18.

Bien qu'il soit le plus puissant des Thanatos, Muranyr tressaillit quand Balkendorf - pattes de bouc, buste d'ours et tête de buffle, sa fourrure étant son seul vêtement – apparut au cœur de son Sanctuaire de papillon écarlate.

- Tu aurais pu me prévenir ! protesta le maître des lieux. J'étais prêt à projeter la puissance de mes ailes !

- Je ne les redoute pas. Je suis le Seigneur des Carsinoés !

- Tu étais, rectifia le Thanatos. Il n'y a plus de Carsinoés. La dernière, qui était pourtant condamnée à disparaître n'est plus qu'un tatouage sur la poitrine d'un jeune Humain. Quant à toi, tu ne dois qu'à l'étincelle divine en toi de n'avoir été rappelé au néant quand tu n'as plus eu de sujettes ! Comment as-tu fait ?

- Les Carsinômes, leur Arche qui fut la cause de tous les malheurs il y a vingt ans ! Ils existent toujours, eux, même s'ils ne sont plus que quelques-uns, et le vortex subsiste également. Et avec l'affaiblissement de mon pire ennemi, celui qui était le seul à pouvoir fédérer les Gardiens de Sanctuaires, j'ai à nouveau les coudées franches. Il ne me reste plus que cette chance, j'ai à réussir, sinon je disparaîtrai bel et bien à jamais.

Le Seigneur des Carsinoés ricana dans un rugissement.

- Mon aveugle marionnette Humaine a bien rempli son office, sapant les forces et le mental de mon adversaire. Tu m'as bien aidé à lui bourrer le mou à ce Khoor !

- Comme si c'était difficile, rit à son tour le papillon écarlate. Ce Khoor est un bourrin de première, avec un petit pois dans la tête, en dépit de son génie inné pour faire le mal ! Et son plan était même excellent. Sauf que comme à l'habitude, ces êtres faibles et Mortels, sont faillibles au possible !

Balkendorf agita sa tête de buffle et ses cornes cinglèrent furieusement l'air absolument pur du Sanctuaire du Grand Thanatos.

- Non, il a rempli exactement la mission qui lui était dévolue. Le verdict a bien innocenté Alguérande Waldenheim des faits qui lui étaient reprochés, mais il demeure en fuite et donc sous le coup d'autres lois de sa terre d'origine ! se réjouit le Seigneur des Carsinoés. Sans compter que sa stupide moralité le rend plus fragile encore. Les remords le minent. Il reste trop peu de temps, il ne sera pas remis pour l'ultime combat qui décidera de l'avenir de ces univers qui se prétendent, relativement libres, à des degrés divers, entre dictature et démocratie, cette dernière politique n'étant finalement pas si éloignée de la première ! Nous allons tout mettre à plat, de façon claire, à jamais !

- J'y gagne toujours ? s'enquit Muranyr.

- Bien sûr, je n'ai qu'une parole ! assura le colosse poilu. Une fois que nous l'aurons emporté, tous les autres Thanatos seront condamnés et tu seras le seul à demeurer. Tu auras ta place à Unyversium. Notre règne est proche.

Du sabot, Balkendorf martela néanmoins le sol.

- Mais Alguérande Waldenheim demeure à nouveau avec ses amis. Mes forces renaissantes sont encore très faibles, à la hauteur des siennes j'avouerais. Il peut encore nous faire du mal !

Muranyr agita ses décharnées ailes écarlates

- Tu as bien fait de rappeler le passé, Balkendorf. Il est très possible que ce rejeton d'Humain veuille toujours fédérer ses amitiés surnaturelles… Elles chient toutes dans leur froc, selon l'expression de ces Mortels, mais il faut toujours redouter l'ultime soubresaut… Je vais surveiller tout ce monde. Et toi, quelles sont tes intentions ?

- Je vais m'attaquer au seul véritable allié d'Alguérande : son petit frère adoré !

- Excellent, se réjouit le Thanatos écarlate.

Pouvant elle aussi veiller sans repos, Marina avait relayé au chevet d'Alguérande le Doc du Karyu qui avait à s'occuper de mises à jour de ses frères mécaniques qui composaient l'équipage.


En sursaut, Alguérande se redressa.

- Cette fois, Balkendorf est bien rentré dans la danse ! hurla-t-il. Tout est perdu. Nous sommes tous perdus !

- Toi, la ferme, oiseau de mauvais augure, sinon j'appelle Machinar pour qu'il te renvoie dormir ! Tu vas physiquement mieux mais je n'en dirais pas autant du mental ! Calme-toi, Algie ! intima Marina en le retenant de toute sa force de Mécanoïde.

- Je dois aller voir ce qui se passe !

Et en dépit de toute sa puissance, Marina n'étreignit plus que du vide, Alguérande ayant quitté le lit de l'infirmerie et le Karyu tout court !

- Je suis désolée, Warius, fit-elle dans son oreillette. Je n'ai rien pu faire !

- Alguérande est là où il le doit, intervint Siegfried. Je vais cependant le rejoindre, on ne sait jamais !

Et le guerrier éternel se volatilisa à son tour.