Titre : Only Poisoned Your Mind
Auteur :Wolfin Hope
Bêta reader : veronicka
Origine :Twilight
Genre : Yaoi/Slash, Angst, Crime & Friendship/Romance
Couple : multipairings
Disclaimer : Comment dire que j'aimerais avoir une belle horde de loups garous dans mon jardin mais je crois que c'est mieux pour eux qu'ils continuent d'appartenir à Stéphanie Meyer :k, et les acteurs du film à eux même. L'univers et quelques personnages en revanche sont de ma création !
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Partie 14
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Il parait que le bonheur se trouve en fait dans notre malheur et inversement. C'est ce que s'efforce de penser Paul. C'est une chose rassurante que de croire que le bonheur plein et entier n'existe pas vraiment. A y regarder de près s'il y a un tas de choses qui ne vont pas dans sa vie, il y en a un tas d'autres qui vont : il a retrouvé un travail en temps que garagiste et il fait aussi des extra au club, histoire de pouvoir rembourser ses 'dettes' envers Jake (ndrl : dans le chapitre précédent Jake lui avoue dans une lettre qu'il a payé ses factures pour qu'il ne soit pas dans la mer**, coté pratique pour le paiement il peut bien le faire par virement bancaire en passant par l'avocat de Jake !). Il a un petit ami que beaucoup lui envie probablement : Sam ; et des amis fantastiques, Jared, Embry, Rejo, Akira...Et puis après un dernier regard au petit carnet en cuir relié qu'il tient à la main il le laisse tomber dans la poubelle. Il a tourné toutes les pages, ce truc ne lui servira plus à rien. Il se sent un petit peu plus libre, un tout petit peu.
Il n'est pas encore assez fort pour affronter toutes ses vérités et l'ampleur de chaque choix qu'il a du faire...Mais il a l'impression de redevenir lui, en quelque sorte. Lorsqu'il croise son reflet dans le miroir, même s'il l'évite la plupart du temps, il se reconnaît. Rien ne sera jamais pareil et il a appris à l'accepter pour tenter d'avancer malgré tout. Enfin ramer serait plus juste. Il lui arrive fréquemment d'imaginer les mots que contiennent les lettres envoyées par Jacob, lettres que Sam brûle soigneusement à sa demande, les unes après les autres. Son bourreau cherche t il son pardon ? La vraie question serait plutôt de savoir si lui est capable de pardonner une telle horreur ? L'abnégation forcée de sa dignité, l'événement qui a fait de lui ce qu'il est, malheureusement. Pour autant il ne hait pas Jacob Black, la haine entraîne la haine et vous noie, aujourd'hui il préfère vivre. Et il se jure qu'un jour il aura recouvré une certaine fierté et son entière force de caractère, ce jour là il sera capable de faire face à Jake et lui dire droit dans les yeux qu'il n'en a plus rien à faire de lui. Parce qu'au fond c'est la seule chose qui lui fournirait vengeance : détourner son attention et piétiner l'intérêt qu'il a porté à son violeur, avant et encore maintenant.
Il est bien conscient que son beau projet risque de ne pas voir le jour avant un bout de temps, et puis Jake croupit en prison et ça ce n'est pas plus mal ! Il a beaucoup perdu et l'accepter se révèle souvent difficile en dépit de sa bonne volonté. Il n'a plus cette démarche assurée qui le caractérisait, pleine d'assurance et le regard à la limite de l'arrogance, non il baisse la tête et accélère, pour qu'on l'oublie, simplement. Par moment il voudrait s'oublier lui même, rêver d'une autre vie, ou l'existence de Jake aurait juste été un effroyable cauchemar.
Il ne peut plus regarder des films avec des scènes de viols. Scènes qui auparavant le faisaient parfois rire, le viol il faut le vivre pour comprendre les conséquences dramatiques qu'il a et la souffrance psychologique qu'il engendre et cela pour toujours. La vie ne reprendra jamais son cours normal, on ne peut pas l'effacer. Alors il vit avec cette omniprésence. Sa vie sexuelle était ouverte et épanouie, elle a beaucoup changé, il y a des choses qu'il n'est plus capable d'accepter : tout ce qui pourrait lui rappeler son viol, que ce soit dans les gestes ou l'attitude de son partenaire, l'ambiance...Et c'est parfois contraignant. Et puis il est fermé à toutes propositions originales : exit les plan à 3, les jouets ou les lieux insolites, choses qui avant l'amusaient...Il a peur, voilà tout. Il aime le cocon dans lequel Sam le met : au moins il s'y sent en sécurité. Et dans tous les domaines, pas seulement pour le sexe.
