Le hurlement de Lily Evans résonna dans tout le château lorsque, pendant sa ronde du soir, elle se retrouva face à la tête de James Potter. Seulement la tête. Elle flottait en l'air sans le reste de son corps jusqu'à ce qu'il retire la cape qui le recouvrait.
« Espèce de troll ! Tu trouves ça drôle ?! S'exclama-t-elle en lui martelant l'épaule de son petit poing.
_ Non, non Evans ! Je te jure que je n'ai pas fait exprès cette fois. Je voulais prendre une cape pour sortir mais je me suis trompé et j'ai pris celle-ci, se justifia-t-il en jetant un coup d'œil hagard autour d'eux pour vérifier qu'il n'y avait personne.
_ Admettons. Pourquoi aurais-tu besoin de sortir à cette heure-ci ? Tu es censé être dans ton dortoir.
_ Je... J'ai... Il fallait que j'aille à la volière, répondit-il, un peu évasif.
_ A la volière ? Répéta-t-elle, dubitative.
_ Ecoute Evans, je veux bien t'expliquer, mais dans la Salle Commune parce qu'avec le cri que tu as poussé, si tout le château n'est pas à nos trousses dans dix secondes c'est qu'il y a un soucis, et on ne rentrera pas tous les deux sous ma cape d'invisibilité. »
Elle acquiesça et se hâta derrière lui jusqu'au tableau de la Grosse Dame qui pivota lorsqu'il lui donna le mot de passe, ignorant ses remontrances quant à ses nombreuses sorties nocturnes. C'est à ce moment là que Lily se rendit compte que James tenait quelque chose dans sa main. Elle le lui arracha sans qu'il n'ait eût le temps de réagir et constata avec effarement qu'il s'agissait de nourriture pour dragon.
« Par la barbe de Merlin, dis moi que tu n'as pas fait entrer de dragon dans ce château, chuchota-t-elle alors qu'ils venaient de pénétrer dans leur salle commune.
_ De quoi tu parles ?
_ De ce sachet de viande crue que je tiens dans la main et sur lequel il est écrit « nourriture pour cannibale ailé ».
_ Oh, c'est de la nourriture pour dragon ? Qu'est-ce que tu fais avec ça ? Demanda-t-il en prenant un air innocent.
_ Potter... Sérieusement ? Tu vas faire comme si je ne venais pas de te l'arracher des mains ?
_ Je ne sais pas où tu as trouvé ça, mais ce n'est sûrement pas à moi.»
Lily soupira bruyamment, partagée entre l'amusement et l'agacement, et elle croisa les bras, bien décidée à obtenir des explications. Ce n'était pas comme si elle pouvait laisser passer une chose pareille. Un dragon, ce n'était pas n'importe quelle créature.
« Où est-il ? Dans le cachot des Serpentards ? Dans la salle de potion ? Devant leur salle commune ? L'interrogea-t-elle.
_ Tu penses vraiment que je pourrais amener un dragon ici ?
_ Oui. Tu es capable de tout.
_ Merci.
_ Ce n'était pas un compliment, lui fit-elle remarquer en haussant les sourcils. »
Il esquissa un geste discret pour se rendre dans son dortoir mais elle le rattrapa et se posta sur la première marche de l'escalier, impatiente de savoir comment il s'y était prit pour amener une créature aussi dangereuse et énorme dans l'enceinte de Poudlard. Ce n'était pas comme s'il s'agissait d'un chien ou d'un rat. Un dragon, c'était imposant, ce n'était pas le genre d'animal simple à dissimuler.
« Tu te rends compte que certains élèves pourraient finir carbonisés ? Tu imagines les parents des premières années, fous de tristesses en apprenant la mort de leur enfant ? Un dragon, ce n'est pas drôle, Potter. Ce n'est pas une bombabouse ou une fusée poursuiveuse.
_ Je sais, Evans. C'est pour cela que je suis allé le relâcher, admit-il finalement. »
Elle soupira de soulagement avant de plaquer une main sur son visage blême. Elle s'était déjà imaginée aller réveiller le professeur Dumbledore pour partir à la recherche de la créature et trouver des élèves en cendres sur le chemin.
« Tu sais qui l'avait mis là ?
_ Oui.
_ Tu ne vas pas me le dire ?
_ Non, répondit-il catégoriquement.
_ Très bien, donc je sais que c'est Black puisque Rémus ne ferait jamais une chose pareille et que Peter est trop froussard pour s'approcher d'un hippogriffe. C'était encore pour traumatiser Severus, c'est ça ?
