Sirius et James étaient assis dans un pub moldu du centre de Londres, à discuter de tout et de rien, mais occupant principalement leur temps libre à trinquer. A leur dernière année, à leur dernier coup contre les Serpentards qui datait déjà d'un certain temps, à leur dernière réussite avec une fille. Ça aussi, c'était assez vieux pour James. Enfin, quelques mois tout au plus, mais c'était déjà un bel exploit d'après son meilleur ami.

« Comment tu fais ? Regarde moi ça ! Il y en a partout ! S'exclama Sirius en désignant de la main un groupe de jolies filles qui passait devant la fenêtre du bar.
_ Je suis trop occupé à me haïr de vouloir corrompre Evans, répondit-il avec un sourire qui ne dupa pas son interlocuteur.
_ Et c'est reparti ! Evans est avec Wayne et si tu ne comptes rien faire pour arrêter ça, tu devrais peut-être penser à te rabattre sur quelqu'un d'autre, lui fit remarquer Sirius après avoir avalé le contenu de son verre d'une traite.
_ Tes conseils sont vraiment terribles, mec.
_ Par le slip de Merlin, parles-en avec ta mère James ! Evans est autant une énigme pour moi que pour toi, mais ta mère sait toujours tout sur tout, elle trouvera sûrement un truc à te dire. Tiens, d'ailleurs, c'est grâce à elle que j'ai réussi à coucher avec Claudia Peers, et pourtant c'était pas gagné !
_ Je lui dirai ce que tu fais de ses conseils, c'est certain, se moqua James.
_ Ne t'avise pas d'y penser. Elle a une si grande estime de moi... »

Le verre de James tapa une nouvelle fois contre celui de Sirius qui était à nouveau rempli d'un liquide qui le faisait devenir un peu trop guilleret au même moment où la porte s'ouvrait sur Alice. Elle se précipita vers les deux garçons qu'elle salua rapidement avant de poser ses deux mains à plat sur la table, un sourire énigmatique figé sur son visage rond.

« Oh bon sang crache le morceau Al ! Lança Sirius.
_ Même pas de « ça va ? » ou de « comment se passent tes vacances ? », ronchonna-t-elle.
_ Ça va ? Comment se passent tes vacances ? Poursuivit James sur un ton moqueur.
_ Très bien, merci, James. Je faisais du rangement dans ma chambre pour pouvoir accueillir Lily correctement la semaine prochaine, et je suis tombée sur ça ! »

Elle brandit un parchemin en l'air, et les deux garçons se jetèrent un regard consterné. Ils s'étaient attendus à mieux qu'un vieux morceau de papier froissé lorsqu'elle leur avait demandé de venir la retrouver ici parce qu'elle avait fait une découverte extraordinaire.

« Ne faites pas cette tête là ! C'est ta chance, James.
_ Ma chance ? Ce débris ?
_ Ce débris, mon cher, est la liste de Lily, répondit-elle comme si elle détenait l'information la plus précieuse du monde. »

James eût toute son attention, cette fois-ci, et il arracha le parchemin des mains de la jeune femme sans qu'elle n'ait eût le temps de faire un geste pour l'en empêcher. Il le parcourut brièvement avant de reporter son regard interrogateur sur son amie qui commandait un sirop de groseille.

« Petite joueuse... Commenta Sirius.
_ Vous allez vous faire chopper un jour, avec vos fausses cartes d'identité, le réprimanda la jeune femme.
_ Ah non, ne fais pas ta Evans ce soir, j'ai besoin de me détendre !
_ Je fais ma Evans si je veux.
_ Alice, qu'est-ce que c'est que cette foutue liste ?! Les coupa James. »

Il serrait toujours étroitement le parchemin entre ses doigts. La fine écriture lui était familière mais il ne comprenait pas de quoi il s'agissait.