Le jeune homme soupire lourdement en remontant le col de sa veste. Non mais franchement qu'est-ce qu'il lui prend de ressasser de mauvaises pensées ? Il les met dans un coin de sa tête, bien cachées. Une violente vague de mélancolie le saisit et il en vient à se demander où sont Leah et Seth, et même le père Black, cause de tous ces troubles. Un violent besoin de retour aux sources...Peut être que retourner à la Push lui serait bénéfique et ce serait l'occasion de revoir sa mère...Il faudra qu'il en parle à Sam, car oui, il ne peut rien faire sans lui. Il doit bien l'admettre : il est devenu dépendant aux autres, le Paul solitaire et indépendant c'était avant. La triste réalité lui revient en pleine face telle un boomerang. Il grogne, frissonne de dégoût et se force à penser à sa journée de travail et notamment à cette putain de bagnole bourrée de faux contacts qu'il n'a pas terminée.
On traîne tous de sales démons derrière nous...Un poids qu'on oublie mais qui pèse au quotidien. Il rentre à l'appartement en traînant les pieds, lui qui adore conduire, qu'elle drôle d'idée il a eu de profiter du soleil pour aller au travail à pied, il faut dire que c'est vraiment à coté. Pratique ! Seulement au final un vent glacé s'est levé et il se pèle le cul comme un con au milieu des allées ornées d'arbustes taillés en pointe.
Il retrouve un peu plus d'enthousiasme quand l'immeuble se dessine devant lui, il presse le pas. Avec un peu de chance Sam sera encore là, en général il part au club tandis que lui rentre du travail. C'est assez contraignant d'avoir un rythme de vie opposé à celui de son compagnon, cependant Paul ne peut nier les efforts quotidiens que Sam fait et cela dans l'unique but de lui faire plaisir. Son aîné doit beaucoup l'aimer et il a de la chance de l'avoir...Tel le pilier central d'un bâtiment, il le soutient sans faille. C'est facile de tenir debout lorsque l'on peut s'appuyer contre un mur solide, infatigable. Sam c'est un peu le ciment de sa vie.
Le jeune homme pousse enfin la porte de l'appartement après avoir fouillé deux bonnes minutes dans ses poches avant de retrouver sa clé. Il se défait rapidement de ses affaires en apercevant son compagnon assis sur le canapé, une revue actuelle à la main. Il s'empresse de s'asseoir à ses cotés après avoir balancé sa veste sur un meuble au hasard.
"Mmm tu pourrais éviter de foutre le bordel ?" Grogne Sam sans lever les yeux.
"Pff"
Se contente de souffler Paul, il n'a aucune envie de se prendre la tête ce soir, en plus Sam va partir jusque tard dans la nuit, non décidément le conflit il n'aime plus trop ça. Avec un léger sourire il se colle délibérément à son aîné et il effleure doucement son cou du bout des lèvres, l'une de ses mains se posant sur sa cuisse.
"Je te signale qu'on s'est même pas vu aujourd'hui !"
Il chuchote contre la peau hâlée. Instantanément les mains de Sam délaissent la revue et il saisit son visage en coupe, le ramenant à hauteur du sien.
"C'est vrai."
Et il l'embrasse tendrement, le contact reste bref mais même après, leur proximité reste.
"Je voulais te demander un truc..."
"Je le sentais venir !" S'amuse le plus vieux.
"Hé dis pas ça !" Grogne l'autre, énervé, et il repousse les doigts de Sam qui jouent dans ses cheveux du même coup. "Je suis sérieux !"
"Ok je t'écoute."
"Je me disais...Ce serait pas mal qu'on prenne un week-end tous les deux, on aurait pu aller à la Push ?"
Sam acquiesce silencieusement, pensif. En fait Paul a raison. Il a beau ne pas s'entendre avec ses parents, un retour à leurs racines leur fera sans doute du bien, ils pourraient même y aller avec Embry et Jared ? Retrouver leurs sourires d'autrefois et leurs rires d'enfants, l'innocence mêlée à l'inconscience du monde, loin des atrocités qui existent.
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Ellipse narrative d'environ 1 an et demi.
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"Rappelle moi pourquoi on a accepté de venir avec toi ?"
"Pour pas me laisser tout seul ?" Sourit Embry.
Paul lève les yeux au ciel. Leur ami a décidé de faire une grande fête pour l'anniversaire de Jared, Rejo et lui ont accepté de l'aider à faire les courses et tout préparer à l'appartement. Sam de son coté a prétendu avoir besoin de Jared pour une réunion, ce dernier l'aide un peu au niveau de la comptabilité. Voilà comment il se retrouve à devoir obéir aux ordres du tyrannique Embry, qui a une organisation quasi militaire : les magasins pour le cadeau, la déco en moins d'une heure et maintenant le supermarché pour la nourriture. Tout ça avec les crises de son ami, nerveux au possible et les rires incessants de Rejo que tout semble amuser. Il a le mérite de détendre un peu l'atmosphère, l'autre stresserait un régiment.
