Quand Lily pénétra dans la salle de Métamorphose, elle découvrit avec surprise son livre posé sur son bureau. Elle l'ouvrit et constata que son nom était bel et bien écrit à l'intérieur. Potter avait dû le déposer pendant l'inter-cours. Ne pouvait-il pas le lui donner de main à main ? Elle fut agacée par ce geste impersonnel mais alors qu'elle s'asseyait elle réalisa que s'il l'avait interpellé dans les couloirs, elle l'aurait probablement envoyer promener.

La chose aurait été parfaitement normale, en même temps. James Potter se comportait comme un enfant. Il était puéril et désolant, mais ce qui désespérait le plus Lily, c'était le fait qu'il soit si détaché. Il semblait se ficher de tout. Il n'avait pas la moindre considération pour qui que ce soit, il ne traitait personne avec égard et respect, et il pensait que tout lui était dû. C'était insupportable.

Quand tous les élèves furent installés dans la pièce et que Lily ouvrit son livre à la page du cours, elle constata cependant que James Potter n'avait pas que des défauts. Quelques lettres se soulignèrent progressivement, probablement grâce à un sortilège qu'il avait mis en place, jusqu'à former la phrase suivante : James Potter présente ses plus sincères excuses à Lily Evans pour l'innombrable quantité de soucis qu'il lui a causés.

La jeune femme referma brutalement le livre par un réflexe qu'elle ne s'expliqua pas, attirant au passage tous les regards sur elle, y compris celui de Potter. Il lui sourit, et elle se contenta de le fixer avec ses grands yeux, incapable de réfléchir de manière cohérente. Elle refusait de croire à ses excuses, elle refusait de se laisser berner par un sourire, mais il avait le don de savoir s'y prendre et elle ne pouvait pas ignorer ce genre de détail.

« Finite Incantatem, murmura-t-elle en rouvrant son livre à la page précise où il avait essayé de se racheter. »

La bonne éducation de Potter l'avait contraint à s'excuser à chaque fois qu'il l'avait blessée, mais elle ne l'avait pas empêché de réitérer ses crétineries dès qu'il en avait eu l'occasion et Lily Evans refusait d'être le genre de fille à se laisser convaincre par le jeu de charme d'un jeune homme qui considérait son physique comme sa seule force. Les œillades de Potter ne deviendraient pas sa faiblesse, point final.

D'autant qu'elle avait Daren, maintenant, et il était parfait. Daren n'était pas trop entreprenant, il n'avait pas une haleine d'hippogriffe mal entretenu, il n'avait pas non plus de marque des ténèbres sur le bras, et contrairement à ce que Potter avait voulu lui faire croire, il n'avait vraisemblablement aucune attirance déplacée pour les pieds.

Leur relation n'était qu'amicale pour l'instant, ou peut-être un peu plus, mais ils n'avaient pas dépassé le stade du flirt et cela convenait bien à Lily. Elle avait commis l'erreur de s'investir trop rapidement avec les derniers garçons qu'elle avait fréquentés alors il lui semblait nécessaire de chérir quelque chose de plus platonique dorénavant.

Alice, elle, ne comprenait pas vraiment son choix. Elle lui avait dit que Daren n'attendait qu'un signe de sa part avant de foncer, de s'engager avec elle autant qu'un garçon de 17 ans le pouvait, mais Lily commençait à comprendre à quel point elle avait été stupide quelques semaines plus tôt lorsqu'elle avait confié à sa meilleure amie vouloir à tout prix se mettre en couple.

Les choses ne fonctionnaient pas de cette manière, on ne choisissait pas, et Lily le comprenait peu à peu. Daren était vraiment le genre de garçon avec qui elle se voyait dans le futur, mais pour l'instant, hormis les sourires qu'elle lui décrochait quand ils étaient ensemble, la présence du jeune homme ne déclenchait aucune réaction physique chez elle.

« Potter ! Black ! Merlin mais que vais-je faire de vous ?! S'écria le professeur McGonagall alors que les deux jeunes hommes avaient entrepris de faire une bataille d'encre.
_ Nous mettre en retenue, j'imagine, répondit simplement Sirius.
_ Vous irez vous expliquer au professeur Dumbledore à la fin du cours, et j'enlève dix points à Gryffondor. »

Lily leva les yeux au ciel. S'ils continuaient sur leur lancée, Gryffondor terminerait l'année dans le négatif et elle se traînerait probablement la réputation de la préfète la plus inefficace de l'histoire de Poudlard. Elle allait finir par les tuer un jour, tous les deux. Peut-être qu'à ce moment là, Rémus Lupin se montrerait un peu plus responsable et l'aiderait enfin à faire respecter la loi au sein de leur maison.

