3.
A l'instar de ses amis, Warius ne voyageait plus qu'avec son éternelle épouse de Marina.
Le colonel, retraité et rappelé plus d'une fois, de la République Indépendante, enfila sa veste fétiche et se coiffa de sa non moins légendaire casquette.
- Je retourne sur le Deathbird, annonça-t-il à son amour de toujours aux boucles bleutées et à la tunique rose pâle.
- Comment va le gamin ?
- Très mal ! Il a perdu les êtres plus chers à son cœur… Il est en roue libre, en vrille. Et qu'importe que son général le protège en prétextant une mission secrète auprès des autorités policières d'Heiligenstadt ! Algie ne sera pas sauf bien longtemps, quelques semaines au mieux…
- Mais il n'a cure de cet aval, ou non, remarqua Marina Oki, sans une ride sur son corps de Mécanoïde aux flux liquides vitaux. On pensait qu'il s'était jadis déchaîné aux confins du possible, là il va faire parler toute la fureur en lui ! Ça va tout éclater ! Comme il le dit : il ne fallait lui prendre les êtres les plus chers à son cœur ! Warius, pourquoi demeure-tu si soucieux ? Est-ce que tu crois… qu'il pourrait perdre ?
- Cela était toujours possible, depuis le temps des Carsinoés où j'étais son ennemi ! Alguérande a toujours joué sur le fil du rasoir, s'en sortant in extremis, par ses dons personnels, par l'appui inespéré de dernière minute de ses amis. Mais là, s'il a raison, il a des dieux devant lui. Et il lui a fallu tant de difficultés, de souffrances, de rage, pour venir à bout de Shernolpe ! Une « brochette » de Shernolpe, c'est bien au-dessus de ses forces, il le sait.
Warius eut soudain une grimace.
- Pourtant, ces mêmes divinités ne l'ont pas agressé de front. J'ai la sensation qu'elles auraient pu le balayer seulement d'une pensée ! Pourquoi cette retenue, à la veille du pire combat qui soit ? Je ne comprends pas… Et Alguérande n'est pas idiot, il l'a parfaitement tout réalisé, lui aussi !
- Et donc, tu vas retourner sur le Deathbird, pour le cuisiner ?
- Comme si Algie était si aisé à manipuler. Il l'est, parfois, mais pas cette fois ! J'ai à l'accompagner !
- Même si nous devons y rester, nous aussi ?
- Notre serment de Militaires. Je me suis engagée, envers toi, avant tout.
- Warius, je te suivrai partout, et jusqu'au bout !
- Merci, ma mie.
Seul sur son Deathbird, Truffy ayant refusé de le suivre, Alguérande dégustait le red bourbon de la réserve secrète d'Erkhatellwanshir.
- Je ne t'ai pas sonné, Warius. J'ignore où je vais, mais je refuse que tu subisses le sort de mon père ! Je te remercie d'être venu jusqu'ici, de m'avoir fait ton rapport sur le sort des cuirassés que je pensais les plus invulnérables… Mais maintenant, j'ai à agir seul. Il ne reste plus que moi, et je ne souhaite pas de compagnie !
- Tu te trompes, jeune idiot ! Et si tu es le fils de ton père, je peux agir comme je l'ai toujours fait avec lui quand la nécessité s'en ferait ressentir !
Et d'un lourd crochet du droit, Warius mit Alguérande à terre.
- Et je peux savoir où tu espérais en venir en m'assommant ? Je n'ai pas changé d'avis au réveil !
- Non, mais je te suis. Le Karyu s'est aligné sur la route de ton Deathbird. J'ignore où tu nous emmènes, mais je ne te lâche pas ! Algie, je suis l'ami de ton père, et tu es celui qu'il chérit le plus avec tes frères et ta sœur ! Nous irons donc chercher ce Pirate, où qu'il soit, et le ramener ! Et toi, Algie, tu ne te déferas jamais de moi ! Je place l'amitié juste sous mon amour pour les miens, et là ce sont mes amis qui sont dans la détresse. Et je suis là ! Compris, Algie ? Sinon je donne l'ordre à Doc Machinar de te faire encore dormir !
- Pourquoi, tu sais quoi faire, si nos ennemis se manifestaient ?
- Non… Mais j'attends de toi le guerrier, et non le jeune homme affolé pour les siens. Si tu vois ce que je veux dire ?
- Parfaitement, assura Alguérande en quittant le lit d'Infirmerie où il avait repris conscience, enfilant les vêtements apportés par le Doc de toute éternité du Karyu. Je continue le combat, Warius, même si je ne sais toujours rien de mes ennemis. Reste, Warius, puisque tu t'imposes, mais je ne promets pas de pouvoir te protéger…
- Je veille sur moi ! A toi de te battre, Alguérande !
- Oui, il le faut, conclut le jeune homme. Je vais prendre mes renseignements.
- Où cela ?
- Auprès de Pouchy, et de ses antennes surnaturelles ! gronda Alguérande en déployant ses ailes de Dragon et en disparaissant.