« N'est-ce pas évident ? C'est la liste de toutes les choses qu'elle veut vivre avant de mourir. Tu n'as jamais fait ça ?
_ Attends, tu imagines quoi exactement quand on te dit qu'on passe les vacances ensemble Sirius et moi ? Tu crois qu'on se fait des tresses, qu'on se passe du far à paupière en parlant de notre futur, et qu'on s'amuse à danser sur Summer Nights de Grease ? Répliqua-t-il en haussant les sourcils.
_ Parce qu'on préfère largement Madonna, compléta Sirius. »

Alice s'esclaffa et James secoua la tête d'un air dépité. Il n'y connaissait rien à tous ces trucs de filles alors cette liste ne lui parlait guère. Il fallait bien l'avouer, il écoutait rarement ce qu'elles avaient à dire, il se contentait de leur faire tourner la tête pour arriver à ses fins. Avec Lily, ce n'était pas la même histoire, et c'était une bonne chose qu'Alice soit là pour l'aider parce qu'il était complètement perdu.

« Il y a certaines choses que tu peux faire, là dessus, qui feraient pencher la balance, lui expliqua la jeune femme.
_ Est-ce que l'un de vous va finir par se décider à lire à voix haute cette liste, à la fin ?! S'impatienta Sirius. »

James tendit le papier à Alice qui se racla la gorge en souriant avant de commencer sa lecture.

« A Alice Wendall, ma meilleure amie.
Jure moi de me rappeler tout ce que je t'ai écrit dans cette lettre dans dix ans, jure moi de m'aider à poursuivre mes rêves comme je me suis engagée à t'aider à poursuivre les tiens et assure toi que d'ici là, j'aurais accompli au moins la moitié de cette liste comme je m'assurerai que tu auras accompli la moitié de la tienne.

_ C'est vraiment un truc de fille... Complètement stupide... Marmonna Sirius en levant les yeux au ciel.
_ Du calme, on avait quatorze ans, sois un peu indulgent. »

James, lui, était attentif. Il attendait juste que la jeune femme continue à lire pour se concentrer sur les points qu'il avait seulement balayés des yeux jusque là.

« Avant de mourir, je veux :
1/ Me réconcilier avec Pétunia
2/ Manger une glace avec ma meilleure amie en plein hiver – Déjà fait.
3/ Voyager – Déjà fait
4/ Changer la vie de quelqu'un.
5/ Me faire arrêter par la police.

_ Stop ! Répète ça ! S'exclama Sirius en se redressant sur sa chaise.
_ Me faire arrêter par la police, confirma Alice en riant.
_ Evans veut se faire arrêter par la police ?! Evans ?! Tu es bien certaine que c'est elle qui a écrit cette liste ? Et puis qui souhaite ce genre de chose, en plus ?
_ Quelqu'un qui aime l'aventure. Lily n'est pas aussi coincée que vous le pensez. Heureusement, d'ailleurs, car ce point là, c'est définitivement quelque chose qui est à ta portée, James.
_ Oh, oh, oh, ça va être magique, reprit Sirius en se frottant les mains d'impatience. »

James, pensif, n'avait pas besoin de beaucoup faire marcher son imagination pour s'autoriser à sourire. Si Lily Evans voulait se faire arrêter, il était certainement la personne la mieux placée pour lui faire vivre ce genre de chose, et il allait le faire avec plaisir quit à risquer de se prendre une bonne raclée par son père.

« 6/ Que quelqu'un fasse quelque chose de dingue pour moi.
7/ Faire entrer un garçon en cachette dans ma chambre comme dans les films.
8/ Manger du chocolat jusqu'à en faire une overdose.
9/ M'assurer que le monde se souviendra de moi en faisant quelque chose de grandiose.
10/ Avoir une gueule de bois monumentale qui me dégoûtera à tout jamais de l'alcool.