Elle put lire un « désolé » sur les lèvres de James auquel elle répondit par un regard noir. C'était trop facile de toujours s'excuser. Potter ne changerait jamais. Il était dénué d'intérêt. Elle regrettait d'avoir passé ce marché avec lui au début de l'année car elle n'avait plus besoin de ses conseils mais il était toujours capable de révéler ce qu'elle appelait intérieurement (et avec une petite pointe d'exagération) « l'affaire sordide » et cela l'empêchait de sévir. Que pouvait-elle faire pour qu'il s'arrête ? Que pouvait-elle dire pour qu'il réalise que son attitude était désolante ?

Elle ne le comprenait pas. C'était comme s'il avait deux facettes et elle n'arrivait pas à savoir laquelle était la vraie. Peut-être n'y en avait-il pas, peut-être n'était-il qu'un hypocrite orgueilleux qui se prenait pour le roi du monde et s'adressait aux autres comme s'ils n'étaient que ses sujets, mais Lily s'obstinait à penser, contre sa volonté, qu'il ne pouvait pas être complètement irrécupérable, que quelque part dans ses excuses se cachaient de vrais remords.

La pire chose dans toute cette histoire était probablement le fait qu'elle se pose autant de questions sur lui alors qu'elle se répétait constamment qu'il n'en valait pas la peine. Et puis elle se souvenait de ce baiser contre le grand chêne, de ces quelques fois où il l'avait faite rire à défaut de provoquer ses cris de rage, et de ces lettres soulignées dans son livre. Ce n'était pas possible. Il ne pouvait pas être si horrible.

« Tu penses à moi, Evans ? L'interrogea-t-il avec un sourire en coin alors qu'ils sortaient de la salle de métamorphose. »

Il la frôla pour passer devant elle et elle eût un mouvement de recul avant de figer ses yeux dans les siens. Il y avait une petite lueur dans ses yeux sombres, quelque chose de différent, quelque chose qui la mettait mal à l'aise.

« Oui. Je cherche un moyen de te tuer et de m'en tirer à bon compte, répondit-elle sur un ton monocorde.
_ C'est blessant, se moqua-t-il en posant sa main sur son cœur comme s'il souffrait atrocement. Au fait, regarde dans ta poche. »

Elle ouvrit la bouche pour répondre mais il était déjà parti rejoindre ses amis, alors elle se contenta de fourrer la main dans la poche de sa veste. Ses doigts se refermèrent sur quelque chose qui ressemblait à du papier, elle fronça les sourcils et retira la chose de sa poche avant de rougir violemment. James Potter venait de lui offrir une rose en parchemin et un sentiment de honte abominable s'empara d'elle alors qu'elle sentait tout son visage s'embraser.

C'était le genre de réaction qu'elle aurait aimé avoir lorsqu'elle était avec Daren, pas lorsque Potter tentait encore une fois de se racheter pour son comportement déplorable qu'il n'avait visiblement aucune intention de modifier.

« Hé, c'est mignon, c'est toi qui l'a fait ? Lui demanda Daren en arrivant à sa hauteur. »

Elle sursauta et rangea immédiatement l'origami dans sa poche avant de bafouiller quelque chose qu'elle ne comprit pas elle même mais le jeune homme ne lui en tint pas rigueur. C'était cela qu'elle aimait chez lui. Si Potter avait été là, il se serait moqué d'elle avec le plus grand plaisir du monde, mais Wayne était si gentil que la chose ne lui avait probablement même pas effleuré l'esprit.

« Il y a une fête demain dans la Salle Commune après le match contre Serpentard, tu seras là ?
_ Pourquoi ça ne m'étonne pas ? Potter est si certain de gagner... Répondit Lily avec dépit.
_ Je sais que tu ne l'aimes pas, mais il a quand même une sacrée classe sur son balai et c'est grâce à lui qu'on va gagner la coupe cette année, c'est sûr, poursuivit Daren avec tant d'engouement que Lily se laissa presque gagner par son enthousiasme.
_ Ce n'est pas que je l'aime pas, c'est qu'il est... Vraiment pénible. Enfin... Je suppose que si tu vas à cette fête, j'irais aussi, trancha-t-elle en lui souriant. »

Au moment même où elle ouvrit la porte de la Grande Salle pour aller déjeuner, une foule de hiboux se glissa à l'intérieur pour apporter du courrier. Elle reconnut la chouette de ses parents au bout de la table des Gryffondors alors elle se hâta d'aller décrocher la lettre qui se trouvait prise au piège entre les griffes acérées de l'oiseau.