_ Peut-être.
_ Il faut arrêter avec ça, Potter, le sermonna gentiment Lily.
_ Je sais, mais il te traite de...
_ Je sais de quoi il me traite, le coupa-t-elle, mais ce n'est pas une raison pour aller poster un dragon dans les cachots. Un dragon Potter ! Non mais tu te rends compte ? Comment vous faites, exactement ? »
James haussa les épaules et se passa la main dans les cheveux alors que Lily était toujours complètement éberluée par l'audace dont les maraudeurs pouvaient faire preuve lorsqu'ils s'en prenaient à ceux qu'ils considéraient comme leurs ennemis.
« Il n'était pas très gros... C'était... Un adolescent, en quelques sortes, expliqua-t-il les mains dans les poches.
_ Et c'est grand comment, exactement, un dragon adolescent ?
_ Un peu plus que moi... Pas beaucoup, répondit-il sans trop savoir s'il allait se faire houspiller. »
Lily secoua la tête en signe de résignation avant de s'asseoir sur les marches, le visage entre les mains.
« Je m'arrache les cheveux avec vous, Potter. Je ne sais plus quoi faire.
_ Si ça peut te rassurer, le dragon est loin maintenant.
_ Merci. »
Il lui lança un petit sourire et s'assit à côté d'elle. Il avait arrêté de se poser des questions sur ce qui pouvait bien l'attirer chez elle puisqu'il était évident que la chose était irrémédiable, il commençait à s'y faire sans pour autant l'accepter totalement. Evans ne rendait pas toujours les choses faciles, mais il y avait des moments, comme celui-ci, où il se surprenait à penser que peut-être, un jour, ils réussiraient à s'entendre.
« En tout cas, c'est bien de voir que tu l'as retrouvé...
_ Quoi ?
_ Ton sourire, répondit-elle en gardant les yeux vissés sur ses jambes étendues devant elle sur les marches. »
L'ironie du moment voulu que le visage de James se ferme instantanément lorsque Lily lui fit cette remarque. Elle se rappela alors de la victoire de Gryffondor et de la tristesse qu'elle avait vu dans ses yeux ce jour là, du sillon de larmes qui était tracé sur ses joues comme indélébile, de ce qu'elle même avait ressenti à le voir aussi démuni. De la compassion envers quelqu'un qui montrait enfin son humanité.
« Tu as des soucis, Potter ? »
Elle posa la question doucement, non sans avoir longuement pesé le pour et le contre avant. Il risquait de la rabrouer et elle comprendrait, mais c'était si étonnant de le voir aussi morose qu'elle avait besoin d'essayer de faire quelque chose pour y remédier. Peut-être qu'il lui jetterait le contenu de sa potion sur le visage le lendemain, peut-être qu'il se moquerait d'elle dans les couloirs, peut-être qu'il lui lancerait des boulettes de parchemin sur le crâne pendant le cours d'Histoire de la magie, peut-être qu'il se comporterait exactement comme il avait l'habitude de le faire, mais Lily s'en fichait à ce moment précis, elle voulait juste comprendre.
« Ma... Ma mère est malade, souffla-t-il au bout d'une longue période de silence. »
Lily releva les yeux sur lui, il essaya d'esquisser un sourire qui se transforma en grimace sous le poids de la révélation qu'il venait de lui faire. Elle sentit son cœur se serrer au fond d'elle alors que Potter semblait essayer de contenir les émotions qui broyaient son cerveau. C'était dur de le voir aussi anéanti et de ne pas savoir quoi faire pour l'aider.
« Malade comment ? Demanda-t-elle finalement.
_ Phase terminale. Je l'ai appris la semaine dernière. J'attends juste le parchemin qui me dira qu'elle... »
Il s'interrompit mais Lily sut très bien quels étaient les mots qu'il n'avait pas pu dire. Le monde était fou, et elle l'était aussi, parce qu'elle se tenait sur les marches du dortoir des garçons en pleine nuit à discuter calmement avec James Potter de ses problèmes, et elle se sentait concernée. Elle se sentait triste et désolée, elle se sentait mal.
« Potter je... Je suis vraiment navrée, murmura-t-elle.
_ C'est la vie. »
Elle hocha la tête, incapable de savoir ce qu'il lui prenait lorsqu'elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle avait enfin l'impression d'avoir quelqu'un avec un cœur en face d'elle, et elle sût pour de bon ce soir là qui était le vrai James Potter. C'était lui, celui qui se tenait devant elle, celui dont Alice lui avait tant parlé. C'était lui, mais pour une fois, elle voulait voir l'autre. L'intrépide, le pénible, l'agaçant James Potter n'avait pas mal. Ce comportement la rassurait.