Suivant docilement les ordres il se retrouve avec Rejo à fouiller le rayon surgelé à la recherche de framboises congelées. Il fait semblant d'examiner les contenus des bacs, de toutes manières l'espagnol finira bien par trouver ! Il le regarde, son visage aux traits enfantins semble concentré et ses doigts déplacent habilement les sacs surgelés. Il lui arrive de se demander ce qui ce serait passé s'il avait répondu positivement aux sentiments de Rejo plus d'un an en arrière. On a tendance à imaginer ce qu'aurait été notre vie suivant nos décisions et les événements, c'est un phénomène qui ne se contrôle pas. Avec le recul Paul ne peut pas dire que l'hispanique le laisse indifférent, non, mais il sait se contenter de cette si belle amitié à toute épreuve qu'il lui offre. Il a fait ses propres choix.
Et puis, il a réussi à trouver un certain équilibre avec Sam et ça, c'est très précieux. Sans dire qu'il ait pu oublier ses douleurs il se sent relativement bien. Un tas de choses sont différentes c'est vrai...Peut être qu'au fond de lui, tout au fond, il se dit qu'il n'est pas sincèrement heureux et qu'il n'a pas vaincu entièrement ses démons. Un surgelé de framboises brandi sous son nez le sort de ses pensées, il grogne.
"Heureusement que t'es là !"
L'autre rit franchement.
"Faut dire que si tu faisais pas semblant de chercher ça irait un peu plus vite !"
"Zut...Je pensais être discret."
"Mmmmh laisse moi réfléchir...Non !"
Paul ne peut s'empêcher de sourire, c'est pas de sa faute, même sans raisons apparentes la joie de son ami est communicative. Rejo frissonne et croise les bras en grimaçant :
"On se pèle dans ce rayon, on va rejoindre Em' ?"
"Pas trop vite alors il va encore nous donner un autre truc chelou à chercher !"
Son ami hausse un sourcil, des framboises surgelées ça n'a rien de 'chelou' ! Les voilà repartis d'un pas traînant, direction le rayon fruits et légumes frais, là où logiquement, si Embry a suivi son plan d'action, et ils sont sûrs qu'il l'a suivi, se trouve. Les deux amis rient sur le chemin, se chamaillant à coup de surgelés de framboises quand un violent fracas les interrompt. Un bruit de verre brisé, probablement un employé maladroit ou un client distrait. Pourtant ils se pressent comme si c'était important. Le corps entier de Paul se tend, sa mâchoire se contracte douloureusement, l'impression que le ciel va lui tomber sur la tête lui coupe presque les jambes.
Et puis le tableau les fige un instant : Embry a laissé tomber un pot de cornichons sur le carrelage blanc du supermarché, à ses pieds. Son visage est un reflet de panique pure, ses yeux cherchent un soutien qu'il ne trouve pas. Mais cette scène n'est pas si troublante, bien moins que sa cause ne l'est. Le temps semble s'arrêter quand son regard tombe sur un homme à quelques mètres d'Embry. Un homme qu'il aurait aimé ne jamais revoir et encore moins aussi tôt ! Pas alors qu'il devrait croupir en prison et encore moins dans le supermarché le plus proche de chez lui ! Ce n'est pas un hasard. L'oppression qu'il a fuie depuis son agression s'abat sur ses épaules avec violence. On se croit plus fort, on pense avoir dépassé ses peurs et vaincu ses démons et finalement il n'en est rien. Il n'était pas préparé pour ça. Visiblement, Embry non plus.
Il serre les poings quand son regard croise celui de Jacob Black, l'origine de son mal. Fort heureusement pour elles les framboises surgelées sont entre les mains de Rejo, sinon elles auraient déjà été réduites en bouillie. Il est incapable d'aucune réaction, pourtant il devrait bondir et soutenir son ami, ou même bondir sur Jake et lui coller son poing en pleine figure...Retour arrière...Au final il est toujours aussi soumis, il suffit d'un regard de son bourreau pour le clouer sur place, impuissant. Il a l'horrible sentiment d'être enfermé dans une cage invisible. Et ces yeux noirs le dévisagent, entrant dans le fond de ses prunelles paniquées. Ce regard insistant c'est comme si Jake le violait une seconde fois. Aussi douloureux psychologiquement, à tel point que la douleur devient physique, ses genoux sont à deux doigts de lâcher, il utilise toute sa force mentale pour tenir face à l'autre homme, non il ne tombera pas à genoux !