« Pétunia est toujours aussi insupportable ? Lui demanda Alice qui était déjà assise à côté de Frank Londubat.
_ Ne m'en parle pas, répondit Lily en parcourant rapidement la lettre de ses parents des yeux.
_ Il existe quelqu'un de plus insupportable qu'Evans ? Intervint Sirius Black en se posant en face d'elle.
_ C'est sa sœur. Une vraie plaie.
_ Pourquoi ça ne m'étonne pas ? Poursuivit James en souriant largement. »

Il se laissa tomber à côté de son meilleur ami et arracha également une lettre des pattes de son gigantesque hibou pendant que Lily cherchait une réplique cinglante à lui balancer, mais lorsqu'elle trouva finalement, le visage de Potter s'était métamorphosé. Son sourire avait disparu et son regard grave semblait bloqué sur le parchemin qu'il tenait entre ses doigts tremblants.

Il sembla à Lily que Sirius était le seul à l'avoir également remarqué car Daren et Alice riaient ensemble à propos de la chute de balai du capitaine de Serpentard pendant leur entraînement qui avait été filmée par un mystérieux groupe de Gryffondors dont l'identité n'échappait à personne.

Le jeune maraudeur se pencha pour lire par dessus le bras de son ami et peu à peu, il devint aussi blanc que l'assiette dans laquelle il mangeait. Ils restèrent silencieux plusieurs secondes avant que Sirius ne retire le parchemin des mains de James pour le plier et le ranger dans sa poche, puis il le tira par le bras et murmura un « viens » d'une voix brisée.

Lily jura avoir vu une larme s'échapper du coin de l'oeil de James lorsqu'il pivota pour suivre son ami jusqu'à la table des professeurs. Elle ne les quitta pas des yeux une seule seconde alors qu'ils discutaient rapidement avec le directeur de l'école qui se leva pour les accompagner en dehors de la Grande Salle. Quelque chose clochait, quelque chose n'était pas normal, et Lily mourrait d'envie de connaître le problème.

« Alice ! L'appela-t-elle avant de lui donner un coup de coude et de lui montrer les deux garçons juste avant que la porte ne se referme derrière eux.
_ Qu'est-ce qu'ils font ?
_ Je n'en sais rien. Potter a reçu une lettre et ils sont devenus bizarres. »

Alice fronça les sourcils et se tourna vers Rémus Lupin et Peter Pettigrow, non loin de là, qui lui firent signe qu'ils ne savaient pas plus qu'elle de quoi il s'agissait. Les yeux de Lily restèrent vissés sur la porte pendant tout le repas comme si elle s'attendait à y voir une explication s'afficher. Elle n'aurait pas dû se sentir autant concernée, elle n'aurait pas dû, mais le changement radical sur le visage de Potter l'avait troublé et elle ne pensa plus qu'à cela toute la journée.

Ni Sirius, ni James ne se présentèrent aux cours de l'après-midi, et personne ne les vit revenir dans leur dortoir le soir. Si la préfète n'avait pas tant tenue à ce que tout le monde croit, y compris elle, qu'elle se fichait éperdument de ce qu'il pouvait être arrivé à Potter, elle aurait probablement été voir le professeur McGonagall pour l'interroger sur la raison de l'absence de ses camarades. Elle aurait aussi discuté avec Rémus et Peter car ils devaient bien avoir eu des nouvelles dans la journée, les maraudeurs étaient soudés comme les doigts de la main, c'était impossible que ni Sirius, ni James n'ai tenté de les joindre d'une manière ou d'une autre.

Cependant, elle ne fit rien. Elle se contenta de monter dans son dortoir à la fin de la soirée et de dormir. La journée du lendemain allait être longue, Serpentard rencontrait Gryffondor sur le terrain de Quidditch et elle espérait que les deux garçons soient revenus d'ici là car sans eux, le match serait perdu.