« Et ton père ?
_ Il est malade, lui aussi, répondit James avec un petit rire jaune qui fit grimacer Lily.
_ Merlin je n'avais aucune idée, je...
_ Ne te sens pas désolée pour moi, Evans, j'ai beaucoup de chance d'avoir des parents comme eux. »
La jeune femme posa sa main sur l'épaule de James en guise de soutient, ayant plus ou moins oublié qu'il s'agissait de son meilleur ennemi. Peut-être qu'elle n'avait pas été assez attentive, finalement. Peut-être qu'elle aurait dû prendre le temps de lui poser des questions sur lui avant de tirer des conclusions hâtives sur son comportement.
« C'est effrayant de voir à quel point on peut discuter comme deux personnes normales, quand on veut, commenta James comme s'il venait de lire dans ses pensées. »
Elle hocha la tête en souriant, et elle s'apprêtait à se lever lorsque son regard s'arrêta sur sa bouche avant de remonter sur ses yeux, puis de redescendre une nouvelle fois. Là, elle ressentit quelque chose de bizarre au fond d'elle-même, quelque chose qui la tirait vers lui et la retenait en même temps. Elle avait envie de l'embrasser, mais elle n'avait pas envie d'avoir envie de l'embrasser. Il aurait rit si elle avait dit cette phrase à voix haute, elle en était certaine, mais il aurait fallut qu'elle accepte ce tiraillement pour la prononcer et ce n'était pas le cas.
« Je vais aller me coucher, dit-il finalement, coupant court à ses réflexions. »
Elle soupira de soulagement lorsqu'il se leva et grimpa rapidement les quelques marches qui le séparaient de son dortoir, mais alors qu'il était sur le point d'aller dormir, il fit demi-tour et trouva Lily la tête enfouie dans ses bras.
« Evans ? »
Elle sursauta, essuya hâtivement ses yeux et bondit de la marche sur laquelle elle se tenait pour lui faire face. Il oublia immédiatement ce qu'il comptait lui dire quand il l'entendit renifler.
« Oui ?
_ Tu pleures ? L'interrogea-t-il en constatant qu'elle ne le regardait pas dans les yeux.
_ Non, répondit-elle d'une petite voix.
_ Oh bon sang. Ne pleure pas à cause de ce que je t'ai dit ! S'exclama-t-il en levant les yeux au ciel, redescendant les quelques marches qui les séparaient.
_ Je ne pleure pas à cause de ce que tu m'as dit ! Mentit-elle. »
Il secoua la tête, amusé. Dès les deux premières semaines à Poudlard, il avait réussi à discerner les signes du mensonge sur le visage beaucoup trop expressif de la jeune femme. Ses lèvres étaient pincées, elle avalait sa salive comme si elle avait peur de se faire prendre, et son habituelle honnêteté l'empêchait de regarder la personne à qui elle essayait de faire gober ses affreux bobards dans les yeux.
« Comment fais-tu pour passer de la harpie, à la fille excessivement compatissante ?
_ Je ne sais pas. Comment tu fais, toi, pour passer du pire crétin au monde à la personne humaine, sensible, et agréable que tu es maintenant ?
_ Tu me trouves agréable ? Je croyais que tu me détestais, nota-t-il plein d'étonnement.
_ Je ne te déteste pas, Merlin, pourquoi est-ce que tout le monde pense que je te déteste ?! S'exclama-t-elle avec indignation.
_ Peut-être à cause de ce couteau que tu m'as lancé à la figure en cours de potion pendant notre cinquième année et que j'ai eu le bon réflexe d'éviter. Ou alors, à cause du nombre de retenues que tu m'as données, ou de toutes ces fois où tu t'es mise à me hurler dessus au milieu des couloirs, ou la gifle que tu m'a flanquée quand j'ai transformé Rogue en cochon d'inde l'année dernière... A moins que ce ne soit celle que tu m'as administré le jour où je t'ai poussé dans le lac parce que tu avais dit que le Quidditch était un sport insignifiant, énuméra-t-il en souriant légèrement.
_ Tu méritais toutes ces retenues et les gifles aussi, mais ça n'a jamais voulu dire que je te détestais. Je ne vais pas mentir, je t'ai toujours trouvé extraordinairement agaçant, mais je n'ai jamais prétendu te haïr.
