7.

A son entrée sur la passerelle du Karyu, Marina avait vu son époux faire les cent pas.

- Aucune nouvelle d'Alguérande, c'est bien ça ?

- Comme si cela pouvait me surprendre ! maugréa Warius. Il n'y avait aucune chance pour que cette mascarade montée en hâte ait une chance de vraiment fonctionner !

- C'est certain, qu'il a échoué ? insista la Mécanoïde.

- Notre ordinateur principal a intercepté un message destiné au général Hurmonde et à la Justice d'Heiligenstadt, fit son époux, sombre. Les caméras à reconnaissance faciale ont identifié Algie. Une patrouille a été dépêchée pour le neutraliser.

- Au pire, elle va le faire ramener chez lui… remarqua Marina. Quel est ton véritable souci ?

- Qu'une seconde patrouille s'est présentée au marché aux Poissons. Et ce n'était pas celle qui a emmené notre ami ! Cette seconde patrouille était bien la bonne, officielle.

- Quoi ? sursauta-t-elle.

Du poing, Warius martela la console de commandes la plus proche.

- Il semble qu'Alguérande ait des ennemis très naturels en plus des dieux ! Et pour une raison qui m'échappe, ils ne veulent ni de lui en liberté surveillée ni qu'il puisse chercher un moyen de battre des dieux ! Je n'y comprends rien ! ragea le militaire vétéran !

Marina soupira, s'approcha de son mari, lui prenant les mains.

- Et, pour avoir aidé Algie, est-ce que tu risques quelque chose… ?

- Non. Je ne relève pas de la Justice terrienne. Je dispose d'une véritable immunité militaire, pour tous les services rendus. Les lois de notre République Indépendante me protègent, et toi avec ! Mais je ne dois pas trop ouvertement défier les édits des autres gouvernements. Je ne peux donc tenter d'enquêter ou de partir à la recherche d'Alguérande !

- Nous restons ici ? s'étonna Marina.

- J'ai dit « trop ouvertement », releva Warius avec un clin d'œil. Je n'ai pas fait tout le voyage pour me résigner maintenant ! Et mes amis semblent être dans un pétrin pire encore que tout ce qu'Algie a pu envisager dans ses délires paranoïaques ! Et il était en réalité très en-dessous de la réalité !

- Que se passe-t-il, à présent ? interrogea la Mécanoïde.

- Je vais demander à Gahad de voir ce qu'il peut tirer, piratement parlant, des enregistrements de la station commerciale. Qui sait, on identifiera peut-être ceux qui ont mis la main sur Alguérande ! ?

- Heu, dois-je rappeler à ta mémoire d'être biologique que nous ne sommes plus que nous deux ?

- Avec deux cuirassés surpuissants ! Ça peut aider, au moins dans un premier temps. Et puis, j'ai promis de ne jamais abandonner mes amis !

- Espérons que nous finirons par pouvoir vraiment leur venir en aide. Je vais faire télécharger les enregistrements des caméras de sécurité, je peux veiller vingt-quatre heures sur vingt-quatre !

- Préviens-moi dès que tu auras quelque chose à me soumettre.


Isolées dans une autre section des jardins d'Unyversium, Clio et Radjanga étaient prisonnières d'une sorte de sphère d'énergie pure.

- Tu n'as toujours pas trouvé la faille ? questionna la Jurassienne.

- Non. Cette cage est parfaite ! Elle absorbe ma puissance. Je m'épuise à tenter de la forcer. Je suis désolée, mais ce n'est pas grâce à moi que tu sauras sortir ! Et toi, tu ne peux rien ?

- Mes propres pouvoirs ne font que ricocher sur cet enchevêtrement d'énergie. Je ne sais même pas où on nous a téléportées alors que le Mégalodon et l'Arcadia étaient en perdition sous ces inconnus coups de butoir ! Et si seulement j'avais idée de ce que l'on a fait à ton fiancé et à mon ami !

- Je ne capte rien d'eux. En fait, c'est tout juste si je perçois nos propres échos. Cette serre nous bride totalement ! En revanche, il me semble avoir vu voler Tori-San dans ces jardins. J'espère qu'il y trouve à survivre.

- Et la fontaine d'alcool peut me nourrir des siècles quasiment, bien que de façon naturelle mon existence ne soit pas aussi longue. Et toi, tu tiens le coup ?

- Je suis une araignée, je suis capable de tenir longtemps sur un repas, mais pas indéfiniment. Je ne dois plus essayer de forcer le passage, si je veux conserver un peu d'énergie vitale ! Mais au vu de la double attaque, je doute que nous puissions compter sur une intervention d'Albator et d'Anténor. Ils doivent être encore plus neutralisés que nous, vu ce qu'ils représentent, pour ce qu'ils sont, et pour Alguérande. Je ne les crois pas en danger de mort, pas pour le moment.

En dépit de son absence de bouche, Clio dû esquisser une sorte de sourire.

- Il y a encore Alveyron, il a plus d'une fois fait ses preuves, même s'il est encore bien jeune !

Mais à son déplaisir, elle vit sa compagne de captivité s'assombrir.

- Il m'a semblé aussi apercevoir quelque chose avant qu'on nous téléporte et que nous nous soyons réveillées ici.

- Quoi donc ? Il me semble que tu gardes cette info depuis un bon moment déjà ! Qu'as-tu vu, Radjanga ?

- Un de ces agresseurs, en toge verte frappée du symbole de l'infini, il avait le jeune Alveyron, inanimé, dans les bras.

- Quoi, tu veux dire que… ! ? glapit la Jurassienne en bondissant sur ses pieds.

- Oui : les trois êtres que les dieux devaient redouter ne doivent plus représenter la moindre menace, soupira Radjanga, lugubre. Et je crains qu'ils ne se soient aussi occupés d'Alguérande, en priorité quasi, sinon il serait là depuis longtemps !

- On est… fichues ? souffla Clio.

Et, à sa terreur presque, Radjanga opina du chef.