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Lily s'installa dans les tribunes à côté de Daren Wayne. Elle était soulagée, Potter et Black étaient rentrés le matin même et ils étaient tous les deux en tenue, prêt à affronter les Serpentards qui étaient des adversaires redoutables. Ils étaient tous les deux poursuiveurs aux côtés d'Alice qui jouait également depuis trois ans, et ils étaient bons. Certains les qualifiaient même d'invincibles parce qu'ils avaient une telle complicité sur le terrain et en dehors qu'il était impossible pour leurs adversaires de les contrer.

Ce jour là, cependant, l'écart de points fut moindre entre les deux équipes. Le match dura de longues heures et Lily commençait à trépigner d'impatience sur son banc. Elle n'aimait pas particulièrement le sport, et encore moins le Quidditch qu'elle trouvait absolument révoltant à cause du nombre incalculables de dangers auxquels les joueurs se retrouvaient confrontés là haut. Il y avait beaucoup de règles, mais cela ne suffisait pas à empêcher les Serpentards de jouer à leur manière, multipliant les fautes et les bassesses en tout genre.

Le match pris fin sur un score de 750 à 620 quand l'attrapeur de Gryffondor referma sa main sur le vif d'or, faisant vibrer les tribunes rouge et or qui commençaient à désespérer, mais en bas, près du banc de touche, James Potter avait balancé son balai sur le sol avec rage et s'avançait vers le capitaine de l'équipe adverse d'un pas menaçant.

Lily s'arrêta d'applaudir quand elle constata que les deux joueurs s'empoignaient furieusement et que Sirius n'avait aucune intention de retenir son meilleur ami. Elle descendit alors les tribunes quatre à quatre jusqu'à arriver à leur hauteur, et au même moment, le poing du capitaine de Serpentards s'abattit sur le visage de James qui se rua sur le joueur.

Ce fut le professeur Slughorn qui parvint à les séparer en confiant James au gardien de son équipe qui le guida jusqu'à l'infirmerie. Lily resta interdite sur le bord du terrain, hébétée, comme tous les supporters qui rejoignaient leur salle commune en murmurant des choses plus incohérentes les unes que les autres sur la scène qui venait d'avoir lieue.

« James n'a rien fait. C'est Blavatsky qui l'a provoqué là haut, il n'arrêtait pas. Il essayait de nous déstabiliser en nous insultant. Quand il a dit que Sirius avait été éjecté de sa propre famille, James a explosé, expliqua Alice, le balai à la main.
_ Ce n'était pas une raison pour répondre par la violence, répliqua Lily d'une voix douce.
_ Je sais, ça n'excuse rien, mais James n'était vraiment pas dans son assiette aujourd'hui. »

Lily n'en rajouta pas, elle se contenta de suivre Alice jusqu'à la Salle Commune dans laquelle les festivités avaient déjà commencées. Quelques Gryffondors faisaient voltiger l'attrapeur en l'air pendant que d'autres remplissaient des verres d'un liquide dont Lily ne voulait absolument pas connaître la composition, ou montaient le son d'une musique rythmée. Sirius était avec Peter et Rémus mais James n'était pas encore revenu de l'infirmerie, ce fut tout ce que la préfète remarqua.

« Tu veux un jus de citrouille ? Lui proposa Daren.
_ Ne m'en veux pas, mais je ne suis pas sûre qu'il n'y ait que du jus de citrouille là dedans alors je vais devoir décliner, répondit Lily en souriant légèrement.
_ Ah, oui, en bonne préfète qui se respecte, on ne boit pas de choses douteuses.
_ Exactement. Je dois veiller à ce que vous rentriez tous dans vos dortoirs ce soir dans un état pas trop lamentable de préférence...
_ Tu vas me border, alors ? L'interrogea-t-il en lui rendant son sourire. »

Elle s'apprêtait à répondre lorsque James Potter, balai à la main, pénétra dans la Salle Commune. Quelques élèves se ruèrent sur lui pour lui demander ce qu'il s'était passé mais Lily n'entendit pas sa réponse, elle ne remarqua que son expression neutre, impassible, et les cernes qui s'étalaient sous ses yeux.

L'un d'eux était rouge, probablement à cause du coup de poing de Blavatsky, et Lily fut étonnée de constater que le jeune homme ne se vantait pas de cette altercation. Habituellement, il racontait à qui voulait l'entendre qu'il avait fait mordre la poussière à un tel ou un tel tout en passant sa main dans ses cheveux et, s'il voulait pousser le vice un peu plus loin, il faisait même voleter un vif d'or autour de lui, mais cette fois-ci, il se contenta de quelques mots dont ses camarades de classe se satisfirent. Lily, elle, n'allait décidément pas le laisser s'en tirer de cette façon, alors elle fit signe à Daren de patienter deux minutes lorsque le groupe qui était autour du capitaine de l'équipe se dissipa et elle s'arrêta devant lui.

