15.

Alguérande grogna pour protester du traitement, un irrespectueux le giflant sans modération.

- Allez, cela fait assez longtemps. Maintenant finis de te réveiller !

Alguérande souleva légèrement les paupières, le timbre de la voix lui étant familier au possible.

- Warius… Quelle surprise, il n'y a personne d'autre pour avoir d'aussi mauvaises manières !

Mais le jeune homme réalisa ensuite que loin de le souffleter, son ami se contentait de lui tapoter les joues pour tenter de finir de le faire émerger un peu plus vite.

- Algie ? insista ce dernier.

- Tu es prisonnier, toi aussi ? souffla Alguérande pour qui tout l'environnement demeurait flou, seule la voix de son ami lui parvenant.

- Non, j'ai pu te sortir de cellule. Nous sommes saufs, sur le Karyu. Mais on aurait bien besoin de faire le point, avec toi ! Réveille-toi !

- Je suis tellement fatigué… Je ne pensais que Khoor me laisserait jamais me réveiller…

- Oh que si, mais pour ton malheur, mon garçon. Il valait mieux que je te tire de ses griffes avant qu'il n'aille plus loin dans son plan.

- Je ne comprends rien…

- Je vais t'expliquer. Algie, reste conscient ! Le temps presse !

Mais en dépit des admonestations de Warius, qui à présent le secouait quasi comme un prunier, Alguérande replongea dans un profond sommeil.

Machinar posa ses mains sur les épaules de son colonel, lui faisant quitter doucement mais fermement le chevet du jeune homme.

- Laisse-le. Je t'avais pourtant prévenu !

Warius leva les bras en signe d'agacement et d'impuissance.

- Je devais essayer. Le temps pour les siens est forcément compté ! Il faut absolument qu'il recouvre au plus vite toute sa lucidité ! Machinar ! ?

- Colonel, le garçon a été abruti de sédatifs durant des jours et des jours. Même s'il ne reçoit plus d'injection, il a besoin de temps pour reprendre contact avec la réalité. Mes perfusions nettoient son organisme, mais il demeure très faible. Je connais les urgences aussi bien que toi, mais Alguérande n'est absolument pas en état d'y faire face ! Patiente encore, Warius.

- Je crains de ne pas avoir le choix, céda le colonel du Karyu. Khoor continue de nous tenir la dragée haute, de gagner, je déteste ça !


Marina entra dans le cabinet du Doc Mécanoïde où ce dernier avait amené son impatient époux.

- J'ai eu un message de Madaryne. Le verdict est tombé dans le procès d'Alguérande.

- Oh non, pas ça ! s'affola Warius. Ils l'ont condamné ?

- Au contraire, et c'est cela le pire !


Venu dans l'appartement occupé par Siegfried, Warius se laissa tomber dans un fauteuil. Face à lui, l'éternel jeune homme blond polissait soigneusement sa lance.

- Toujours rien ? ne put lancer avec une involontaire ironie le tueur de dragons. Je vous avais prévenu !

- Ne vous y mettez pas, vous aussi ! grinça le colonel du Karyu. Je devais essayer ! Nous sommes en guerre, Siegfried. Une guerre qui me dépasse, aussi j'essaye de me dépasser pour aider mes amis… Comme d'hab', je suis loin du résultat escompté. Alguérande charrie dans ses veines toutes les variétés de narcotiques possibles ! Rien d'étonnant à ce que toutes ses facultés soient encore paralysées… Mais il est tellement important de retrouver les siens ! Il faudra bien tous les balafrés pour faire face aux dieux d'Unyversium !

- Non, pas cette fois. Vos chers balafrés, colonel Zéro, ne sont pas la réponse universelle à tous les maux de la mer d'étoiles.

- De quoi ! ?

- En revanche, Algie est bien le pion central sur lequel tout repose. Et croyez-moi, colonel Zéro, j'ai autant hâte que vous qu'il reprenne entièrement conscience ! La Géode ?

- Elle nous cherche, nous traque. Mais je lui ai filé sous le nez. Nous avons une bonne longueur d'avance. Une autre idée à suggérer, Siegfried ?

- Oui : direction Jura. Le vieux Pline, le père de Clio, arrive au bout de son chemin, mais il a un dernier exploit à accomplir ! Son aide est indispensable. Acceptez-vous ma suggestion, colonel Zéro ?

- Je n'ai pas grand-chose à perdre. Je suis à court d'idées. Direction Jura donc. Et, Siegfried, appelez-moi Warius ! Entre amis, nous ne faisons pas tant de manières.

Et le guerrier éternel sourit doucement.