Personne n'est en mesure de comprendre, les autres clients continuent paisiblement leurs courses, quelques uns jetant un coup d'œil consterné à Embry ou lui demandant vaguement s'il va bien. Les employés se précipitent vers le pot de cornichon fracassé au sol. Le monde tourne, après tout qui se souvient de la sordide histoire des Blacks, le violeur lui même violé par son père ? Des viols il y en a tous les jours.
Combien de temps ? La torture n'a aucune limite surtout si on se l'inflige soi-même. A vrai dire Paul est totalement paralysé, yeux dans les yeux avec Jacob. Le regard de ce dernier est toujours aussi sombre et froid, dénué de compassion. Est-ce de le voir là, se tenant à quelques mètres ou de constater qu'il n'obtiendra jamais que ce regard effrayant le plus dur ? Comment s'échapper de cela ? La réponse se trouve à sa gauche. La tension présente dans son corps l'est aussi dans celui de Rejo, son ami a serré les poings et probablement écrasé toutes ces pauvres framboises...
La réaction que s'apprête à avoir l'espagnol, à dire protéger ses amis et les défendre c'est lui qui devrait l'avoir alors il le retient fermement par le bras avant qu'il n'ait pu bondir en direction de Jake. C'est trop dangereux, déjà soyons honnêtes Rejo n'a pas la force physique pour tenir tête à Jake et puis ce mec est un psychopathe sexuel, qui dit qu'il ne s'en prendrait pas à l'hispanique si ce dernier le provoque ? Oui il a encore l'instinct d'éloigner les personnes qu'il aime du danger.
"Qu'est-ce que tu fou là gros ****, espèce de *****"
Hurle Rejo avant de proférer toute une litanie d'insultes dans sa langue natale, s'attirant des regards suspicieux. Il n'est retenu que par la poigne ferme de Paul sur son bras. La peur nous fait perdre le contrôle, parfois même jusqu'à la dépasser. Ils ont trop attiré l'attention, Jacob tourne les talons et déclare d'un ton sec, Paul sait que cette phrase lui est adressée :
"Ravi de t'avoir revu."
Les mots s'étranglent dans sa gorge tandis que son bourreau s'éloigne jusqu'à ne devenir qu'une petite tâche noire en bout de rayon. Et une tâche d'encre indélébile dans son cœur. Il peine à respirer, il se force à prendre de grandes inspirations, refusant de se laisser submerger par ses émotions. Il tient toujours fermement le bras de Rejo qui commence à grimacer sous la pression.
Puis d'un coup leur propre état ne les préoccupe plus, Embry est en train de faire une crise d'asthme, il se tient la gorge et ne parvient plus à respirer correctement, secoué par des quintes de toux sèches.
"Et merde..." Souffle Rejo.
Ils sont immédiatement aux cotés de leur ami, oubliant partiellement l'enchaînement des événements qui les y a conduit. Après lui avoir bêtement tapé dans le dos et demandé de respirer calmement Paul s'affole légèrement, il n'a pas le souvenir qu'Embry ait déjà fait une crise d'asthme aiguë en sa présence, tout au plus des petites gênes qu'il dissipait à l'aide de son inhalateur...
"Il est où l'inhalateur ?" Il demande, la voix angoissée.
"Dans la voiture !"
Ni une ni deux Rejo saute sur ses deux pieds et part en courant comme un dératé, entre temps le personnel et quelques badauds se sont inquiétés de leur cas.
Une bonne heure plus tard Embry a retrouvé une respiration convenable, il est en revanche complètement épuisé, ils sont assis sur un banc à l'extérieur du supermarché, silencieux. Ils ont abandonné leurs courses, ça leur parait très secondaire tout à coût, pareil pour l'anniversaire de Jared.
"On devrait pas appeler Jared ?" Demande Rejo.
"Surtout pas ! Il ne doit rien savoir !"
Les yeux exorbités d'Embry les fixent tour à tour, menaçants. Paul soupire, à vrai dire il voudrait garder ça pour lui, mais il doute que ce soit réellement possible. Rien qu'à voir la tête d'Embry on se doute que quelque chose ne va pas, sans parler des leurs ! Jared est loin d'être dupe, idem pour Sam. Paul se saisit nonchalamment de son portable en le sentant vibrer dans sa poche, probablement un message de Sam...Ses amis continuent de débattre quant à savoir ce qu'il doivent dire ou non aux autres.
