17.
- Tu peux arrêter de tourner comme un lion en cage ? Ça m'a toujours filé le tournis, Warius ! Et j'ai déjà assez la nausée sans que tu n'y ajoutes ton grain de sel !
- Et tu es en état de te tenir debout ?
- Non. Là je gerbe illico… Je suis désolé, Warius. Les dieux d'Unyversium ont gagné sur toute la ligne !
- Ne sois pas si péremptoire, Algie. Tu reprends des forces, c'est déjà bon signe. Le reste va te revenir ! assura Warius.
- Et je fais quoi si mes ennemis passent à l'attaque ?
- Nous te défendrons. Tu l'as fait à de nombreuses reprises, c'est bien à nous de faire ce que nous pouvons.
- C'est tellement inégal… Et c'est à moi de veiller, j'ai été désigné pour cela depuis toujours. Sauf que j'avoue être plus impuissant que jamais… Les injections de Khoor n'ont pas fait que me faire dormir, elles sapent toutes mes forces encore bien après mon réveil !
- Doc Machinar a procédé à toutes les analyses toxicologiques, il n'a rien trouvé de suspect dans ton organisme.
- Ce n'est pas ce que je ressens… gémit Alguérande.
- Je constate, se désola Warius. Je ne peux rien faire. Aucun de nous ne peut plus rien faire.
- Vous m'avez sorti des griffes de Khoor, c'est déjà beaucoup. Sans lui, je ne serais sans nul doute déjà plus du monde des vivants !
- Tu as été innocenté ! intervint Machinar qui veillait toujours au plus près de son patient à la chevelure fauve, dans le gaz, et dont toutes les constantes demeuraient dramatiquement basses, dans le rouge.
- Mais je l'ai percuté, j'ai tué ce gosse ! hurla presque le jeune homme. On ne peut pas m'absoudre, quelque part… Cette famille, comment pourrait- elle oublier ce que je lui ai fait ?
- Songe d'abord à ta famille ! siffla Warius en lui étreignant un peu brutalement le poignet. Ce procès est derrière toi. Et le pire devant. Tu remets dans l'ordre ton sens des priorités, d'accord ?
- Je n'arrive plus à faire la part entre ma vie normale et la folie surnaturelle qui s'annonce, avoua Alguérande. J'ai les pensées à la fois en ébullition et aussi complètement figées et hors d'état de me servir… Qu'est-ce que Balkendorf m'a fait ? hurla-t-il ensuite.
- Quoi, il est de retour aussi cet épouvantail ? Notre épouvantail ! s'épouvanta Warius. Je ne me souviens que trop de ce qu'il m'a fait… J'avais une Carsinoé en moi, mais je percevais que les ordres venaient de bien plus loin, de bien plus fort encore. Je n'ai été entièrement délivré que lorsque tu as dégommé Balkendorf, la deuxième fois. Entre ma reprise des esprits et ta deuxième victoire sur ce monstre, j'ai oscillé entre réalité et hallucinations. Tu m'as sauvé la deuxième fois, Algie. Il faut que tu délivres tous les univers, à jamais, de cette chose immonde !
Warius hoqueta.
- Algie, j'ai été sa marionnette. S'il revient, je ne pourrai plus m'y soustraire !
- Warius, la monstruosité, c'est toi ! rugit Alguérande. Tout a toujours été de ta faute. J'aurais dû t'exterminer quand j'en ai eu l'occasion ! Sans toi, tout aurait été mieux ! Le grain de sable noir, cela a toujours été toi !
- Algie, je… Tu…
- Virulent, le gosse, non ? remarqua Doc Machinar qui avait non sans mal séparé le jeune homme de la cible de son ire, lui injectant au passage une bonne dose de tranquillisant.
- Il est incapable de rassembler ses esprits. Oui, il a raison, Doc : Khoor l'a complètement déréglé de ses drogues !
- Et là, la tienne va le faire dormir combien de temps ? J'ai toujours besoin d'Algie, délirant ou non !
- Laisse-moi du temps avec lui, sans sollicitations externes, sans venues de vous tous pour lui rappeler ses devoirs surnaturels, pria Machinar. Oui, aucune intrusion de vous tous dans son espace immédiat de reprise de connaissance. Je vais faire ce que je peux !
- Merci, Doc !
Warius se racla la gorge.
- Fais vite et réussis, car nous n'avons plus personne d'autre à qui nous raccrocher !
- C'est bien ce que Khoor et toute sa clique ont panifié depuis le début, soupira Machinar. Comme le disait Algie, il y a quelques minutes, ses ennemis ont gagné !
- Jamais ! Jamais ! s'insurgea Warius. Il a forcément une solution ! Il y a toujours eu une solution ! Et il le faut, encore… Désintoxique-moi Algie, et que ça saute !
- Mais, comment… ?
- Je fais appel à ton génie, Machinar. Moi, je suis un guerrier, je ne suis pas pour les détails.
- Je ferai tout ce que je pourrai, colonel.
- Merci, fit alors sincèrement Warius.
Mais comme il quittait l'Infirmerie de son Karyu, tout en lui trahissait la peur du lendemain ainsi que la terreur pure de l'avenir plus lointain.
