup là.
"Comme si toi tu savais qu'Harare est la capitale du Zimbamachinchose..."
"Zimbabwe." Le corrige Embry, légèrement exaspéré. L'autre soupire lourdement avant de lâcher :
"Non mais toi aussi comment tu peux connaître ce genre de chose ?"
"Cours de géographie par exemple..."
"Paul non plus ne..."
Le prénommé le coupe :
"N'empêche je n'ai pas avancé que c'est la capitale de la Pologne moi !"
Il se permet un petit rire et ses deux amis sourient. Jared parait quelque peu contrit n'empêche, Paul aussi se demande comment Embry peut savoir un truc pareil. Il l'a toujours trouvé spécial de toutes façons, c'est sans doute la raison pour laquelle il va bien avec son meilleur ami, lui aussi est spécial, différemment.
Il parvient à se sentir de nouveau bien, d'une manière toute relative et ponctuelle, mais bien quand même. Le fait de se retrouver ici, dans l'appartement des deux amis qu'il squattait autrefois très régulièrement, à parler de tout et rien, rire et plaisanter, oubliant l'espace de précieux instants, sa douleur acharnée. Ses amis il a fini par les retrouver, presque tous, c'est lui même qu'il ne trouve plus ou ne cherche pas peut être ?
Et puis Sam aussi, il l'a trouvé sans doute sans parvenir pourtant à concrétiser leur relation. Il lui semble qu'elle est officielle, en quelque sorte et étant donné qu'il vit chez Sam ça ne laisse pas tellement place aux doutes. Malgré le sentiment de sécurité qu'il ressent auprès de lui, il ne parvient pas à lui livrer son entière confiance, à moins que ce soit envers lui même que la confiance fasse défaut ? Toujours est-il qu'il a horriblement peur d'un tas de choses et qu'il lui est impossible de faire tomber les barrières physiques (et mêmes sentimentales en fait!) entre son aîné et lui. C'est paradoxal, dans son souvenir ils n'avaient jamais eu de problèmes de ce coté là et aujourd'hui le voilà bien, incapable de satisfaire son sensé être amant, entre autre. Alors il veut bien naïvement croire que Sam est une personne calme et patiente et qu'il attendra... Mais ça reste un être humain avec des désirs à combler... Que lui en l'occurrence ne comble absolument pas. Bon il se sent un peu nul à ce sujet mais au point où en est son estime de lui ça ne change pas grande chose. Pour finir il ne se voit pas vraiment évoquer ce problème avec qui que ce soit, personne ne le comprendrait.
Il ne suit la conversation plus que d'une oreille et c'est la voix de Jared qui le tire de ses désagréables pensées :
"Bon allez je vais chercher les pizzas ! Soyez sages les enfants !"
Il leur adresse un clin d'œil avant de se pencher pour embrasser délicatement les cheveux de son petit ami qui ferme doucement les yeux, profitant du bref contact. La porte d'entrée claque et une idée illumine le cerveau de Paul. Personne ne peut l'aider... Sauf peut être Embry. Après tout il a vécu un traumatisme similaire au sien et entre Jared et lui les choses semblent s'être bien arrangées. Il n'est pas extrêmement proche de l'autre garçon, il se sont cependant toujours bien entendus, de plus Embry lui a révélé des détails sur son agression pour l'aider dans l'enquête, il ressent comme une sorte de lien, sans doute celui qui lie les victimes entre elles, prisonnières d'un calvaire commun.
"Comment tu fais ?"
La phrase est prononcée d'une voix enrouée, presque hésitante.
"De quoi?"
Malgré l'interrogation Paul lit dans le regard de son interlocuteur qu'il se doute déjà de quoi il en retourne. Embry est intelligent et son esprit vif, il n'a pas besoin qu'on lui décortique les choses de long en large pour comprendre et ça, c'est un atout surtout concernant la situation actuelle. L'autre se racle la gorge avant de préciser, pathétique qu'il est autant se lancer !
"Je veux dire je... je peux pas moi... dès qu'il me touche je revois Jake et... et..."
Sa gorge se noue et il est incapable de poursuivre, heureusement son ami prend la parole à son tour, un léger soupir la précédant :
"Je... si tu m'avais demandé la capitale du Botswana j'aurais su quoi répondre, mais là je... je sais pas."
"Mais..." S'esclaffe Paul, abasourdi par cette réponse qui n'en est pas une.
"Il m'arrive encore par moment d'imaginer que c'est mon agresseur qui me touche et non plus Jared, c'est affreux et ça me panique totalement. J'ai beau aimer Jared de tout mon cœur et lui vouer une confiance aveugle, des fois ma mémoire me hante et je ne parviens pas à effacer ces souvenirs cauchemardesques."
"Comment tu fais alors ?"
"Ben... Maintenant j'arrive à contrôler mes crises de panique alors je ferme les yeux et pense à autre chose, je ne veux pas que Jared s'en rende constamment compte, c'est horrible pour lui !"
Ho ça oui Paul veut bien le croire, voir la personne qu'on aime faire la parallèle entre nous et un violeur doit être immonde. Mais se forcer pour éviter ça ne l'emballe pas bien plus. Devant sa mine déconfite la vois d'Embry se radoucit :
"T'inquiète pas, y'a des fois où tout se passe bien, c'est juste que... Il faut laisser du temps au temps... Je suppose..."
Finalement définir si cette conversation lui a fait du bien ou non est impossible, il se sent juste mal à l'aise. Le plaisir à l'état brut qu'il a pu ressentir il ne risque pas de l'éprouver à nouveau. Il désire Sam il est attiré par lui et au delà il a des sentiments à son égard et tout cela, ça ne suffit donc pas ? Si le blocage n'est pas physique il est forcément psychologique. Ho et puis il n'aura qu'à en parler à son psy après tout ! Ah ce dernier va encore le baratiner avec sa putain de confiance. Qu'est-ce qu'il y peut lui si elle a foutu le camp ? Au fond la solution réside en cet unique mot : confiance. Faire confiance et se faire confiance, on n'est pas rendu !
Une petite voix résonne, il a promis d'essayer, qu'a t il à perdre ? Si on peut réapprendre à parler ou marcher après un accident grave, pourquoi ne pas réapprendre la confiance ? Et le mot incongru résonne en leitmotiv dans sa tête...
« Rien n'est pur ou impur de soi. La même salive fait le crachat ou le baiser ; le même désir fait le viol ou l'amour. Ce n'est pas le sexe qui est impur : c'est la force, la contrainte.» André Comte-Sponville
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Note : Et non je n'abandonne pas cette fiction, bien loin de là ! C'est juste que mes disponibilités sont assez variantes et quasi inexistantes en ce moment, pourtant ce n'est pas l'envie d'écrire ni même l'inspiration qui manque !