1 message de numéro inconnu : *Le tapenas à 20h.*
Ho ces mots brefs, semblables à un ordre qu'il va automatiquement suivre, ce ne peut être qu'une seule et unique personne. Le bar dont il parle il sait parfaitement où il se situe, à quelques rues de l'appartement de Rejo. C'est un bar dans les bas fonds du quartier mexicain, mal fréquenté et mal situé, l'endroit parfait pour un guet-apens, dans les rues sales et désertes où les seuls témoins sont les rats. Une brusque envie de vomir le prend mais il se retient, et cache rapidement son portable. Son visage redevient impassible, il doit garder ses émotions pour lui. Sa voix est étrangement calme lorsqu'il s'entend dire :
"Si on veut garder ça pour nous il va falloir faire comme si de rien n'était."
Si l'espagnol le fixe, interloqué, Embry, lui, parait soulagé. Il a voulu tourner la page et il n'a aucune envie qu'on lui remette le nez dedans.
"Okay, alors on va faire comme si de rien n'était et retourner faire les courses !"
Si le doute pointe dans la voix hésitante personne n'ose le contredire et Rejo garde pour lui son avis, se rangeant à celui de ses amis. Bien sûr, faire comme si de rien n'était est impossible, alors les courses sont faites en silence, de même pour le retour jusqu'à l'appartement. Moment auquel Paul prétend devoir passer au garage pour s'esquiver.
Et voilà, c'est comme un cancer, vous croyez l'avoir vaincu mais il revient, plus fort et plus tenace. Assis seul dans sa voiture, garé sur un parking en plein centre ville le jeune homme laisse sa tête aller contre le dossier de son siège. L'odeur de tabac froid présente dans l'habitacle lui irrite les narines, ce doit être parce qu'il conduit souvent en compagnie de fumeurs. En parallèle de cette constatation son cerveau fonctionne à plein régime. Ok, personne n'est au courant, mais ça finira très probablement par se savoir donc Jared et Sam vont le tuer, mais ça, c'est très secondaire. Après tout, même s'il décide d'aller voir Jake, il n'y a que lui qui le sache donc pas de conséquences...Des millions de fois il a imaginé ça, il s'était juré d'être assez courageux pour y faire face seul. Il refuse de dépendre de Sam une fois de plus, ni de qui que ce soit d'autres. C'est un peu son combat.
Sa décision est prise : il va aller au rendez vous de Jake. Il doit être prêt pour ça, il ne doit pas baisser les yeux, accepter de venir va déjà donner trop de satisfaction à Jacob. Peut être qu'il lui obéit, cependant c'est dans son propre intérêt, il doit mettre fin à la relation qui subsiste entre eux, définitivement. Il savait pertinemment que ça arriverait, un jour ou l'autre, mais pas si tôt...Alors qu'il peine à trouver son équilibre.
Survient ensuite l'inquiétude : et si Jake l'agressait à nouveau ? Dans ce bar crade personne n'y ferait attention et son bourreau serait en mesure de le traîner à l'extérieur dans une ruelle désertique. Un frisson d'horreur le secoue puis il se ressaisit. Il refuse de céder à la peur, il la met dans un sac et met le sac dans un tiroir de sa tête, fermé à double tour. il n'a pas la main cassée cette fois ci et il n'est plus sous l'influence de Jake, enfin il espère. Au final il ne sait pas tellement ce qu'il en est, il aurait peut être dû lire les lettres...
Les heures défilent trop rapidement. Il transpire à cause du stress et n'a pas quitté sa fidèle voiture, il va puer c'est clair et il s'en fiche. Dans ce quartier et ce bar il passera au moins inaperçu au milieu des ivrognes à l'hygiène douteuse. Et il s'efforce de se convaincre que le jugement que pourra porter Jake sur lui lui est égal, totalement, intégralement, entièrement égal ! A 19h52 il fait rugir le moteur de sa vielle golf qui démarre dans un fracas épouvantable. Le trafic est dense et manque cruellement de fluidité, il sera en retard. Il est satisfait, ça fera les pieds à Jacob de l'attendre. Qu'il comprenne qu'il n'est plus à sa disposition, il tente de s'en convaincre.
Plus de retour en arrière possible. Sa gorge est sèche et son cœur bat la chamade. Il remonte nerveusement le col de sa veste en cuir, de violents frissons parcourent sa colonne vertébrale, oui il a peur. Pourtant il s'oblige à garder un visage fermé et un regard vide, où Jacob ne trouvera pas de quoi nourrir ses espoirs pervers. Face à ce type de personnage fuir eut été la meilleure solution, trop tard !