_ Oh, Cornedrue, tu vas tellement t'amuser que je t'envie presque... La coupa Sirius. Continue, continue Al', c'est très instructif.
_ 11/ Inviter le garçon que j'aime au bal de fin d'études.
12/ M'incruster à une fête à laquelle je ne suis pas invitée.
13/ Sauver la vie de quelqu'un.
14/ Trouver un trèfle à quatre feuilles.
15/ Me faire demander en mariage.
16/ Te trouver, qui que tu sois, où que tu sois. Avant le point #15, évidemment.
17/ Rire jusqu'à en avoir mal au ventre.
18/ Etre heureuse.
19/ Réussir à faire apparaître un patronus.
20/ Partir sans destination précise.
»

Alice s'arrêta et replia le papier qu'elle fit glisser sur la table jusqu'à James avant de sourire. Elle était certaine qu'il allait réussir, il ne pouvait pas faire autrement. Lily allait flancher, qu'elle le veuille ou non. James allait lui donner tout ce qu'elle souhaitait, et elle ne pourrait pas résister, elle ne pourrait pas continuer à clamer haut et fort qu'il était insupportable, elle serait obligée de se rendre compte de l'évidence.

Deux jours plus tard et après avoir reçu un parchemin d'Alice, en colère parce que les parents de Lily refusaient catégoriquement de la laisser partir en vacances chez elle, James décida qu'il était temps de rayer un point de la liste de Lily Evans. C'est pour cette raison qu'il prit son balai, ce soir là, et qu'il quitta discrètement le manoir Potter avant de s'envoler.

La nuit était froide mais dépourvue de nuage. Les étoiles étaient bien visibles dans le ciel dégagé et James était soulagé. S'il fallait voler une demie heure, il préférait le faire dans de bonnes conditions. Comment connaissait-il l'adresse exacte de la jeune préfète ? Il n'en avait absolument aucune idée. Peut-être l'avait-il entendu la donner à Rémus en cinquième année, ou à Alice en troisième année ou peut-être l'avait-il vu l'écrire sur sa feuille de renseignement en première année... Aussi loin qu'il s'en souvienne, il l'avait toujours su.

Quand il arriva dans le petit lotissement, ses yeux se braquèrent immédiatement sur la maison de Lily. Toutes les lumières étaient éteintes mais il espérait qu'elle ne soit pas déjà endormie. Pour une fille comme elle, c'était peu probable, mais il s'approcha de la fenêtre de l'étage côté jardin avec conviction. Il y tapa plusieurs coups mais personne ne répondit, alors il pointa sa baguette sur le verrou de la fenêtre, se tenant en équilibre sur son balai.

« Alohomora. »

La fenêtre grinça en s'ouvrant, lui arrachant une grimace alors qu'il s'infiltrait dans la chambre de la jeune femme. Il n'eût pas le loisir d'observer la décoration comme la pièce était plongée dans la pénombre, il distingua seulement son lit à la lumière de la lune et il s'en approcha prudemment.

Sa main était levée au dessus de l'épaule de Lily, s'apprêtant à la secouer doucement, lorsqu'il entendit le parquet craquer de l'autre côté de la porte. Il arrêta son geste et s'avança vers ce qui était probablement le palier. Il posa sa main sur la poignée qu'il actionna lentement avant d'ouvrir prudemment la porte au moment même où une personne passait devant.

La jeune femme hoqueta de surprise et fit un bond en arrière si énorme qu'elle se cogna dans le mur du couloir. James aussi s'était brutalement écarté, brandissant instinctivement sa baguette devant lui. Il manqua de lancer un sort par un réflexe stupide mais il arrêta son geste quand il se rendit compte que la personne qui était devant lui n'était autre que Lily.

« Potter ?! S'étrangla-t-elle en plissant les yeux alors que l'obscurité de l'endroit l'empêchait de voir correctement.
_ En personne, répondit-il alors que son regard jonglait entre la fille qu'il avait failli réveiller et celle qui se tenait devant lui.
_ Par la barbe de Merlin mais qu'est-ce que tu fichais dans la chambre de ma sœur ?!
_ Je...
_ Chut ! »

Elle brandit sa main en l'air pour le faire taire et resta immobile un instant, tendant l'oreille. Lorsqu'elle entendit la première marche de l'escalier craquer elle attrapa James par le bras et l'entraîna dans sa chambre avant de l'enfermer dans sa penderie sans y penser à deux fois. Sa porte s'ouvrit juste au moment où elle refermait le placard.

