4.
Bien qu'il soit théoriquement défini comme sage et pacifique, Pouchy agita frénétiquement les bras en signe de profonde exaspération !
- Algie, je ne suis pas la solution à tous tes mystères surnaturels ! Je ne suis pas un bottin téléphonique ou autre code de décryptage ! Et quand une certaine Mouche nous a attaqués, j'ai failli y passer avec toi ! Ta guerre des dieux, comme tu la nomme, me passe complètement au-dessus de la tête… Je n'ai aucune de ce dont il s'agit, ce n'est en fait jamais arrivé, d'archives surnaturelles en tout cas.
- Unyversium ? insista Alguérande alors que son cadet blond s'agitait toujours en tournant autour de l'Arbre de Vie.
- Jamais entendu parler ! vitupéra encore Pouchy.
- Et ta charmante Sorcière d'Orishmir ?
- Ma femme n'est au courant de rien.
- Tu me sembles bien catégorique, et bien pressé de répondre, remarqua Alguérande, bien calé sur ses deux pieds, bras croisés.
- Je ne dis que ce que je sais, gronda Pouchy qui semblait véritablement de très mauvais poil, et pas du tout disposé à la discussion. Et je t'interdis désormais d'apporter ici la foultitude de tes emmerdes privées. Terra IV est un Sanctuaire, la paisible colonie des dernières Sylvidres pacifiques. Arrête de venir le polluer de tes ondes négatives ! Tu es une nuisance, Algie ! Et je ne veux plus de toi ici ! Tu aurais pu t'épargner ce voyage, si tu avais jamais eu un peu de jugeote. Et si tu refuses de me croire, je suis prêt à une mise « aux poings » à la Warius !
- Bien, tu veux me mettre en garde, comprit aisément Alguérande. J'ignore pour qui tu peux bien jouer cette tonitruante comédie, mais je l'accepte. Tu ne peux vraiment rien m'apprendre ?
- Je ne sais rien ! siffla Pouchy, dos à demi tourné. Dégage, Algie !
- A tes ordres, petit frère. Je vais donc chercher par mes propres moyens… Mais n'espère pas que je t'envoie un cadeau pour ton anniversaire de mariage !
- Ce sera toi, et les nôtres, mon cadeau, pria alors Pouchy, toute colère retombée. Oui, reviens, Alguérande. Jamais cela n'aura été aussi incertain !
Pouchy revint sur ses pas, glissa sa main dans celle de son aîné avant de repartir vers la maison que Wylvéline et ses sujettes Sylvidres lui avaient bâtie.
Warius avait impatiemment attendu le retour de son incontrôlable compagnon de voyage.
- Alors, Algie ?
- Chou blanc. Pouchy m'a envoyé baladé comme un gamin de maternelle !
- Votre adorable petit frère ? tressaillit en effet le colonel de la République Indépendante.
- Il était sur ses gardes, affolé même. Il avait très peur, et pas pour lui. Pour son épouse avant tout, je dirais, et pour moi ensuite qui débarquais !
- Je ne comprends pas, fit Warius en ayant rempli deux verre de red bourbon et en tendant un au jeune homme. Pouchy ne t'a jamais battu froid, ou si peu, et encore moins laissé tomber dans les pires situations ! ?
- Non, rien ne peut se comparer à ce qui arrive. Depuis le tout premier jour, j'ai toujours cru que le pire venait à chacun des combats qui s'annonçait. Mais, non, pas à ce point… Des dieux, et je ne suis qu'un Humain ! La partie est jouée d'avance.
- Mais, pour Pouchy ? insista Warius. Que redoutait-il ?
Alguérande vida son verre cul-sec.
- Radjanga a dû se faire balayer. Elle était issue d'une araignée si puissante qu'elle a vaincu Shernolpe de sa toile ! Elle n'a pu qu'être une des premières victimes des dieux d'Unyversium… Et ne pouvant qu'à son tour qu'être au courant, Pouchy doit redouter le pire pour sa Sorcière d'épouse ! Il a voulu la protéger, à tout prix, en ne me révélant rien, de ce qui pourrait être rapporté.
- Des espions, sur Terra IV ?
- Possible, oh oui. Et rien de surprenant depuis tout le temps qu'avec Pouchy nous avons fait front et nous nous sommes opposés à toutes les menaces. Je ne peux exposer plus mon petit frère. Si j'avais su qu'il se craignait en danger, jamais je n'aurais été le rejoindre !
- On se débrouille par nos propres moyens ? Enfin, je veux dire, comment tu te dépatouilles par tes propres moyens, Alguérande ?
- Je te l'expliquerai, si tu ne me balances plus ton poing dans la mâchoire ?
- Hum, je garde cela en réserve. Avec les Waldenheim, on n'est jamais à une surprise près !
Warius passa la main dans ses mèches couleur de caramel avant de recaler la casquette sur sa tête.
- Tes ordres, colonel Waldenheim ?
- J'ai à ravitailler, les cales du Deathbird sont désespérément vides !
- Je te suis, Algie.
- Merci, Warius.
- Et ne doute jamais plus de moi, sinon tu te prendras à nouveau mon poing dans la tronche !
- Trop aimable, grinça Alguérande. Gahad, réacteurs à pleine puissance, j'ai une escale à faire !
- Tout de suite, Algie.