Il pousse sans précaution la porte vitrée rendue opaque par la saleté de l'établissement. Son entrée passe inaperçue, le bar est très (mal) fréquenté, directement ses tympans sont agressés par des cris et des rires bruyants. Il donne un coup d'œil circulaire et remarque un homme qui se détache des autres dans un coin un peu reculé, derrière une fougère en passe de dépérir. Jake est assis là devant une pinte de bière, les yeux dans le vague, il est simplement vêtu d'une chemise noire et d'un jean foncé, c'est suffisant pour le démarquer des autres clients, assez passe partout pour ne pas trop attirer l'attention. Et puis Paul devine que son regard noir qui vous transperce et son attitude si sur de lui n'invite pas à lui vouloir des ennuis.
C'est le genre d'endroit dans lequel Paul se sent mal à l'aise, mais pas ce soir. Il constate que Jake n'a pas encore remarqué sa présence : ça lui offre une longueur d'avance. Il se fraie un chemin jusqu'à la petite table en jouant des coudes, ignorant les grognements mécontents. Il s'assied brutalement en face de Jake, sans aucune discrétion ni précaution. L'autre en sursaute presque, étonné, avant de recouvrer son visage fermé, hermétique aux émotions. La violence de chacun de ces gestes l'aide à rester fort et surtout soutenir le regard sombre de l'autre garçon, enfin !
"Tu veux boire quelque chose ?"
Demande Jake de son habituel timbre froid tout en étant avenant, envoûtant se rappelle Paul. Lui doit réfléchir à chaque lettre pour former sa phrase en articulant distinctement :
"Une bière."
Jake hèle un serveur et prend sa commande. Le silence s'étend, pesant. Paul avait réfléchi à un tas de choses à dire et maintenant il n'est plus sûr de rien. C'est son vis à vis qui brise l'insoutenable silence, la mine légèrement contrariée :
"Tu semble étonné, pourtant je t'avais évoqué mon éventuel retour dans les lettres..."
Paul est effaré intérieurement. Il devrait sauter de joie peut être ? Et puis quoi encore ? Il ricane cyniquement et murmure, acide :
"Je ne les ai pas lues, tu t'en doutes !"
"Ho...ça me vexe tu sais ?"
"Et tu m'en vois ravi !"
Paul est rendu fou par l'attitude de l'autre homme, on pourrait croire qu'il se comporte comme s'il étaient de vielles connaissances qui se sont perdues de vue.
"Je ne te savais pas si cruel."
Déclare sombrement Jake, le regard plus noir que jamais. Remarque à laquelle Paul éclate d'un rire amer :
"Dis le mec qui m'a violé, ainsi que plusieurs de mes amis, non mais tu te fous de moi ?!"
Son ton reste calme et le regard de Jacob change, il comprend une chose à cet instant : Paul n'est plus un pion avec lequel il peut jouer à son gré, la partie est finie. Il y a des personnalités border-line qui ne franchissent pas le point de non retour, sans pour autant rentrer dans la norme. Parce que, il le comprenne tout les deux, Jake est incapable d'éprouver une réelle compassion, peu importe combien il regrette ses actes, c'est un manipulateur il ne sait pas fonctionner autrement. Et voir Paul lui résister au fond ça le tue, personne ne peut s'en sortir indemne. Le temps de cette réflexion laisse planer un silence.
"Je t'assure que j'ai jamais voulu ça."
"Mais tu as planifié tout ça !"
"Pas pour toi !"
"Et alors c'est arrivé quand même tu est un violeur un criminel ! Merde à la fin tu t'attendais à quoi ?"
"A t'avoir, toi !"
Gros blanc. Oui Paul se sent comme un objet utilisé et il sait Jacob capable de lui retourner le cerveau, il doit rester hermétique à toutes ces tentatives. Et Jake panique, car les choses lui ont échappé et ça il ne sait pas y faire face.
"Tu n'as pas le droit d'être ici !"
"T'es même pas une de mes victimes t'as pas porté plainte ni témoigné !"
Le ton monte d'un cran.
"Non mais je rêve ! Et alors ? Embry l'est, Akira aussi et même libéré tu n'as pas le droit de quitter l'état de Californie !"
Un enfant gâté à qui l'on arrête de passer tous les caprices. Paul sent qu'il doit mettre fin à cette conversation, ses nerfs sont à vif, son self contrôle défaille et il a une violente envie de pleurer de désespoir. Si confrontation physique il y a, il n'est pas prêt à cogner sur Jake, malgré tout...Il faut qu'il l'achève par les mots.
"T'es un monstre à l'égal de ton père."