« C'est toi qui fait tout ce boucan ? L'interrogea son père.
_ J'ai trébuché sur le tapis en allant aux toilettes, se justifia-t-elle.
_ Fais attention ma biche. J'ai eu peur. J'ai cru que quelqu'un s'était infiltré chez nous. »

Lily eût un rire nerveux qui ne s'arrêta que lorsque son père lui eût souhaité bonne nuit et qu'il eût quitté sa chambre. Là, elle rouvrit le placard et fusilla le jeune homme du regard.

« On peut savoir ce qu'il te prend ?! Ça ne te suffit plus de te promener dans les couloirs du château la nuit, maintenant tu te mets aux cambriolages ?! S'écria-t-elle à voix basse.
_ Je ne te cambriolais pas, Evans, je...
_ Qu'est-ce que tu fiches ici ?! Non mais je rêve. Dis-moi que je rêve... Dis-moi que je ne viens pas de te voir sortir de la chambre de ma sœur ! Dis-moi que tu ne viens pas d'entrer par effraction chez moi.
_ Effraction, c'est un bien grand mot, j'ai...
_ Tu... Tu n'as pas touché à ma sœur ? Le coupa-t-elle une nouvelle fois avec effroi.
_ Bien sûr que si. J'adore me jeter sur les filles quand elles sont trop endormies pour donner leur consentement. D'ailleurs si tu veux mon avis, c'est dommage que ça s'appelle du viol, ironisa-t-il en haussant les sourcils. »

Elle mit une petite seconde à réaliser qu'il se moquait d'elle avant de lâcher un « crétin » beaucoup plus sonore qu'elle ne l'aurait voulu et de plaquer sa main sur sa propre bouche pour se faire taire. Elle s'aperçut à ce moment là que Potter tenait son balai dans une main. Il avait dû voler jusque chez elle. Ça ne répondait pas à ses questions, cependant.

« Alice m'a dit que tu ne pouvais pas venir chez elle, expliqua-t-il.
_ Alors tu as décidé de t'introduire chez moi en pleine nuit pour m'emmener chez ma meilleure amie sur ton balai parce que c'est la chose la plus censée à faire, répliqua-t-elle sur un ton sarcastique.
_ C'est... A peu près ça... »

James avait l'air particulièrement amusé par la situation, mais Lily, elle, était complètement abasourdie. Elle avait envie de l'étrangler pour la frayeur qu'il venait de lui faire sur le palier, mais en même temps, la situation était tellement cocasse que si le jeune homme qui se tenait dans sa chambre avait été un autre, elle aurait probablement rit. Mais voilà, c'était James Potter, et tout était toujours plus compliqué quand il s'agissait de lui.

« Et je leur dis quoi, à mes parents, quand ils se rendront compte que je ne suis plus dans ma chambre ?
_ Tu ne seras plus dans ta chambre, donc tu n'auras rien besoin de leur dire, répondit-il en haussant les épaules tout en lui tournant le dos pour observer la pièce. »

La chambre de Lily n'était en rien comme il l'avait imaginé. Il s'était dit que les murs seraient rouges, ou sombres, enfin... D'une couleur sanguinaire ou mortelle quoi... Quelque chose qui ferait écho à sa rage intérieure. Il n'avait sûrement pas imaginé du Lilas. Il n'y avait rien de plus doux que le Lilas.

« Tu sais très bien ce que je veux dire, Potter. Je ne peux pas juste partir comme ça, ils vont s'inquiéter et je vais passer un sale quart d'heure quand ils se rendront compte que je leur ai désobéis. »

James poussa un petit soupir à la fois amusé et exaspéré et se retourna pour poser de nouveau son regard sur elle. Elle avait les bras croisés autour de son corps recouvert d'un pyjama en pilou particulièrement hideux qu'il n'avait pas remarqué jusque là. Il essaya de ne pas rire. Il essaya vraiment, mais toute la bonne volonté du monde ne lui suffit pas.