_ Tant mieux, Evans, parce que moi non plus je ne te déteste pas, conclut-il sans cesser de sourire. »
Elle se tenait debout devant lui, appuyée sur la rampe d'escalier derrière elle, les yeux vissés dans ceux de James qui ne cillaient pas, et elle était intimidée par sa proximité. La chose bizarre était revenue et Lily avait envie de se frapper pour l'avoir laissé l'envahir de cette manière. Ce n'était ni l'endroit, ni le moment d'avoir des pensées pareilles.
« Bonne nuit Evans. »
Si Potter avait voulu l'embrasser ne serait-ce qu'un tout petit peu, il l'aurait fait, il n'était pas du genre hésitant, mais il se contenta de remonter les marches, laissant Lily seule avec les pensées inconvenantes qu'elle aurait souhaité ne pas avoir.
« Potter ! L'appela-t-elle finalement.
_ Hmmm ?
_ Pitié ne redeviens pas un abruti demain. Bonne nuit. »
Elle rejoignit son propre dortoir sans attendre une réponse de sa part et enfila son pyjama avant de s'allonger sous ses couvertures. Là, dans le silence de la nuit, elle se rendit compte du bruit assourdissant des battements de son cœur. Quelque chose ne tournait pas rond, en elle. Elle devenait dingue et elle détestait ce foutu sentiment de manque qui s'insinuait doucement dans son corps.
« Evans... La salua-t-il poliment en s'asseyant à côté d'elle lors du petit déjeuner.
_ Potter, répondit-elle sur le même ton. »
Alice et Rémus se jetèrent un regard perplexe mais ne firent aucun commentaire contrairement à Sirius qui avait cette chose en commun avec Potter : il ne pouvait jamais s'empêcher de l'ouvrir.
« Ce calme est vraiment bizarre. Qu'est-ce que... Attendez, vous venez de vous saluer normalement ? Sans vous hurler dessus ? J'ai bien entendu ? Ou est-ce que je...
_ Ferme la, Black, le coupa Lily avec mépris.
_ Oh. Voilà qui est mieux. Je commençais à me sentir mal. »
James, lui, resta silencieux. Il tartinait machinalement de la confiture sur son toast lorsque Daren Wayne apparût juste devant lui et se posa face à Lily. Les doigts de James se crispèrent un peu sur son couteau alors que l'autre gryffondor avait pris la main de la jeune femme dans la sienne. Il la surveilla du coin de l'oeil, elle souriait à Wayne et il en était malade.
« Qu'est-ce que tu dirais d'une petite promenade dans le parc avant le cours d'Histoire de la magie ? Proposa Daren à la préfète.
_ Oui, oui, et triple oui ! Attends, répondit-elle avant d'engloutir son jus de citrouille d'une traite. Voilà, on peut y aller. »
James la regarda trottiner hors de la Grande Salle avec Wayne en les maudissant intérieurement, mais que pouvait-il y faire ? Elle aimait bien ce mec, aussi inintéressant soit-il. Il avait déjà agit comme un crétin une fois en lui racontant des mensonges à son sujet et tout lui était retombé dessus, il ne pouvait pas l'empêcher de le fréquenter, il fallait qu'il se résigne.
« Tu ne vas rien faire pour ça ? S'enquit Sirius.
_ Que veux-tu que je fasse ?
_ Je n'en sais rien, comme d'habitude, on pourrait le coincer après un cours, lui dire de lâcher l'affaire, l'humilier un peu...
_ Je ne crois pas que ce soit une solution, intervint Alice.
_ Mais il ne va quand même pas la laisser avec lui !
_ En fait, c'est exactement ce que je vais faire, Patmol. Evans en a clairement ras le bol de mon attitude, alors peut-être qu'il faut juste que j'arrête tout. »
Sirius lâcha son toast, recracha le morceau qu'il venait de croquer sous le regard dégoûté d'Alice et observa son ami avec de grands yeux. James était devenu fou, il n'y avait pas d'autre explication.
« Tu veux dire que... En plus d'avoir fait fuir mon dragon hier soir, tu ne vas plus du tout m'aider à monter des coups en douce contre les Serpentards ? Lui demanda-t-il, inquiet de sa réponse.
_ Je... Vais mettre un coup de frein, c'est tout, je ne vais rien faire qui puisse la mettre en colère pour l'instant. Après, on verra. »
Sirius secoua la tête d'un air réprobateur mais il n'ajouta rien. Lily Evans devait se dépêcher de se rendre compte que Daren Wayne n'était pas pour elle pour qu'il retrouve son meilleur ami parce là, les choses devenaient hors de contrôle.