Le visage froid de Jake se crispe, fissurant son masque d'assurance. Paul ne lui laisse pas le temps de parler et continue, d'une voix glaciale, semblable à celle qu'a trop souvent utilisé l'autre homme :
"Maintenant si tu veux vraiment faire quelque chose de bien, qui puisse te différencier de lui alors pars, dégage d'ici et ne reviens jamais me voir, fais le pour moi mais aussi pour toi. Avant que ce ne soit les autorités qui te ramène !"
La menace à peine voilée, conduite en partie par la peur. Peu importe, l'impact est là. Et Jake sait qu'il ne peut rien faire contre ça. Parce qu'au fond il regrette et si des brides de satisfaction demeurent il abdique. A l'origine il n'aurait dû tuer personne, ni violer Paul, seulement le manipuler mais si ses erreurs ont brisé l'impact psychologique qu'il avait sur lui alors il n'a plus rien. Et c'est lui qui finira par être détruit à son tour.
"Va t'en." Réitère Paul, fermant les yeux et les mains tremblantes, à bout de nerf.
Lorsqu'il rouvre les yeux, son pire cauchemar s'est envolé. Se mêlent soulagement, angoisse, tristesse. Son portable n'a pas cessé de vibrer dans sa poche, il ne décroche pas, ni ne lit ses messages, tout le monde doit s'inquiéter de son absence à l'anniversaire de Jared. Mais il a été plus fort que son démon et même si les souvenirs vont le hanter jusqu'à la fin de ses jours, il est libéré d'un poids. Il espère que Jake va disparaître définitivement de sa vie, il a bien assez des souffrances qu'il lui a laissées.
Perdu, choqué, il boit pour oublier, se griser jusqu'à en oublier son nom. Car rien n'est sans conséquences. Les bières s'enchaînent et il perd la notion du temps. Il ne comprend pas, il a bêtement cru que la confrontation achevée il serait heureux : paf comme par magie. La vie ne fonctionne pas ainsi, une fois le malheur éteint le bonheur se construit, a-t-il seulement encore un peu de courage pour ça ? Il a beau être soulagé la face du monde n'a pas changé, le monde ne tournerait il donc pas autour de Jacob Black ? Il faut croire que non...Ni même de son déshonneur ? Aussi...Le monde, la vie, les autres, tout est fait d'un tas d'éléments dont les provenances, les couleurs, les tons, ne dépendent pas exclusivement de soi : c'est effrayant. Et si aujourd'hui Paul peut vivre, la vie lui fait peur.
Le bar se vide petit à petit et lui reste là, assis à cette table, à contempler le vide en vidant des verres d'un alcool mexicain dégueulasse, peu importe il ne sent plus rien, sa bouche a été anesthésiée par la trop forte dose d'alcool. Et son esprit s'embrume, c'est agréable. Il ne demande que ça, partir loin, vriller dans son ivresse et rêver.
Des éclats de voix familiers le sortent de sa torpeur, juste assez pour qu'il ne s'écroule pas lamentablement sur la table en bois, tel un déchet. Il ne comprend rien car visiblement les protagonistes échangent dans une langue qui ressemble à...De l'espagnol ? Dans un effort sur-humain il se tourne en direction du bar : Rejo se tient devant le directeur de l'établissement et agite les bras en tout sens sans cesser de crier, l'autre commence à perdre son calme. Il ne distingue pas la suite, tout ce qu'il sait c'est que l'hispanique l'a saisi par le manteau et traîné tant bien que mal dehors en vociférant à son encontre.
Le froid à l'extérieur du bar les frappe en plein visage, un vent glacial s'est levé. La nuit noire est menaçante, quelques voix inquiétantes et des lampadaires n'éclairent qu'à moitié. Paul titube, il est obligé de s'appuyer sur Rejo pour trouver un équilibre précaire et avancer. Il tente de recouvrer des pensées logiques et ordonnées mais c'est peine perdue, l'alcool dans son sang l'en empêche. Ils avancent ainsi plusieurs centaines de mètres avant que l'espagnol, à bout de souffle ne le lâche, il s'appuie contre un mur et parvient à articuler difficilement :
"Comment ?"
Son ami le regarde, soupire, puis se place à ses cotés en s'asseyant au pied du mur, il l'imite, trop content de ne plus avoir à se tenir sur ses jambes vacillantes.
"Quand tu as reçu son message devant le supermarché, je l'ai vu...Je me suis douté que tu serais ici."
"T'as rien dit ?"
Les idées de Paul s'éclaircissent à mesure que son ami lui parle.
"Non j'ai dit que je rentrais et que tu t'étais senti un peu mal cet après midi, que tu seras sûrement allé t'isoler. Mais merde tout le monde crève d'inquiétude !"
Paul regarde le ciel, entièrement noir. Il compte tellement aux yeux des autres ? Lui qui est pourtant si insignifiant ! Il hausse simplement les épaules, l'alcool le berce encore dans ses bras rassurants.