« Très sexy, Evans, se moqua-t-il.
_ Oh c'est facile, Potter, de s'infiltrer chez les gens sans les prévenir et de se moquer d'eux parce qu'ils ne sont pas parfaitement apprêtés, mais tu sais, je pourrais me mettre à hurler, tout de suite, et mon père pourrait grimper les escaliers à toute vitesse pour te trouver là et je t'assure qu'il te tuerait.
_ Tu ne le ferais pas, tenta James en évaluant sa réaction.
_ Tu en es sûr ? Le questionna-t-elle avec assurance. »

James déglutit. Il n'était certain de rien, là, à vrai dire. Il venait de faire exactement ce que la liste de Lily disait, mais elle avait l'air furieuse contre lui. C'était à n'y rien comprendre alors il n'aurait pas parié sur la moindre chose si on le lui avait demandé.

« Ok, c'est bon, drapeau blanc.
_ Tu devrais peut-être rentrer chez toi, maintenant, lui dit-elle en esquissant un signe de tête vers la fenêtre. »

Il acquiesça mais il ne bougea pas. Il ne pouvait pas accepter une défaite. Or, partir et la laisser ici en serait une pour lui. Il était venu la chercher, et il ne pouvait pas partir sans elle.

« Viens avec moi, lui ordonna-t-il.
_ Il est hors de question que je monte sur ce truc, refusa catégoriquement Lily.
_ Ce truc est un balai, et il se trouve que je sais parfaitement comment cela fonctionne comme tu as pu t'en rendre compte à de nombreuses reprises à Poudlard.
_ Evidemment. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas te voir te la jouer là dessus, riposta-t-elle.
_ Evans... Ne commence pas... La prévint-il.
_ Sinon quoi ? Qu'est-ce que tu vas faire, Potter, hein ? Tu sais très bien que je peux hurler à tous moments pour alerter mes parents et tu...
_ Silencio ! »

James rangea sa baguette dans sa poche en ignorant délibérément les gros yeux de Lily qui faisait des gestes amples autour de lui pendant qu'il tirait la valise qui dépassait de sous son lit. Il attacha ensuite le bagage à son balai, ouvrit la fenêtre, s'avança à toute allure vers Lily qui hurlait toujours en silence, l'attrapa par la taille avant de la faire basculer par dessus son épaule alors qu'elle tapait des pieds et des mains, et s'envola, une main maintenant la jeune femme sur son épaule et l'autre dirigeant son balai.

Quand il n'eût plus aucune force dans le bras et qu'il fut certain qu'ils étaient assez loin pour qu'elle ne choisisse pas de faire demi-tour, il se posa dans une rue dégagée et la lâcha avant de pointer sa baguette sur elle. Il s'était attendu à un flot d'insultes, mais au lieu de cela, elle le fixait avec un profond mépris, des larmes plein les yeux. Il y était peut-être allé un peu fort, encore une fois.

Là, il se trouva stupide quand elle se retourna pour qu'il ne voit pas ses larmes rouler sur ses joues. Il le devina quand il l'entendit renifler, cependant. Il savait qu'elle détestait voler, mais il n'avait jamais envisagé qu'elle puisse en fait avoir peur, chose qui lui paraissait totalement impossible avant qu'il ne la voit dans un état si misérable.

Lily Evans lui avait toujours semblé aussi fragile qu'un magyar à pointes alors concevoir qu'elle puisse être terrorisée par quelque chose n'avait jamais été au programme avant ce soir là. Encore une fois, il avait agi comme un abruti, et encore une fois, il allait être obligé de s'excuser. Lily n'était pas celle qu'il avait cru connaître pendant si longtemps.

Il avait passé toute sa scolarité avec elle, il l'avait croisé tous les jours, il avait passé chaque heures de cours dans la même salle de classe qu'elle et il avait mangé à quelques mètres d'elle à de nombreuses reprises mais la vérité était là, devant lui : il ne la connaissait pas. Il avait passé sept ans de sa vie à la côtoyer, et il ne savait presque rien sur elle. C'était aberrant. Il n'arrivait même pas à savoir comment une telle chose avait pu se produire.