« Je sais. Je n'aurais pas dû lui sauter dessus de cette façon et je ne montre pas le bon exemple aux premières années, ne te fatigue pas Evans, la coupa-t-il alors qu'elle n'avait même pas entamé sa phrase. »

Il posa son balai à côté de l'escalier menant au dortoir des garçons près duquel ils se tenaient tous les deux et reporta son regard vide sur elle, comme s'il se préparait à recevoir une tornade de reproches en pleine figure. Elle ne vint pas, cependant, car les mots de Lily se bloquèrent dans sa gorge lorsqu'elle réalisa qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas.

Le visage de James Potter était fermé, triste et troublant. Il manquait quelque chose. Le sourire. Oui, c'était ça. Ce perpétuel sourire arrogant qu'il arborait constamment et qu'elle n'avait jamais vu disparaître de sa figure même lorsqu'elle lui avait hurlé les insultes les plus vexantes possibles ou qu'elle lui avait donné retenues sur retenues.

C'est à ce moment là que la jeune femme remarqua ces petits détails qu'elle n'avait pas pris la peine d'observer avant. La finesse de ses traits, la noirceur de ses yeux, la profonde intelligence qui s'y cachait, son teint plus pâle que d'ordinaire et le sillon de larmes qui était encore visible sur ses joues et qu'il aurait probablement voulu cacher s'il avait su. Le cœur de Lily se serra de façon incontrôlée. Elle se serait haït pour ce manque d'autorité sur elle-même si elle l'avait réalisé, mais elle était trop préoccupée par le maraudeur qui se tenait devant elle pour accorder de l'importance à ses propres états d'âme.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? L'interrogea-t-elle subitement.
_ De quoi tu parles ? Tout va bien, répondit-il un peu sur la défensive. »

Elle fronça les sourcils, déglutit, et baissa les yeux. Elle ne savait pas comment s'y prendre, alors elle attrapa un verre sur le buffet près d'elle et lui tendit. C'était stupide. Comme si un verre d'alcool allait lui remonter le moral. Il avança la main sans la quitter des yeux et il se passa quelque chose d'étrange quand ses doigts frôlèrent les siens, un espèce de frisson, suivie d'une gêne intense la faisant renverser la moitié du contenu du verre entre eux.

« Oh Merlin, je... Zut. Je suis désolée, bafouilla-t-elle.
_ J'ai l'impression que c'est tout ce qu'on se dit en ce moment, lui fit-il remarquer.
_ Peut-être que c'est mieux. Je veux dire, peut-être que c'est mieux que quand on s'insulte.
_ Certainement. »

Il sortit sa baguette pour faire disparaître le liquide qui jonchait le sol alors que Lily le dévisageait toujours. Cette personne ne pouvait pas être James Potter, elle était trop triste, trop sérieuse, trop grave pour être un maraudeur.

« Où est passé ton sourire ? Lui demanda t-elle.
_ Quel sourire ?
_ Ton sourire. Le sourire arrogant. Tu sais, cet horrible sourire consternant que tu traînes toujours avec toi. »

Il inspira profondément, baissa la tête, et quand il la releva, le sourire était là. Un peu plus faible que d'habitude, mais pas moins sincère, au contraire. Il était vrai comme il ne l'avait jamais été, et il était contagieux. Le cœur de Lily se mit à battre à toute allure mais elle l'ignora. Elle ne voulait pas penser à cela maintenant, elle ne voulait pas se torturer l'esprit avec des contradictions alors qu'elle avait l'impression que les yeux de James Potter lui expliquaient tout ce qu'elle ne voulait pas comprendre.

Un peu plus loin, dans la salle commune, Alice avait donné un coup de coude à Rémus et avait indiqué leurs amis respectifs d'un discret signe de la main. Tous deux s'étaient ensuite lancés un regard complice. Ils savaient qu'ils avaient raison, ils savaient que Lily Evans et James Potter allaient terminer ensemble, mais ce qui les ravit ce soir là, ce fut de constater que les concernés allaient peut-être finir par s'en rendre compte d'eux même.