"Hostia! Paul ils crèvent d'inquiétude ! Tu pourrais pas au moins répondre à ton portable ? Joder Paulo !" (*1)
En règle général lorsque Rejo sort des mots en espagnol c'est mauvais signe. A mesure qu'il s'adresse à lui il lui fait face, à genoux et s'agrippe à ses épaules en le secouant de plus en plus violemment.
"Regarde un peu autour de toi ! Tu t'es jamais dit qu'il y avait des gens qui t'aimaient...Merda...Tu vois pas qu'on est là pour toi ? T'es qu'un égoïste, tu te détruis et tu détruis ceux qui t'entourent ! Sandio, sandio, sandio..." (*2)
Sa voix se meurt en un murmure tandis qu'il frappe son torse, au comble du désespoir, des larmes de rage dévalent ses joues et Paul cligne des yeux, choqué. Au moins le discours de l'hispanique a le mérite de le dessaouler un peu. D'instinct il enroule ses bras autour du corps agité de son ami et le serre contre lui en répétant une litanie de :
"Désolé."
Il ne sait pas pourquoi il s'excuse mais il a besoin de le faire. À trop vivre dans son mal être, replié sur soi, on en oublie celui des autres. Embry qu'il a abandonné alors qu'il avait besoin de son soutien, Jared qui doit être mort d'inquiétude, sans parler de Sam ! et tous ses amis qui se demandent où il est passé. Puis Rejo, toujours Rejo, présent dans les pires moments de sa vie, tel un ange tombé du ciel à point nommé. Il resserre son étreinte. Peut être qu'il s'est trompé sur toute la ligne ? Que sa vie entière est une vaste erreur ? Qu'il a pris la mauvaise route, celle qui ne mène pas au bonheur. Il a mal, et pour une fois ce n'est pas à lui qu'il pense mais à son ami : pourra t il assez implorer le pardon de l'espagnol pour effacer sa culpabilité ? Il s'embrouille, ses idées peinent à se maintenir au clair, son sens de l'équilibre est encore trop faussé pour qu'il ne tente de se relever seul. Il repousse doucement son ami et s'aide du mur afin de se redresser.
Rejo est plus rapide et il le tire sur ses deux pieds, il semble avoir recouvré son calme et une respiration normale, ce qui rassure un peu Paul, parce qu'ils sont quand même au milieu de rues qui lui sont parfaitement inconnues.
"je veux rentrer à la maison." Il chuchote péniblement, pareil à un enfant fatigué.
"Je te ramène !"
Une main sur son bras arrête l'espagnol qui se retourne, surpris.
"Non je ne veux pas aller chez Sam. Chez toi."
L'autre soupire et abdique :
"Ok viens on y va..."
Il appuie ses paroles en lui saisissant le bras, le traînant à sa suite. Il marchent le long des rues sales et désertes, Paul se laisse docilement guider, en totale confiance. Sa démarche est de plus en plus sûre, de moins en moins bancale. L'air frais lui est bénéfique. C'est bizarre, il reconnaît le quartier de l'hispanique, les bâtiments rouge brique effrités, il se demande pourquoi il a appelé ça chez lui ? Parce qu'en dépit de ce qu'il veut croire il ne s'est jamais senti chez lui dans l'appartement de Sam, son chez lui c'était son appartenant et un peu celui qu'il a partagé avec Rejo et Pirate. La constatation lui serre le cœur.
Il s'amuse à se repasser des films de cette époque, Rejo était tout le temps flippé dehors...Il s'entend demander :
"T'as pas peur ?"
C'est vrai, en pleine nuit dans un quartier qui craint, lui même ne serait pas rassuré s'il n'avait pas un peu d'alcool dans le sang. L'espagnol lui adresse un demi sourire.
"Pourquoi ? T'es avec moi."
Alors c'est aussi simple que ça ? La seule présence d'une personne peut occulter la peur de votre cerveau ? Son regard se pose sur l'entrée de l'immeuble, il est presque heureux quand il en franchit la porte, à moitié soutenu par son ami qui commence à fatiguer sous l'effort et grommelle quelques injures en espagnol. Son portable vibre à nouveau dans sa poche et il est pris d'une soudaine envie de le balancer dans les escaliers. La réalité lui revient en pleine face, il va devoir assumer les conséquences de ses actes.
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*(1) Nom de Dieu ! ; Putain
*(2) Crétin
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«Si l'on pouvais revenir en arrière, j'aurais tout fait pour éviter de croiser ta route afin de ne jamais souffrir comme je souffre maintenant.» Syd
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