« Evans... Je n'avais aucune idée que tu... Je... Finite ! Finit-il par dire en pointant sa baguette sur elle.
_ Je te l'ai dit. Je t'ai dit qu'il était hors de question que je monte là dessus, le coupa-t-elle la voix tremblante sans se retourner.
_ Je sais, je sais, mais c'est stupide je pensais juste que tu n'aimais pas, je n'aurais jamais cru que tu pourrais avoir peur, avoua-t-il le plus franchement du monde en faisant un pas vers elle.
_ Eh bien si. Les gens normaux ont des peurs, contrairement au grand James Potter, ironisa-t-elle. »

Il soupira. Il n'y avait probablement aucun mot qui puisse l'aider à ce moment précis, alors il s'assit sur le trottoir de la petite rue déserte et se contenta d'attendre silencieusement en ignorant sa dernière remarque. S'il y avait bien une chose qu'il avait appris au cours de ces sept années auprès d'elle, c'était que la meilleure manière d'arrêter sa colère était de ne rien y ajouter.

« Je ne comprends même pas comment tu as pu faire une chose pareille ! Tu m'as kidnappé ! Quel genre de malade fait ça ?! »

Elle faisait les cent pas autour de lui en criant comme une hystérique. Elle avait raison de l'être, d'ailleurs, alors James ne répondit pas. Il n'osait même plus trop la regarder, à vrai dire. Il se contentait de garder les yeux vissés sur l'horizon devant lui, à chercher une solution, quelque chose qui lui permettrait de se racheter. Il avait déjà épuisé le quota d'excuse et il doutait qu'une nouvelle utilisation du champ lexical du pardon puisse le sauver cette fois-ci.

« Je n'arrive pas à y croire... Murmura-t-elle pour elle-même.
_ Je vais te ramener, répondit-il d'une voix neutre.
_ Je... Je ne vais pas remonter sur ce balai. »

Elle s'écarta subitement de peur qu'il lui refasse subir le même sort que quelques minutes plus tôt, et cela le heurta légèrement. Il n'avait aucune envie de l'affoler, c'était pire que tout.

« De toutes façons, la maison d'Alice n'est plus qu'à une demie-heure d'ici, lâcha-t-elle finalement avant de commencer à marcher vers l'est. »

James bondit du trottoir sur lequel il s'était assis et se lança directement à sa poursuite. Il n'allait tout de même pas la laisser se balader dans la rue toute seule, en pleine nuit. Il doutait que cette promenade soit agréable, mais lorsqu'il arriva à sa hauteur, il se rendit compte que même si elle le haïssait à ce moment précis, même si elle pensait tellement fort à différentes manières de le tuer qu'il l'entendait, il marcherait à côté d'elle, pendant une demie-heure, qu'elle le veuille ou non, et ça n'avait rien de déplaisant finalement.

« J'arriverai à trouver mon chemin sans toi, lui dit-elle avec une pointe d'agacement dans la voix.
_ Je sais, mais il pourrait t'arriver quelque chose et...
_ Il m'est déjà arrivé quelque chose, Potter. Un espèce de dingue est entré chez moi par effraction et m'a enlevé.»

James soupira, les mains dans les poches, il ralentit le pas et se contenta de la suivre de loin. Il ne cherchait pas spécialement à être discret, il avait juste l'intention de ne pas l'incommoder par sa simple présence. Pourtant, au bout d'une dizaine de minutes, elle finit par se retourner.

« Je sais que j'ai dit avant que je ne te détestais pas, mais finalement, c'est le cas. »

James ne trouva rien à redire à cela. C'était plutôt compréhensible après ce qu'il venait de lui faire subir, mais c'était aussi assez blessant. Il ne l'aurait pas cru. En temps normal, ce genre de révélation lui aurait été égale, mais cette fois-ci, elle lui donna l'impression de n'être qu'un moins que rien.

