21.
A l'énoncé des propos d'Alguérande, ses interlocuteurs avaient écarquillé les yeux d'horreur.
- Non, tu ne peux pas sérieusement l'envisager, souffla Warius.
- C'est pourtant bien ce que Galahane m'a fait comprendre. Elle me l'a ordonné, quasi !
- Non, protesta à son tour Marina. Les Carsinômes peuvent encore vivre quelques années !
- Oui, c'est la seule solution, finit par approuver Siegfried après un long moment de réflexion, tous les regards s'étant tournés vers lui.
- C'est un assassinat prémédité et de sang-froid, se récria encore le colonel de la République Indépendante. Alguérande, ce n'est pas toi de commettre ce genre de forfaiture !
- Parce que j'ai le choix des armes ? grinça Alguérande dont le regard était presque devenu noir et d'une inquiétante froideur. On m'oblige à cet affrontement. On a tout fait pour que je sois incapable de me présenter face à mes adversaires. Et le pire est à venir.
Warius sursauta violemment et hoqueta, interdit.
- Ceux d'Unyversium vont se servir de leurs otages. Tu n'envisages tout de même sérieusement, en plus, de les sacrifier ?
- Effectivement, vous m'aviez presque remonté les bretelles et assuré du contraire, il n'y a pas trois jours de cela, releva Siegfried.
- Qu'est-ce que vous lui avez fait ? jeta Warius à l'adresse du jeune homme blond. Comment êtes-vous arrivé à lui retourner la tête durant ces heures passées à mon centre Omnisports ?
- Siegfried n'a rien fait ! rétorqua sèchement Alguérande. Je suis assez grand pour prendre seul mes décisions ! Bon, d'accord, ces derniers temps, je n'ai pris que les plus mauvaises qui soient… Les dieux d'Unyversium veulent savoir quelles sont les forces qui régiront les univers dans le futur ? Et bien qu'ils sachent qu'ils devront composer avec les Mortels et qu'il est hors de question que nous nous contentions d'une dévotion de masse et dans la crainte de leur courroux ! En tout cas, moi je refuse de me plier à leur tyrannie ! Ils s'en sont pris aux miens, c'est une grave erreur.
Les prunelles d'Alguérande s'emplirent d'énergie pure.
- Et tant pis si je dois être balayé par un fétu de paille, je tenterai ma chance, un point c'est tout !
- Tu nous annonces un avenir bien sombre, remarqua encore Warius.
- Je n'aurais même pas dû venir au monde. Ce qui fait que je n'y ai jamais vraiment eu ma place… Mais je refuse qu'il devienne un enfer pour ceux que j'aime le plus au monde. Je me battrai pour eux. Et je n'ai cure de savoir si j'ai affaire, en face, à des pygmées ou à des dieux ! Oui, il n'y a plus rien d'autre à faire. Advienne que pourra ! conclut le jeune homme à la crinière fauve en quittant la pièce à grands pas avant que quiconque ait pu répliquer.
Cela n'avait été qu'au soir que Warius était venu s'annoncer à l'appartement occupé par Alguérande à bord du Karyu.
- Tu as conscience que tu as eu des propos extrêmement durs tout à l'heure ?
- Concernant le sacrifice des otages, si je voulais me mesurer à ceux d'Unyversium sans me retenir ?
- Non, à propos de ton existence ! J'étais persuadé que tu savais depuis vingt ans maintenant que tu étais un membre important des Waldenheim d'Heiligenstadt et que les tiens t'adoraient de tout leur cœur ! ? Dois-je te répéter, à mon tour que qu'importe la façon dont tu es venu au monde, ce sont ceux qui t'aiment qui t'ont donné ta place ! Alors tu vas me faire le plaisir de cesser de te culpabiliser et me ratatiner ces dieux !
- Je vais tout faire en ce sens, assura le jeune homme en esquissant un sourire.
- Moi, je ne peux que te servir de taxi.
- J'apprécie. Bien que je réalise là que je t'ai fait prendre des risques inconsidérés alors que mes ailes de Dragon me conféraient mon propre mode de transport !
- Et moi je suis honoré de faire partie de ta petite expédition. Je n'aurais jamais laissé ma place !
- Merci, Warius !
Alguérande pâlit soudain, se levant d'un bond, renversant la table près de lui, et le verre de red bourbon qui se brisa au sol.
- Algie ? questionna Warius.
- Balkendorf, je reconnais son aura. Il a attaqué Terra IV… Et Terra IV a disparu, j'espère que c'est bien le fait de Pouchy, qu'il a eu le temps de… Pourtant, j'étais persuadé qu'il m'aurait adressé un signe, un dernier mot, avant de soustraire son Sanctuaire à ces univers ! Cela n'augure vraiment rien de bon, Warius…
Et comme pour confirmer les craintes d'Alguérande, une véritable étoile d'énergie surnaturelle apparut devant le Deathbird et le Karyu, les attirant, les absorbant.
FIN
