2.
Nuitamment, Joal Hurmonde était revenu au château des Waldenheim d'Heiligenstadt.
- Qu'est-ce que vous ne me faites pas faire, colonel Waldenheim ! ? gronda-t-il en confiant son long manteau noir à la bonne venue l'accueillir à sa descente de tout-terrain.
- Vous adorez cela, général. Avant moi, votre vie était si monotone !
- Elle était normale, parfaitement réglée… et si ennuyeuse, convint Joal en entrant dans la salle à manger où un tardif et froid repas avait été servi pour lui. Oui, j'étais vraiment bien mieux avant que des balafrés n'envahissent ma vie !
- Il n'y a plus que moi, rappela Alguérande en se versant un autre verre de vin tandis que son supérieur se restaurait.
- J'avoue ne pas comprendre, fit Joal en découpant sa viande en gelée et en rajoutant de la crème aigre dessus. Pourquoi s'en être pris à votre père ? Antie, Alfie, et vous, c'est évident ! Mais Albator… ?
- Il est à l'origine de nos générations actuelles. Il a le pouvoir sommeillant en lui, il a toujours fait preuve du plus grand courage. Et c'est lui, le seul, qui a accompli des miracles en affrontant plusieurs de mes ennemis avec ses seules armes humaines ! Je savais le mettre en danger, mais pas le conduire à une telle fin… gémit le jeune homme en portant à nouveau ses lèvres le verre en cristal coloré, le vidant d'un trait.
- Albator n'a jamais fait que ce qu'il avait décidé, souligna Joal, sérieux comme jamais.
De la tête, Alguérande approuva.
- Il me l'a même rappelé, la veille de son anniversaire, alors qu'il ignorait tout des lendemains… Un sacré gars, mon père, non ?
- Le meilleur qui soit ! Rien d'étonnant à ce que l'on s'en soit pris à lui ! Mais, cette fois, vous ne pouvez rien, Alguérande. Le Juge vous a interdit de quitter la juridiction policière d'Heiligenstadt !
Alguérande eut un ricanement.
- Je suis né sur une Cité Pirate. J'ai grandi libre dans les bois. J'ai des galons sur mon uniforme, mais je me revendique libre depuis toujours ! Je suis le fils de mes parents, et le garçon d'une femme qui m'a ouvert son cœur ! Je suis chanceux, depuis toujours !
- Vous êtes remarquable, si on connaît votre passé d'enfant maltraité et violé, les épreuves de votre vie d'adulte. Quelles sont donc vos intentions ?
Alguérande vida le reste de la bouteille dans son verre.
- Je pars dans trente-six heures, avec mon Deathbird.
- Où est-il ?
- A nouveau au fond du lac de Constance.
Après s'être essuyé les lèvres, Joal reposa sa serviette.
- Quoi, vous allez, encore, déserter ?
- La première fois, ce fut un plan machiavélique de deux conspirateurs en qui j'avais confiance. Là, je le fais de mon propre chef ! Et vous allez me couvrir, général !
- Non, je ne crois pas. C'est plutôt impossible, en réalité ! rectifia Joal en reposant ses couverts, sa place débarrassée pour le gâteau meringué du dessert et le vin licoreux l'accompagnant.
- Et pourtant, je ne peux rester là. Je pars, général, au plus vite !
- Et rappelez-moi pourquoi je vous absoudrais tout en vous donnant l'immunité Militaire ?
- Les dieux d'Unyversium, car il ne peut s'agir que de cela, menacent tous les univers. Et j'ai comme l'impression que je suis votre dernière ligne de défense. Encore une fois, j'ai à rassembler les alliés de mes talents particuliers !
- En ce cas, ne tardez pas. Et réussissez, Alguérande !
- Merci, général.
Dans la mer d'étoiles, le Deathbird et le Karyu s'étaient retrouvés, ainsi que leurs colonels respectifs.
- Je l'ai constaté de mes yeux, Algie : l'Arcadia telle une boîte de conserve calcinée, et le Mégalodon compressé comme après le passage dans une usine de recyclage. Et plus personne à bord. Arachnoïde était désactivée, tout comme Toshiro.
- Radjanga ?
- Pas de trace. Elle a dû être neutralisée, elle aussi, toute puissante araignée soit-elle ! Tu as une idée de quoi faire ? interrogea Warius, soucieux, inquiet sans chercher à le dissimuler.
- Aucune… Je ne connais même pas mes ennemis ! Ils sont de la force de Shernolpe, voire bien supérieure… Je crains de livrer mon dernier combat. Mais qu'importe ce qu'il m'arrivera, mais je dois sauver les miens !
- Et si ces dieux avaient opté pour une solution plus… radicale ? avança Warius.
- Je ne veux pas l'envisager ! jeta rageusement Alguérande, ce qui impressionna et alarma encore plus Warius qui se garda de toute question supplémentaire !