« Je n'en peux plus, Potter. Tu abuses des gens, tu pousses toujours un peu trop loin et tu ne t'en rends même pas compte.
_ Je m'en rends compte, lui fit-il remarquer.
_ Non, tu ne t'en rends pas compte. Si c'était le cas, tu t'arrêterais, mais voilà, tu ne comprends pas. Tu ne comprends pas comment on peut ne pas rire à tes stupides plaisanteries qui n'en sont pas. Tu m'as enfermé dans un placard, tu m'as fait apparaître un épouvantard devant les yeux pendant ma ronde du soir, et là, tu m'as ensorcelé pour pouvoir me faire monter sur ton balai, où est-ce que ça s'arrête, Potter ? Quand est-ce que tu te lasseras ? Quand tes plaisanteries enverront quelqu'un à Sainte Mangouste ? »

Il secoua la tête de droite à gauche et passa une main dans ses cheveux. Elle ne le vit pas, fort heureusement, car sinon, elle l'aurait accusé de frimer sans savoir que c'était plus un geste d'embarras profond que de prétention.

« Je n'avais aucune idée que tu avais peur en balai, sinon je n'aurais jamais...
_ Si tu l'avais su, tu l'aurais fait, Potter. Un jour où l'autre. Tu m'aurais forcé à monter sur ton balai juste pour me faire hurler parce que tu es une personne horrible. »

Encore une fois, les mots de la jeune femme transpercèrent James comme des lames d'épées bien aiguisées. Lily Evans disait la vérité, elle disait ce que personne n'avait jamais osé lui dire, et c'était un véritable cauchemar.

James Potter avait été pourrit gâté toute sa vie, et il ne s'en cachait pas. Ses parents, en plus de prendre soin de lui comme s'il était le trésor le plus précieux du monde, avaient toujours fait en sorte qu'il reçoive une éducation digne de ce nom. Il y avait seulement une chose à laquelle ils n'avaient pas pensé. Le « non. »

Ce précieux « non » dont un enfant a besoin pour connaître ses limites et celles de son entourage. Les parents de James n'avaient jamais prononcé ce « non » parce que la maladie avait rendu leur futur incertain et la vie de leur fils bancale. Ils n'avaient aucune envie que le jeune homme se souvienne de ses parents comme des tyrans, comme si un simple refus conduisait à une telle condamnation. Il était arrivé au père de James de le réprimander, une fois de temps en temps, mais la chose consistait plus en une longue discussion barbante plutôt qu'en une véritable soufflante.

Les mots de Lily n'étaient pas un « non », ils étaient simplement le contrecoup de ce manque de « non ». James n'avait jamais pensé aux conséquences de ses actes avant ce jour-là, il n'avait même pas réfléchi au fait qu'il puisse y en avoir. Pourtant, les faits étaient là, devant lui. Lily Evans le détestait pour toutes ces choses qu'il lui avait faites, et lui, il détestait le fait de s'en soucier autant.

« Lily ?! James ?! »

La voix d'Alice le fit sortir de sa torpeur. La demie-heure qu'ils avaient passé à marcher avait défilée si vite qu'il n'avait même pas eu le temps de trouver quelque chose qui pourrait le sauver, une explication, une excuse, un mot bien placé, un geste gentil. Non. Il doutait que Lily ait voulu une de ces choses.

« Ne pose pas de question Alice, marmonna la jeune femme à sa meilleure amie en s'engouffrant dans la maison, sa valise à la main. »

James resta planté sur le perron avec son balai sur lequel les yeux d'Alice venaient de glisser. Elle resta interdite l'espace d'un instant avant de sourire largement, comprenant tout juste que le maraudeur avait tenté de rayer un point de la liste.

Cependant, son sourire s'évada doucement lorsqu'elle réalisa qu'il avait tenté d'accomplir la chose avec son balai. Son balai. Merlin, Lily détestait les balais. C'était donc pour cela qu'ils faisaient tous les deux une tête de six pieds de long, c'était donc pour cela que James ne s'autorisait pas à entrer.

« Ne pose pas de question Alice, souffla-t-il à son tour avant de tourner les talons et de rentrer chez lui. »